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Extraits du BIP 1499 du 1er au 15 juillet 2000

 


PERSONALIA

Marianne CARBONNIER-BURKARD vient d'être élue par ses pairs, doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris, où elle enseigne l'histoire moderne.

Le pasteur Jean-Paul HUMBERT, 53 ans, succède au pasteur Antoine PFEIFFER à la présidence de l'Eglise réformée d'Alsace et de Moselle (ERAL) pour un mandat de trois ans. Il avait en charge la paroisse du Bouclier à Strasbourg (cf. Vie des Eglises).

Le nouveau président de Chrétiens & Sida est Jacques GRADT, pasteur de l'Eglise réformée de France et aumônier régional des prisons pour Paris. Cette association réfléchit aux questions de fonds liées au sida et accompagne et soutient les malades et leur entourage.

 


VIE DE LA FEDERATION

 


A propos de la législation anti-secte

Dans son édition du jeudi 6 juillet 2000, l'hebdomadaire Témoignage Chrétien (15FF, Tél. : 01 44 83 82 82) dans le cadre de sa rubrique «Le journal des débats» a sollicité la députée Catherine Picard, rapporteuse de la proposition de loi sur la prévention et la répression des sectes, et la Fédération protestante de France (FPF) à propos de la législation anti-secte. Voici la contribution de la FPF.

Le premier problème qui se pose face aux «sectes» est de bien cerner l'objet du combat à mener, c'est-à-dire celui de la définition juridique de ce qu'est une «secte». En effet, cette définition n'est jamais abordée franchement et l'on parle souvent de mouvements, de groupements, d'associations «à caractère sectaire». C'est à dire que l'on s'en réfère à des comportements, à des présomptions d'attitude, alors que le juge, pour poursuivre, condamner et punir, doit s'en tenir à des faits, à des actes susceptibles de constituer des délits. Sinon, l'on risque d'introduire une police de la pensée : la puissance publique est amenée à définir ce qu'il faut penser ou croire, ce qui pourrait porter atteinte à la liberté de pensée et aux libertés fondamentales.

La définition de la secte en soi apparaît juridiquement impossible. En effet, les termes de sectes, de schisme, d'hérésie, ont toujours été utilisés de façon négative, par rapport à une norme. Qui fixe la norme religieuse en régime de séparation des Eglises et de l'Etat ? On pourrait dire que l'on est toujours la secte d'un groupe dominant : le christianisme a d'abord été une secte juive, le catholicisme est considéré comme une secte en Chine, les mouvements réformateurs dans toutes les religions ont été rejetés, voire persécutés, en tant que sectes, et au XVIIIème siècle, on dénonçait la secte voltairienne...

Les spécialistes des sciences sociales, que l'on aurait pu appeler à la rescousse, ne parviennent pas non plus à se mettre d'accord sur une définition, tandis que les sociologues ont une approche plus descriptive et considèrent les sectes comme un "idéal type" face aux Eglises, en refusant de leur appliquer toute connotation péjorative. Ce flou vient encore d'apparaître plus clairement : alors que les rapports parlementaires et les documents de la Mission interministérielle de Lutte contre les Sectes dénoncent les Témoins de Jéhovah, le Conseil d'Etat vient de leur accorder l'exonération fiscale, c'est-à-dire la grande capacité juridique des associations cultuelles...

Ces remarques ne visent pas, au contraire, à nier que des délits puissent être commis par des mouvements et des associations à caractère philosophique, politique, religieux ou autres... Mais il s'agit alors de délits caractérisés, tels que les troubles à l'ordre public, l'exercice illégal de la médecine, l'homicide volontaire ou involontaire, le proxénétisme ou l'extorsion de fonds. Ces délits peuvent être le fait d'individus, membres d'une association, ou avoir un caractère collectif, ce qui permet alors de poursuivre une personne morale. Il est du devoir du ministère public de poursuivre ces délits et, si certaines associations criminelles ont bénéficié de complaisances, si le laxisme de l'Etat a favorisé leur infiltration ou leur puissance conduisant à des actions délictueuses, il s'agit d'un problème politique et non législatif.

Les actes délictueux que l'on reproche à certains mouvements qualifiés de sectaires peuvent en réalité tous être dès à présent poursuivis ; il n'est pas besoin de modifier pour cela notre ordre juridique, ni d'instaurer une législation spécifique contre des mouvements mal définis, sous peine d'édifier une législation d'exception, toujours dangereuse pour la démocratie. En effet, le principal reproche que l'on adresse à la législation actuelle, c'est qu'elle ne permettrait pas de poursuivre les personnes morales, dans leurs agissements et dans leur propagande contraires aux lois de la République. Ce n'est pas exact : le juge peut tout à fait condamner un mouvement pour mener des propagandes diffamatoires, racistes... tandis que la dissolution d'associations terroristes ou hostiles à la démocratie est tout à fait possible actuellement.

Pour poursuivre les mouvements à caractère sectaire dans leurs actions délictueuses, on cherche à s'appuyer sur les notions de «manipulation mentale», de viol psychique, de pression psychologique... Ce sont des concepts psychiatriques flous qui risquent de soulever devant le juge des querelles d'experts et qui peuvent s'appliquer à bien d'autres cas. On sait, par exemple, que la guerre psychologique est d'abord menée par des Etats.

Tout mouvement politique, par exemple, qui fera de la propagande pourra être accusé par son adversaire de «manipulation mentale». On voit tous les risques de déviation pour la démocratie, et de perversion du débat politique...

A partir d'intentions louables, celles de protéger les individus souvent les plus faibles, contre une mise en condition, pouvant conduire à des délits aliénant la liberté individuelle et mettant en cause la démocratie, on risque d'aller à l'encontre du but recherché. Faute d'avoir défini ce qu'est une «secte», l'objet du délit, une législation spécifique antisecte peut porter atteinte aux libertés fondamentales : liberté de conscience, liberté de pensée, liberté d'expression...

En s'appuyant sur un concept flou comme la «manipulation mentale», on peut mettre en cause, non seulement des mouvements philosophiques ou religieux, mais des mécanismes fondamentaux de notre société, de la propagande politique à la publicité, dont l'action et le fonctionnement sont déjà bien encadrés par la loi. Notons que cette suspicion pourrait atteindre de très nombreux mouvements, comme la franc maçonnerie : pour répondre par avance à ces critiques, la grande Loge Nationale de France a dû utiliser toute une page du Monde ! Plus généralement, le risque est d'amener l'Etat à définir ce qu'il faut croire et penser, à instaurer un «religieusement correct», et une police de la pensée. Ne cherchons pas à copier les Etats qui ont une législation antisecte - ce sont tous les plus dictatoriaux et les plus réactionnaires...

Le protestantisme français a toujours affirmé son attachement à la République et à la laïcité. Il ne peut manquer de s'inquiéter de toute proposition, qu'elles qu'en soient les motivations, qui viserait à remettre en cause les libertés fondamentales et qui amènerait l'Etat à combattre des croyances, définies a priori comme illégitimes, et qui susciterait une suspicion générale à l'égard de tout mouvement philosophique ou religieux. Si c'est aux fruits que l'on peut reconnaître la valeur d'une association ou d'un mouvement religieux, c'est seulement aux délits commis éventuellement par des groupements religieux qualifiés de «sectaires» que l'on doit s'en prendre. Nous faisons confiance pour cela à nos lois et à nos institutions. Toute autre attitude constituerait un aveu de faiblesse ou un soupçon de complaisance, à l'encontre de la République, ce que nous ne saurions envisager.

Pasteur Jean-Arnold de Clermont,
Président de la Fédération protestante de France.

 


VIE DES EGLISES

 


Synode de l'Eglise réformée d'Alsace et de Lorraine (ERAL)

Le synode de l'Eglise réformée d'Alsace et de Lorraine (Eral), réuni à Strasbourg, les 17 et 18 juin 2000, a élu le nouveau président du Conseil synodal. Le pasteur Jean-Paul Humbert succède au pasteur Antoine Pfeiffer.

Le pasteur Antoine Pfeiffer, président sortant du Conseil Synodal, a introduit la session synodale par un message qui reprenait les éléments essentiels du rapport de la commission de nomination. Ce rapport triennal s'efforce d'établir un bilan contrasté de la situation de l'Eral. Antoine Pfeiffer estime qu' «être délégué au Synode, c'est participer à la construction de l'Eglise sous l'autorité de son chef». Il souligne la complexité des tâches assumées par le président : présence sur le terrain, administration, représentation auprès de divers organismes d'Eglises et de la société civile... Deux questions dominent ce rapport et les enjeux de cette session du Synode : comment associer l'ensemble des membres de l'Eral aux débats et aux décisions à prendre ? Comment envisager «la création d'une Eglise unie d'Alsace et de Lorraine» ? Traduisant une large aspiration partagée par les membres des deux Eglises protestantes d'Alsace et de Moselle et de leurs instances dirigeantes, Antoine Pfeiffer affirme que «cette unité est attendue par le peuple de nos Eglises. Elle dynamisera, j'en suis persuadé, la visibilité du protestantisme dans notre région».

Trois candidats se présentaient à la présidence du Conseil synodal : Geoffroy Goetz, Freddy Vanweddingen et Jean-Paul Humbert. C'est celui-ci qui a été élu. Jean-Paul Humbert est né le 10 décembre 1946 à Genève. Il est marié et père de 4 enfants. Après des études de théologie à Genève (Suisse) et à Aberdeen (Ecosse), il a été ordonné pasteur le 13 octobre 1974 à Genève. Il a enseigné le français en Côte d'Ivoire pendant deux ans et l'Ancien Testament à l'Ecole de Théologie de Porto-Novo au Bénin pendant 3 ans. Il a été successivement pasteur à Châteleine (Suisse), à Lézan, à Briançon et, depuis 1989, à Strasbourg, à la paroisse du Bouclier.

Le nouveau président du Conseil Synodal de l'ERAL est élu pour un mandat (renouvelable) de trois ans.

Après son élection, le nouveau président du Conseil synodal a fait la déclaration suivante : «A l'aube du troisième millénaire, le christianisme est appelé à une remise en question fondamentale ; il est appelé à réussir une nouvelle synthèse culturelle. Après celle de l'Antiquité, celle du Moyen-Age, celle de la Réforme, le monde comme l'Eglise attend une Parole de Dieu, une parole forte, en prise avec les questions concrètes de nos contemporains, une parole qui responsabilise et considère les gens comme des adultes. Il s'agit de nous tourner tous ensemble avec courage vers le Dieu vivant afin de placer toute notre confiance dans sa Parole créatrice. Si elle veut rester fidèle à son identité, l'Eglise Réformée d'Alsace et de Lorraine ne doit pas placer son espoir de survie ou de reconquête dans les uvres toutes humaines d'une bonne gestion, mais elle est appelée aujourd'hui plus que jamais à ne fonder son espérance que dans la foi seule.»

Le nouveau Conseil synodal élu se compose des personnes suivantes : Jean-Louis Gindensperger (vice-président), Philippe François, Georges Rempp, Raymond Wagner, Etienne Warnery et Frédéric Wennagel. Il a été installé dans ses nouvelles fonctions au cours d'un culte en l'église Saint-Paul de Strasbourg. Le Trésorier délégué sera nommé ultérieurement. Le rôle essentiel du Conseil synodal est de mettre en oeuvre les décisions du Synode et de gouverner l'Eral entre les sessions synodales. Les présidents des quatre consistoires de l'Eral y sont régulièrement invités.

Le Synode a procédé au renouvellement de l'équipe des Visiteurs synodaux, des Commissions et des délégations auprès de divers organismes d'Eglises.

Sur la base des débats portant sur les rapports présentés au Synode et sur le message d'Antoine Pfeiffer, quatre axes de travail ont été confiés par le Synode au nouveau conseil synodal : la synodalité, les relations de l'Eral avec les autres Eglises et notamment l'Ecaal (Eglise de la Confession d'Augsbourg), la situation du corps pastoral et la présence de l'Eglise au monde.

Le Synode a adopté le budget présenté par son Trésorier, Pierre-Michel Rinckenberger. Il a exprimé sa vive reconnaissance à chacun des membres du Conseil synodal sortant, notamment Antoine Pfeiffer, Guy Volk (vice-président), Pierre-Michel Rinckenberger ainsi qu'aux deux secrétaires du bureau synodal.

La prochaine session du Conseil Synodal aura lieu le samedi 18 novembre 2000 à Mulhouse (Haut-Rhin). L'Assemblée Commune réunissant le Synode de l'Eral et le Consistoire Supérieur de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg (Ecaal) se tiendra les 18 et 19 novembre 2000 à Mulhouse. (Richard Gossin)

Le Synode a adopté deux voeux :

VOEU N°1 :

VOEU N°2 :

Message du Président du Conseil Synodal de l'Eglise réformée d'Alsace et de Lorraine

Monsieur le Modérateur, chers Amis,

Nous voici réunis pour faire route ensemble pendant deux jours. Au nom du Conseil Synodal sortant, je souhaite la bienvenue à ceux et celles qui participent pour la première fois au Synode, après le renouvellement des consistoires, et j'espère que les " vieux routiers " qui sont familiers de nos rencontres annuelles sauront transmettre la flamme synodale aux nouveaux, afin qu'ils puissent vraiment vivre leur présence à ce synode comme un ministère au service de l'Eglise de Jésus-Christ.

Etre délégué au Synode, c'est
Participer à la construction de l'Eglise sous l'autorité de son seul chef

Nous allons débattre ensemble, nous allons discuter, échanger, prendre des décisions pour le présent et l'avenir de notre église, chacun en son âme et conscience. Dans un Synode, il n'y a pas de mandat impératif. Cela signifie qu'aucun de nous n'intervient ou ne vote selon des ordres qui lui auraient été donnés. Nous ne sommes pas réunis pour défendre les intérêts de quelques-uns uns ou d'un groupe, comme un élu est tenu d'appliquer les consignes données par son parti. Cependant, nous n'existons pas au-dessus ou à côté de nos églises locales ou de nos consistoires. Dans nos paroles et nos réflexions, il y a les membres de cette partie du corps du Christ que nous formons en ERAL : tous les visages qui constituent nos paroisses, toutes les pierres vivantes de l'Eglise qui la font vivre jour après jour et qui l'incarnent. Sans eux, l'Eglise n'existe pas et c'est à eux que nous pensons tout au long de nos débats. C'est avec eux que nous sommes face à Dieu et appelés par lui pour être témoins de l'Evangile. Certes, nos paroisses et nos assemblées élisent des conseils, les conseils délibèrent, votent, élisent des délégués, mais il faut rappeler que le Chef de l'Eglise n'est pas élu à la majorité. Notre ministère s'inscrit dans son service et chaque ministère, aussi celui de membre du Synode, s'exerce dans la soumission à Celui qui s'est fait le serviteur de tous.

L'Eglise dont nous sommes une partie n'est ni une association de semblables, ni une équipe de copains, ni une entreprise où l'on fait carrière, ni un club où l'on soigne ses relations mondaines, mais elle est le lieu où des hommes et des femmes, laïcs et pasteurs, tous serviteurs, sont convoqués et envoyés par le Christ, le lieu appelé à planter dans ce monde quelques graines du Royaume.

La route de communion d'un Synode est dans cette tension entre chacun de nous, seul devant Dieu (coram Deo) et les nombreux visages de la grande famille que nous formons. Le Synode n'incarne pas le pouvoir dans l'Eglise, mais il est, dans notre fonctionnement ecclésial, un lieu dont la fonction est d'aider les églises locales à vivre et à témoigner, un lieu qui renforce la solidarité entre elles, un lieu de partage de leurs richesses, en vue de leur édification et de leur mission. C'est pourquoi, avant chaque décision que nous allons prendre, j'invite chacun à se poser la question : ma décision va-t-elle construire l'Eglise de Jésus-Christ, et mon église en particulier ?

Reconnaissance

Sur la route que nous traçons ensemble, à la suite de ceux qui nous ont précédés, je voudrais évoquer avec reconnaissance quelques pèlerins, frères et soeurs qui ont cheminé avec nous et nous ont quittés depuis l'année dernière : Georges Bordreuil, Christian Bornèque, Marcel Dentz, Henri Recolin. Je voudrais évoquer aussi André Benoît, Jean-Pierre Monsarrat. Nous portons aussi dans notre amitié notre frère et notre soeur Aimé et Jenny Royet, marqués récemment par un deuil cruel.

Au moment où mon dernier mandat s'achève, permettez-moi de dire personnellement ma reconnaissance aux 4 équipes du Conseil Synodal qui se sont relayées au cours des 12 années de mon ministère. J'aimerais remercier tout particulièrement les deux derniers vice-président et trésorier-délégué qui ont offert leur temps et leurs talents : Guy Volk et Pierre-Michel Rinckenberger.

Avec vous, j'exprime la reconnaissance de notre église à tous nos frères et soeurs, pasteurs ou laïcs, qui se sont investis au cours de ces trois dernières années (au Conseil Synodal, en tant que visiteurs synodaux ou présidents de consistoires, dans les commissions et délégations de notre église) et qui ont décidé de rendre maintenant d'autres services.

Je pense particulièrement à Rolf Martin, trésorier du Consistoire de Mulhouse et membre de la Commission des Finances.

Certaines courses se sont achevées, certaines routes vont se séparer. Mais elles s'inscrivent toutes dans LA route que le Seigneur nous a tracée et sur laquelle il nous promet sa présence.

Le ministère qu'il m'a été donné de vivre parmi vous a été passionnant. J'ai vécu avec les dons que j'ai reçus, avec ma personnalité et mon caractère. J'ai essayé de l'exercer avec humilité, dans le partage et la transparence. Je l'ai vécu avec joie, malgré la lourdeur de la tâche. Je remercie le Seigneur pour la force qu'il m'a donnée tout au long de ces années, je rends grâce pour la fidélité de la prière de beaucoup qui a accompagné ce ministère. Je demande pardon à ceux que j'ai pu blesser et à ceux qui n'ont pas trouvé chez moi l'écoute ou le soutien qu'ils espéraient. Je ne fais pas la comptabilité des visites que j'ai effectuées, ni des contacts que j'ai pu avoir avec les églises locales. Je sais qu'ils sont toujours insuffisants, comme le sont les visites pastorales aux membres de nos paroisses.

Entre les tensions et les conflits, les nombreux problèmes que nous avons essayé de résoudre ensemble, j'ai eu le privilège de partager beaucoup de richesses qui existent dans nos paroisses : humaines, spirituelles, matérielles. Les fidélités que j'ai pu rencontrer m'ont rendu plus optimiste que bien des passages du rapport de la Commission de Nominations. Comme les moments forts et lumineux de tout ministère, elles m'ont porté dans mes fatigues, mes lassitudes ou mes inquiétudes par rapport à l'avenir de notre église, ma famille, qui me nourrit et que j'aime. J'ai été heureux dans ce ministère et, comme le serviteur inutile, je dépose ces années en tournant la page et en disant merci à mon église et ... bonne route.

Vous avez reçu plusieurs rapports pour cette session du Synode, en particulier le rapport de la Commission de Nominations nommée en juin 1999. Nous remercions les 6 membres de cette commission pour le travail considérable qu'ils ont fourni à la suite de tous les contacts qu'ils ont eus.

Quelques tâches du ministère du président

La Commission de Nominations n'est pas tombée dans le piège du portrait-robot du président parfait. Tout le monde sait d'ailleurs que celui-ci n'existe pas. Elle donne cependant quelques indications sur les priorités de ce ministère.

A partir de mon expérience, j'aimerais dire à celui que vous choisirez les domaines dans lesquels l'investissement du président me semble nécessaire :

Sur tous ces points concernant les engagements du président, les conseils de déléguer au maximum les tâches aux membres laïques du Conseil Synodal ou à d'autres sont utiles, encore faut-il trouver les personnes intéressées et disponibles.

Du défoulement à l'édification

La Commission de Nominations constate avec regret que ces rapports triennaux «permettent un défoulement, mais ne servent guère». Comment faire de ce défoulement quelque chose de constructif ?

Le Conseil Synodal a voulu que nous nous prenions suffisamment de temps à ce Synode pour examiner les rapports, afin que nous puissions aller plus loin que le défoulement et élaborer, comme le souhaite le rapport de la Commission de Nominations, quelques orientations pour l'avenir, à reprendre par le nouveau Conseil Synodal. Nous n'avons jamais été à court d'idées dans nos Synodes, mais je pense que nos méthodes de travail, notamment les articulations nécessaires entre Synode, Conseil Synodal et Consistoires, ne sont pas encore suffisamment solides pour créer une bonne vie synodale. Je décèle dans le rapport de la Commission de Nominations un souhait dans ce sens. Nous sommes conscients que la vie synodale de notre église ne se réduit pas au seul Synode convoqué une fois par an. Elle s'élabore dans la communication et le dialogue constants entre les conseils presbytéraux, les consistoires, les pasteurs, le Conseil Synodal et le peuple de l'Eglise, dans la soumission commune au témoignage des Ecritures. Je souhaite au nouveau Conseil Synodal de pouvoir orchestrer ce dialogue, avec le Synode qui n'est pas d'abord un organe de gestion, mais qui doit donner les impulsions à partir des réflexions théologiques et ecclésiologiques élaborées avec le plus grand nombre.

Depuis 1994 où nous sommes revenus à la composition du Synode prévue par la loi, on regrette les synodes qui rassemblaient pratiquement toutes les paroisses de l'ERAL. Il est vrai que ces synodes renforçaient le sentiment d'appartenance de tous à un corps, à une famille. Nous constatons aussi que les rencontres des journées de l'ERAL n'ont pas comblé le déficit ressenti. Je pense qu'après ces premières expériences, il faudra mieux articuler les différents éléments de notre vie synodale, en particulier entre le Synode, le Conseil Synodal et les Consistoires, pour éviter l'émergence de ce que le rapport de la Commission de Nominations appelle des «baronnies» consistoriales. Je pense aussi que le retour à la composition initiale du Synode implique une responsabilité beaucoup plus grande pour chaque délégué au Synode, chargé d'être en amont et en aval une courroie de transmission entre le niveau local et le niveau synodal. (Il suffit d'appliquer la décision n°4 du Synode d'Altkirch (1996) : «Les délégués synodaux sont chargés d'informer les paroisses de la vie synodale par le biais de visites, des assemblées consistoriales, des pastorales ou d'autres rencontres. Les présidents des Consistoires veillent à ce rôle selon la disponibilité des délégués.»). Je pense aussi que la réflexion sur les visites synodales (travail demandé par le Synode d'Altkirch l'année dernière) et sur le rôle des visiteurs pourra dynamiser la vie synodale.

Sur le plan du calendrier, il faudrait aussi vérifier le changement qui a été introduit en 1994 : Synode de deux jours en juin et Synode financier d'une demi-journée précédant l'Assemblée Commune ERAL-ECAAL en novembre. Personnellement, je crois que la formule est bonne.

Le rapprochement en vue de la mission commune

Ceci m'amène à aborder les questions soulevées dans le rapport de la Commission de Nominations sur ce qu'on appelle le «rapprochement» ERAL-ECAAL. Je n'aime pas ce terme, car il sous-entend que le rapprochement est une fin en soi. Or, l'horizon vers lequel nous devons tendre est celui qui nous est donné par le Seigneur : la mission commune de nos deux églises dans notre région.

Bien avant ma première élection en 1988, notre église a fait le choix d'entrer délibérément dans cette mission commune. Il faut rappeler ici la décision synodale de Nilvange en 1980, reprise au Synode de Thionville en 1991 décisions que nous n'avons pas prises à la légère. (Les deux décisions ont été prises en Moselle ! Etonnant, non ?) Peut-être ai-je fait une mauvaise lecture du rapport de la Commission de Nominations sur ce sujet, mais j'ai l'impression que l'on repose encore aujourd'hui la question du bien-fondé de ce choix «délibéré». L'affirmation du rapprochement perçu comme «la danseuse du président» m'attriste, car, d'une part, je n'ai fait que m'inscrire dans le mouvement que nous avons décidé ensemble et d'autre part, je crois que, parmi les Eglises protestantes d'Europe qui ont signé la Concorde de Leuenberg, nous sommes parmi les rares à essayer de concrétiser dans une même région l'unité que nous reconnaissons sur le plan théologique par la communion dans le service et le témoignage. J'ai moi-même insisté pour que l'information sur toutes les missions de nos services communs soit donnée l'année dernière à tous les membres de nos consistoires, afin que toutes nos paroisses connaissent le travail accompli en notre nom dans les nombreux domaines complémentaires aux missions paroissiales.

Pour le moment, nos missions communes sont portées essentiellement par nos services communs. Les Assemblées Communes et le Conseil Commun ERAL-ECAAL donnent les impulsions et organisent ces missions. Nos services ne sont pas, comme je l'ai entendu récemment, des administrations ou des bureaux de fonctionnaires au Quai St Thomas, mais des présences quotidiennes sur des «terres de missions» de l'Eglise : des centaines d'écoles, de collèges et de lycées, des dizaines d'aumôneries d'hôpitaux, de maisons de santé et de retraite, des prisonniers visités, en notre nom, des émissions de radios, des contacts permanents avec les médias, sans parler de l'animation missionnaire ou biblique ou des rencontres et formations nombreuses pour les jeunes couples et les enfants. Je trouve qu'il est dommage que la Commission de Nominations n'ait pas interrogé les responsables des services pour leur demander leur avis, la manière dont il vivent leur ministère et leur vision de l'avenir de notre unité.

Il est vrai que les outils que nous avons mis en place pour assurer toutes ces missions sont trop compliqués et que la gestion de ce travail prend beaucoup de temps et d'énergies. Nous avons, au cours de cette première phase «empilé» des structures. Le temps de simplifier est venu maintenant. Je pense que cela ne pourra se faire que par la création d'une Eglise unie d'Alsace et de Lorraine. Cette unité est attendue par le peuple de nos églises. Elle dynamisera, j'en suis persuadé, la visibilité du protestantisme dans notre région. Quelles sont les intentions de nos candidats au Conseil Synodal sur ce plan ?

La culture ecclésiale : un outil pour le culte que nous rendons à Dieu

Comment cette unité se fera-t-elle ? La petite ERAL, église minoritaire, craint le modèle de la «fusion - absorption»courant dans le monde économique. C'est tout à fait compréhensible. Ce modèle-là ne garantit pas le maintien de nos cultures ecclésiales respectives auxquelles chaque partenaire est attaché de par son histoire et sa conception de l'Eglise. Certes, nos spécificités et nos cultures ecclésiales font partie de notre identité, mais à force d'affirmer avec les Corinthiens «moi, j'appartiens à Paul et moi je suis d'Apollos», à force de cultiver nos cultures, nous risquons d'étouffer l'essentiel : le grain que nous devons semer aussi longtemps que nous existons encore. A force de nous sentir bien au chaud entre nous, nous risquons d'oublier notre mission (statistiquement le nombre de membres de l'ERAL a diminué de 25 % en 20 ans)

Pour ma part, je fais confiance à la confiance que nous vivons depuis des années entre nous et j'invite notre église à attendre sereinement et avec espoir le rapport de la «Commission des Sages», chargée de proposer à nos églises des modèles possibles d'unité. Pendant ce temps, rien ne nous empêche d'élaborer ensemble des projets aux niveaux local ou sectoriel ou de rendre visible notre communion au moyen de ce que nous pouvons réaliser avec nos partenaires de l'ECAAL ou par délégation. Beaucoup, d'ailleurs, n'ont pas attendu que l'on décrète l'unité pour la vivre quotidiennement. Dans le souci justifié du risque d'abandon de notre «culture ecclésiale», essayons surtout d'éviter les replis identitaires et de confondre nos spécificités avec l'Evangile. Ils ne feraient qu'empoisonner le témoignage que nous sommes appelés à rendre ensemble. Nous sommes d'abord au service de Jésus-Christ et nos cultures ecclésiales ne sont que des outils de ce service. Un couple qui décide de vivre ensemble ou de se marier a-t-il tout réglé dans les moindres détails dès le premier jour ? Certainement pas. Il s'engage dans l'aventure, confiant dans la dynamique qui l'unit.

Visibilité et grains de sel

J'aimerais illustrer ce qui précède par une réponse au regret constaté par la Commission de Nominations au sujet de l'absence de l'ERAL dans le processus du projet d'Eglise de l'ECAAL. Cette absence ne signifie pas que nous n'ayons pas de projets «capables de mobiliser la base». Nous avons choisi de nous associer au projet «Débat 2000 - 2000 Débats» initié par l'ERF et je ne pense pas qu'une décision synodale disant à tous «voilà le projet que tout le monde doit mettre en route» transforme automatiquement cette décision en application par tous et transforme ce projet en projet de toute l'Eglise. Le projet «Débat 2000 - 2000 débats» me semble plus proche de notre culture ecclésiale, mais il rejoint, à mon avis, les préoccupations du projet d'Eglise de l'ECAAL : sortir des murs et de la simple aumônerie de nos fidèles pour affirmer nos convictions dans les débats de société, oser participer à la construction de la société, sans imposer nos convictions. Nos communautés peuvent et doivent être visibles. Elles sont appelées à se montrer, à se manifester, à se faire entendre de nos contemporains qui attendent une parole qui donne un sens à leur existence et des repères dans un monde inquiétant.

Il n'est pas facile, par exemple, d'affirmer aujourd'hui, dans une société fondée sur la performance individuelle, que notre identité nous est donnée par un Autre. Il n'est pas facile d'affirmer, dans un monde fait d'égoïsmes individuels ou collectifs, que «partager, c'est vivre». Il n'est pas facile d'affirmer que la présence de l'étranger et la rencontre avec lui m'enrichit. Il n'est pas facile de dire aujourd'hui que «Tout est permis, mais tout n'est pas utile». Pourtant, l'annonce de l'Evangile est à ce prix.

Le projet d'église n'existe que dans la mesure où les églises locales sont entraînées dans le projet de Dieu et rendent son projet visible. Peu importe qu'il se nomme projet d'Eglise ou 2000 débats, l'essentiel est la priorité donnée à l'annonce de l'Evangile par la rencontre ; l'essentiel est notre volonté missionnaire pour partager l'Evangile avec d'autres que nous-mêmes, pour vérifier la pertinence de nos convictions théologiques au coeur des débats et des interrogations d'aujourd'hui.

Dieu a voulu que l'Eglise soit sa présence visible au milieu des hommes. Notre vocation de baptisés réside dans cette volonté. Qu'elle soit aussi notre joie.

"Vous êtes une lettre du Christ ... écrite avec l'Esprit du Dieu vivant."

Que le Seigneur donne à notre Eglise d'être une page visible et compréhensible de son immense grâce.

Antoine Pfeiffer

 


Pro - Hispania favorise les relations entre Eglises protestantes de France et d'Espagne

L'assemblée générale de PRO HISPANIA s'est tenue le samedi 27 mai 2000 à Bordeaux. Le travail de contact avec l'Espagne protestante va prendre une nouvelle tournure dans les années à venir. Jadis les Eglises françaises et suisses apportaient une aide financière aux Eglises d'Espagne, et plus récemment à celle du Portugal. On était encore là dans le droit fil du travail de la Mission du Haut-Aragon. Puis les Eglises de France ne purent plus assurer un sponsoring. Le Comité suisse va devoir s'arrêter à son tour. Le legs important qui lui permettait d'apporter une aide conséquente aux Eglises d'Espagne, s'épuisera prochainement.

Les deux sections française et suisse de l'Association PRO HISPANIA vont donc se retrouver sur la même ligne de départ pour repartir pour un nouveau type de fonctionnement. Depuis 25 ans la liberté religieuse a été rétablie en Espagne, l'intérêt des protestants du nord des Pyrénées pour une une «Eglise pauvre et persécutée» s'est émoussé. Seuls quelques amis fidèles et vieillissants maintiennent encore le flambeau. Maintenant il nous faut retrouver un autre type de partenariat, dégagé du paternalisme nord-sud.

Ce nouveau partenariat de part et d'autre des Pyrénées ne peut s'établir que sur une solidarité des protestants minoritaires dans une société sécularisée. Cela devient vrai même pour nos amis suisses.

Et sur ce plan on a tous beaucoup à apprendre: il ne s'agit plus de se démarquer du catholicisme ambiant, mais bien de redéfinir notre identité de protestants dans un monde qui fait la découverte ou la redécouverte de la laïcité.

Et ceci dans un contexte pluri culturel et interreligieux où la société occidentale est confrontée, notamment à l'Islam ... un contexte qui rappelle étrangement l'Espagne médiévale.

Le colloque hispano-français que le Consistoire du Béarn et le Presbiterio norte de la Iglesia Evangelica Espanola, organisent chaque année avec l'appui de PRO HISPANIA tantôt à Jaca, tantôt dans les Pyrénées-Atlantiques, va tout à fait dans le sens de ce nouveau genre de partenariat et de cette quête d'identité commune de protestants très minoritaires.

Cette année le 8e Colloque se tiendra à Audaux près de Sauveterre-de Béarn du 17 au 23 juillet son thème est précisément. «Vivre l'Evangile et la laïcité».

Souhaitons que dans une Europe en construction, où l'identité de chacun comptera beaucoup, ce genre de travail nous aide à nous comprendre par dessus les anciennes frontières, à accepter l'autre différent au lieu de nous crisper sur des particularismes ethniques et religieux qui ne font que dresser les uns contre les autres ceux qui devraient vivre ensemble. C'est vrai entre le Nord et le Sud de l'Europe, comme entre l'Est et l'Ouest. Les Français, ont sans doute un rôle particulier à jouer. L'Assemblée Générale a renouvelé son Comité Directeur qui a élu son bureau : Président : André (Ded) Klingebiel, Vice-Président : Jean-Charles Tenreiro, Secrétaire : Philippe Gross, Trésorier : Bernard Fenoy. Les autres membres sont : Francine Trouilh, Yo Ludwig, Marcel Pédézert, Michel Rennes. Ce comité est en majorité situé au sud pour faciliter les relations.

Contacts, visites réciproques, informations via la revuel'Etoile du Matin, tel est aujourd'hui le cahier des charges de PRO HISPANIA, que le nouveau Comité renouvelé par moitié, devra gérer.

L'Etoile du matin devra faire une plus grande place à la société espagnole, à l'Eglise et à la présence de l'Eglise dans la société, quitte à réduire les aspects anecdotiques des informations locales. (Daniel Urbain)

André Klingebiel - Tél. : 05 56 08 99 12 - 05 59 34 78 20 (en été)

 


OEUVRES ET MOUVEMENTS

 


EEUdF : Amour et sexualité

Le scoutisme français n'a pas froid aux yeux

Les Eclaireurs et Eclaireuses unionistes de France lancent une campagne d'information et d'éducation à la sexualité. Leur projet éducatif précise

C'est ainsi que le thème Amour et Sexualité est décliné dans ses quatre revues. Le message étant adapté à l'âge des lecteurs (Kotick 8-11 ans ; Bivouac 12-16 ans ; Catalyse 16-18 ans ; et Le Lien pour les animateurs et les cadres de l'asociation). Les parents ont reçu une lettre expliquant cette démarche et les animateurs ont reçu une formation. Les articles ont été relus par des enseignants, des pédiatares, des psychologues... La Fondation de France, le Ministère de la Jeunesse et des Sports et le secrétariat d'Etat à la Santé sont partenaires de cette opération.

EEUdF : 15 rue Klock - 92110 Clichy - Tél. : 01 42 70 52 20

 


Drame de Douvres : la Cimade et l'Eglise catholique ont réagi

Il aura fallu un drame de plus pour que l'opinion publique européenne s'inquiète de l'exploitation de la détresse des candidats à l'immigration. Dans un communiqué, la Cimade «redoute d'autres drames si une harmonisation des législations européennes ne se met pas en place rapidement, sur les bases clairement énoncées à Tampere», en octobre 1999.

Son Secrétaire général, le pasteur Jean-Marc Dupeux, lors d'une prédication diffusée sur France-Culture le 2 juillet 2000, a dénoncé «quand le trafic d'êtres humains est là sous nos yeux... allons-nous seulement proclamer que c'est inacceptable... oserons-nous parler ? Dire ça suffit, même si ça remet en cause nos modes de vie ? Et rappeller la tradition biblique : «Tu n'exploiteras pas l'étranger qui vit chez toi».

Du côté catholique, le Comité épiscopal des migrations, présidé par Mgr Thomas, évêque du diocèse de Versailles, a interpellé «nos consciences européennes» dans un texte intitulé «Que fais-tu de ton frère ?». Il s'interroge en particulier «sur la législation qui restreint l'immigration officielle et régulière» et argumente que «tant que nous occulterons l'information et la réflexion sur les migrations et les déséquilibres mondiaux... nous n'échapperons pas à une part de responsabilité dans l'exploitation des personnes les plus en danger sur notre planète».

Très choquée et concernée par cette découverte macabre, la communauté chinoise de Paris a célébré un culte, en mandarin, à la Cathédrale épiscopalienne américaine, de l'avenue George V, en mémoire des 58 victimes.

 


DRAME DE DOUVRES : Surtout victimes de l'exclusion et du rejet

La découverte macabre des corps de 58 immigrants clandestins à Douvres consterne les opinions publiques européennes et plus particulièrement les associations qui, comme la nôtre, se consacrent à l'accompagnement et à la défense des demandeurs d'asile et des migrants.

Depuis des années déjà, nous avons tiré la sonnette d'alarme sur ce qui se passait à Calais ou ailleurs comme à Brindisi, où viennent s'échouer les boat people venus de Turquie.

Des milliers de personnes qu'on ne peut appeler autrement que réfugiés sont la proie de véritables organisations de passeurs sans scrupule et sans la moindre humanité. Il a malheureusement fallu une tragédie atroce pour que l'on en prenne conscience.

À maintes reprises, nous avons stigmatisé " l'Europe forteresse ", qui, à force de fermer ses portes, à force de créer de plus en plus d'obstacles aux flux migratoires, au demeurant relativement modérés, ne fait que favoriser en fait le développement de véritables filières de passeurs, souvent liées à des organisations criminelles internationales.

Parmi ces populations migrantes, un grand nombre de personnes relèvent de la définition du réfugié : cherchant protection parce que fuyant une situation où leur existence même et celle de leur famille est en danger.

Nous avons honte de constater jour après jour que les pays européens, à commencer par le nôtre, n'ont à leur offrir que des situations d'exclusion et de rejet vers une précarité encore plus grande.

Les recommandations du sommet de Tampere, en octobre 1999, avaient nourri l'espoir que la nécessité d'une Europe plus ouverte, plus généreuse et plus respectueuse des droits des migrants allait prendre le pas sur la frilosité craintive de nations jalouses de leur prospérité.

Pour l'instant il n'en est rien et d'autres drames sont à redouter si une harmonisation des législations européennes ne se met en place rapidement, sur les bases clairement énoncées à Tampere.

Cimade : 176 rue de Grenelle - 75007 Paris - Tél. : 01 44 18 60 50 - Internet : www.cimade.org

 


Que fais- tu de ton frère ?

La découverte de 58 cadavres d'êtres humains entassés dans un camion qui cherchait à franchir les limites de nos pays européens relève de l'horreur : elle nous laisse imaginer ce que fut le drame de leur existence et de leur mort.

Elle interpelle nos consciences d'européens :

Tant que nous persisterons à occulter l'information et la réflexion sur les migrations et les déséquilibres mondiaux, à faire comme si l'étranger était moins que nous une personne humaine, à garder un « coeur de pierre » envers ceux qui cherchent à survivre en nous demandant l'hospitalité, nous n'échapperons pas à une part de responsabilité dans l'exploitation des personnes les plus en danger sur notre planète.

Comme chrétiens, nous relisons la Bible et nous y trouvons ces obligations qui sont, à nos yeux, constitutives d'une société véritablement humaine :

«Tu ne tueras pas » - « Tu n'exploiteras pas l'étranger qui est chez toi » - « Tu aimeras ton prochain comme toi-même».

Les 25 membres du Comité épiscopal et de la Commission nationale pour la pastorale des migrations internationales en France

Mgr Jean-Charles THOMAS
Président du Comité épiscopal des migrations

 


INTERRELIGIEUX

 


LEKKJ : Session annuelle de la «Conférence luthérienne européenne Eglise et judaïsme»

Une richesse commune : les psaumes

Depuis près de 25 ans, la «Conférence luthérienne européenne Eglise et Judaïsme» (Lekkj) réunit annuellement, de 20 à 25 délégués venus de toute l'Europe pour une session de quelques jours. Ils arrivent de Scandinavie, Allemagne, France, Pays-Bas, Autriche, Italie, Hongrie, Pologne, Slovaquie, Roumanie, Grande-Bretagne, et pour la première cette année, de Lettonie. Trois observateurs sont présents : un délégué de la Fédération luthérienne mondiale, un autre des Etats-Unis et depuis peu, un observateur juif de Budapest qui assiste à toute la session et nous communique ses observations.

En mai 2000, la LEKKJ s'est réunie à Naples, dans une belle villa au bord de la mer, maison pour retraites et sessions, tenue par les Petites Soeurs du Christ Roi. Le thème était celui de l'utilisation des psaumes dans nos liturgies. Amos Luzzato présenta ce thème pour le judaïsme, Lucio Sembrano pour le catholicisme et le professeur Gorrone pour le protestantisme. L'année prochaine, nous poursuivrons cette étude en examinant l'utilisation des textes de la Bible hébraïque dans la liturgie chrétienne. Il reste beaucoup à faire pour un meilleur emploi de ces textes dans nos liturgies.

En 1998 à Paris et en 1999 à Helsinki, le thème abordé était celui de la loi et de la grâce ou -dans la formulation luthérienne- de la loi et l'Evangile et-dans la formulation juive- des mitsvoth et de la miséricorde divine.

La LEKKJ a rédigé deux textes importants : celui sur les relations judéo-chrétiennes (Driebergen/Pays-Bas, 1990) qui a été ratifié par plusieurs Eglises luthériennes et celui sur le problème de la terre (sol, terre, terre sainte...) resté à l'état d'étude pour cause de divergences importantes entre les Eglises luthériennes. On trouvera plusieurs documents de la LEKKJ et des Eglises-membres dans les «Cahiers d'Etude juive» (Foi et Vie).

Les délégués ont présenté un rapport annuel sur la situation des relations judéo-chrétiennes dans leur pays.

On constate une tendance générale qui consiste à amalgamer ces relations spécifiques au dialogue général avec les autres religions, notamment en France.

Pour l'Allemagne, notons la très récente déclaration du Synode de l'Eglise évangélique du Wurtemberg «Dieu ne revient pas sur ses dons et son appel», conscrée aux relations entre Juifs et Chrétiens (avril 2000) ; et aussi la polémique entre partisans et adversaires de la mission auprès des Juifs avant le Kirchentag 2000.

La LEKKJ s'est clairement prononcée contre le prosélytisme sous toutes ses formes (Driebergen 1990 et rappel à Helsinki 1999), ce qui n'exclut pas la possibilité de conversion authentique dans un sens comme dans l'autre.

La LEEKJ a consacré toute son attention au rapport du délégué autrichien. Non seulement une politique générale ambigüe pose problème, mais aussi une controverse à l'intérieur même des Eglises. La LEKKJ a adressé une lettre de soutien à Mme Knoll, superintendante, fortement attaquée, voire menacée pour avoir prôné une attitude condamnant publiquement et radicalement racisme, xénophobie et antisémitisme ; certains lui reprochent de mélanger foi et politique.

Pasteur Blaise Chavannes, Tél. /fax : 03 88 78 51 40)
Délégué de l'Alliance Nationale Des Eglises Luthériennes de France à la LEKKJ

 


REMISE DE LA DETTE

 


Les Eglises interpellent le gouvernement français

Le Conseil d'Eglises chrétiennes en France (CECEF) a adressé, à Jacques Chirac et Lionel Jospin, une déclaration demandant au gouvernement «d'annuler la dette, à l'égard de la France des pays les plus pauvres et de revoir avec les autres pays membres du G7 à Okinawa, en juillet 2000, les mesures décidées à Cologne, afin qu'une solution globale soit trouvée...».

 


CONSEIL D'EGLISES CHRETIENNES EN FRANCE

 


Déclaration à propos de la remise de la dette

Selon l'Unicef, 500 000 enfants meurent chaque année faute de soins, 90 millions de filles et de femmes sont privées d'éducation ; pourtant les fonds sont disponibles mais largement utilisés pour le remboursement de la dette.

Cette réalité des effets de la dette qui oblige les pays les plus pauvres à rogner sur les budgets essentiels de la santé et de l'éducation, a mobilisé de par le monde des millions de personnes soucieuses de faire en sorte que cette situation ne se reproduise plus.

Confrontés à cette mobilisation sans précédent, les pays membres du G7, réunis à Cologne le 19 juin 1999, ont décidé l'allégement d'environ la moitié de la dette de 36 pays parmi les plus pauvres et les plus endettés. Par la suite, plusieurs pays, dont la France, ont annoncé une annulation à 100% de leurs créances bilatérales.

Un an après, malgré ces annonces uniques dans l'histoire des remises de dette, les résultats restent décevants. 5 pays seulement (Ouganda, Bolivie, Mauritanie, Mozambique et Tanzanie) ont commencé à recevoir des allégements de dette. Les conditions exigées par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale demandent des délais de mise en oeuvre trop importants, 2 à 3 ans minimum. La France, malgré les effets d'annonce, n'envisage toujours pas d'annuler l'ensemble des créances qu'elle détient sur les pays pauvres : les promesses concernent 45 milliards de francs, soit 57% de la dette des pays pauvres très endettés.

L'initiative de Cologne est toujours largement insuffisante et surtout beaucoup trop lente.

C'est pourquoi, un an après, le Conseil d'Eglises chrétiennes en France soucieux de voir aboutir rapidement cette démarche dans un esprit humanitaire et de justice se joint aux associations qui demandent au gouvernement français :

Rendre l'économie solidaire des plus pauvres reste l'objectif auquel nous sommes attachés et vers lequel, avec d'autres, nous continuerons de nous mobiliser au nom de Jésus-Christ, Seigneur des recommencements et des nouveaux départs.

Monseigneur Louis-Marie Billé, Archevêque de Lyon
Président de la Conférence des Evêques de France

Pasteur Jean-Arnold de Clermont
Président de la Fédération protestante de France

Monseigneur Jérémie, Métropolite de France,
Président de l'Assemblée des Evêques orthodoxes de France

 


E-mails pour Okinawa

Afin de mobiliser largement avant et pendant le sommet d'Okinawa, une action internationale est lancée sur Internet du 19 juin au 23 juillet, date du prochain sommet du G7 à Okinawa.

Les internautes enverront des e-mails aux Chefs d'Etat pour leur rappeler l'engagement des millions de personnes à travers le monde en faveur de l'annulation de la dette des pays les plus pauvres.

Le site Internet : www.dropthedepth.org donnera par ailleurs des informations sur les initiatives en cours sur tous les continents. On pourrait dépasser les 12 millions de messages.

 


INTERNATIONAL

 


57e Assemblée mondiale adventiste à Toronto

au Canada, du 29 juin au 8 juillet 2000, sur le thème «Presque à la maison».

Invité, le pasteur Jean-Arnold de Clermont sera de la rencontre. Le pasteur Jacques Stewart avait lui aussi participé à la dernière assemblée mondiale à Utrecht en 1995.

Sont attendues, 10 000 personnes pour les réunions en semaine et 60 000 pour le week-end. Les 2000 délégués, représentant les membres d'Eglise, éliront le nouveau président, feront le bilan des pratiques, méthodes et orientations et planifieront les objectifs missionnaires pour les cinq ans à venir. Les rapports de la croissance de l'Eglise adventiste dans les différents pays seront présentés. 90 % des 10 millions de membres (chiffres 1998) sont hors des Etats-Unis. 2241 personnes la rejoignant chaque jour et toutes les 5 heures, une nouvelle église est créée, ce qui constitue un défi administratif et économique. La question principale de cette Assemblée sera donc, selon Athal Tolhurst, Secrétaire adjoint de la Fédération adventiste mondiale : «Comment être efficace dans notre mission dans le monde». Les adventistes gèrent plus de 5590 écoles, collèges et universités et offrent un réseau de soins très importants plus de 655 hôpitaux et cliniques, orphelinats et maisons de retraite.

Au cours de cette Assemblée mondiale, des modifications au Manuel d'Eglise devraient être recommandées. Ainsi il est «proposé de faire une distinction entre les parties impératives et des parties faites de conseils» dit A. Tholturst. Une nouvelle formulation sera présentée pour le chapitre 15 de ce Manuel d'Eglise sur "Mariage, divorce et remariage" qui ne changera pas la position de l'Eglise sur ce sujet mais soulignera le fondement biblique de l'enseignement de l'Eglise à ce sujet. Une nouvelle section sera ajoutée sur le rôle de l'Eglise dans le soin aux familles à l'aide de programmes pour les fiancés, d'instructions pour les couples mariés et le soutien aux «familles brisées et aux personnes divorcées». Le ton de la position de l'Eglise changera : «exclusion» sera remplacée par «retrait du statut de membre». La proposition affirme que la séparation ou le divorce à la suite de violences physiques sont admis mais ne donneront pas à l'un ou l'autre des partenaires de raison biblique pour se remarier.

A Toronto, du 25 au 28 juin, une pastorale a précédé cette Assemblée mondiale, et rassemblé plus de 7000 personnes dont 5000 pasteurs adventistes venus de 200 pays, ainsi que des anciens d'Eglise et des épouses de pasteurs. Ils ont travaillé sur le thème « Le chemin de croix conduit à la maison» au cours de 20 réunions plénières et plus de 70 séminaires spécialisés. A la fois lieu de rencontre et de formation professionnelle, ce rassemblement avait pour but de stimuler l'engagement spirituel et missionnaire de l'ensemble des pasteurs de l'Eglise adventiste du 7e jour.

 


L'Eglise orthodoxe russe fête à sa manière le Jubilé

Le patriarche Alexis II de Moscou et de toutes les Russies a prononcé un sermon devant plusieurs milliers de fidèles : un événement sans précédent dans l'histoire de l'Eglise orthodoxe. Plus de 16 000 fidèles se sont réunis à Ramenskoïe, à 40 km au sud-est de Moscou, pour participer à cette manifestation religieuse devant marquer le 2000e anniversaire de la naissance du Christ. Le président russe Vladimir Poutine a également assisté à la cérémonie. (La Croix - 21 juin 2000)

 


La pauvreté touche officiellement 59,9 millions de Russes

a rapporté le 13 juin le Comité aux statistiques, qui précise que la situation s'est cependant améliorée par rapport à l'an dernier. Au cours du premier trimestre, 59,9 millions de Russes vivaient avec des revenus inférieurs au niveau minimum de subsistance, soit 41,2% de la population. Les personnes les plus touchées sont les retraités.

(La Croix - 14 juin 2000)

 


Elections en Haïti, la démocratie confisquée

Du 15 au 30 mai, le Conseil OEcuménique des Eglises a délégué en Haïti un groupe de 13 observateurs venus de France, de Suisse, d'Allemagne et des Etats-Unis pour assister au premier tour des élections législatives et municipales qui a eu lieu le 21 mai. La présence de ces observateurs exprimait l'intérêt et la solidarité de la communauté des Eglises chrétiennes pour le peuple haïtien dans l'étape importante de la construction démocratique qu'aurait dû représenter ce scrutin. Le Bureau Haïti de la Fédération luthérienne mondiale et la Fédération protestante d'Haïti avaient lancé un appel dans ce sens. Répartis dans six départements, les observateurs ont été déployés, pour des raisons pratiques, dans le cadre de la mission d'observation électorale de l'Organisation des Etats américains. Ils ont passé huit jours dans le secteur qui leur était affecté.

Un vote complexe

Jusqu'au dernier jour, de grandes incertitudes subsistaient sur ce scrutin, reporté depuis plus d'un an : pourrait-il avoir lieu, sans violences et dans des conditions telles que les résultats puissent être reconnus valables par tous ? Rappelons que de nombreux incidents violents avaient émaillé la période préélectorale. Refusant d'abord les élections, Lafamille Lavalas (le parti d'Aristide au pouvoir) avait saboté l'ouverture de la campagne d'éducation civique en janvier 2000. En 1999, les mêmes avaient fait campagne contre la carte électorale, conduit des manifestations pour réclamer plus de bureaux d'inscription, porté des accusations contre le Conseil électoral, alimenté les tensions avec l'Exécutif. Toute cette agitation culminait en avril avec les assassinats de personnalités connues, les incendies de locaux de l'opposition, les menaces des «chimères» (signifie «frustrés» en créole, bandes de traîne-misère semant désordres et violences) dans la rue, pour dissuader par la peur les électeurs d'aller voter.

Le 21 mai, jour du vote, alors que les média continuaient à dénoncer l'insécurité ambiante, un calme apparent régnait, la participation était estimée à 60%. Au soulagement général, aucune violence n'était à déplorer. Mandataires des différents partis et observateurs étaient nombreux. Les observateurs ont visité chacun une vingtaine de bureaux (BV), remplis autant de questionnaires détaillés, l'ensemble étant collationné par les bureaux régionaux de l'OEA. Leurs questions ou remarques aux présidents des BV étaient généralement bien accueillies. Mais la perplexité était grande devant la complexité du processus : 5 bulletins différents (4 dans les villes) pour désigner 2 sénateurs (parmi 19 photos et symboles à identifier), 1 député, 1 maire et les cartels des assemblées et conseils communaux. N'oublions pas que 70% de la population adulte est illettrée ! Les BV souvent installés dans des maisons privées, étaient souvent exigus, mal éclairés. Les observateurs y ont été témoins de certaines irrégularités : pressions, intimidations, secret du vote non assuré.

Les opérations de dépouillement se sont déroulées dans des conditions échappant à tout contrôle : durée, éclairage aux bougies, fatigue des membres des BV et des observateurs, exclusion ou départ des mandataires des partis. La plupart des observateurs n'ont pas pu assister à l'acheminement des résultats vers les bureaux communaux, tard dans la nuit, ni à leur compilation qui n'a généralement pas été achevée dans les délais légaux de 48 heures. Confusion et désordre régnaient dans la plupart des bureaux communaux visités.

Une stratégie efficace pour une victoire totale

Quelques semaines avant la date prévue, Lafamille Lavalas avait décidé d'aller aux élections pour mettre en place un «Parlement-béton» qui lui soit entièrement acquis. Le parti entre en campagne en mobilisant tous ses moyens, légaux ou pas. Face à une opposition démunie et désunie, il dispose du pouvoir, des armes et de beaucoup d'argent. Il organise dès la fermeture des BV dans la nuit du 21 au 22 mai, «l'opération chauve-souris» dénoncée par tous les secteurs de l'opposition (descentes armées dans les bureaux de vote, dispersion des responsables, vol des urnes...)

Dès le 22 et les jours suivants, la dégradation du climat et la remontée des tensions étaient visibles : arrestations de candidat, protestations de l'opposition, manifestations de rues, actes de violence et intervention des forces de police. Alors que l'OEA, sans attendre les rapports de ses bureaux régionaux, n'avait dénoncé dans un premier temps que des irrégularités mineures, les observateurs oecuméniques ont tenu à se démarquer de cette appréciation jugée prématurée et ont demandé, dans une déclaration datée du 27 mai et parue dans la presse locale, une vérification rigoureuse des résultats annoncés.

Rejet d'un vote frauduleux

Plusieurs responsables de bureaux départementaux ont refusé de signer les procès-verbaux qui donneraient une majorité absolue à Lafamille Lavalas pour tous les postes électifs. Le 30 mai les résultats définitifs n'étaient toujours pas publiés. Les observateurs du Réseau civique National (formé et mis en place par la société civile et la Fédération protestante) ont contesté à leur tour ces résultats frauduleux et remercié les observateurs oecuméniques pour leur déclaration. A Port-au-Prince, les résultats donnaient plusieurs dizaines de milliers de votants de plus que d'électeurs inscrits. Dans le département de la Grande-Anse, des candidats ont été pris les armes à la main et la police clairement désignée comme complice des fraudes massives.

Revenant sur ses premières déclarations, l'OEA a demandé au Conseil Electoral de procéder à un nouveau comptage des voix, la méthode employée pour déterminer les pourcentages obtenus n'étant pas conforme à la loi électorale. Seuls cinq sénateurs - au lieu des 16 annoncés - auraient recueilli la majorité absolue des votes valides. La France, comme d'autres pays amis d'Haïti, a refusé de reconnaître ce scrutin. Pour exiger la publication des résultats et la fixation d'une date pour le deuxième tour, les organisations populaires se réclamant d'Aristide ont accusé la communauté internationale d'ingérence et mis pendant plusieurs jours tout le pays à feu et à sang. L'opposition a demandé l'annulation du scrutin. Subissant de très fortes pressions et des menaces de mort le président du Conseil électoral, qui a refusé d'entériner les résultats frauduleux, a été contraint de quitter le pays sous la protection américaine et de se réfugier aux Etats-Unis.

Une fois encore le pays se retrouve livré à ses propres démons : anarchie, pouvoir autocratique. On parle déjà de sanctions. La mission des observateurs oecuméniques a certes engendré frustrations et déceptions, mais n'a pas été inutile. Elle a apporté un soutien modeste mais significatif à ces frères et soeurs haïtiens qui ne baissent pas les bras et continuent à lutter avec courage pour une société plus démocratique et un mieux-être pour tous.

(Claire-Lise Ott - observatrice pour le COE)

 


BREVES

 


184 équipes mobiles hospitalières de soins palliatifs étaient en place fin 1999

selon le secrétariat d'Etat à la santé, contre 84 fin 1998. Dans le même temps, le nombre d'unités de soins palliatifs est passé de 74 à 87. Dans le cadre du plan triennal de lutte contre la douleur, est annoncé la diffusion, dans les tout prochains jours, d'un livret sur la prise en charge de la douleur de l'enfant dans tous les hôpitaux pédiatriques. Il contiendra des conseils aux parents pour les aider à savoir quand leur enfant a mal et comment le soulager. (La Croix)

 


Enquête du Samu social au féminin

A la création du Samu social, en 1994, aucune femme n'était recensée dans la rue. Aujourd'hui, elles représentent 17% des SDF. Grâce au 115, le numéro d'urgence pour les personnes sans-abri, cette population féminine a pu être estimée : 19% d'entre elles sont accompagnées d'enfants, elles sont plus jeunes que les hommes, avec moins de couverture sociale et les troubles psychiatriques sont leur principale pathologie. Elles font aussi moins appel au 115. Comme le dit Dominique Versini, directrice du Samu social,dans son livre «La survie n'est pas la vie» (éd. Calmann-Lévy) : «Les femmes sont plus exposées dans la rue que les hommes, car leur corps demeure toujours un outil marchand.» (Elle)

 


Sao Paulo : veillée funèbre pour animaux de compagnie

Les moines franciscains qui ont solennellement béni, dimanche 18 juin dans la banlieue de Sao Paulo, le premier crématorium pour animaux de compagnie d'Amérique latine, assureront des veillées funèbres comprises dans le prix des incinérations - 630 reals, quatre fois le SMIC local. (Le Monde)


Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org/fpf/