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Extraits du BIP 1522 du 1er au 15 Septembre 2001

Sommaire

VIE DE LA FPF VIE DES EGLISES OEUVRES ET MOUVEMENTS OECUMENISME


VIE DE LA FPF

CEEEFE quézaco ?

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Derrière CEEEFE, un de ces sigles qu'affectionne le protestantisme français, se cache une réalité humaine riche de diversité. Pour les initiés, il s'agit de la Communauté des Eglises évangéliques francophones à l'extérieur.
La CEEEFE représente 26 Eglises locales protestantes de langue française qui, comme chaque année, se retrouvent pour leur assemblée générale à Versailles chez les diaconesses de Reuilly.
Paroisses protestantes en Algérie, à Berlin, Beyrouth, Bonn, Cantorbéry, Copenhague, Djibouti, Guadeloupe, Guyane, Israël, à La Réunion, au Caire, à Londres, Los Angeles, Luxembourg, Maroc, Martinique, Mayotte, New-York, Stockholm, Tunis, Washington, elles ont en commun d'accueillir des protestants francophones de diverses dénominations qui pour des raisons professionnelles se trouvent en terre étrangère. Personnel d'ambassades, de consulats, enseignants et étudiants se côtoient dans ces paroisses, qui ont la particularité de connaître un fort turn-over peu propice aux projets de vie d'Eglise à moyen terme. Les étudiants sont souvent issus de pays africains et subissent les contre-coups économiques et politiques de leurs pays d'origine. Ils connaissent parfois une grande précarité, l'Eglise devenant lieu de solidarité.

Le thème débattu en 2001 est d'importance : Qu'attendez-vous Eglises locales francophones à l'étranger de la CEEEFE ? Actuellement, la CEEEFE est un service mis à disposition par la Fédération protestante de France pour un accompagnement et un suivi de ces ecclésioles qui ne sont pas membres d'Unions d'Eglises francophones, aux Conseils presbytéraux souvent fragiles. Par exemple, faudrait-il davantage penser international et créer une Communauté (type Cevaa) qui en lien avec la Suisse, l'Italie, la Belgique, voire le Québec essaierait de rassembler toutes les paroisses francophones isolées dans le monde ? Outre le débat sur l'avenir de la CEEEFE et les nouvelles des Eglises, le Comité directeur sera renouvelé et le pasteur Jean-Claude Basset de Genève donnera une conférence sur " Comment les musulmans voient le christianisme ".

Jean-Arnold de Clermont
en visite oecuménique en Israël et en Palestine

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Voici le compte-rendu du voyage de trois représentants du Conseil d'Eglises chrétiennes en France en Israël et Palestine (Mgr Jérémie, Mgr Thomazeau et le pasteur J.-A. de Clermont) écrit par le pasteur Jean-Arnold de Clermont et envoyé à tous les membres de l'Assemblée générale de la FPF. (Lire aussi p. 14, actions du COE)
" A toutes celles et tous ceux que nous avons rencontrés, à Gaza, à Bethléem, ou à Jérusalem, nous avons demandé l'analyse qu'ils faisaient de cette situation. Le message qu'ils nous adressent est unanime : le peuple palestinien vit sous l'oppression et a, pour l'essentiel, perdu tout espoir de paix. " La vie n'a pas plus de prix que la mort " nous disait la directrice de l'Hôpital anglican de Gaza. " Il suffit de peu de chose pour que la mort prenne plus de valeur que la vie ! ". Et un autre ajoutait : " le gouvernement israélien fabrique des hommes suicides ".

Quand on voit que le territoire de Gaza, dont beaucoup croient qu'il est territoire palestinien, est occupé à 40 % par des colonies israéliennes, aujourd'hui entourées de " no man's land " après que l'on ait arraché des dizaines de milliers de pieds d'oliviers parfois centenaires, et détruit les habitations, même celles de réfugiés - aujourd'hui réfugiés une seconde fois - on ne peut que partager ce sentiment profond de frustration et de révolte. Il se traduit par des milliers d'enfants frappés d'anxiété, d'incontinence ; sursautant au moindre bruit sec comme si des hélicoptères venaient à nouveau les bombarder. A Beit Jalah, proche de Bethléem, ce sont plus de l.500 maisons qui ont été partiellement ou totalement détruites par les tirs d'obus, de mitrailleuses lourdes ou de munitions assourdissantes. Nous passons devant le lieu où un docteur allemand, vivant ici depuis 40 ans, a été réduit en lambeaux par une roquette tirée d'un hélicoptère. Il était sorti secourir un blessé. Les " rabbis for humans rights " (rabbins pour les droits humains) nous le disaient : " nous sommes, comme beaucoup, contre toute violence, et la violence palestinienne existe et ne sert pas leur cause. Mais ne faites pas de symétrie ! Il y a d'un côté des armes de petit calibre et des pierres, de l'autre des moyens disproportionnés, et une violence sans pareille "
" Cela vous le savez ! Vous n'avez pas besoin de faits nouveaux, mais de faire acte de volonté !
". C'est ce que nous ont dit, unanimes, les responsables des Eglises que nous avons rencontrés. " Vos Eglises sont restées jusque-là trop silencieuses. Maintenant elles doivent parler fort et clair, tout en gardant leur liberté par rapport aux deux parties en présence. "

L'accent principal porte sur le rôle des états européens, et de la France en particulier : veulent-ils faire respecter le droit international, les décisions votées par les Nations Unies, la 4ème Convention de Genève sur les réfugiés pourtant régulièrement bafouée ? Veulent-ils faire entendre au Gouvernement israélien que la paix seule peut garantir la sécurité (et non l'inverse !) ? Mais le Gouvernement israélien veut-il vraiment la paix lorsqu'il déclare ne pas avoir achevé le rétablissement des frontières de 1948, et qu'il poursuit jour après jour, malgré les paroles données, le travail de " colonisation " des territoires palestiniens ?
Je ne crois pas déformer les propos que nous avons entendus dans la bouche d'hommes et de femmes modérés qui savent que le sort des communautés chrétiennes est lié à celui de la coexistence pacifique entre juifs et arabes. Il faut nous préparer, je le crois, à des moments difficiles pour que la solidarité avec les Eglises du Proche-Orient ne soit pas un vain mot ! "

Rencontre avec une passionnée de la Bible :
Sophie Schlumberger

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La rentrée sera très Bible !
Bayard Presse sort une nouvelle Bible, les éditions du Cerf lancent une nouvelle revue Biblia. Le BIP, se joignant au concert médiatique, en profite pour vous faire mieux connaître les activités du service biblique de la Fédération protestante de France et de sa responsable, Sophie Schlumberger.
La suite dans notre prochain numéro, avec Claude Baty, président de l'Alliance biblique française.

Sophie Schlumberger, vous êtes depuis 3 ans responsable du Service biblique de la Fédération protestante de France. Puisque la Bible est au coeur de vos activités, dites-nous quel est votre passage biblique préféré ?

Si mes enfants avaient à répondre pour moi, ils vous diraient, sans hésiter, en choeur : Jean 20 ! Tout simplement parce que c'est un chapitre que j'ai pas mal travaillé, avec passion, et peut-être les ai-je " bassinés " avec ce texte ? Mais Jean 20 n'est pas mon texte préféré. Je ne crois pas d'ailleurs que j'en ai un seul. J'en aime des tas. Par exemple, le Psaume 23, vous savez, celui qui commence par ces mots : " Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me met au repos dans des près d'herbe fraîcheŠ". J'aime laisser résonner en moi ce Psaume. Il me ramène à l'essentiel et en ce sens, selon les moments, il me donne confiance quand je suis désorientée, quand je perds le cap ou il me bouscule fortement quand je suis un peu trop sûre de moi et que je perds aussi le cap, d'une autre façon.
Un tout autre texte me fascine, qui n'a rien à voir avec ce Psaume : en Juges 19, ce récit d'un lévite qui finit par couper sa femme en morceaux. Récit étonnant qui fait froid dans le dos et laisse sans voix. Mais qui n'en a pas fini de nous donner à penser. Je vous conseille d'y jeter un oeil !

Entrer dans la Bible de manière linéaire ou y-a-t-il un mode d'emploi ? Y-a-t-il un ordre de lecture ? Y-a-t-il des passages à déconseiller aux néophytes ?

J'ai du mal à vous donner une réponse unique, définitive. Il existe différentes manières d'entrer dans un livre : il y a les lecteurs qui ne peuvent résister, se précipitent sur la dernière page et commencent le livre par cette dernière page. Il y a ceux, plus disciplinés, qui commencent à la première page et continuent de page en page jusqu'à la fin, y compris s'ils s'ennuient. D'autres passent très vite à un autre livre, espérant trouver mieux ailleurs. Et puis d'autres encore lisent un peu, en gourmets patients, puis laissent reposer, passent à une autre lecture et reviennent au livre laissé en suspens. L'un des atouts de la Bible, c'est qu'elle permet toutes ces entrées ; la Bible n'est pas seulement un livre mais une véritable bibliothèque portable. Quand vous avez en main cet ouvrage, vous en tenez des tas, en réalité. Alors libre à vous d'aller de livre en livre, d'en commencer un, de faire un détour par un autre, et de le reprendre plus tard, ou de commencer par la fin, l'Apocalypse, ou à l'inverse par la Genèse. Mais entrer en lecture par un Psaume, ou par un conte, celui de Jonas par exemple est également pertinent. La Bible permet aussi aux lecteurs qui ont du temps devant eux de se lancer dans des récits amples, que ce soit dans l'Ancien ou le Nouveau Testament.

Lire la Bible et puisŠQuels ouvrages recommanderiez-vous à une personne qui y fait ses premiers pas ?

Je recommande souvent aux tout nouveaux lecteurs deux ouvrages simples : La Bible, mode d'emploi de Jean-Claude Verrechia, (éditions Vie et Santé ­ Société biblique française) et Il était une fois la Bible. De l'Ancien au Nouveau Testament, parcourir les textes et leur histoire, de Christiane Dieterlé, Charles-Daniel Maire et Alain Massini (Réveil Publications). Pour une visite plus détaillée, je peux donner des idées à ceux qui seraient intéressés.

Quelles différences entre lecture communautaire et individuelle ?

Lire la Bible en solitaire, la ruminer dans l'intimité me semble fondamental pour la construction de soi et de sa relation à Dieu et aux autres. Fondamental mais pas suffisant. Je trouve important d'ouvrir cette lecture individuelle à la lecture à plusieurs. Cette ouverture peut se faire par la lecture de ce que d'autres lecteurs, de toutes sortes, spécialistes et non spécialistes, ont eux-mêmes élaboré et par la rencontre, bien physique, avec d'autres lecteurs. Lorsque je lis avec d'autres un même livre, une même page, je fais l'expérience que la Bible ne m'appartient pas plus qu'à ceux qui sont là. C'est un bien qu'il nous faut partager. Lire avec d'autres, c'est aussi accepter d'exposer sa propre lecture et chercher à en rendre compte, entendre celle des autres et chercher à la comprendre. Lire en groupe, c'est, dans le débat, construire la lecture, l'interprétation. C'est une expérience spirituelle forte qui transforme, renouvelle sa propre identité, et la relation aux autres - parmi lesquels je place aussi le texte et ceux qui s'y expriment.
Cette démarche communautaire trouve une pertinence forte dans nos vies très individualisées, marquées par la rentabilité et la concurrence. Mais à la condition bien sûr que le groupe fonctionne bien, soit lieu d'expression, de partage, de respect et du texte et des participants.

Que pensez-vous des voyages bibliques ?

Je pourrais répondre que pour moi lire, c'est voyager. Il m'arrive souvent de concevoir les animations bibliques comme une invitation au voyage, à la visite.
Si vous entendez par voyages bibliques ceux organisés " sur les traces de Saint Paul " ou " en Terre sainte ", je crois qu'il y en a de toutes sortes, pour tous les goûts, et c'est très bien. C'est un mode de tourisme intéressant, une ouverture sur d'autres cultures, et pour bon nombre de participants un enrichissement spirituel. Reste à voir quelle place est faite aux récits bibliques dans de tels périples et surtout quel statut leur est donné, quel rapport textes-histoire, géographie, on établit. C'est également l'occasion, je pense tout spécialement aux voyages en Palestine-Israël, d'aller voir soi-même ce qui se passe et dans la mesure du possible d'être témoins : être à l'écoute sur place et faire savoir au loin, de retour chez soi. Et là, me semble-t-il, les lecteurs de la Bible que nous sommes doivent en même temps être lecteurs de l'actualité.

En quoi consiste votre travail au service biblique de la Fédération protestante de France ?

Un certain nombre d'Eglises protestantes, réformées et luthériennes notamment, ont des pasteurs dont le métier spécifique est l'animation et la formation biblique pour adultes. Moi-même, avant d'occuper ce poste à la Fédération protestante, j'ai pendant 10 ans organisé des formations à la lecture de la Bible au sein de l'Eglise réformée de France dans la région Ouest. Le public visé était alors essentiellement celui de l'Eglise au service de laquelle je travaillais, un public paroissial désireux de lire la Bible en groupe, d'enrichir ses connaissances et de nourrir, de renouveler, par la lecture, sa foi chrétienne. Passer d'un poste de bibliste au service d'une Eglise à un poste au service de la FPF change tout à fait le cadre et donc la nature du travail. La FPF, ce n'est pas une Eglise mais des Eglises.
Aussi un premier axe de mon travail est de faire en sorte que ces Eglises, dans le domaine biblique, ne travaillent pas seulement de façon isolée, chacune dans sa bulle, mais acceptent de collaborer, par exemple dans la préparation et l'animation de formations. Parvenir à ces collaborations est déjà un défi car ces Eglises n'ont pas toutes la même conception de la lecture et de l'interprétation de la Bible ni même ne lui accordent le même statut. Et puis, chaque Eglise a déjà tellement à faire chez elle, y compris en ce qui concerne la Bible, qu'il n'est ni naturel ni facile pour aucune d'envisager de tels partenariats. Pourquoi en effet se compliquer la vie de l'Eglise quand déjà elle n'est pas simple ? Mon expérience de ces 3 ans montre pourtant que lorsque collaboration il y a, celle-ci est toujours fructueuse, et les personnes qui la mènent ou en bénéficient (collègues biblistes, professeurs ou simples participants) sont toujours très reconnaissantes d'avoir vécu cette aventure. Je ne dis pas que ce soit facile, gagné d'avance. Non, c'est vraiment une aventure : on se sait pas toujours vers quoi on va, ni ce que l'on va y gagner ou y perdre. Cela demande de la part de tous le désir de rencontrer l'autre et de recevoir de lui, autrement dit cela demande aussi d'accepter d'être déplacé, voire remué dans ses habitudes de lecteur de la Bible et dans ses convictions.

Un autre axe de mon travail consiste à prendre part aux dialogues entre Eglises membres de la Fédération protestante de France et celles désireuses d'y adhérer, Adventistes, Assemblées de Dieu et autres Eglises pentecôtistes. C'est, d'une certaine façon, poursuivre ce que je viens de décrire, mais le compliquer : en effet le défi augmente puisque par définition, les Eglises qui n'appartiennent pas à la FPF, apportent nouveauté et diversité. Et qui dit nouveauté et diversité dit aussi risque d'incompréhension et de conflits. Mais aussi occasion de rencontre et d'enrichissement. C'est ce qui a été vécu, il y a quelques mois : le service biblique a pris l'initiative d'organiser une journée de dialogue et de rencontre autour de la Bible, réunissant des délégués d'Eglises membres de la FPF et des délégués d'Eglises non membres. La journée était ainsi annoncée : " Ensemble, lire et partager la Bible, un défi impossible ? ". De l'avis des participants après expérimentation, il est possible de relever le défi, moyennant un certain nombre de règles du jeu. Tous ont dit être heureux d'avoir pu lire la Bible et rencontrer d'autres lecteurs plutôt que de s'être affrontés dans une guerre de principes dogmatiques. D'autres journées de ce type auront lieu cette année. Là encore, il faudrait que localement, les murs et les préoccupations des paroisses s'élargissent pour faire de la place à des chrétiens protestants différents, lecteurs eux aussi de la Bible.
Sur le plan extra protestant, le service entretient depuis ses origines des relations fortes avec d'autres lecteurs de la Bible, les catholiques.
Il n'est pas rare que des catholiques participent aux week-ends ou journées que nous organisons. Avec le service biblique Evangile et Vie nous publions le Bulletin d'information biblique (BIB), deux fois par an, pour faire connaître les travaux de spécialistes ou le parcours que font des groupes à travers la Bible. Nous organisons des congrès bibliques communs, cette année, le thème sera : " Les enjeux de l'animation biblique dans la vie de l'Eglise ". Nous sommes également partenaires à la Bibliothèque oecuménique des sciences bibliques (Paris), lieu connu de tous les spécialistes de la Bible, ainsi qu'à l'Association oecuménique de recherche biblique maître d'oeuvre de la Traduction oecuménique de la Bible (T.O.B).

Autre domaine d'activités bibliques, à destination non plus des Eglises mais de la société civile : proposer des actions et formations qui mettent en oeuvre une pédagogie dégagée de visées confessionnelles. Le public visé est très divers : enseignants qui, dans la cadre de l'éducation nationale, ont à présenter la Bible, à faire étudier certains textes, grands-parents soucieux de transmettre une culture biblique à leurs petits-enfants, personnes désireuses de se réapproprier, hors cadre ecclésial, un livre dont ils ont entendu parler dans leur enfance, d'autres veulent découvrir qui sont les personnages, ce que sont les motifs bibliques présents dans la culture et l'art. D'autres participent aux formations pour le plaisir du texte et de son étude. D'autres encore entreprennent avec la lecture de la Bible une démarche spirituelle, une quête sur le sens de leur vie mais préfèrent cheminer hors Eglise. Ces lecteurs nous rappellent, ce que nous expérimentons déjà en interne avec les protestants de tout poil et les catholiques, que la Bible est un livre pour tout le monde. Cette phrase est d'ailleurs le slogan du Service. C'est résolument avec cette ouverture que nous voulons lire la Bible et la faire lire à d'autres.

La production de documents est également une part importante du travail du service. Chacun des week-ends bibliques est suivi de l'édition d'outils pour permettre à un large public d'entreprendre l'étude de tel ou tel thème ou livre biblique. Depuis de nombreuses années, nous publions un ouvrage de vulgarisation de la recherche, les Cahiers bibliques de la revue Foi et Vie. Le n° de septembre 2000, " L'amour dans tous ses états " a connu un beau succès puisqu'il est épuisé. Cela nous encourage à poursuivre cette tâche.

Pour lire les textes bibliques. Collège et lycée est un ouvrage édité par le Centre Régional de Documentation Pédagogique de Créteil conçu et écrit par une équipe d'enseignants et de biblistes protestants, partenaires du Service biblique. Cet ouvrage a connu un vrai succès. Le CRDP vous a demandé de travailler à une réédition ainsi qu'à deux nouveaux chapitres pour son site Internet. Quels seront ces nouveaux chapitres ? Pour le web, l'avez-vous travaillé dans la même optique, le même public ?

Les deux nouveaux chapitres porteront, l'un sur le récit du déluge dans l'Ancien Testament, l'autre sur les récits de la cène dans le Nouveau Testament. Si, sur le fond, nous avons travaillé dans la même ligne que précédemment, nous avons tenu compte des possibilités qu'offre le format informatique : nous offrons au visiteur de nombreuses fenêtres pour plus d'informations, plus de textes, de documentation iconographique. L'outil permettra une visite plus riche et plus souple, moins linéaire.
Le public envisagé reste les enseignants, prioritairement. Mais des liens avec d'autres sites permettront à un plus large public l'accès à ces travaux.

Sola scriptura dit la Réforme. Or Michel Bertrand avait parlé de " passion biblique endormie " dans le protestantisme. Qu'en pensez-vous ?

Je partage ce constat, avec tristesse puisque j'ai choisi de donner une place particulière à la Bible dans ma vie et que j'appartiens à une Eglise qui se fonde sur ce principe. J'ai tout récemment fait les frais de cette passion endormie, lors d'un grand rassemblement protestant dans l'Ouest, à La Rochelle. Les participants ont préféré aller écouter des conférenciers sur des sujets théologiques plutôt que de participer à une animation biblique intitulée, pourtant, " Bible en fête " ! Des collègues biblistes ont fait la même expérience dans un autre rassemblement, en Provence-Côte-d'Azur-Corse. Par ailleurs, dans la vie paroissiale comme dans la vie de bien des protestants, la Bible est certainement en retrait. Ce phénomène doit bien évidement nous amener à réfléchir, d'autant que, hors Eglise, la Bible attire, c'est un livre qui se vend bien. Il n'est pas rare de voir Bibles et livres à thématiques bibliques bien en vue dans les vitrines et rayonnages des librairies.
Je voudrais souligner un point, tout simple. Nous vivons dans une société qui a pour valeurs consommation, immédiateté, fusion, petits arrangements avec la loi, rapidité, effacement des distances, etc. Dans un tel contexte, lire la Bible relève d'une autre logique, voire d'une logique contraire. Lire la Bible, c'est prendre du temps, accepter d'être dépaysé, de ne pas comprendre immédiatement, de s'interroger, de chercher, de faire des détoursŠAutant dire que c'est vivre à contre courant. Je suis toujours admirative de rencontrer des personnes qui prennent ce temps, qui vont prendre une journée, un week-end pour ce livre. Incroyable, non ?
Et puis, autre phénomène de société, la Bible est un livre parmi des milliard d'autres. Il n'est plus, depuis longtemps, le livre avec lequel les protestants apprennent à lire. Il a perdu, pour beaucoup, sa place évidente, de livre fondateur. Bien des protestants ont la passion biblique endormie, peut-être tout simplement parce qu'ils ne sont pas nés avec une Bible en main, parce qu'ils ne sont pas nés avec cette passion. Il ne faut donc pas seulement réveiller la passion, mais la susciter, la faire naître. Faire découvrir combien la lecture de ce livre est passionnante et peut rendre la vie, elle-même, passionnante.

De nouvelles Bibles sortent, une revue spécialisée est lancée sur le marchéŠQu'est-ce que cela vous inspire ?

Je me réjouis car cela signale à la fois qu'il y a un marché (il faut être réaliste, ce succès a une dimension commerciale à laquelle les éditeurs ne sont pas insensiblesŠ) et qu'il y a des lecteurs plus nombreux et nouveaux, curieux de la Bible.
Ce qui me frappe dans cette évolution, c'est que la Bible quitte les lieux dans lesquels elle était cantonnée ‹Eglises, librairies religieuses ‹ pour prendre place dans l'espace public et devient un bien de consommation individuelle. Ces acheteurs, sans que l'on puisse prévoir quels lecteurs ils seront, deviendront peut-être de futurs passionnés de la Bible ?

Quel sera le thème du cycle de formation biblique cette année ?

Le thème général sera Entre résistances et soumissions, décliné de la façon suivante : à Bordeaux, les 13-14 octobre 2001, nous travaillerons le livre du Qohéleth (ou Ecclésiaste), les 9-10 mars 2002 à Paris, le livre de Jérémie et les 1-2 juin 2002 à Arras, deux récits : Juges 11 et Genèse 22. Ces week-ends s'adressent à tout public, les familiers de la Bible ou nouveaux lecteurs. Car, comme je vous le disais tout à l'heure, la Bible est un livre pour tout le monde !

Un nouveau dossier biblique

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Le Service biblique de la Fédération protestante de France en partenariat avec l'Association " Bible en Cotentin ", met à votre disposition le dossier réalisé à la suite du troisième week-end de formation biblique, cycle 2000-2001 : " Lectures de l'Ancien Testament dans le Nouveau testament ", sur le thème :

" Paul et l'Ancien Testament. Quand la lecture des Ecritures se fait lettre... Parcours dans l'épître de Paul adressée aux Romains "

o Présentation du dossier et programme
o Images d'Abraham

- introduction ; étiquettes

o Epître aux Romains, ch. 4

- Traduction Osty et Trinquet ; Questions pour lire ; Citations et références à l'Ancien Testament dans Romains 4 (Dany Nocquet) ; Eléments d'analyse (Corina Combet-Galland)

o Introduction au travail sur le cycle d'Abraham et narration (Dany Nocquet)

o Genèse 12,1-19

- Traduction TOB ; Questions pour lire ; Eléments d'analyse (Dany Nocquet)

o Genèse 15

- Traduction TOB ; Questions pour lire ; Eléments d'analyse (Dany Nocquet)

o Genèse 16

- Traduction TOB ; Questions pour lire ; Eléments d'analyse (Dany Nocquet)

o Genèse 20

- Traduction TOB ; Questions pour lire

o Genèse 23

- Traduction TOB ; Questions pour lire Eléments d'analyse de Genèse 20 et 23 (Dany Nocquet)

o Bibliographie
o Epître aux Romains, ch. 9-11

- Traduction Osty et Trinquet ; Citations et références à l'Ancien Testament dans Romains 9-l l (Dany Nocquet) ; Eléments d'analyse (Corina Combet-Galland)

Disponible(40 F franco de port) au Service biblique ‹ FPF tél. : 01 44 53 47 09 ‹ e-mail : fpf-bible@protestants.org


VIE DES EGLISES

Au revoir, Michel Viot !

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Largement relayé par les médias, le passage au catholicisme de Michel Viot, qui fut Inspecteur ecclésiastique dans l'Eglise évangélique luthérienne de France, a marqué l'été. Annoncé le 16 juillet, dans une pleine page du quotidien La Croix, le petit monde protestant fut choqué par les propos peu amènes de leur ancien compagnon de route. Les luthériens de Paris ont d'ailleurs apporté des rectificatifs théologiques aux explications de M. Viot dans un communiqué intitulé " Nous restons protestants ".
Sur Internet, vous pouvez écouter Michel Viot interrogé par Dominique Delaroa dans l'émission Théo sur le site www.radio-france.fr, taper rubrique France Inter puis Chroniques 7-9, puis Théo.
A lire aussi : La Vie et L'Express datés du 26 juin 2001.

A tous, Michel Viot déclare s'être senti en pleine communion avec l'Eglise catholique depuis la signature de la Déclaration commune sur la Justification, en 1999. Il se donne " rang d'évêque ", reconnaît la primauté du Pape et le culte marial. Dans son interview à La Croix, il reproche à l'Eglise réformée de France la décision synodale de fin mai 2001, quant à l'acceptation de non-baptisés à la cène. Son parcours. Michel Viot, 57 ans, d'origine catholique, rencontre, adolescent, des luthériens d'Alsace. Il sera pasteur en 1968, et sera en charge de la paroisse des Billettes à Paris pendant plus de 20 ans. Devenu Inspecteur ecclésiastique de Paris en 199, le pasteur Marie-France Robert lui a succédé en 2001. Pour le moment, il est diacre à Chateaudun dans l'Eure et souhaite devenir prêtre. Mgr Aubertin, évêque de Chartres, fixera le calendrier.

Communiqué de presse de l'EELF- Inspection de Paris

Nous restons protestants

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Représentants de l'Union Synodale Régionale des Luthériens de l'Inspection de Paris, nous avons pris connaissance des déclarations faites par Michel Viot, et tenons à apporter des précisions nécessaires.

Parce que nous sommes et restons luthériens, nous accordons une grande importance à la liberté du chrétien. Si l'un d'entre nous devient catholique romain, nous ne le retenons pas à la manière d'une secte ; c'est à lui d'assumer et d'expliquer son évolution. Nous respectons la liberté de Michel Viot dans ses cheminements. Il a choisi de quitter notre Eglise. Si cette démarche est toujours un peu surprenante venant de quelqu'un qui avait accepté d'exercer la responsabilité d'Inspecteur ecclésiastique, nous la respectons, dès lors qu'elle correspond à des convictions sincères. Nous aurions aimé que notre ancien Inspecteur ecclésiastique nous donne de vive voix les explications que nous lisons dans La Croix (16 juillet 2001) ­ mais nous en prenons acte.
Nous voudrions être clairs sur un point :
La démarche de Michel Viot est strictement individuelle. Elle n'implique aucunement notre Eglise régionale, qui est, reste et restera profondément ancrée dans le protestantisme français, en communion par la Concorde de Leuenberg avec l'Eglise Réformée de France (ERF). Contrairement à ce que certains ont pu dire, cette communion ne nous a jamais empêchés de développer notre sensibilité propre.
Si, lors de leur dernier synode national, nos frères réformés ont jugé bon de tolérer que certains non-baptisés communient, le Conseil National de l'ERF a bien précisé qu'il s'agissait de démarches individuelles qui ne remettaient pas en question l'ordre traditionnel, selon lequel le baptême doit précéder l'admission à la Cène.
De plus, les Eglises luthériennes maintiennent sur ce point l'intégralité de leur discipline, sans que la Concorde de Leuenberg soit remise en question.

La Déclaration Commune sur la Justification par la Foi (1999), signée par l'Eglise Catholique Romaine et la Fédération Luthérienne Mondiale ne suffit pas à réunifier les Eglises.
Elle n'institue pas un consensus complet sur ce qui justifie le croyant, et elle dit elle-même qu'elle ne règle en aucune façon la question fondamentale de l'ecclésiologie et des ministères : Dominus Iesus a bien montré que, sur ce point, Rome n'avait pas évolué.
Nous n'avons pas un système épiscopal tel que l'entend l'Eglise Catholique : l'Inspecteur ecclésiastique, pasteur des pasteurs et exerçant le ministère d'unité, est élu pour un mandat de cinq ans par le Synode régional, composé lui-même, selon l'organisation presbytéro-synodale, par des représentants des paroisses, en majorité des laïcs.
Les femmes reçoivent chez nous l'ordination, et nous n'entendons pas y renoncer. Le dialogue oecuménique n'est pas pour nous le chemin du reniement et du rattachement rapide à Rome, mais celui d'une écoute et d'une évolution commune des Eglises.

Nous persistons à penser que le message luthérien, la manière luthérienne d'annoncer la foi chrétienne et le salut par la grâce, le pardon inconditionnel et transformateur de Dieu, la liberté du chrétien, gardent toute leur actualité.
Ces circonstances doivent nous inciter à nous exprimer davantage et à nous faire mieux connaître dans les temps qui viennent.

Le luthéranisme français n'est pas, comme certains le croient, une forme atténuée du catholicisme, mais une sensibilité indispensable au protestantisme français.

La Réforme n'est pas un accident, mais le début d'un renouvellement de l'Eglise - de toute l'Eglise.

Pasteur Marie-France Robert, Jérôme Grondeux,
Inspecteur ecclésiastique Président du Conseil synodal

Décès du père spirituel des tziganes évangéliques,
le pasteur Clément Le Cossec

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Le pasteur pentecôtiste Clément Le Cossec, fondateur de la Mission évangélique tzigane de France est décédé à 80 ans, des suites d'un cancer, dimanche 22 juillet 2001. Ses funérailles se sont déroulés le 24 juillet sous un petit chapiteau, près de l'entrée du circuit des 24h du Mans.

Né le 20 février 1921, à Léchiageat (Finistère), catholique, Clément Le Cossec s'est converti au protestantisme à 14 ans et deviendra pasteur des Assemblées de Dieu. Dans les années 50, Clément Le Cossec est amené à rencontrer des tziganes en Bretagne. Réalisant les multiples difficultés qu'ils rencontrent, il quitte les Assemblées de Dieu pour vivre et témoigner parmi les tziganes. Il les suit dans leur itinérance et fonde la Mission évangélique tzigane. Sa mère ne lui disait-elle pas quand il était enfant " Si tu t'approches des tziganes, ils vont te prendre ! "

C'était une grande figure du pentecôtisme français qui a créé des Eglises dans le monde entier : aux Etats-Unis, en Inde, en RoumanieŠ Gadjo, Clément Le Cossec est considéré comme un " apôtre " par les tziganes.
" Pierre fut l'apôtre des juifs, Paul l'apôtre des paiens, les tziganes ont eu Clément Le Cossec ". Les éloges n'ont pas tari à ses obsèques. Il fut aussi comparé à Moïse, lui qui non seulement appris à tout un peuple la Bible mais aussi " comment se débrouiller ". 600.000 tziganes sont évangéliques de par le monde, grâce à son action. On assiste aujourd'hui au Kosovo et dans la Serbie du sud à un Réveil comparable à celui de la Bretagne dans les années 50, en particulier parmi les tziganes musulmans.

Aujourd'hui, la Mission évangélique tzigane de France compte 70.000 membres baptisés adultes par immersion, 114 lieux de culte animés par 51 pasteurs et 1.200 prédicateurs. Le grand rassemblement annuel tzigane, appelé convention évangélique tzigane, s'est tenu du 23 au 26 août 2001, à Monmédy-Marville (55). (Myriam Delarbre)

La Mission évangélique tzigane de France est membre de la Fédération protestante de France (FPF) depuis 1975, grâce au travail de rapprochement de Clément Le Cossec. Actuellement, le pasteur Christian D'Hont représente la Mission évangélique tzigane de France au Conseil de la FPF.

Dans le cadre de la restitution de la spoliation des descendants des victimes de l'holocauste, les gouvernements européens vont donner 2,5 millions de francs à la Cimade pour réaliser, en partenariat la Mission évangélique tzigane de France, deux programmes :

o un film vidéo (ou DVD) européen d'une heure et un livret pédagogique pour faire connaître le génocide tzigane (1 million de francs). Sa distribution sera le plus large possible, des circuits scolaires et universitaires aux élus locaux et universitaires. Tournage prévu à l'automne, actuellement travail de documentation et d'archives.
Contact à la Cimade : Christophe Perrin - Tel. 01 44 18 60 50

o la construction de dispensaires pour les enfants en Roumanie, qui sera confiée à l'association internationale GATIEF dont s'occupe le pasteur René Zanellato (1,5 millions de francs). (M.D.)


OEUVRES ET MOUVEMENTS

Echanges franco-béninois : roulez jeunesse !

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Arrivés le 14 juillet à Paris, les ambassadeurs béninois, onze adolescents protestants et trois accompagnateurs invités à découvrir la France, ont parcouru durant 15 jours Paris et Aubervilliers, l'Alsace (Conseil de l'Europe, musées, ferme pédagogique, accueil dans des familles) et les Cévennes (Tour de Constance, Musée du Désert, Nîmes, marchés et villages). Ce voyage fait suite à celui de jeunes protestants français partis au Bénin en 1999.
Les enfants français et béninois qui participent à ces rencontres sont les heureux gagnants d'un concours organisés par l'Eglise méthodiste béninoise et la Société d'édition et de diffusion (SED). Cette aventure, selon Daniel Cassou, secrétaire général de la SED, " permet de percevoir les différences culturelles et cultuelles comme des richesses, espace ouvert pour un dialogue sur nos manières de vivre et de dire l'Evangile aujourd'hui, petits et grands. "
Lors d'une réception officielle au Service protestant de mission-Défap, partenaire de l'opération, les jeunes Béninois ont eu l'occasion de chanter et danser devant, entre autres personnes, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la FPF et Marguerite Duermael, jeune femme Béninoise qui s'occupe de votre abonnement au BIP. Interrogés par Marguerite sur les souvenirs qu'ils aimeraient conserver de la France : se faire photographier devant la Tour Eiffel, visiter la cathédrale Notre-Dame, mais aussi des rêves : faire des études en France Heureux, ils l'étaient, d'avoir fait une promenade en bateau-mouche, d'avoir vu le feu d'artifice du 14 juillet Les neuf adolescents français qui ont eux déjà vécu ce choc des cultures, il y a deux ans, gardent un formidable souvenir de cette expérience et expriment le souhait de faire connaître, à leur tour, les coutumes, la culture et les spécialités culinaires françaises. Le périple s'est terminé par un camp d'une semaine avec 35 jeunes français et béninois dans les Cévennes et par une grande fête régionale organisé par le Conseil régional Cévennes-Languedoc-Roussillon de l'Eglise réformée de France. (M.D)


OECUMENISME

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Les médias n'avaient pas eu le temps de digérer le départ de Michel Viot vers le catholicisme, qu'un autre événement attirait déjà l'attention.
La Commission épiscopale pour l'Unité des chrétiens - commission de l'Eglise catholique romaine en France chargée de l'oecuménisme - lançait un communiqué de presse dans lequel elle réagissait à la décision du synode national de l'Eglise réformée de France (ERF) relative aux sacrements.
Vous trouverez ci-dessous les réflexions et l'interpellation de la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens, présidée par Mgr François Saint-Macary, puis p. 12, la réponse personnelle du pasteur Marcel Manoël, président de l'Eglise réformée de France, en place depuis le 1er juillet 2001, en attendant une éventuelle réponse du Conseil national de l'ERF, qui se réunira en septembre.
Le hasard fait que ce numéro du BIP comprend aussi, p. 13, le récit très intéressant de Mgr Saint Macary sur la visite oecuménique - voyage retour si vous vous souvenez de la visite oecuménique à Rome commentée alors dans le BIP 1515 par le pasteur Gill Daudé.

Réflexions de la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens sur la décision du Synode national de l'Eglise réformée de France relative au baptême et à la Sainte Cène

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La Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens, émue par la décision du Synode national de l'Eglise réformée, pense nécessaire de faire connaître ce qu'est le point de vue catholique sur une question aussi grave. 1. Pour parler du baptême et de l'eucharistie, il convient de les replacer dans la cohérence de la doctrine et de l'expérience chrétiennes.
Si l'on considère la place respective de ces deux sacrements dans un parcours de foi comme indifférente ou interchangeable, on risque de ne plus saisir, d'un point de vue pratique et d'un point de vue dogmatique, la relation entre les deux.
Dans la perspective catholique, le salut est donné gratuitement à l'homme dans la mort et la résurrection du Christ. L'homme y accède par la médiation de l'Eglise-sacrement. C'est la conséquence du régime de l'incarnation. Cette médiation est un élément important de différence avec la doctrine de l'Eglise réformée.
Nous n'abordons pas ici la question du salut des non-chrétiens.
Selon l'Écriture, la proclamation de l'Évangile éveille l'homme à la connaissance de Dieu et le conduit à l'aimer. Il entre alors, selon une décision libre, en relation avec lui par le baptême (Mc 16, 16 ; Mt 28, 19 ; Ac 2, 38.41 ; 8, 36 ; 9, 18), qui lui fait vivre, à travers la symbolique sacramentelle, le mystère de la mort et de la résurrection du Christ (Rm 6 ; Col 2, 2) et le fait renaître à une vie nouvelle (Jn 3, 5). Le baptême le sauve (1 P 3, 21) et fait de lui un enfant de Dieu par adoption, puisqu'il reçoit l'Esprit Saint, l'Esprit du Fils (Ga 4, 6) grâce auquel il peut se tourner vers le Père, en l'appelant Abba, avec la même confiance que Jésus lui-même (Rm 8 14-17). Par le baptême, l'être humain devient un être spirituellement neuf, il entre dans la maison de Dieu (Ep 2, 19), comme membre du peuple de Dieu (1 P 2, 9-10), membre du corps du Christ (1 Co 12, 13).
Plus encore, le baptême en fait un être sacerdotal (1 P 2, 5.9 ; Ap 1, 6 ; 5, 10) : il devient capable de vivre sa vie comme une louange et comme une offrande de lui-même et du monde à Dieu (Rm 12, 1 ; Ph 4, 18 ; 1 P 2, 5).
En partageant les joies et les peines qui sont celles de tout homme en ce monde, le baptisé se tourne et tourne le monde vers Dieu, créateur et sauveur. Il y trouve sa joie et son plein accomplissement. Ainsi ouvert à la dimension secrète et mystérieuse de son être personnel et mis en relation avec Dieu par le Christ sauveur, le chrétien accède aux richesses du corps du Christ, qui vit de l'Esprit Saint et qui se nourrit du corps et du sang de son Seigneur. Cette nourriture eucharistique a été donnée aux baptisés par le Christ lui-même comme nourriture et breuvage de vie, pour le temps de l'histoire (cf. Jn 6, 51-54). Accéder à l'eucharistie suppose que l'on vive de son Esprit, pour discerner, dans cette nourriture, prélevée sur les biens que Dieu nous donne, le corps et le sang du Ressuscité (1 Co 11, 29).
Membres du peuple sacerdotal, ceux qui communient sont aussi ceux qui célèbrent l'eucharistie. Dans la célébration de l'eucharistie, c'est, en effet, pour la doctrine catholique, la communauté rassemblée (à condition qu'elle soit convoquée, réunie et présidée par un ministre ordonné) qui est le sujet intégral de l'action liturgique.
C'est au titre du sacerdoce universel que l'on accède à l'eucharistie ; cela signifie que l'on ne communie que si l'on est membre du peuple sacerdotal de Dieu, donc baptisé.
Il n'est donc pas acceptable que des non-baptisés, même à titre d'exception, puissent être admis à l'eucharistie, sciemment et de manière durable, même au long d'un accompagnement transitoire en vue du baptême. Nous ne trouvons aucune base à cette pratique ni dans l'Écriture, ni dans la tradition patristique ou plus récente.
La Didachè le souligne : " Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, si ce n'est les baptisés au nom du Seigneur " (Didachè IX, 5) ; ou encore saint Justin : " Nous appelons cet aliment eucharistie, et personne ne peut y prendre part s'il ne croit pas à la vérité de notre doctrine, s'il n'a reçu le bain pour la rémission des péchés et la régénération, et s'il ne vit selon les préceptes du Christ. Car nous ne prenons pas cet aliment comme du pain commun et une boisson commune " (I Apologie 66), ou saint Cyprien, dans son commentaire du Notre Père qui parle de l'eucharistie comme du " pain quotidien " des chrétiens.

2. Les dispositions du Synode réformé de Soissons s'appuient sur la prise en compte pastorale de considérations psychosociologiques, qui rejoignent la réalité complexe et éclatée de la société contemporaine. Toutes les Églises qui accueillent sans distinction ceux qui se présentent ou des communautés chaleureuses largement ouvertes sont exposées à ce que des personnes non formées viennent participer à une célébration, en voyant dans la communion un geste de fraternité auquel elles s'associeront sans en discerner le sens. Dieu connaît les coeurs de celles et ceux qui agissent ainsi, mais quand les membres de la communauté le découvrent, il est de leur devoir d'avertir et de faire réfléchir les personnes concernées, en leur proposant un accueil et une initiation, comme cela s'est toujours fait au cours de l'histoire chrétienne.
Rien n'a vraiment changé sur ce point au cours de l'histoire, hors des temps de chrétienté où chacun savait ce qu'étaient l'Église et la vie chrétienne.
Dans la confusion actuelle, où ceux qui cherchent à donner plus de sens à leur vie sont tentés par des expériences variées, avant de prendre un engagement, la fréquence de ces cas particuliers est sans doute élevée. Raison de plus pour renforcer le catéchuménat, pour initier et préparer une démarche réfléchie et libre.

3. Donner accès à la Cène sans baptême ne peut qu'introduire la confusion dans les esprits des croyants et des sympathisants qui s'approchent. C'est faire trop peu de cas de ce que les premiers chrétiens appelaient, à la suite de Saint Paul, le " Repas du Seigneur " (1 Co 11, 20), c'est-à-dire le repas institué par lui, pour les croyants et où les croyants entrent en communion avec lui.
Si la mesure d'accueillir à la Cène avant le baptême est appliquée, pour quelque raison que ce soit, à des enfants et à des jeunes, la confusion nous paraît devoir être encore plus grande.
Mais là se manifestent, sans doute, deux conceptions très différentes des sacrements que nous ne pouvons passer sous silence. D'un côté, pour faire bref, des sacrements qui sont actes du Seigneur et chemins de grâce, inscrits dans la cohérence d'un parcours et d'une construction de l'être spirituel ; de l'autre, des signes symboliques de même nature que la prédication de l'Évangile, " une forme d'expression métaphorique et particulière de la Parole de Dieu " (cf. Réforme, 5-11 juillet 2001, Forum p. 6), et qui, à ce titre, sont des appels à croire et peuvent donc être distribués, occasionnellement, comme des signes de convivialité capables d'activer la foi.
Cela appelle à approfondir le dialogue car les mots ne recouvrent plus les mêmes choses ; cela nous invite à préciser notre pastorale de l'accompagnement.

4. La démarche oecuménique nous pousse à l'interpellation réciproque dans la clarté. En 1982, le document de Lima, proposé par la Commission Foi et Constitution du Conseil oecuménique des Eglises, portant sur le baptême, l'eucharistie et les ministères, a fait des propositions qui nous semblent méconnues ici, en tout cas mises en cause. " Il y a une relation nécessaire entre notre compréhension et pratique du baptême et notre compréhension et pratique de l'eucharistie " (BEM 6). Pour sa part, le Groupe des Dombes a travaillé le consensus sur la notion de sacrement dans son texte de 1979 " l'Esprit Saint, l'Eglise et les sacrements ", en des termes qui peuvent éclairer le débat qui surgit maintenant.
Nous souhaitons que le dialogue nous permette de nous rapprocher sur la notion de sacrement et de préciser ce qu'est, pour nous tous, le baptême dont nous disons qu'il nous est commun. Nous constatons que nous ne sommes pas les seuls à exprimer une inquiétude. Or, la pratique dit quelque chose de la doctrine et si celle qui est proposée par le Synode de Soissons devait s'affirmer, nous ne serions plus aussi assurés de ce qui constitue le socle de notre unité. Cela signifierait un glissement dans la théologie du baptême. Ce serait un recul évident sur le chemin de l'unité.

Mgr François SAINT-MACARY

Archevêque de Rennes Président de la Commission Épiscopale pour l'Unité des Chrétiens.

Réponse de Monsieur le pasteur Marcel Manoël,
président du Conseil national de l'Eglise réformée de France

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à l'interpellation de la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens sur les sacrements

Monseigneur,
J'ai bien reçu le texte des " réflexions de la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens sur la décision du Synode réformé de Soissons relative au baptême et à la Sainte Cène " accompagné de la lettre où vous m'indiquez votre intention de poursuivre le débat sur les sacrements " afin de mieux nous comprendre et de travailler à l'unité de l'Eglise du Christ ".
Dans notre Eglise Réformée, c'est le Conseil national qui représente le Synode national dans l'intervalle de ses sessions. C'est donc à lui qu'il revient de répondre à votre interpellation en reprenant, s'il le souhaite, les divers points de votre document. Merci donc de considérer les lignes qui suivent non comme une réponse officielle, mais comme l'expression du sérieux avec lequel je reçois votre interpellation.
Je regrette la dramatisation qui découle inévitablement de la médiatisation du débat. La disposition en cause n'est d'ailleurs que l'un des éléments de la décision du Synode, qu'il serait certainement nécessaire de mieux prendre en compte dans son ensemble. La " note de présentation " adoptée par le Conseil national le soulignait déjà. Le Synode, en effet, n'a certainement pas voulu simplement s'aligner sur les réalités psychosociologiques de notre époque mais bien inscrire dans ces réalités actuelles son écoute de la Parole de Dieu et son insertion dans la tradition chrétienne. Pour les Eglises protestantes, vous le savez, la nécessaire réforme de l'Eglise et le réexamen de son enseignement et de ses pratiques font partie de la fidélité au message évangélique et de la transmission d'une tradition chrétienne vivante.
Sur un plan doctrinal, vous constatez que cette décision fait apparaître de " graves divergences " à propos de la conception de l'Eglise en général et des sacrements en particulier. C'était déjà le reproche fait aux Eglises de la Réforme par le document romain " Dominus Iesus ".
Cela rejoint la constatation à laquelle a abouti, plus sereinement, notre dialogue commun au sein du Comité mixte catholique protestant en France, qui précise ainsi le débat " La divergence entre nous ne concerne donc pas le fait de l'instrumentalité de l'Eglise dans la transmission du salut, mais la nature de cette instrumentalité : l'Eglise est-elle sanctifiée de manière à) devenir elle-même sujet sanctifiant ? " (Consensus oecuménique et différence fondamentale, Paris 1987, p. 11).
Pour les Eglises de la Réforme, une juste compréhension de l'Evangile doit amener à refuser " tout ce qui, dans l'ecclésiologie, semble porter atteinte au salut par la grâce seule, en particulier toute idée de ³coopération² de l'Eglise au mystère du salut qui ferait de celle-ci, et non de Dieu, l'auteur de la grâce. L'Eglise est, en effet, toujours objet de la grâce, jamais son sujet. Sa tâche est d'acquiescer au oui que Dieu a prononcé sur le monde, et de le confesser au titre de témoin et de servante, toujours exposée au jugement de Dieu comme à sa grâce. " (ib. idem).
Cette compréhension de l'Eglise est déterminante dans la manière dont nous comprenons notre fidélité dans l'administration des sacrements : il s'agit là de l'action de la seule grâce de Dieu en Christ, par son Esprit, qui nous est signifiée au travers des gestes reçus du Seigneur, dont l'Eglise est et reste servante. Ainsi, en appelant (notamment dans sa Discipline et dans sa Liturgie) à la célébration du baptême et de la Cène selon l'ordre qu'elle reçoit de son Seigneur, notre Eglise se veut aussi accueillante aux parcours divers que l'Esprit peut donner de vivre aux hommes et aux femmes qu'elle rencontre.
Il n'y a là rien qui soit fondamentalement nouveau, ni particulier à la seule Eglise Réformée de France. Déjà, en 1994, l'Assemblée des Eglises réformées et luthériennes d'Europe, unies au sein de la Communion de Leuenberg, en constatant le fait que beaucoup de personnes cherchant un nouvel accès à l'Eglise souhaitent pouvoir participer à la Cène sans baptême préalable, déclarait que " l'idée fondamentale que la réception dans la communauté du Christ par le baptême ouvre l'accès à la Table du SeigneurŠ ne devrait pas conduire à un rejet systématique de ce souhait. " (La doctrine et la pratique de la Sainte Cène, Vienne 1994).
Sur un plan plus pastoral, enfin, vous indiquez vous-même ­ en reconnaissant ainsi que cela peut être le cas dans l'Eglise catholique ­ que " toutes les Eglises qui accueillent sans distinction ceux qui se présententŠ sont exposées à ce que des personnes non formées (?) viennent participer à une célébrationŠ ". Sont-elles nécessairement moins bien " formées " que certains baptisés ? Sont-elles obligatoirement inaptes à recevoir dans la célébration du repas du Seigneur les signes de sa présence ? Qui peut s'en faire le juge ? L'Eglise Réformée indique clairement dans sa liturgie qu'elle invite à la Cène celles et ceux qui " discernent les signes de la présence du Christ dans le pain et le vin partagés ", et elle laisse les participants libres et responsables de leur geste. Si elle est là " exposée " à un risque, elle veut croire que c'est celui de la grâce. Elle veut accueillir ainsi celles et ceux dont le parcours de foi n'est pas traditionnel, et elle veut les accompagner pour qu'ils puissent découvrir le don de Dieu : " replacés dans une dynamique de foi, baptême et cène se répondent avec richesse à condition que l'Eglise locale offre des lieux catéchétiques où ce lien avec la Parole qui donne sens aux sacrements est établi et mûri. " (Décision du Synode).
Il me semblerait naturel, si nos partenaires en sont d'accord, que ce dialogue se poursuive au sein de l'organisme que nous nous sommes donnés pour ce faire, le Comité mixte catholique protestant en France. Je vous prie, Monseigneur, d'accepter mes fraternelles salutations en Christ.

Marcel MANOEL

St Jean-du-Gard, le 27 juillet 2001

PS : Cette réponse sera rendue publique et mise à la disposition de celles et ceux qui souhaiteront en faire état.


Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org/fpf/