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Colloque 29 janvier au 1er février 2004 à Strasbourg
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En guise
d'introduction au débat Il m'est apparu difficile d'introduire le débat d'une pertinence contemporaine du " solidarisme ", ce que l'on doit aux initiateurs du Christianisme social protestant, sans resituer ce " mouvement " dans son contexte : le développement de notre IIIème République, de la Constitution de 1875, à la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905. Je citerai
rapidement quelques événements marquants de cette époque
: Le débat des héritages connaîtra son paroxysme lors de l'Affaire Dreyfus, révélant le courant antisémite et la permanence de l'idée de la " revanche ". La minorité protestante, établie en Eglise Nationale, amputée des luthériens de l'Est, fait l'expérience de son premier Synode, en 1872, mais ne parvient qu'à dénombrer ses " orthodoxes " et ses " libéraux ". Tout au long du siècle, les chrétiens du Réveil avaient d'ailleurs créé leurs uvres ou sociétés pour exprimer leur piété biblique et leur souci d'entraide. Ecoles du Dimanche, Sociétés de Mission, uvres de bienfaisance, Diaconesses, Unions Chrétiennes de Jeunes Gens, le Saint Esprit avait contourné les Articles organiques ! Il nous faut aussi évoquer les figures fondatrices que furent les inventeurs de " L'Ecole de Nîmes ", d'une part " le juriste " Charles Gide, " l'industriel " Auguste Fabre, " le diacre " Edouard de Boyve, et le créateur du " socialisme protestant ", et d'autre part le pasteur Tommy Fallot (1844-1904). Venu de l'Alsace impériale en 1875, ( avec sa thèse de théologie : " Les pauvres et l'Evangile ") il devient le pasteur de la Chapelle du Nord, à Paris. Il rencontre alors la Mission Mc All créée à Paris au lendemain de la Commune. Il fonde bientôt " le Cercle Socialiste de la Libre Pensée Chrétienne " (1881) qui doit très vite se nommer " Société d'Aide Fraternelle et d'Etude Sociale " (!) pour ménager ses paroissiens et les paroisses bourgeoises de son environnement. Il devient dans le même temps le Secrétaire général de " La Ligue Française pour le Relèvement de la Moralité Publique " dont le président est le sénateur Edmond de Pressensé, et prédicateur, à l'occasion, à la Chapelle Taitbout ! Et Tommy
Fallot étend son action. Une circulaire aux pasteurs de France
convoque le Congrès de fondation à Nîmes, en 1888,
de " L'Association Protestante pour l'Etude Pratique des Questions
Sociales " (APEPQS). Il a le soutien du pasteur Gédéon
Chastand qui lance la Revue de Théologie Pratique et d'Homilétique
en 1889 (laquelle deviendra la Revue du Christianisme Social en 1897).
Il entraîne également la collaboration de " La Trinité
de Nîmes " qui avait eu son propre Congrès des Coopératives
en 1885, à Paris. La doctrine
de la solidarité se met en place. Le concept même a une
histoire où l'on rencontre " L'Esprit positif " d'Auguste
Comte, " La Médecine expérimentale " de Claude
Bernard, " La Division sociale du travail " d'Emile Durkheim,
" La Théologie pratique " de Charles Secrétan
Mais Charles Gide et Tommy Fallot, forts de leurs premières
expériences, s'en saisissent pour envisager une autre réforme
du christianisme, au-delà de l'individualisme libéral
et du socialisme autoritaire : le solidarisme où l'action sociale
et le développement moral se conjuguent pour l'avènement
d'un homme nouveau. Tommy Fallot, malade, devra se retirer dans la Drôme tout en rêvant et écrivant à propos de ses " fraternités ". Il va revenir à deux nouvelles et fortes personnalités, Elie Gounelle (1865-1950) et Wilfred Monod (1867-1943) de mettre en uvre le projet de " solidarisme " dans des villes ouvrières et leurs quartiers populaires, sous l'appellation de " Solidarités ". Venant
d'Alès, c'est à Roubaix de 1896 à 1907, avant d'aller
à la Chapelle du Nord à Paris, que le pasteur Elie Gounelle
donne forme à sa " Solidarité ", sanctuaire
religieux et maison du peuple, où des chrétiens de différentes
communautés, des agnostiques ou athées, socialistes et
anarchistes, s'abordent, débattent, s'engagent à l'occasion
dans tel ou tel groupe des 18 uvres présentes. Il s'en
explique en 1902 par son " Essai de dogmatique solidariste ". Tiraillé
entre l'Union des Socialistes Chrétiens de Raoul Biville et de
Paul Passy, et ceux des chrétiens qui craignaient l'inféodation
au Parti Socialiste (telles les UCJG !) il adhère néanmoins
à l'UCS en 1909 pour travailler à la marche commune du
Mouvement Chrétien Social. Avec Wilfred Monod et Edmond Chastand,
il se charge de la direction de la Revue du Christianisme Social. Il
contribue également à " L'avant-Garde " de Jean
Roth (1899-1911). Avant d'être
nommé à Condé/Noireau où il découvre
les questions sociales, Wilfred Monod a eu le loisir d'étudier,
de voyager. Pasteur à Rouen de 1897 à 1906, puis à
l'Oratoire du Louvre à Paris et enfin professeur de théologie
pratique jusqu'en 1937, il va travailler à sa thèse de
licence (le roi) en 1899 et à celle de doctorat (le royaume)
en 1901. Dans ses nombreux ouvrages de théologie, il exprime
un christianisme à la fois spirituel et social où il fait
du messianisme la perspective qui permet d'interpréter la Bible
et de déchiffrer le monde. Ainsi cette
théologie du Royaume de Dieu est comme l'architecture de ces
" Solidarités " où se pratique une action chrétienne
sociale entre bourgeois protestants qui découvrent la classe
ouvrière, et ces ouvriers ou employés qui s'insèrent
dans des activités morales et sociales souvent inconnues d'eux-mêmes
: évangélisation, tempérance, moralité,
éducation morale et sociale, loisirs, uvres de mutualité,
contacts entre classes sociales
Ces chrétiens sociaux ont tenté un réveil religieux à fondement social et amorcé une critique des fonctionnements tant de l'Eglise que de la société. Aux chrétiens ils rappelaient l'importance de l'économie sociale et aux athées la nécessité de la morale personnelle. Ces militants de culture bourgeoise, chrétiens d'expression " orthodoxe " pour la plupart, passionnés qu'ils étaient de devenir les médiateurs religieux et sociaux entre les membres des paroisses et les milieux populaires, ont vécu et enseigné des solidarités possibles entre leur Eglise et la société. Ils étaient cependant encore à la veille de la séparation de l'Eglise et de l'Etat (le deuxième seuil de la laïcisation selon Jean Baubérot) dans un pays où progresse la sécularisation et où s'affrontent l'Eglise catholique et la Libre Pensée. Ils n'avaient pas encore à leur disposition les outils d'analyse des " maîtres du soupçon " Marx, Nietzsche, Freud. Et seuls certains d'entre eux ont pu connaître les débats ultérieurs de la théologie dialectique et les apports des diverses sciences humaines. Au cours des tragédies du siècle passé la problématique du Mouvement en sera changée plusieurs fois mais l'élan des premiers temps s'investira dans la création de multiples initiatives et de nombreux services. Excursus
I Excursus
II J'ai souvenance
d'un exposé de Paul Ricoeur au Congrès du Christianisme
Social en 1965, où il fait dépendre l'action des chrétiens
dans le monde d'un juste rapport entre trois facteurs : Excursus
III Excursus
IV |
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