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AU FIL DES SAISONS
Paru en 1972
Sommaire
L'épître de Timothée nous rappelle que Dieu "habite une lumière inaccessible " (I Tim 6, 16). Notre époque a bien conscience de ce caractère inconnaissable de Dieu. Mais qu'en est-il de cette autre affirmation biblique selon laquelle Dieu se fait connaître ? Sur quoi se fonde cette affirmation et quel en est son sens ?
Dans le présent article nous limitons notre investigation à un domaine précis : le livre d'Ezéchiel. Ce choix se légitime du fait que sur 947 des textes où nous rencontrons la racine du verbe "connaître", 99 se trouvent dans Ezéchiel. Après une étude de la forme des déclarations où le mot se trouve appliqué à Dieu chez le prophète et dans le contexte plus large de l'Ancien Testament auquel il appartient, il nous faudra en chercher les sources probables pour mieux saisir sa signification traditionnelle, puis celle qu'Ezéchiel lui a donnée, avant que la communauté chrétienne y trouve matière à confesser sa foi.
Le temps n'est pas éloigné où l'on voyait les prophètes comme des révolutionnaires individualistes donc la révélation jaillissait, telle une lave brûlante, des profondeurs de leur expérience personnelle et empruntait naturellement la forme poétique. D'où une tendance à rejeter comme inauthentique tous les passage en prose. C'est ainsi que Hölscher (1924) en était venu à éliminer les sept huitième du livre d'Ezéchiel. Les recherches récentes s'orientent dans une autre direction. L'on constate que les prophètes sont imprégnés, par un long usage, de formules et de concepts cultuels. L'on est amené à se demander si le prophète n'avait pas une fonction spécifique dans le culte israélite.
Il faut citer ici le nom de Gunkel dont les recherches ont ouvert la voie. Depuis lors plusieurs auteurs (Begrich, Köhler, Gressmann, Alt) ont montré l'enracinement du Deutéro-Esaïe dans le genre littéraire cultuel, en particulier dans l'oracle d'exaucement sacerdotal. Il est temps d'appliquer cette méthode de recherche au livre d'Ezéchiel. L'essai qui suit veut être une contribution à cette recherche.
Nous avons ici résumé et adapté un des chapitres les plus importants du grand commentaire d'Ezéchiel que W. Zimmerli nous a donné en le situant dans une réflexion qu'il a menée plus largement sur "la vie et la mort" chez le prophète. Pour cela, nous n'avons gardé que ce qui est propre à l'auteur, sans nous embarrasser de l'état des questions qu'il fait en passant, de la polémique soutenue avec tel ou tel, ou des hypothèses qui ne sont citées que pour être rejetée. Plusieurs des notes techniques pourtant très utiles ont également disparu, ainsi qu'un remarquable excursus sur l'esprit. Les suggestions herméneutiques finales ne nous ont pas non plus paru indispensables à la compréhension de l'exégèse. La paragraphe sur "vie et mort" résume l'étude plus générale parue en 1957 à ce sujet ; il vient éclairer encore le commentaire.
Est-il besoin de dire que ces pages ne seront utiles que si elles sont éprouvées à la lecture du texte d'Ezéchiel 37, 1-14, et, en ce qui concerne plus particulièrement l'inventaire des formes traditionnelles employées par le prophète, nourrie du minimum de comparaisons indiquées ?