Texte
de conclusion du colloque
Comprendre
protester
s'engager
Notre société
et notre humanité génèrent des extrémismes
politiques, économiques et religieux.
Nous comprenons
le mal à vivre les uns avec les autres, en reconnaissant des
différences de cultures, d'habitudes et de modes de vie. Nous
partageons la peur de l'inconnu, de la violence et de la délinquance
dans nos villes et nos campagnes.
Nous comprenons
le désarroi de ceux pour qui le monde change trop vite, et qui
ont peur de perdre leur place dans la société. Nous partageons
leur crainte d'être laissés au bord des chemins de l'histoire,
abandonnés à un sentiment d'impuissance par les acteurs
économiques, politiques et médiatiques.
Nous comprenons
le désarroi des exilés qui ont du mal à trouver
leur place et ne se sentent pas participants responsables dans notre
société. Nous partageons la difficulté d'être
étrangers dans une contrée nouvelle ou perdus dans notre
propre pays.
Mais sans
chercher à combattre les personnes, il y a des idées et
des comportements que nous n'acceptons pas.
Nous refusons
l'idée que celui qui nous est étranger serait la cause
de tous nos malheurs, et nous refusons l'affirmation que les différences
entre les humains légitiment l'exclusion et la haine. Nous résistons
aux forces qui détruisent les orientations fondamentales de notre
société, les droits de l'homme et la démocratie.
Nous résistons au mépris de la tâche politique,
celle de l'organisation responsable de notre vie commune.
Nous refusons
une société à plusieurs vitesses, source d'exclusions
multiples. Nous refusons une vision de l'être humain réduit
à l'individu producteur et consommateur, délié
de toute communauté, ainsi que privé de passé et
d'avenir. Nous résistons au dieu-argent, à la logique
du marché, au commerce cynique de la mort, à la marchandisation
de l'être humain.
Nous refusons
de croire que l'on ne peut rien faire pour améliorer la vie commune,
dans nos quartiers et dans notre pays. Nous résistons à
la tentation du repli sur soi, qui se vit même au sein de nos
Eglises quand elles renoncent à proposer un service, une communauté
et une parole au milieu de l'errance de nos contemporains.
Dans les
combats et les perplexités que nous partageons avec d'autres,
avec notre foi particulière, nous affirmons :
Nous croyons
en Christ, proche de chaque être humain. Sur la croix, il l'accueille
dans ce qui rend son existence tragique ou ridicule. En lui, par sa
résurrection, nous avons la certitude de l'amour de Dieu pour
nous, pour l'étranger dans nos murs, et pour celui qui se laisse
tenter par la haine et le rejet.
Nous croyons
que Dieu a créé chacun dans sa différence, dans
sa richesse humaine et sa dignité irréductible. Accueillant
la création entière comme un cadeau, nous ne voyons pas
de monotonie ou de grisaille, mais une variété féconde
et une diversité stimulante.
Nous croyons
en l'Esprit qui n'uniformise pas le monde et les humains dans un univers
totalitaire et globalisé, mais qui crée l'Eglise. Il suscite
une communauté où chacun entend la parole dans sa langue
maternelle, et il rassemble une humanité universelle. Il met
chacun à contribution pour son projet d'amour, quelle que soit
sa compétence.
Parce que
nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les autres humains, nous nous
engageons avec eux.
Nous voulons
nous mettre à l'écoute de ceux qui ne peuvent pas s'exprimer
dans notre société, parce qu'ils ne sont pas reconnus
pour ce qu'ils sont, parce que leur maîtrise de notre langue est
chancelante, parce qu'ils n'arrivent pas à sortir de silences
mortifères ou à partager des mémoires pesantes.
Nous nous engageons à les aider à faire entendre leur
voix.
Nous voulons
participer à la construction d'un avenir commun et d'une société
vivable pour tous, chacun à notre niveau. Nous nous engageons
à susciter la rencontre dans nos quartiers ou nos villages, à
participer à la recherche de solutions aux problèmes de
société, dans les instances politiques qui sont les nôtres.
Nous nous engageons à susciter des formes d'économies
alternatives, équitables dans les échanges avec des proches
et des lointains. Nous nous engageons à préserver la nature
de sorte à permettre aux enfants de nos enfants de vivre.
Nous comprenons,
nous refusons, nous croyons, nous nous engageons.
Que Dieu
nous soit en aide !
Colloque
foi chrétienne et extrême-droite
Strasbourg,
29 janvier au 1 er février 2004.
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