Colloque
   Foi chrétienne & extrême droite

29 janvier au 1er février 2004 à Strasbourg

 

 

Isabeau Beigbeder
vice-présidente de la Fédération protestante de France



Ouverture du colloque

Par Isabeau Beigdeber, vice-présidente du conseil de la Fédération protestante de France.

Le pasteur Jean-Arnold de Clermont regrette de ne pouvoir lui-même ouvrir cet important colloque. Il est en effet retenu par une rencontre qu'il doit présider réunissant la Conférence des Eglises chrétiennes et le Conseil des conférences épiscopales en Europe. Cela dans le cadre de sa nouvelle fonction de Président de la conférence des Eglises européennes. (KEK)

Il m'a chargée de vous transmettre ses salutations, celles du Conseil de la Fpf et formule des vœux de pleine réussite de ces journées.

Si la Fpf, avec de nombreux partenaires, est partie prenante de ce colloque sur l'extrême droite, c'est bien parce que lui est apparu nécessaire dans la période actuelle de rassembler, de confronter, d'échanger et d'approfondir les réflexions menées depuis plusieurs années au sein de bon nombre de nos Eglises et paroisses préoccupées par la montée inquiétante et déroutante des discours d'exclusion, xénophobes et racistes, contraires aux valeurs évangéliques d'ouverture et d'accueil.

Ce colloque s'inscrit donc dans une certaine continuité d'initiatives qui témoignent bien de la vigilance qui doit être la nôtre sur ces phénomènes.
Parmi ces initiatives, je citerai celle, ici même en Alsace, du mouvement " Comprendre et s'engager ", partenaire de ce colloque, qui a choisi de parler de cette question dans les paroisses, là même où le vote d'extrême droite a été particulièrement marqué lors des dernières élections. Citons aussi le travail de l'Erf lancé lors de son synode national de 1997 qui a abouti à ce recueil de textes d'études et de réflexions " La tentation de l'extrême droite " qui, au-delà des thèmes exploités de façon récurrente par l'extrême droite tels l'insécurité, le chômage, l'immigration, donne des jalons pour une réflexion biblique et théologique.

Nécessité d'ouvrir de nouvelles pistes non seulement pour la réflexion mais aussi pour l'action. Les compétences ici rassemblées et la diversité des engagements représentés sont de bon augure pour la réalisation de cet objectif.
Importance de faire le point, non pas pour se conforter et se satisfaire de dénoncer une fois encore des paroles, des attitudes et des actes de haine que notre conscience chrétienne réprouve, mais aussi pour mettre en évidence la façon dont l'extrême droite fait feu de tout bois de cette actualité qui fait peur pour " exprimer ", " vendre " et finalement " banaliser " ses thèses.

Il en est ainsi de la mondialisation critiquée au nom de thèses nationalistes, de la construction de l'Europe critiquée au nom de la préservation d'une identité culturelle française soi-disant pure et authentique, ou encore l'amalgame entre terrorisme, immigration, insécurité et islam ; d'une revendication de " valeurs " morales fondées souvent sur des intégrismes religieux qu'elle sait utiliser à son profit ; une dialectique subtile et grossière à la fois islamophobie et antisémitisme : quand il est question de l'un on exhibe tel ou tel partisan issu de l'autre communauté, etc.

Mais attention, ce ne sont pas seulement les thèses et les thèmes de l'extrême droite qu'il convient d'analyser mais aussi la forme, l'art et la manière de manipuler les esprits notamment les plus faibles et les moins " armés " culturellement ou intellectuellement, manipulés à coup de slogans sécuritaires et haineux occultant toute réflexion sur le développement du lien social, de l'intégration, des causes des migrations. N'est-ce pas à nous protestants, qui avons une sensibilité particulière aux messages transmis par la parole orale, d'être spécialement vigilants face à des discours d'une rhétorique consommée qui distille, souvent mine de rien, des messages de haine ?

Nous avons le devoir d'entendre et en quelque sorte de prendre au sérieux ces discours et ces attitudes qui se nourrissent bien souvent de vraies réalités sociales et humaines qu'il faut savoir regarder en face car justement elles constituent la racine et le terreau des comportements d'extrême droite. En effet, il faut le dire et parfois avoir le courage de le reconnaître : les problèmes et les questions auxquels l'extrême droite prétend apporter des solutions ne sont pas toujours de fausses questions ou de faux problèmes. Autrement dit, nous ne pouvons nous en désintéresser.
C'est pourquoi les travaux de ce colloque sont essentiels pour installer ou conforter une démarche à trois composantes :

Démarche d'analyse pour comprendre et mieux " déconstruire " les thèses extrémistes et tenter d'éclairer ainsi ceux qui les partagent.
Démarche de refus de ce qui est incompatible avec l'Evangile.
Démarche de mobilisation et d'action pour construire une société fraternelle au fondement de laquelle se trouve l'accueil du prochain quel qu'il soit, fut-il d'extrême droite.