Fédération protestante de France
Service Biblique

Accueil > Services > Service biblique

Pour nous contacter, passer commande :

FPF – Service biblique
47 rue de Clichy
75311 PARIS Cedex 09
01 44 53 47 10
fpf-bible@federationprotestante.org

 

AU FIL DES SAISONS

 

LA BIBLE AU QUOTIDIEN

 

LIENS

 

 

 

 

 

Cahier biblique n°24,
"Paul, un travail d'écriture"

Paru en 1985

Sommaire

Insérée entre deux apostrophes vives aux Galates, la séquence de Ga 1, 11 - 2, 21 fait un détour par le conflit surmonté à Jérusalem, ouvert à Antioche, et qui interpelle tout croyant. C'est le statut de l'institution qui se joue : centre de la censure ou source de communion ? Le statut surtout de l'Evangile : est-il reçu comme créateur de l'histoire, pouvant bouleverser la géographie, définir de nouveaux signes d'appartenance, assurer la liberté de vivre ?

Le discours de Paul à Antioche (Ga2, 14-21) permet à une démarche sémiotique de décrire les articulations de sens, comme un thème dont l'épître tout entière écrit les variations. La valeur de la loi s'y précise, par sa position sur un parcours orienté. Caractéristique de l'itinéraire juif, elle n'est ni origine, ni fin ; on ne peut s'y maintenir ni y revenir. Elle a une fonction de mort, structurante, entre un appel initial et un don qui ouvre à la vie.

La composition, le genre et le statut de la lettre paulinienne sont profondément tributaire de la rhétorique antique. L'épître aux Galates ne fait pas exception. Elle aussi met en ?uvre ce code culturel dont le redécouverte récente permet une lecture plus précise de la littérature paulinienne.

Né du désir d'informer les absents, le genre littéraire de la lettre est une création latine et non grecque. Avec Cicéron, qui écrit au gré de l'actualité et de sa fantaisie, la lettre offre une chronique de la vie publique et privée ; avec Pline le Jeune, moins spontanée, plus artistique, elle devient courte dissertation, avec Sénèque, méditation philosophique inspirée par la vie quotidienne.

Ce n'est pas l'interprétation de la croix comme sacrifice propitiatoire et substitutif procurant au pécheur le pardon de Dieu qui unit Paul à Jésus. Il s'agit là d'un élément du catéchisme judéo-hellénistique. En fait, Paul se montre le disciple le plus perspicace du Christ en ce qu'il comprend la Loi de Dieu et l'obéissance de l'homme de façon analogue à Jésus.

La littérature paulinienne est, pour l'essentiel, une littérature de combat. Si les dissidences doctrinales auxquelles se heurta Paul furent multiples et résistent à toute simplification abusive, un élément leur est néanmoins commun : le refus de la croix ou du moins la réduction de son importance.

La fracture existentielle qui est à l'origine de la foi de Paul est aussi l'événement structurant sa pensée théologique. Le texte autobiographique de Rm 7,7-13, puis sa géniale généralisation en Rm 2 en sont notamment l'expression. Théologie de la conversion, le modèle paulinien révèle ses limites dans le domaine éthique, en particulier dans l'appréciation de la Loi et de la responsabilité chrétienne dans le monde.

Selon Jean Delumeau, le Dieu de Luther parce qu'il est le Dieu de la justification par la foi seule est un Dieu justicier et terrible. L'étude de la foi paulinienne en la justification gratuite - qui nourrit la pensée de Luther - dément pareille hypothèse.