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Forum et Assises 2004

Federation Protestante de France
 

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Surmonter la violence : quelques actions et réflexions


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Assises de la Fédération protestante de France

Clermont-Ferrand. 8-10 octobre 2004

Message du pasteur Samuel Kobia

Secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises

 

Voir une interview du pasteur Samuel Kobia à l'occasion de la Journée de la Paix sur le site du COE

(vidéo en anglais)

 

Chers frères et sœurs en Christ,

Je vous apporte les chaleureuses salutations du Conseil œcuménique des Églises (COE), cette communauté fraternelle qui rassemble 342 Églises, dénominations et communautés ecclésiales dans plus de 100 pays différents et qui représente aujourd’hui plus de 550 millions de chrétiens dans le monde entier. Je vous transmets également ma profonde reconnaissance ainsi que celle de mes collègues de Genève et de toutes les Eglises membres du COE pour avoir choisi de vous associer à la Décennie «vaincre la violence » les Églises en quête de réconciliation et de paix, 2001-2010, en prenant comme thème de vos assises «surmonter la violence » contribuant ainsi par vos prières et vos réflexions au travail engagé par le Conseil œcuménique des Eglises.

Chacun d’entre nous ressent, dans sa vie quotidienne, la distance que nous avons prise, nous les femmes et les hommes, par rapport à la vision qui était, à l’origine, celle de notre Dieu Créateur en ce qui concerne l’Oikoumene - l’ensemble du monde créé. Le monde semble en effet avoir sombré dans une profonde spirale de violence au cours des mois et des années qui viennent de s’écouler.

Au moment où je m’adresse à vous aujourd’hui, il y a, dans le monde entier, des femmes, des enfants, des hommes qui subissent diverses formes de violence - terreur, sévices, torture, misère. Aujourd’hui, la paix semble bien loin, la violence nous entoure.

Pour nous qui sommes des gens de bonne volonté et des croyants, nous ne pouvons donc pas fermer les yeux sur cette réalité, et nous ne pouvons pas non plus désespérer : il est encore possible de croire à la force et à la promesse de la paix, d’une violence surmontée et vaincue, et de travailler à faire un autre choix que celui de la violence. Nous pouvons et nous devons envisager qu’un autre monde soit possible. Et nous pouvons agir en vue de transformer les sociétés dans lesquelles nous vivons. Il dépend de nous de transmettre la paix, de vaincre la violence, de construire la justice et de travailler à la réconciliation.

Je voudrais vous citer un texte emprunté à la lettre de l’apôtre Paul aux Éphésiens, chapitre 2, verset 14 à 17, on y trouve les bases d’une «communauté d’affection » - la véritable source du pouvoir et de la promesse de paix pour surmonter la violence :

« C’est [Christ] en effet qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité (…) il a détruit le mur de séparation, la haine. »

« Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances. Il a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix ; là il a tué la haine. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. 

Le discernement spirituel, ou la recherche de ce discernement, doit se situer au centre de notre action et de notre réflexion. De toute évidence, c’est ce qui nous distingue de nos alliés dans le combat politique, social, économique. Mais alors que nous lançons souvent des appels à la prière, il arrive parfois que notre propre vie de prière se perde dans le cadre du travail quotidien. Je voudrais cependant suggérer l’idée que le discernement spirituel est la clé de notre action de défense et de sensibilisation. Il faut que ce soit le fondement de nos paroles et de nos actes.

Je vous invite à réfléchir un instant aux trois dimensions du discernement spirituel qui doivent servir de fondement à nos efforts en faveur de la paix et pour surmonter la violence :

1. Le discernement spirituel nous donne de la force, de la conviction et le courage de résister aux réalités impitoyables du pouvoir. Le fait d’être en relation avec la parole de Dieu, et avec le Dieu qui est en chacun d’entre nous, nous donne la capacité de résister aux difficultés quotidiennes du travail pour la paix et la justice, en un temps où les forces favorables à la guerre et à l’oppression gagnent du terrain.

Mais soyons clairs sur ce que nous entendons par spiritualité. Pour moi, la spiritualité est de l’ordre d’un engagement fort ; avec Dieu, avec soi-même au plus profond, avec les autres, avec les questions importantes de la vie. « Être spirituel, ce n’est pas la même chose qu’être religieux. La religion concerne ce qu’on croit et ce qu’on fait. La spiritualité est relative à la qualité ; c’est une affaire de cœur. La religion trace des limites. La spiritualité lit entre ces lignes. Elle cherche à éviter les définitions, les frontières, les conflits. Elle inclut, elle globalise. Elle franchit les lignes de démarcation, elle établit des relations. Elle se caractérise par la délicatesse, la douceur, la profondeur, l’ouverture, le mouvement, le sentiment, la tranquillité, l’émerveillement, le paradoxe, l’être, l’attente, l’acceptation, l’attention, la guérison et le pèlerinage intérieur. » (Brian Woodcock)

D’ordinaire, le discernement spirituel demande engagement et discipline. Il y faut aussi du temps et de la patience. Du temps pour écouter Dieu, de la patience pour attendre le Seigneur. Et c’est, je le crois, du temps bien utilisé.

Une perspective spirituelle nous donne de l’espérance ; le courage d’espérer signifie que nous refuserons de considérer que ce que nous connaissons actuellement de la condition humaine a un caractère permanent.

2. En second lieu, le discernement spirituel nous permet de prendre du recul par rapport aux questions immédiates et d’avoir une vue plus large. Nous sommes tous tellement absorbés par des points particuliers que nous perdons parfois de vue les questions d’ensemble.

Il y a quelque chose qui ne va pas dans notre monde, et nous ne devons pas prendre de repos avant d’avoir remis les choses en place. Il est très grave que, en ce début de 21ème siècle, la fortune des trois personnes les plus riches du monde dépasse l’ensemble du PIB des 48 pays les moins développés. Avec ce genre d’inégalité, la situation est, sur le plan moral, terriblement grave.

La violence a plusieurs aspects, y compris celui de la pauvreté. La pauvreté dégrade la dignité et l’esprit de l’être humain. Croire en l’appel de Dieu à la vie en abondance signifie avant tout que l’on affirme le droit des pauvres à se libérer de leur condition humaine. Nous devons mener le combat pour exposer la voix des pauvres, pour les reconnaître comme acteurs de leurs propres luttes et leur permettre de prendre eux-mêmes leur défense, de dire leur histoire.

3. Troisièmement, un processus de discernement spirituel devrait nous permettre de retrouver une conception du pouvoir plus proche de l’Évangile, d’un pouvoir qui se fonde sur l’humilité, la non-violence, la prière. Le discernement spirituel oriente notre attention sur les questions importantes, il nous pousse à mettre en question les interprétations actuelles, à rechercher une réalité plus pénétrante qui donnera davantage de profondeur, de passion et de force de conviction à nos efforts.

Je tiens enfin à souligner que le don de l’esprit d’espérance est une source d’énergie pour les mouvements de la paix et de la justice, et à insister sur le fait que c’est dans le cadre de la communauté que l’esprit se révèle de préférence. C’est pourquoi tout travail pour la paix et la justice ne doit pas se contenter de se faire en faveur de la communauté quelque part dans le monde, mais doit également favoriser la vie de vos communautés ici même.

Les Églises constituent un réseau extraordinaire de chrétiens qui cherchent à suivre les valeurs de l’Évangile dans tous les coins du monde. Je vous invite à tendre la main à vos frères et à vos sœurs dans d’autres parties du monde, à écouter ce qu’ils ont à vous dire, leurs cris, leurs joies, et à faire passer ces espoirs et ces rêves dans les milieux du pouvoir en vue de leur réalisation effective.

Frères et sœurs, je vous appelle à prier pour qu’il y ai plus de paix dans notre monde fragile ! Priez les uns pour les autres ! Évitez la tentation qui consiste à travailler pour la justice et la paix sans enraciner ce travail dans le discernement spirituel et la prière. Et, dans votre travail et dans votre prière, prenez aussi le temps d’écouter.

Je vous remercie. Que Dieu vous bénisse dans votre travail au cours des jours qui viennent et continuons à travailler ensemble pour plus de paix et pour surmonter la violence!