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AU FIL DES SAISONS
Paru en 1971
Sommaire
L'intérêt que l'exégèse actuelle porte à l'étude de la théologie des auteurs synoptiques est devenu manifeste. De même, c'est une autre évidence, on constate que pour dégager les lignes maîtresses de ces diverses théologies, les chercheurs font largement appel aux méthodes de la Redaktionsgeschichte (Histoire de la rédaction). C'est dans ces perspectives que nous situerons nos travaux concernant Luc. Et pourquoi ?
Quand on se penche en effet sur l'?uvre de Luc, on a tôt fait de constater que ni l'évangile, ni le livre des Actes, ne sont de simples morceaux d'histoire juxtaposés. Derrière les récits et les enseignements se cache une ordonnance, une structure dont Luc, lui-même, nous avertit dès le prologue de son évangile : "J'ai décidé moi aussi, confie-t-il à son correspondant, après m'être informé soigneusement de tout depuis le début, d'écrire pour toi dans une suite ordonnée (kathexès)" (Lc 1, 3). Cette information soigneuse autant que cette "ordonnance" se comprennent dès l'instant où l'on ne cherche plus à isoler le travail de Luc d'un vaste mouvement d'ensemble : celui de l'Eglise apostolique, chargée d'annoncer la Bonne Nouvelle au monde. Luc n'écrit pas son ?uvre en marge de cette communauté chrétienne ; il l'envisage au contraire comme une contribution au travail missionnaire de l'Eglise dont il est et pour laquelle il vit. Dans cette mesure, il se refusera à n'être qu'un simple compilateur : "suite ordonnée" signifie pour lui non seulement agencement, mise en ordre des documents compilés, mais aussi mise en valeur du sens et de la portée du message révélé.
L'étude qu'on va lire est dans la ligne de ce que nous avons développé jusqu'à présent. Elle se situe donc au niveau de l'histoire de la rédaction lucanienne. C'est dire tout de suite les limites qu'elle comporte. Aussi invitons-nous le lecteur à confronter nos recherches à d'autres études se situant cette fois au niveau de l'histoire de la tradition. Parmi celles-ci, nous renvoyons volontiers au travail récent de H. Schürmann. La reconstitution de la tradition que l'auteur nous présente n'est pas la seule si sans doute la définitive. Elle a au moins l'avantage, en étant claire et précise, d'engager un débat très intéressant et de montrer la nécessaire complémentarité des méthodes en matière de recherches exégétiques.