Colloque
   Foi chrétienne & extrême droite

29 janvier au 1er février 2004 à Strasbourg

 

 

Roland Kauffmann
Service de Communication des Eglises protestantes d'Alsace et de Moselle


Eglises et classes ouvrières
L'actualité du Christianisme social


Pasteur retraité et militant actif du Christianisme social, Bernard Charles fait revivre l'effervescence des luttes sociales d'après-guerre dans un vaste panorama passionné.

La fin du 19e siècle fut l'époque de toutes les utopies sociales dont certaines se sont concrétisées, comme l'enseignement public, laïc et obligatoire. C'est dans ce contexte que se créent les " solidarités " ou " fraternités ". C'est au départ une nouvelle forme de vie d'Église. Les pasteurs Tommy Fallot, Élie Gounelle et Wilfred Monod furent les initiateurs du mouvement et les promoteurs d'un " christianisme de la solidarité ". Sur la base de la prière du Notre Père et de l'idée de Royaume de Dieu, le Christianisme social proposait un " salut intégral et un évangile intégral " qui pouvait servir à la fois de renouveau pour les Églises et de transformation de la condition ouvrière.

Une réforme de l'Église bourgeoise

Né d'un quadruple refus : de la charité, de la fraternité, des bons sentiments, de l'individualisme et de la lutte des classes, il privilégie le " contrat ou l'alliance ". Ses militants se trouvent dans la " fracture entre des Églises déconnectées de la réalité " et les multiples formes de progrès social incarnées alors par La libre pensée, la franc-maçonnerie ou le marxisme. Le projet est de proposer une " troisième voie " alternative à l'individualisme libéral et au socialisme autoritaire. L'action sociale et le développement moral se conjuguent pour " l'avènement d'un homme nouveau ". Le " solidarisme " protestant devenant ainsi le pendant du personnalisme qui naîtra plus tard dans les milieux catholiques.

Les dimensions de l'action

C'est la rencontre des " protestants de culture bourgeoise " et des " milieux populaires ". Ces fraternités doivent être les lieux d'une " religion vraie ", de vérité, de partage et de dialogue où chacun doit apprendre de l'autre. Roubaix, Lilles-Fives, Alès et autres lieux deviennent les centres d'une " théologie de la critique sociale " qui s'articule en quatre points :

- La dimension pratique : l'engagement social va de pair avec l'engagement culturel au profit des populations fragilisées.

- La dimension polémique : le refus de la logique marchande et au contraire l'affirmation de l'interdépendance des individus.

- La dimension politique : la critique de l'État comme acteur de la solidarité et l'affirmation de l'importance des " corps intermédiaires ".

- La dimension spirituelle : le constat de l'interdépendance humaine induit le " contrat en vue du partage ".

Ces quatre dimensions disent toute l'actualité du Christianisme social qui a marqué également les luttes de la fin du 20e siècle


La résistance à tout ce qui est totalitaire

À la suite de Paul Ricoeur, le Christianisme social pose aujourd'hui trois pistes d'action :

- L'élaboration d'une nouvelle prédication

- Le travail théologique de l'Église sur elle-même et ses rapports avec la société

- L'engagement résolu de ses membres au service de l'ensemble de la société

L'individualisme de masse, la violence de l'économie libérale, le mondialisation, autant de combats, entre autres, à reprendre dans le cadre des solidarités à réinventer entre chrétiens et précaires d'aujourd'hui. Il faut avoir une " visée ", des objectifs concrets et réalistes dans le contexte d'aujourd'hui sans jamais oublier la " vision " : le projet d'une société plus juste et plus humaine.

Roland Kauffmann