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Colloque 29 janvier au 1er février 2004 à Strasbourg
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Colloque foi chrétienne et extrême droite 1. La Cimade ou comment " être avec " les étrangers Après huit
année ou j'ai accompagné la Cimade, service cuménique
d'entraide, association néée en 1939 dont les statuts
stipule qu'elle a pour but de manifester une solidarité active
avec ceux qui souffrent qui sont opprimés et exploités
et d'assurer leur défense, quelles que soient leur nationalité,
leur origine, ou leur position politique ou religieuse. En particulier,
elle a pour objet de combattre le racisme, il m'est demandé
de dire en quelques mots comment ce travail peut s'insérer dans
la réflexion du colloque. 2. Combien d'étrangers dans le monde ? On m'a raconté à la Cimade cette histoire ; Un jour dans une permanence, une personne entre et se dirige vers la personne qui se trouve à l'accueil, franchissant la file d'attentedes " étranger de toutes sorte qui attendent d'être reçus. " Je suis d'ici, je n'ai pas de problème de papiers, mais vous devez m'accueillir parce que je me sens étranger dans ce monde " Cette petite histoire nous parle profondément de ce qui constitue les limites d'une action perçue comme étant exclusivement orientée vers les étrangers, au sens de la nationalité ; Méfions nous ! disait en plaisantant le regretté Pierre Desproges, au tribunal des flagrants délires face à le Pen, Méfions nous, de plus en plus d'étrangers . dans le monde ! " Il y a en effet, un sentiment d'étrangeté, une crainte diffuse, dans un monde mondialisé, qui fait que beaucoup perdent leurs repère. Et donc la nécessité pour la Cimade de bien considérer son objet qui est d'accueillir pas seulement ceux qui souffrent dans leurs situations d'étrangers, au sens de la nationalité, ou pire encore d'accueillir l'Etranger avec un grand E comme si cette catégorie existait et s'opposait au National, mais bien d'accueillir tous ceux qui souffrent et qui sont opprimés sans partialité; A défaut, chacun le sent, la perception de la solidarité Cimade, " être avec les étrangers " peut nourrir un sentiment de rancur, d'hostilité, de racisme. Ayons donc l'humour de reconnaître qu'il y a effectivement de plus en plus d "étrangers " dans le monde, pour accompagner tous ceux que leur situation oppresse. Tel devrait être notre objectif pour que les demandes des étrangers du sérail d'être eux aussi reconnus dans leur étrangeté ne tournent pas au vinaigre, et que l'aide apportée aux uns soit une aide pour tous. 3. Pratique de l'accueil comme chemin vers soi et vers l'autre. Il convient dans la manière d'être avec l'étranger d'être attentif aux limites des actions de solidarité. Et il y en a d'autre que celle que je viens de citer. Mais je voudrais aussi partager, du côté positif, souligner la force d'un véritable accompagnement des étrangers qui vient parmi nous, ou des exilés qui passent et nous bousculent ; En relisant avec vous l'analyse que faisait Michel Weckel, de la Cimade Strasbourg après le résultat des élections d'avril 1995 en Alsace. Il écrivait ceci : " en Alsace Bossue " (la Krajina alsacienne, les confins où l'Alsace se mêle à la Moselle), il est une petite localité du nom d'Adamswiller. Là une entreprise emploie des Turcs. Il ya donc des étrangers réels et concrets. Or, Adamswiller, on a moins voté Le Pen que dans les autres localités du canton où il n'y a pas de Turcs (20% tout de même mais contre 27, 30 35 dans les autres villages) Peut-on en tirer une leçon ? Ca pourrait être celle-ci : rencontre l'autre et tu te découvriras une identité ouverte, la seule qui vaille et qui soit porteuse d'avenir ; reste confiné dans tes impressions, derrière tes géraniums et ta télé, et tu te feras une identité étriquée, royaume des fantasmes et des peurs, celle que propose Le Pen , justement, celle qui trouve écho dans cette Alsace étriquée et traumatisée ou la frilosité l'emporte sur la joie de vivre " Ce constat fait par Michel Weckel concernant Adamswiller est celui fait quotidiennement par les équipiers Cimade. Le fait d'être avec des étrangers réels, concrets, de cheminer avec eux de bureau de préfecture en bureau de préfecture, de prison en centre de rétention, de procédure en procédure perme dans une vision non idyllique, de regarder notre monde tel qu'il est, tel qu'il va, pour y risquer une parole qui rendent visible des situations que l'Etat tend à rendre invisibles. Celui qui écoute le récit de l'exilé du réfugié, celui qui met en forme ce récit pour l'administration française connaît les causes politiques économiques, mais aussi souvent historiques, familiales, personnelles qui président à l'histoire de déracinés. Etre ainsi attentif aux ruptures de fraternité, qui marquent tout exil t aux questions qu'elles posent, évite assurément la dérive fantasmatique de l'étranger envahisseur porteur de péril, de menace. Ainsi si les peurs montent, si l'étranger fait peur, c'est que la pratique concrète de l'accueil, de l'hospitalité, est en train de déserter notre société. Heureusement qu'il existe des lieux ou le fait que l'accueil coûte sans doute mais qu'il apporte énormément aux autres et à soi-même. C'est un chemin, une volonté d'être acteur de notre histoire, non pas celle des manuels officiel, mais celle des humains oubliés et qui font eux aussi l'histoire. Les Eglises devraient être de ces lieux où une certaine vision, où une certaine lecture du monde dan la perspective biblique devraient encourager ces cheminements incertains. Malheureusement, elles ne le sont que difficilement. Qui sait encore qu'étymologiquement le mot " Paroisse " vient de " paroikeo ", qui veut dire habiter quelque part en tant qu'étranger ? Les paroisses ne deviennent elles pas des lieux d'autochtones, incapables de se penser en dehors de leur terre d'origine, incapable d'entendre les critiques bibliques à l'adresse de ceux qui refusent d'élargir leur foi au delà leurs traditions d'origine ? 4. Pratique de l'accueil et nécessité d'une vision renouvelée de la justice L'hospitalité est en péril aujourd'hui en Europe. La logique de la fermeture l'emporte sur tout autre raisonnement. Nous arrivons à ce point incroyable ou la première des discussions dans les relations Nord Sud ou est Ouest pour établir la coopération internationale porte sur le nombre de personnes qu'un Etat souverain acceptera de reprendre pour obtenir une aide au développement ! Les étrangers sont suspectés, stigmatisés. Et pourtant chacun sait que bien des situations d'étrangers en situation précaire sont récupérées par une économie de plus en plus informelle qui se nourrit directement de cette exclusion. Pouvons nous sortir des simplismes. ? De nos propres simplismes d'accueillant généreux qui ne prennent pas en compte les difficultés du vivre ensemble de façon concrète. Mais aussi de ces simplismes que les autorités nous rabâchent pour nous rassurer à bas prix et nous déresponsabiliser.. Par exemple l'immigration peut être maîtrisée. Ou encore qu'on peut d'abord expulser les illégaux avant de dire de quels immigrés on a besoin. Ou encore il faux distinguer les vrais et les faux réfugiés..etc. Toutes ces affirmations comportent leur nécessité et leur vérité mais si elles ne sont pas interrogées par une vision d'une justice plus forte, par une vision d'espoir, elles ne peuvent conduire qu'à l'impasse et à la catastrophe. Sur ce dernier sujet, le thème des vrais et des faux réfugiés, la Cimade travaille actuellement sur un texte intitulé " Abraham et les faux demandeurs d'asile. Je vous en livre un extrait " " , Abram montre son indéfectible foi au Dieu unique et en retour, l'Eternel lui promet à plusieurs reprises l'alliance et la postérité nombreuse. Tout cela est connu. Mais il est un aspect fondamental qui est souvent négligé c'est qu'avant d'être sanctifié par l'alliance, Abram est mis plusieurs fois à l'épreuve sur un point : l'hospitalité. Il est intéressant de lire cette petite histoire du Midrash qui permet d'éclairer le propos. L'hospitalité d'Abram est immense et il est prêt à accueillir tout étranger de passage, de le nourrir et de lui donner une couche. Un jour un vieillard s'approche et lui demande l'hospitalité. Abram le reçoit mais il constate qu'il est un idolâtre, portant une petite idole en bois. Abram essaie de le convaincre de se tourner vers le vrai Dieu. Comme le vieillard refuse obstinément, il le chasse de sa tente. Il est immédiatement tancé par l'Eternel qui lui dit " Ou est l'étranger qui est venu à toi, ce soir ? Abram explique qu'il l'a chassé parce qu'il refusait de croire en Lui. L'Eternel lui dit alors : " Ce pêcheur, je l'habille, lui donne à manger depuis des années. Tu n'avais qu'à l'héberger pour une nuit mais tu as oublié toute pitié ? " Abram se précipite dans la nuit pour retrouver le vieillard, lui demande avec insistance de lui pardonner et d'accepter de revenir sous son gîte. Il redouble d'attentions pour cet idolâtre. Cette petite histoire est à plus d'un titre, intéressante. Abram est choisi en raison de sa foi mais également parce qu'il est un juste (un tsadik). En hébreu comme en Arabe (Sadik , l'ami à toute épreuve, celui à qui on peut faire confiance d'où le patronyme du rédacteur), la justice est également la charité (tsedaka, sadaka). La future alliance, l'élection d'Abram n'est pas un privilège mais une responsabilité de l'autre ("responsabilité infinie" dit Levinas) en dépit de ses différences irréductibles. Avant d'être saint (Kaddosh, qui veut dire séparé) ou d'être béni (Baruch), Abram doit être Tsadik. C'est une notion
centrale de justice, entendue comme justesse morale et charité
se retrouve dans la tradition juive avec la légende talmudique
des 36 justes qui agissent secrètement pour empêcher le
monde de s'effondrer. Le Tsadik n'a pas besoin d'être élu,
ni d'être Ben Israël (Job est ainsi un homme du pays de Ouç).
Ainsi aujourd'hui, l'Etat d'Israël décerne ce titre à
tous ceux qui ont sauvé des Juifs au péril de leur vie
(et d'anciens équipiers de la Cimade ont reçu ce titre).
Le Tsadik doit simplement être fidèle à une éthique
de l'hospitalité, de la charité, au sens noble du terme. Voici donc en quelques mots des réflexions que je mets au débat devant les défis où nous sommes, de vivre l'ouverture face aux replis La défense des étrangers ne peut se faire ne peut avoir lieu que dans une analyse plus large des perturbations qui affectent l'ensemble nos contemporains et de la société mondialisée ou nous vivons. L'ouverture à l'accueil des étrangers peut être un puissant moteur pour nous sortir des peurs excessives et nous faire prendre nos responsabilités politiques, dans le concret des existences. Enfin les impasses des discours officiels et médiatiques doivent nous aider à retrouver une vision espérantes pour la société, vision ou la justice et l'hospitalité retrouvent un rôle moteur. Jean Marc DUPEUX Strasbourg 29 janvier 2004
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