Colloque
   Foi chrétienne & extrême droite

29 janvier au 1er février 2004 à Strasbourg

 

 

Roland Kauffmann
Service de Communication des Eglises protestantes d'Alsace et de Moselle

Peurs : tolérances et convictions.
Extrême droite et foi chrétienne

Une rhétorique fondée sur des peurs

Jean-François Collange

Au cour de la montée de l'extrême droite se trouvent un certain nombre de peurs déclenchant des réactions agressives d'exclusion de celui qui est désigné comme le « bouc émissaire », le responsable de tous les maux qui accablent notre société. Par principe la peur est la «  réaction du faible face à une menace d'autant plus dangereuse qu'elle est diffuse  ». Elle entraîne des réactions émotionnelles et irrationnelles. Il faut distinguer dans cette rhétorique trois réalités distinctes :

- l'idéologie nationaliste

- la volonté politique de conquête du pouvoir

- la protestation des électeurs

Chacune de ces réalités demande un traitement spécifique pour mieux cibler l'action des Églises.

À l'idéologie nationaliste qui recherche la «  préservation de l'identité  », qu'elle soit culturelle, ethnique, économique ou sociale, il faut opposer le «  métissage fondamental de tout être humain et de toute culture  » au nom de Dieu qui se présente lui-même comme «  l'Autre, celui qui invite à la rencontre  ».

De l'appareil politique, il faut dénoncer l'ambition totalitaire au nom de l'affirmation de l'égale dignité de tout homme aux yeux du créateur et de l'égale participation de tous au débat social.

Au cour du vote protestataire s'exprime un «  déficit de reconnaissance  ». L'électeur de l'extrême droite dit par son vote que la société ne lui fait plus la place qu'il estime, à tort ou à raison, être la sienne. Il faut y répondre par une «  reconnaissance vraie qui ne peut se faire au prix de la méconnaissance et du rejet de l'autre  ».

La précarisation des populations, les humiliations douloureusement ressenties ou la peur de l'altérité doivent être entendues par les Églises, mais pour affirmer leurs convictions.

Il faut redonner confiance dans l'avenir, la conscience raisonnable que cet avenir n'est pas à subir ; rendre à chacun les outils culturels et sociaux pour maîtriser son existence. La tâche de l'Église est de faire comprendre que l'espérance d'une société ne peut se limiter à la devise utopique de «  liberté, sécurité, prospérité  ». Recherchés pour eux-mêmes, ces trois éléments ne peuvent qu'engendrer «  humiliations, inquiétudes, frustrations » quand elles sont érigées en normes. L'Église doit «  animer l'espérance  », c'est-à-dire lui rendre une dimension «  humaniste, collective et spirituelle  ». Elle ne peut se voiler la face et si elle ne peut, et ne veut, rejeter la personne, elle ne peut pour autant tolérer des positions politiques ou philosophiques qui menaceraient la tolérance et le pluralisme. Elle ne peut non plus tolérer l'intolérable, «  face à l'intolérable, il n'y a qu'un mot à dire : non !  »

Roland Kauffmann