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AU FIL DES SAISONS
Paru en 1994
Sommaire
Il ne paraît plus possible, en l'état actuel de l'exégèse biblique, d'attribuer tout le livre d'Esaïe au prophète du même nom, pas plus qu'on ne peut parler d'un 'deutéro-Esaïe' totalement indépendant ou d'une 'école esaïenne' à laquelle son auteur aurait appartenu. C'est sans doute un rédacteur du temps de Néhémie qui a réuni les recueils d'oracles de deux prophètes très différents celui du VIIIème siècle et l'anonyme du temps de Cyrus en fonction de sa théologie de l'histoire. Le livre est le fruit d'un processus d'écriture qui s'étend sur plusieurs siècles ; il n'en a pas moins son harmonie.
Ces quelques versets qui ouvrent le Deutéro-Esaïe constituent un récit de vocation prophétique d'un genre nouveau. A la fois programmatique et structurant pour les chapitres qui suivent, l'appel qui s'y fait entendre ne s'adresse pas à une personne particulière, mais à toutes les voix prophétiques du peuple. 'Sous une puissante inspiration il vit la fin des temps et consola les affligés de Sion'. Si 48, 24
En Esaïe 40-48, l'utilisation de titres royaux comme 'oint', 'berger', 'serviteur' de YHWH, pour désigner Cyrus, le roi d'une puissance étrangère, étonne le lecteur et l'exégète. Le roi perse est présenté comme le vainqueur des nations, et le sauveur d'Israël et du monde. Cette image théologique positive de Cyrus, 'Messie de Dieu', se développe en deux phases, dont l'arrière-plan est mis en évidence. Ces passages servent à montrer que YHWH, le Dieu d'Israël, est unique et universel.
La plainte de celui qui attend de Dieu un secours qui ne vient pas appartient à la tradition d'Israël. Dans le livre d'Esaïe, le Dieu caché remplit plusieurs fonctions : figure du jugement et question sans réponse dans le premier Esaïe, le caractère caché de Dieu est compris comme la préparation de son intervention salvatrice dans le second Esaïe ; il exprime enfin l'impatience devant un salut qui tarde dans le troisième Esaïe.
La catastrophe de l'Exil allait entraîner chez les Israélites des conséquences sur leur foi. C'est alors que, dans un effort de redéfinition, l'on voit surgir des confessions monothéistes, notamment dans le deuxième Esaïe (Es 40-55). Mais cette redéfinition devait tenir compte des tensions internes du judaïsme. La Golah a valorisé un mythe d'origine 'exodique' (Egypte, Exode), tandis que le peuple resté dans le pays s'est référé à une tradition 'patriarcale, ou 'généalogique' (Abraham, Jacob). Les énoncés sur l'unicité de YHWH s'accompagnent donc d'une réflexion sur le rassemblement. Es 41,8 et Es 51, 1-11 sont des textes témoins de cette volonté de réconciliation.