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AU FIL DES SAISONS
Paru en 2001
Sommaire
L'écriture généalogique est une forme d'écriture non pas rigide mais au contraire très fluide grâce à laquelle on peut construire un discours particulier. C'est vrai des généalogies anciennes, celles de la Bible hébraïque, mais aussi des généalogies nouvelles de Jésus dans Mathieu et Luc. Si la fonction première de la généalogie est normalement d'établir la filiation, elle peut aussi dire exactement son contraire, à savoir l'élection.
Cet article prend pour objet les différentes marques de présence des Écritures (références, citations, allusions) dans l'Évangile de Matthieu avec une attention particulière portée aux citations d'accomplissement. Commentaire du narrateur, ces dernières fonctionnent comme double interprétation du récit de la vie de Jésus et des Écritures. Dans le contexte de la rupture avec la Synagogue, Matthieu opère ce travail de tissage pour faire comprendre aux membres de sa communauté judéo-chrétienne comment l'envoi vers les nations était en germe dans la vie de Jésus et comment dans cette nouveauté les anciennes prophéties trouvent le chemin de leur accomplissement.
Les catégories linguistiques de mimesis et d'anamnesis mettent en évidence la manière dont l'auteur de Luc-Actes fait appel à l'Ancien Testament, tantôt de façon déclarée, tantôt beaucoup plus allusivement. Les outils de l'analyse narrative, quant à eux, aident à déceler quelles visées Luc assigne à cette utilisation de l'Écriture : en recourant à l'ambivalence sémantique, Luc espère se faire comprendre tant d'un public juif que païen d'origine ; il manifeste aussi son désir de permettre au lecteur d'acquérir une compétence, et de le rendre ainsi participant actif et impliqué dans l'acte de lecture. Quelques textes-clé (Lc 1-2 ; Lc 4, 16-30 ; Ac 10-11 ; ect.) supportent la démonstration.
Si vous ne croyez pas à ces écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? (Jean 5,47)
L'interprétation théologique du IVe Évangile dépend pour une large part de la manière dont on envisage sa relation avec l'Écriture. Or, il n'est pas aisé de repérer les diverses formes de présence de l'Écriture dans le IVe Évangile, en particulier les allusions. D'où des appréciations divergentes, voire opposées.
Cet article se propose d'examiner les passages de l'Évangile où la présence de l'Écriture est évidente, à savoir les citations, qui sont repérables grâce à des formules d'introduction. Dans cet examen forcément rapide, l'attention se porte surtout sur la manière dont l'évangéliste s'approprie l'Écriture et l'insère dans son écrit.
Le IVe Évangile est une méditation sur la personne et la destinée de Jésus sous la forme d'un drame qui s'achève et culmine à la croix et dans lequel s'accomplit le dessein salvifique de Dieu. Les citations de l'Écriture, qui se trouvent essentiellement dans des propos de Jésus et des réflexions de l'évangéliste, sont mises au service de ce projet dramatique et théologique.
La révélation du Ressuscité a bouleversé et définitivement réorienté l'existence du pharisien Paul. Or, il rend compte de son expérience et de sa mission nouvelles en puisant dans sa culture juive ; c'est aux Écritures juives, ce que nous appelons l'Ancien Testament, qu'il emprunte le vocabulaire, les citations, les traditions d'interprétation pour tenter de dire l'inouï du salut en Jésus-Christ. C'est exprimer la rupture en termes de continuité. Paul convoque des éléments de l'histoire d'Israël, mais il refuse d'y voir une histoire de salut. Tout est relu à partir du Christ, devenu l'unique clé d'interprétation des Écritures Et la figure d'Abraham, évoqué comme type du croyant, devient en Christ contemporaine des chrétiens issus du paganisme et désormais également bénéficiaires de la promesse.
La foi chrétienne est fondée sur un événement historique situé dans une tradition . Le rapport entre l'événement dont rend compte le Nouveau Testament et la tradition vétérotestamentaire prend la forme d'une fécondation réciproque dans la continuité, mais aussi dans une reprise paradoxale. Cette herméneutique, fondée elle-même sur la mort et la résurrection de Jésus le Christ, est en rupture par rapport aux traditions de lecture juives auxquelles elle emprunte néanmoins beaucoup de traits.