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Colloque 29 janvier au 1er février 2004 à Strasbourg
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Analyse sociologique Entrer au Front National comme on entre en religion? Beaucoup d'analyses du Front National se cantonnent aux aspects strictement politiques. Selon le sociologue Erwan Lecoeur, il est tout à fait pertinent d'approfondir la dimension politico-religieuse d'un tel parti. Et le jeune chercheur le montre avec brio. Jean-Marie Le Pen est familier des phrases-clé. Le soir du 21 avril 2002, qualifié pour le second tour de la présidentielle, il emploie cette expression emblématique " N'ayez pas peur, rentrez dans l'espérance ! ". Citant par-là le pape Jean-Paul II qui citait lui-même les Évangiles. Le Pen se pose en sauveur de la nation. Il ne faudrait pas l'oublier. Reprenant l'Aiglon de Jean Rostand, il évoque avec son sens du pathétique les " petits ", les " sans-grade ". Sa propagande vise ceux qui se sentent déshérités. Est-il le seul à susciter de l'espérance ? Les autres partis lui laissent-ils le champ trop libre dans ce registre ? L'arrivée de la gauche en 1981 Erwan Lecoeur
retrace quelques-unes des étapes du parcours lepéniste.
Un " front " n'est pas un parti comme les autres, c'est un
rassemblement. Issu d'" Ordre nouveau ", le mouvement qui
va devenir le FN, réussit, grâce à la figure de
Jean-Marie Le Pen " le compromis nationaliste ". C'est la
réunion des " nationaux " - la vieille droite catholique
traditionaliste - et des " nationalistes ", issus d'une tradition
plus fascisante. Etre militant au Front National Après
un détour par la notion de crise du sens, moins original mais
nécessaire, Erwan Lecoeur revient à son propos initial.
Dans notre temps marqué par la fin des grands récits,
le religieux revient en force, mais de façon désinstitutionalisée.
Ce qui fait retour, c'est du religieux bricolé. C'est vrai dans
différentes traditions : dans L'Islam, dans le protestantisme,
des communautés ethnicisées apparaissent. Cet usage du
sacré et toutes les formes de convivialité qui gravitent
autour, comme l'entre soi chaleureux des petits groupes, existe dans
un parti comme le Front National. Le FN devient un parti-famille, qui
recompose du lien social dans les quartiers. Quelque
chose qui était auparavant réservé à la
symbolique de l'Etat, ou qui relevait du monopole des Églises,
est récupéré par le FN : le menhir breton, pupille
de la nation, soldat, symbole de la France d'avant se présente
comme le nouveau Moïse qui conduira les esclaves dans le pays promis.
Une symbolique religieuse est devenue disponible pour ce nouveau syncrétisme
politico-religieux du FN, qui n'hésite pas un instant à
en faire usage aux fins de sa propagande. Gérard
Janus
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