Colloque
   Foi chrétienne & extrême droite

28 janvier au 1er février 2004 à Strasbourg

 
Bernard Charles
pasteur retraité, militant du Christianisme Social

Le Christianisme Social
Un siècle d'histoire dans le protestantisme français

Le mouvement de protestation personnelle et sociale contre l'injustice va naître en plusieurs points de la dissémination protestante dans les années qui suivent la Commune.

Si elles gardent la mémoire des persécutions d'avant la Révolution, et malgré les limitations du régime concordataire hérité de l'Empire, les Eglises de la Réforme connaissent un réveil spirituel qui les ouvrent au témoignage et au service.

La révolution industrielle et commerciale du siècle sur le mode du libéralisme économique a provoqué de telles misères dans l'Europe d'alors, et surtout dans les quartiers ouvriers des villes, que des mouvements sociaux et politiques se sont organisés en vue d'une nouvelle société. C'est à la confluence des analyses d'expériences du socialisme et de leurs réflexions et pratiques bibliques et théologiques qu'une génération de pasteurs et de membres d'Église vont vouloir mettre en oeuvre un christianisme appliqué à la modernité, c'est-à-dire critique et prophétique.

La prédication de l'Evangile doit s'adresser à tout l'homme, en tout homme, dès maintenant et dans sa vie concrète, car la famille humaine est promise à la liberté et à la responsabilité.

C'est dans ce contexte historique que retentit à Paris, en 1878, la parole du pasteur Tommy Fallot dont la famille d'industriels avait participé à la vie d'une " Société des amis des pauvres ", comme on disait alors ! Pour lui, il s'agit d'aller au-delà de l'assistance, même utile et nécessaire, par une pratique sociale qui donne des signes du " Royaume de Dieu " et contribue de la sorte à une véritable justice pour tous. Il parle ainsi du haut de la chaire : " Le socialisme a emprunté à l'Évangile une partie de son programme. Il veut constituer la société sur les bases de la justice. L'Évangile le veut aussi. A cet égard, blâmer le socialisme serait condamner l'Évangile et les prophètes ". Inutile de souligner que ses paroissiens ne furent pas tous gagnés à cette manière de voir !

Encouragé par des mouvements comparables en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, il fonde en 1882 le " Cercle socialiste de la libre pensée chrétienne ". Le titre suscite de telles réactions qu'il faudra le transformer en " Société d'aide fraternelle et d'étude sociale " ! Ce qui ne va pas freiner le militantisme des novateurs.
Au même moment, avec Edouard de Boyve, Charles Gide et Auguste Fabre, se constitue "L'Ecole de Nîmes ", initiative du mouvement coopératif.
En 1888, est créée dans la même ville, et en regroupement de ces forces nouvelles, " l'Association protestante pour l'étude pratique des questions sociales ".
En 1896 paraît " La Revue du Christianisme Social " qui gardera ce titre jusqu'en 1972 pour devenir ensuite " Parole et Société ", puis, ces dernières années, " Autre Temps ".

Les relais sont pris avec des pasteurs comme Elie Gounelle à Roubaix, Wilfred Monod à Rouen qui oeuvrent dans des paroisses ouvrières et des associations appelées " Solidarités ". Chrétiens protestants ou catholiques, socialistes croyants ou agnostiques s'y côtoient pour le débat, la réflexion et l'action.
Des périodiques naissent, " La Vie Nouvelle " puis " L'Avant-Garde ".

Ainsi porté par ces groupes où s'articulent et s'affrontent positivement chrétiens sociaux ou socialistes, le Mouvement va traverser l'horrible fracture de la guerre de 14-18 pour travailler dans deux directions de dimension internationale : le " Pacifisme " qui veut désarmer les nations et
" l'Œcuménisme " qui doit associer les Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes à l'interpellation des sociétés, au nom de la justice et de la paix.

Des objecteurs de conscience le manifestent devant les tribunaux : Jacques Martin, Philo Vernier, Henri Roser, ... D'autres dans l'ordre économique, Georges Lasserre, ... dans l'ordre politique, André Philip, ... dans l'ordre philosophique, Paul Ricoeur. Et combien d'autres dans les luttes sociales du pays au coude à coude avec d'autres militances.

La défaite militaire, l'occupation étrangère et le régime de Vichy vont obliger au retrait, au secret et à l'émergence de nouvelles formes de témoignage et de résistance. En particulier pour la défense des juifs, le soutien des internés dans les camps, l'aide à la traversée des frontières. Dans l'après-guerre, le mouvement renaît et aborde dans ses groupes et carrefours, sa revue et son nouveau périodique " Cité Nouvelle ", tous les problèmes d'un monde en mutation.

Ce qui nous a façonnés, nous en particulier qui arrivions au protestantisme de l'après-guerre, au sortir d'une jeunesse marquée de catéchismes contradictoires, ce fut d'expérimenter qu'on pouvait vivre heureusement la tension entre le " dedans " d'une Eglise à l'écoute d'une Parole jaillissant de la Bible et le " dehors " d'un monde où d'autres hommes et femmes travaillaient à transformer l'ordre des choses, ou son désordre.

Y voisinaient la théologie libérale et critique et la prédication dialectique de Karl Barth. S'y exprimait un socialisme chrétien plus ou moins en phase avec l'amorce d'une nouvelle gauche politique. La référence au Royaume de Dieu se nourrissait des témoins de l'Ancienne Alliance comme du ministère eschatologique du Jésus des Evangiles.

Et l'actualité était prise à partie. On dénonçait la torture ici et là. On s'attaquait aux tares ou aux disparités sociales de notre démocratie. On abordait le débat Est-Ouest et la construction européenne avec les contradictions mêmes de la société française. On intervenait, d'une année à l'autre et avec passion, dans le difficile processus de la décolonisation. On provoquait la rencontre entre patrons, cadres et syndicalistes (dans le groupe dit de Tassin) pour entrevoir ce que pourrait être un autre traitement du travail et un nouvel ordre économique.

Mais il est vrai qu'à le veille des années 70 un nouveau souffle était sans doute nécessaire pour réamorcer le passage d'une génération à l'autre, repenser et réarticuler la prédication du Royaume à l'espace et au temps d'une histoire qu'il fallait continuer de décrypter avec l'aide des sciences sociales.

Pouvait-on éviter la dérive dite révolutionnaire du " tout politique " et l'attrait charismatique de fortes personnalités en prise avec l'événement ? D'autant plus que l'air du temps poussait les militants à ouvrir leurs églises sur la rue ou à les déserter, pour de nouvelles présences au quartier ou à la cause qu'on se choisit, au près comme au loin.

Les groupes locaux s'étaient délités. Seule la Revue du Mouvement poursuivait son service de réflexion et d'interpellation. Et dans l'intervalle les Synodes des Eglises de la Réforme ou les Assemblées de la Fédération protestante se saisissaient en partie des dossiers les plus brûlants, tels le nucléaire et le tiers-monde. De même, des mouvements plus spécialisés, la Cimade, la Mission dans l'industrie, les Equipes ouvrières ... s'étaient investis contre les formes nouvelles de l'exclusion.

Depuis lors et tel quel, comme réseau de militants engagés ici ou là, et comme revue, le Mouvement poursuit une action concertée et conjuguée avec d'autres pour tenter d'y faire entendre cette même Parole qui appelle les hommes et les femmes de ce temps au bonheur de vivre ensemble.


Pasteur Bernard CHARLES
Président du Mouvement français du Christianisme Social

Extrait du panneau " Christianisme social "
Exposition sur le Protestantisme
Fête de l'Humanité 1994


 

Une expérience à Aix en Provence
Le cercle Foi et Actualité

Lancé à l'automne 1999 avec le soutien du Conseil presbytéral de l'ERF d'Aix-en- Provence, le groupe Foi & Actualité a répondu à la demande de plusieurs membres de la paroisse d'organiser une formule d'échange et de débat sur des questions d'actualité. Ce moment d'information et de réflexion a permis de confronter des opinions différentes et de préciser, à l'écoute de l'Evangile, les repères d'éthique personnelle et sociale à partir desquels nous avons à vivre dans notre société.
Une petite équipe s'est constituée autour de Bernard et Myriam CHARLES dans l'esprit du CHRISTIANISME SOCIAL en s'appuyant, à l'occasion, sur la revue AUTRES TEMPS.

Commencé avec des paroissiens et leurs amis, le cercle s'est ouvert sur un public plus large à l'occasion du projet national " Débat 2000-2000 débats ". Toute personne intéressée est bienvenue. Le dialogue de vérité et de respect qui s'est instauré a permis d'aborder des questions souvent complexes, dans un esprit oecuménique exigeant.

Entre 20 et 40 correspondants, selon le sujet (Personnes, Eglises, Centres, Associations …) ont été régulièrement avertis des rencontres proposées deux fois par trimestre. Progressivement, la partie information/débat s'est enrichie d'un moment convivial autour d'un buffet avant d'aborder le thème de la soirée. Entre 25 et 50 personnes participent régulièrement à ces partages en trois temps du jeudi : buffet pour celles et ceux qui le peuvent (libre contribution aux frais), introduction du thème par un/e invité/e et entretien à partir des questions des participants.

25 sujets abordés (et non épuisés !) en fonction de l'actualité de notre Société ou de nos Eglises : la Corse ; le sida ; la fin de vie : euthanasie ou accompagnement ? ; la famille a changé : qu'est-ce qui va changer dans le droit de la famille ? ; le pardon aux prises avec l'actualité ; la rencontre des religions ; Où en est l'œcuménisme ?; l'action humanitaire médicale ; la présence de chrétiens dans l'Algérie d'aujourd'hui : quelles relations entre nos deux rives ?; la guerre au vivant : OGM et autres mystifications génétiques ; notre justice au quotidien ; après le 11 septembre aux Etats Unis : regards sur les désordres du mode ; vivre la prison ; " exploiter n'est pas jouer : l'éthique sur l'étiquette " ; Palestine en Provence : une introduction aux réalités quotidiennes d'un pays, à partir d'une exposition montée par le Centre de documentation et d'animation Tiers Monde de Marseille ; une Eglise dans le monde : quels partenaires, quelles actions ; Madagascar : l'implication forte de l'Eglise dans le processus de l'élection ; bonne ou mauvaise ou mauvaise presse : à l'ère des médias, la responsabilité des journalistes ; 4 rencontres autour de la consultation du Comité permanent luthéro-réformé et de son dossier sur Eglise et homosexualité (l'accueil des personnes, la demande de bénédiction d'un couple homosexuel, la reconnaissance des ministres) : l'écoute de la Parole de Dieu à la lecture et la méditation des textes bibliques …

Perspectives pour les années 2003/2004 et 2005

A l'occasion du débat autour du préambule de la Constitution européenne, une réflexion sur l'héritage religieux et philosophique de l'Europe, les relations entre Etat, Eglises et religions, les diverses compréhensions de la laïcité (son histoire et ses actuels développements, en particulier à partir du Rapport de la Commission Stasi) ; le problème de la culture religieuse à distinguer de la catéchèse des Eglises ; le Centenaire de la Loi 1905 … et bien sûr tout point de notre actualité que le groupe estimerait important de mettre en discussion. Février 2004 : Vivre ensemble en Provence, chrétiens et musulmans

 

 

Fiche de lectures

Petite fiche de lectures actuelles, plus ou moins, sur le sujet
Le Christianisme Social
Bernard CHARLES

" Directement "

- Partager, c'est vivre - XX èmes Assises FPF, Toulouse 1995
- Travailler autrement Travail-chômage-solidarité - 1997, Commission sociale de l'Episcopat - Bayard
- La Montée des Intégrismes - Colloque CEPPLE, Lyon 1997
- La Tentation de l'Extrême Droite ERF - Bergers et Mages/Réveil, 2000
- Histoire de la Laïcité en France - Jean Baubérot - PUF, 2000
- Violences Urbaines, Violences Sociales Genèse des nouvelles classes dangereuses Stéphane Beaud-Michel Pialoux, - Fayard, 2003

" Parallèlement "

- Pour quoi vivons-nous ? Marc Augé - Fayard 2003
- Les Battements du Monde - Alain Finkielkraut-Peter Sloterdijk - Pauvert, Collection Dialogue, 2003

" Précisément "

- Une Société en Quête de Sens, Initiative, Coopération, Conflit, Contrainte : un modèle de développement choisi et solidaire - Jean-Baptiste de Foucauld-Denis Piveteau, - Poches Odile Jacob, 1995, réédité en 2000


Choix de lectures anciennes et nouvelles concernant le Christianisme Social :

- " Le Point d'une Histoire qui Continue " - Jean-Daniel Roque, Jean Baubérot, Revue du Christianisme Social, 79ème année, 1971, N°s 11-12
- " Des Protestants engagés - Le Christianisme Social 1945-1970 ", Raoul Crespin, Préface de Paul Ricoeur, - Bergers et Mages, 1993
- " Itinéraires socialistes chrétiens ", Collectif 1983, ITINERIS, Cahiers Socialistes Chrétiens - Labor et Fides
- " Religion et politique dans la culture française " Collectif, Centre de Sociologie du Protestantisme/OFAJ/UCJG, PAROLE ET SOCIETE, Revue du Christianisme Social, 91ème année, 1983, N°s 3 et 4
- " Marx une pensée obsolète ? " Collectif, AUTRES TEMPS, Cahiers d'éthique sociale et politique N° 68, 2000-2001, dont un article de Bernard Charles " Démarche spirituelle et engagement social "
- " Paul Ricoeur , Histoire et Civilisation, Neuf textes jalons pour un Christianisme social " AUTRES TEMPS, Cahiers d'éthique sociale et politique, N°s 76-77, 2003
- " Le Christianisme Social, Une approche théologique et historique ", Klauspeter Blaser, Préface de Jean-François Zorn, Van Dieren Editeur, Collect. " Débats " 2003.