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Le thème débattu en 2001 est d'importance : Qu'attendez-vous Eglises locales francophones à l'étranger de la CEEEFE ? Actuellement, la CEEEFE est un service mis à disposition par la Fédération protestante de France pour un accompagnement et un suivi de ces ecclésioles qui ne sont pas membres d'Unions d'Eglises francophones, aux Conseils presbytéraux souvent fragiles. Par exemple, faudrait-il davantage penser international et créer une Communauté (type Cevaa) qui en lien avec la Suisse, l'Italie, la Belgique, voire le Québec essaierait de rassembler toutes les paroisses francophones isolées dans le monde ?
Outre le débat sur l'avenir de la CEEEFE et les nouvelles des Eglises, le Comité directeur sera renouvelé et le pasteur Jean-Claude Basset de Genève donnera une conférence sur " Comment les musulmans voient le christianisme ".
Jean-Arnold de Clermont
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en visite oecuménique en Israël et en Palestine
Voici le compte-rendu du voyage de trois représentants du Conseil d'Eglises chrétiennes en France en Israël et Palestine (Mgr Jérémie, Mgr Thomazeau et le pasteur J.-A. de Clermont) écrit par le pasteur Jean-Arnold de Clermont et envoyé à tous les membres de l'Assemblée générale de la FPF. (Lire aussi p. 14, actions du COE)
" A toutes celles et tous ceux que nous avons rencontrés, à Gaza, à Bethléem, ou à Jérusalem, nous avons demandé l'analyse qu'ils faisaient de cette situation. Le message qu'ils nous adressent est unanime : le peuple palestinien vit sous l'oppression et a, pour l'essentiel, perdu tout espoir de paix. " La vie n'a pas plus de prix que la mort " nous disait la directrice de l'Hôpital anglican de Gaza. " Il suffit de peu de chose pour que la mort prenne plus de valeur que la vie ! ". Et un autre ajoutait : " le gouvernement israélien fabrique des hommes suicides ".
Quand on voit que le territoire de Gaza, dont beaucoup croient qu'il est territoire palestinien, est occupé à 40 % par des colonies israéliennes, aujourd'hui entourées de " no man's land " après que l'on ait arraché des dizaines de milliers de pieds d'oliviers parfois centenaires, et détruit les habitations, même celles de réfugiés - aujourd'hui réfugiés une seconde fois - on ne peut que partager ce sentiment profond de frustration et de révolte. Il se traduit par des milliers d'enfants frappés d'anxiété, d'incontinence ; sursautant au moindre bruit sec comme si des hélicoptères venaient à nouveau les bombarder. A Beit Jalah, proche de Bethléem, ce sont plus de l.500 maisons qui ont été partiellement ou totalement détruites par les tirs d'obus, de mitrailleuses lourdes ou de munitions assourdissantes. Nous passons devant le lieu où un docteur allemand, vivant ici depuis 40 ans, a été réduit en lambeaux par une roquette tirée d'un hélicoptère. Il était sorti secourir un blessé.
Les " rabbis for humans rights " (rabbins pour les droits humains) nous le disaient : " nous sommes, comme beaucoup, contre toute violence, et la violence palestinienne existe et ne sert pas leur cause. Mais ne faites pas de symétrie ! Il y a d'un côté des armes de petit calibre et des pierres, de l'autre des moyens disproportionnés, et une violence sans pareille "
" Cela vous le savez ! Vous n'avez pas besoin de faits nouveaux, mais de faire acte de volonté ! ". C'est ce que nous ont dit, unanimes, les responsables des Eglises que nous avons rencontrés. " Vos Eglises sont restées jusque-là trop silencieuses. Maintenant elles doivent parler fort et clair, tout en gardant leur liberté par rapport aux deux parties en présence. "
L'accent principal porte sur le rôle des états européens, et de la France en particulier : veulent-ils faire respecter le droit international, les décisions votées par les Nations Unies, la 4ème Convention de Genève sur les réfugiés pourtant régulièrement bafouée ? Veulent-ils faire entendre au Gouvernement israélien que la paix seule peut garantir la sécurité (et non l'inverse !) ? Mais le Gouvernement israélien veut-il vraiment la paix lorsqu'il déclare ne pas avoir achevé le rétablissement des frontières de 1948, et qu'il poursuit jour après jour, malgré les paroles données, le travail de " colonisation " des territoires palestiniens ?
Je ne crois pas déformer les propos que nous avons entendus dans la bouche d'hommes et de femmes modérés qui savent que le sort des communautés chrétiennes est lié à celui de la coexistence pacifique entre juifs et arabes. Il faut nous préparer, je le crois, à des moments difficiles pour que la solidarité avec les Eglises du Proche-Orient ne soit pas un vain mot ! "
Rencontre avec une passionnée de la Bible :
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Sophie Schlumberger
La rentrée sera très Bible !
Bayard Presse sort une nouvelle Bible, les éditions du Cerf lancent une nouvelle revue Biblia.
Le BIP, se joignant au concert médiatique, en profite pour vous faire mieux connaître
les activités du service biblique de la Fédération protestante de France et de sa responsable, Sophie Schlumberger.
La suite dans notre prochain numéro, avec Claude Baty, président de l'Alliance biblique française.
Un autre axe de mon travail consiste à prendre part aux dialogues entre Eglises membres de la Fédération protestante de France et celles désireuses d'y adhérer, Adventistes, Assemblées de Dieu et autres Eglises pentecôtistes. C'est, d'une certaine façon, poursuivre ce que je viens de décrire, mais le compliquer : en effet le défi augmente puisque par définition, les Eglises qui n'appartiennent pas à la FPF, apportent nouveauté et diversité. Et qui dit nouveauté et diversité dit aussi risque d'incompréhension et de conflits. Mais aussi occasion de rencontre et d'enrichissement. C'est ce qui a été vécu, il y a quelques mois : le service biblique a pris l'initiative d'organiser une journée de dialogue et de rencontre autour de la Bible, réunissant des délégués d'Eglises membres de la FPF et des délégués d'Eglises non membres. La journée était ainsi annoncée : " Ensemble, lire et partager la Bible, un défi impossible ? ". De l'avis des participants après expérimentation, il est possible de relever le défi, moyennant un certain nombre de règles du jeu. Tous ont dit être heureux d'avoir pu lire la Bible et rencontrer d'autres lecteurs plutôt que de s'être affrontés dans une guerre de principes dogmatiques. D'autres journées de ce type auront lieu cette année. Là encore, il faudrait que localement, les murs et les préoccupations des paroisses s'élargissent pour faire de la place à des chrétiens protestants différents, lecteurs eux aussi de la Bible.
Sur le plan extra protestant, le service entretient depuis ses origines des relations fortes avec d'autres lecteurs de la Bible, les catholiques.
Il n'est pas rare que des catholiques participent aux week-ends ou journées que nous organisons. Avec le service biblique Evangile et Vie nous publions le Bulletin d'information biblique (BIB), deux fois par an, pour faire connaître les travaux de spécialistes ou le parcours que font des groupes à travers la Bible. Nous organisons des congrès bibliques communs, cette année, le thème sera : " Les enjeux de l'animation biblique dans la vie de l'Eglise ". Nous sommes également partenaires à la Bibliothèque oecuménique des sciences bibliques (Paris), lieu connu de tous les spécialistes de la Bible, ainsi qu'à l'Association oecuménique de recherche biblique maître d'oeuvre de la Traduction oecuménique de la Bible (T.O.B).
Autre domaine d'activités bibliques, à destination non plus des Eglises mais de la société civile : proposer des actions et formations qui mettent en oeuvre une pédagogie dégagée de visées confessionnelles. Le public visé est très divers : enseignants qui, dans la cadre de l'éducation nationale, ont à présenter la Bible, à faire étudier certains textes, grands-parents soucieux de transmettre une culture biblique à leurs petits-enfants, personnes désireuses de se réapproprier, hors cadre ecclésial, un livre dont ils ont entendu parler dans leur enfance, d'autres veulent découvrir qui sont les personnages, ce que sont les motifs bibliques présents dans la culture et l'art. D'autres participent aux formations pour le plaisir du texte et de son étude. D'autres encore entreprennent avec la lecture de la Bible une démarche spirituelle, une quête sur le sens de leur vie mais préfèrent cheminer hors Eglise. Ces lecteurs nous rappellent, ce que nous expérimentons déjà en interne avec les protestants de tout poil et les catholiques, que la Bible est un livre pour tout le monde. Cette phrase est d'ailleurs le slogan du Service. C'est résolument avec cette ouverture que nous voulons lire la Bible et la faire lire à d'autres.
La production de documents est également une part importante du travail du service. Chacun des week-ends bibliques est suivi de l'édition d'outils pour permettre à un large public d'entreprendre l'étude de tel ou tel thème ou livre biblique. Depuis de nombreuses années, nous publions un ouvrage de vulgarisation de la recherche, les Cahiers bibliques de la revue Foi et Vie. Le n° de septembre 2000, " L'amour dans tous ses états " a connu un beau succès puisqu'il est épuisé. Cela nous encourage à poursuivre cette tâche.
" Paul et l'Ancien Testament. Quand la lecture des Ecritures se fait lettre... Parcours dans l'épître de Paul adressée aux Romains "
o Présentation du dossier et programme
o Images d'Abraham
- introduction ; étiquettes
o Epître aux Romains, ch. 4
- Traduction Osty et Trinquet ; Questions pour lire ; Citations et références à l'Ancien Testament dans Romains 4 (Dany Nocquet) ; Eléments d'analyse (Corina Combet-Galland)
o Introduction au travail sur le cycle d'Abraham et narration (Dany Nocquet)
o Genèse 12,1-19
- Traduction TOB ; Questions pour lire ; Eléments d'analyse (Dany Nocquet)
o Genèse 15
- Traduction TOB ; Questions pour lire ; Eléments d'analyse (Dany Nocquet)
o Genèse 16
- Traduction TOB ; Questions pour lire ; Eléments d'analyse (Dany Nocquet)
o Genèse 20
- Traduction TOB ; Questions pour lire
o Genèse 23
- Traduction TOB ; Questions pour lire Eléments d'analyse de Genèse 20 et 23 (Dany Nocquet)
o Bibliographie
o Epître aux Romains, ch. 9-11
- Traduction Osty et Trinquet ; Citations et références à l'Ancien Testament dans Romains 9-l l (Dany Nocquet) ; Eléments d'analyse (Corina Combet-Galland)
Disponible(40 F franco de port) au Service biblique ‹ FPF tél. : 01 44 53 47 09 ‹ e-mail : fpf-bible@protestants.org
A tous, Michel Viot déclare s'être senti en pleine communion avec l'Eglise catholique depuis la signature de la Déclaration commune sur la Justification, en 1999. Il se donne " rang d'évêque ", reconnaît la primauté du Pape et le culte marial. Dans son interview à La Croix, il reproche à l'Eglise réformée de France la décision synodale de fin mai 2001, quant à l'acceptation de non-baptisés à la cène. Son parcours. Michel Viot, 57 ans, d'origine catholique, rencontre, adolescent, des luthériens d'Alsace. Il sera pasteur en 1968, et sera en charge de la paroisse des Billettes à Paris pendant plus de 20 ans. Devenu Inspecteur ecclésiastique de Paris en 199, le pasteur Marie-France Robert lui a succédé en 2001. Pour le moment, il est diacre à Chateaudun dans l'Eure et souhaite devenir prêtre. Mgr Aubertin, évêque de Chartres, fixera le calendrier.
Parce que nous sommes et restons luthériens, nous accordons une grande importance à la liberté du chrétien. Si l'un d'entre nous devient catholique romain, nous ne le retenons pas à la manière d'une secte ; c'est à lui d'assumer et d'expliquer son évolution. Nous respectons la liberté de Michel Viot dans ses cheminements. Il a choisi de quitter notre Eglise. Si cette démarche est toujours un peu surprenante venant de quelqu'un qui avait accepté d'exercer la responsabilité d'Inspecteur ecclésiastique, nous la respectons, dès lors qu'elle correspond à des convictions sincères. Nous aurions aimé que notre ancien Inspecteur ecclésiastique nous donne de vive voix les explications que nous lisons dans La Croix (16 juillet 2001) mais nous en prenons acte.
Nous voudrions être clairs sur un point :
La démarche de Michel Viot est strictement individuelle. Elle n'implique aucunement notre Eglise régionale, qui est, reste et restera profondément ancrée dans le protestantisme français, en communion par la Concorde de Leuenberg avec l'Eglise Réformée de France (ERF). Contrairement à ce que certains ont pu dire, cette communion ne nous a jamais empêchés de développer notre sensibilité propre.
Si, lors de leur dernier synode national, nos frères réformés ont jugé bon de tolérer que certains non-baptisés communient, le Conseil National de l'ERF a bien précisé qu'il s'agissait de démarches individuelles qui ne remettaient pas en question l'ordre traditionnel, selon lequel le baptême doit précéder l'admission à la Cène.
De plus, les Eglises luthériennes maintiennent sur ce point l'intégralité de leur discipline, sans que la Concorde de Leuenberg soit remise en question.
La Déclaration Commune sur la Justification par la Foi (1999), signée par l'Eglise Catholique Romaine et la Fédération Luthérienne Mondiale ne suffit pas à réunifier les Eglises.
Elle n'institue pas un consensus complet sur ce qui justifie le croyant, et elle dit elle-même qu'elle ne règle en aucune façon la question fondamentale de l'ecclésiologie et des ministères : Dominus Iesus a bien montré que, sur ce point, Rome n'avait pas évolué.
Nous n'avons pas un système épiscopal tel que l'entend l'Eglise Catholique : l'Inspecteur ecclésiastique, pasteur des pasteurs et exerçant le ministère d'unité, est élu pour un mandat de cinq ans par le Synode régional, composé lui-même, selon l'organisation presbytéro-synodale, par des représentants des paroisses, en majorité des laïcs.
Les femmes reçoivent chez nous l'ordination, et nous n'entendons pas y renoncer. Le dialogue oecuménique n'est pas pour nous le chemin du reniement et du rattachement rapide à Rome, mais celui d'une écoute et d'une évolution commune des Eglises.
Nous persistons à penser que le message luthérien, la manière luthérienne d'annoncer la foi chrétienne et le salut par la grâce, le pardon inconditionnel et transformateur de Dieu, la liberté du chrétien, gardent toute leur actualité.
Ces circonstances doivent nous inciter à nous exprimer davantage et à nous faire mieux connaître dans les temps qui viennent.
Le luthéranisme français n'est pas, comme certains le croient, une forme atténuée du catholicisme, mais une sensibilité indispensable au protestantisme français.
La Réforme n'est pas un accident, mais le début d'un renouvellement de l'Eglise - de toute l'Eglise.
| Pasteur Marie-France Robert, | Jérôme Grondeux, |
| Inspecteur ecclésiastique | Président du Conseil synodal |
Né le 20 février 1921, à Léchiageat (Finistère), catholique, Clément Le Cossec s'est converti au protestantisme à 14 ans et deviendra pasteur des Assemblées de Dieu. Dans les années 50, Clément Le Cossec est amené à rencontrer des tziganes en Bretagne. Réalisant les multiples difficultés qu'ils rencontrent, il quitte les Assemblées de Dieu pour vivre et témoigner parmi les tziganes. Il les suit dans leur itinérance et fonde la Mission évangélique tzigane. Sa mère ne lui disait-elle pas quand il était enfant " Si tu t'approches des tziganes, ils vont te prendre ! "
C'était une grande figure du pentecôtisme français qui a créé des Eglises dans le monde entier : aux Etats-Unis, en Inde, en RoumanieŠ Gadjo, Clément Le Cossec est considéré comme un " apôtre " par les tziganes.
" Pierre fut l'apôtre des juifs, Paul l'apôtre des paiens, les tziganes ont eu Clément Le Cossec ". Les éloges n'ont pas tari à ses obsèques. Il fut aussi comparé à Moïse, lui qui non seulement appris à tout un peuple la Bible mais aussi " comment se débrouiller ". 600.000 tziganes sont évangéliques de par le monde, grâce à son action. On assiste aujourd'hui au Kosovo et dans la Serbie du sud à un Réveil comparable à celui de la Bretagne dans les années 50, en particulier parmi les tziganes musulmans.
Aujourd'hui, la Mission évangélique tzigane de France compte 70.000 membres baptisés adultes par immersion, 114 lieux de culte animés par 51 pasteurs et 1.200 prédicateurs. Le grand rassemblement annuel tzigane, appelé convention évangélique tzigane, s'est tenu du 23 au 26 août 2001, à Monmédy-Marville (55). (Myriam Delarbre)
La Mission évangélique tzigane de France est membre de la Fédération protestante de France (FPF) depuis 1975, grâce au travail de rapprochement de Clément Le Cossec. Actuellement, le pasteur Christian D'Hont représente la Mission évangélique tzigane de France au Conseil de la FPF.
Dans le cadre de la restitution de la spoliation des descendants des victimes de l'holocauste, les gouvernements européens vont donner 2,5 millions de francs à la Cimade pour réaliser, en partenariat la Mission évangélique tzigane de France, deux programmes :
o un film vidéo (ou DVD) européen d'une heure et un livret pédagogique pour faire connaître le génocide tzigane (1 million de francs). Sa distribution sera le plus large possible, des circuits scolaires et universitaires aux élus locaux et universitaires. Tournage prévu à l'automne, actuellement travail de documentation et d'archives.
Contact à la Cimade : Christophe Perrin - Tel. 01 44 18 60 50
o la construction de dispensaires pour les enfants en Roumanie, qui sera confiée à l'association internationale GATIEF dont s'occupe le pasteur René Zanellato (1,5 millions de francs). (M.D.)
La Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens, émue par la décision du Synode national de l'Eglise réformée, pense nécessaire de faire connaître ce qu'est le point de vue catholique sur une question aussi grave.
1. Pour parler du baptême et de l'eucharistie, il convient de les replacer dans la cohérence de la doctrine et de l'expérience chrétiennes.
Si l'on considère la place respective de ces deux sacrements dans un parcours de foi comme indifférente ou interchangeable, on risque de ne plus saisir, d'un point de vue pratique et d'un point de vue dogmatique, la relation entre les deux.
Dans la perspective catholique, le salut est donné gratuitement à l'homme dans la mort et la résurrection du Christ. L'homme y accède par la médiation de l'Eglise-sacrement. C'est la conséquence du régime de l'incarnation. Cette médiation est un élément important de différence avec la doctrine de l'Eglise réformée.
Nous n'abordons pas ici la question du salut des non-chrétiens.
Selon l'Écriture, la proclamation de l'Évangile éveille l'homme à la connaissance de Dieu et le conduit à l'aimer. Il entre alors, selon une décision libre, en relation avec lui par le baptême (Mc 16, 16 ; Mt 28, 19 ; Ac 2, 38.41 ; 8, 36 ; 9, 18), qui lui fait vivre, à travers la symbolique sacramentelle, le mystère de la mort et de la résurrection du Christ (Rm 6 ; Col 2, 2) et le fait renaître à une vie nouvelle (Jn 3, 5). Le baptême le sauve (1 P 3, 21) et fait de lui un enfant de Dieu par adoption, puisqu'il reçoit l'Esprit Saint, l'Esprit du Fils (Ga 4, 6) grâce auquel il peut se tourner vers le Père, en l'appelant Abba, avec la même confiance que Jésus lui-même (Rm 8 14-17). Par le baptême, l'être humain devient un être spirituellement neuf, il entre dans la maison de Dieu (Ep 2, 19), comme membre du peuple de Dieu (1 P 2, 9-10), membre du corps du Christ (1 Co 12, 13).
Plus encore, le baptême en fait un être sacerdotal (1 P 2, 5.9 ; Ap 1, 6 ; 5, 10) : il devient capable de vivre sa vie comme une louange et comme une offrande de lui-même et du monde à Dieu (Rm 12, 1 ; Ph 4, 18 ; 1 P 2, 5).
En partageant les joies et les peines qui sont celles de tout homme en ce monde, le baptisé se tourne et tourne le monde vers Dieu, créateur et sauveur. Il y trouve sa joie et son plein accomplissement.
Ainsi ouvert à la dimension secrète et mystérieuse de son être personnel et mis en relation avec Dieu par le Christ sauveur, le chrétien accède aux richesses du corps du Christ, qui vit de l'Esprit Saint et qui se nourrit du corps et du sang de son Seigneur. Cette nourriture eucharistique a été donnée aux baptisés par le Christ lui-même comme nourriture et breuvage de vie, pour le temps de l'histoire (cf. Jn 6, 51-54).
Accéder à l'eucharistie suppose que l'on vive de son Esprit, pour discerner, dans cette nourriture, prélevée sur les biens que Dieu nous donne, le corps et le sang du Ressuscité (1 Co 11, 29).
Membres du peuple sacerdotal, ceux qui communient sont aussi ceux qui célèbrent l'eucharistie. Dans la célébration de l'eucharistie, c'est, en effet, pour la doctrine catholique, la communauté rassemblée (à condition qu'elle soit convoquée, réunie et présidée par un ministre ordonné) qui est le sujet intégral de l'action liturgique.
C'est au titre du sacerdoce universel que l'on accède à l'eucharistie ; cela signifie que l'on ne communie que si l'on est membre du peuple sacerdotal de Dieu, donc baptisé.
Il n'est donc pas acceptable que des non-baptisés, même à titre d'exception, puissent être admis à l'eucharistie, sciemment et de manière durable, même au long d'un accompagnement transitoire en vue du baptême. Nous ne trouvons aucune base à cette pratique ni dans l'Écriture, ni dans la tradition patristique ou plus récente.
La Didachè le souligne : " Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, si ce n'est les baptisés au nom du Seigneur " (Didachè IX, 5) ; ou encore saint Justin : " Nous appelons cet aliment eucharistie, et personne ne peut y prendre part s'il ne croit pas à la vérité de notre doctrine, s'il n'a reçu le bain pour la rémission des péchés et la régénération, et s'il ne vit selon les préceptes du Christ. Car nous ne prenons pas cet aliment comme du pain commun et une boisson commune " (I Apologie 66), ou saint Cyprien, dans son commentaire du Notre Père qui parle de l'eucharistie comme du " pain quotidien " des chrétiens.
2. Les dispositions du Synode réformé de Soissons s'appuient sur la prise en compte pastorale de considérations psychosociologiques, qui rejoignent la réalité complexe et éclatée de la société contemporaine. Toutes les Églises qui accueillent sans distinction ceux qui se présentent ou des communautés chaleureuses largement ouvertes sont exposées à ce que des personnes non formées viennent participer à une célébration, en voyant dans la communion un geste de fraternité auquel elles s'associeront sans en discerner le sens. Dieu connaît les coeurs de celles et ceux qui agissent ainsi, mais quand les membres de la communauté le découvrent, il est de leur devoir d'avertir et de faire réfléchir les personnes concernées, en leur proposant un accueil et une initiation, comme cela s'est toujours fait au cours de l'histoire chrétienne.
Rien n'a vraiment changé sur ce point au cours de l'histoire, hors des temps de chrétienté où chacun savait ce qu'étaient l'Église et la vie chrétienne.
Dans la confusion actuelle, où ceux qui cherchent à donner plus de sens à leur vie sont tentés par des expériences variées, avant de prendre un engagement, la fréquence de ces cas particuliers est sans doute élevée. Raison de plus pour renforcer le catéchuménat, pour initier et préparer une démarche réfléchie et libre.
3. Donner accès à la Cène sans baptême ne peut qu'introduire la confusion dans les esprits des croyants et des sympathisants qui s'approchent. C'est faire trop peu de cas de ce que les premiers chrétiens appelaient, à la suite de Saint Paul, le " Repas du Seigneur " (1 Co 11, 20), c'est-à-dire le repas institué par lui, pour les croyants et où les croyants entrent en communion avec lui.
Si la mesure d'accueillir à la Cène avant le baptême est appliquée, pour quelque raison que ce soit, à des enfants et à des jeunes, la confusion nous paraît devoir être encore plus grande.
Mais là se manifestent, sans doute, deux conceptions très différentes des sacrements que nous ne pouvons passer sous silence. D'un côté, pour faire bref, des sacrements qui sont actes du Seigneur et chemins de grâce, inscrits dans la cohérence d'un parcours et d'une construction de l'être spirituel ; de l'autre, des signes symboliques de même nature que la prédication de l'Évangile, " une forme d'expression métaphorique et particulière de la Parole de Dieu " (cf. Réforme, 5-11 juillet 2001, Forum p. 6), et qui, à ce titre, sont des appels à croire et peuvent donc être distribués, occasionnellement, comme des signes de convivialité capables d'activer la foi.
Cela appelle à approfondir le dialogue car les mots ne recouvrent plus les mêmes choses ; cela nous invite à préciser notre pastorale de l'accompagnement.
4. La démarche oecuménique nous pousse à l'interpellation réciproque dans la clarté.
En 1982, le document de Lima, proposé par la Commission Foi et Constitution du Conseil oecuménique des Eglises, portant sur le baptême, l'eucharistie et les ministères, a fait des propositions qui nous semblent méconnues ici, en tout cas mises en cause. " Il y a une relation nécessaire entre notre compréhension et pratique du baptême et notre compréhension et pratique de l'eucharistie " (BEM 6). Pour sa part, le Groupe des Dombes a travaillé le consensus sur la notion de sacrement dans son texte de 1979 " l'Esprit Saint, l'Eglise et les sacrements ", en des termes qui peuvent éclairer le débat qui surgit maintenant.
Nous souhaitons que le dialogue nous permette de nous rapprocher sur la notion de sacrement et de préciser ce qu'est, pour nous tous, le baptême dont nous disons qu'il nous est commun. Nous constatons que nous ne sommes pas les seuls à exprimer une inquiétude.
Or, la pratique dit quelque chose de la doctrine et si celle qui est proposée par le Synode de Soissons devait s'affirmer, nous ne serions plus aussi assurés de ce qui constitue le socle de notre unité. Cela signifierait un glissement dans la théologie du baptême. Ce serait un recul évident sur le chemin de l'unité.
Mgr François SAINT-MACARY
Archevêque de Rennes
Président de la Commission Épiscopale pour l'Unité des Chrétiens.
Réponse de Monsieur le pasteur Marcel Manoël,
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président du Conseil national de l'Eglise réformée de France
à l'interpellation de la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens sur les sacrements
Monseigneur,
J'ai bien reçu le texte des " réflexions de la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens sur la décision du Synode réformé de Soissons relative au baptême et à la Sainte Cène " accompagné de la lettre où vous m'indiquez votre intention de poursuivre le débat sur les sacrements " afin de mieux nous comprendre et de travailler à l'unité de l'Eglise du Christ ".
Dans notre Eglise Réformée, c'est le Conseil national qui représente le Synode national dans l'intervalle de ses sessions. C'est donc à lui qu'il revient de répondre à votre interpellation en reprenant, s'il le souhaite, les divers points de votre document. Merci donc de considérer les lignes qui suivent non comme une réponse officielle, mais comme l'expression du sérieux avec lequel je reçois votre interpellation.
Je regrette la dramatisation qui découle inévitablement de la médiatisation du débat. La disposition en cause n'est d'ailleurs que l'un des éléments de la décision du Synode, qu'il serait certainement nécessaire de mieux prendre en compte dans son ensemble. La " note de présentation " adoptée par le Conseil national le soulignait déjà. Le Synode, en effet, n'a certainement pas voulu simplement s'aligner sur les réalités psychosociologiques de notre époque mais bien inscrire dans ces réalités actuelles son écoute de la Parole de Dieu et son insertion dans la tradition chrétienne. Pour les Eglises protestantes, vous le savez, la nécessaire réforme de l'Eglise et le réexamen de son enseignement et de ses pratiques font partie de la fidélité au message évangélique et de la transmission d'une tradition chrétienne vivante.
Sur un plan doctrinal, vous constatez que cette décision fait apparaître de " graves divergences " à propos de la conception de l'Eglise en général et des sacrements en particulier. C'était déjà le reproche fait aux Eglises de la Réforme par le document romain " Dominus Iesus ".
Cela rejoint la constatation à laquelle a abouti, plus sereinement, notre dialogue commun au sein du Comité mixte catholique protestant en France, qui précise ainsi le débat " La divergence entre nous ne concerne donc pas le fait de l'instrumentalité de l'Eglise dans la transmission du salut, mais la nature de cette instrumentalité : l'Eglise est-elle sanctifiée de manière à) devenir elle-même sujet sanctifiant ? " (Consensus oecuménique et différence fondamentale, Paris 1987, p. 11).
Pour les Eglises de la Réforme, une juste compréhension de l'Evangile doit amener à refuser " tout ce qui, dans l'ecclésiologie, semble porter atteinte au salut par la grâce seule, en particulier toute idée de ³coopération² de l'Eglise au mystère du salut qui ferait de celle-ci, et non de Dieu, l'auteur de la grâce. L'Eglise est, en effet, toujours objet de la grâce, jamais son sujet. Sa tâche est d'acquiescer au oui que Dieu a prononcé sur le monde, et de le confesser au titre de témoin et de servante, toujours exposée au jugement de Dieu comme à sa grâce. " (ib. idem).
Cette compréhension de l'Eglise est déterminante dans la manière dont nous comprenons notre fidélité dans l'administration des sacrements : il s'agit là de l'action de la seule grâce de Dieu en Christ, par son Esprit, qui nous est signifiée au travers des gestes reçus du Seigneur, dont l'Eglise est et reste servante. Ainsi, en appelant (notamment dans sa Discipline et dans sa Liturgie) à la célébration du baptême et de la Cène selon l'ordre qu'elle reçoit de son Seigneur, notre Eglise se veut aussi accueillante aux parcours divers que l'Esprit peut donner de vivre aux hommes et aux femmes qu'elle rencontre.
Il n'y a là rien qui soit fondamentalement nouveau, ni particulier à la seule Eglise Réformée de France. Déjà, en 1994, l'Assemblée des Eglises réformées et luthériennes d'Europe, unies au sein de la Communion de Leuenberg, en constatant le fait que beaucoup de personnes cherchant un nouvel accès à l'Eglise souhaitent pouvoir participer à la Cène sans baptême préalable, déclarait que " l'idée fondamentale que la réception dans la communauté du Christ par le baptême ouvre l'accès à la Table du SeigneurŠ ne devrait pas conduire à un rejet systématique de ce souhait. " (La doctrine et la pratique de la Sainte Cène, Vienne 1994).
Sur un plan plus pastoral, enfin, vous indiquez vous-même en reconnaissant ainsi que cela peut être le cas dans l'Eglise catholique que " toutes les Eglises qui accueillent sans distinction ceux qui se présententŠ sont exposées à ce que des personnes non formées (?) viennent participer à une célébrationŠ ". Sont-elles nécessairement moins bien " formées " que certains baptisés ? Sont-elles obligatoirement inaptes à recevoir dans la célébration du repas du Seigneur les signes de sa présence ? Qui peut s'en faire le juge ? L'Eglise Réformée indique clairement dans sa liturgie qu'elle invite à la Cène celles et ceux qui " discernent les signes de la présence du Christ dans le pain et le vin partagés ", et elle laisse les participants libres et responsables de leur geste. Si elle est là " exposée " à un risque, elle veut croire que c'est celui de la grâce. Elle veut accueillir ainsi celles et ceux dont le parcours de foi n'est pas traditionnel, et elle veut les accompagner pour qu'ils puissent découvrir le don de Dieu : " replacés dans une dynamique de foi, baptême et cène se répondent avec richesse à condition que l'Eglise locale offre des lieux catéchétiques où ce lien avec la Parole qui donne sens aux sacrements est établi et mûri. " (Décision du Synode).
Il me semblerait naturel, si nos partenaires en sont d'accord, que ce dialogue se poursuive au sein de l'organisme que nous nous sommes donnés pour ce faire, le Comité mixte catholique protestant en France.
Je vous prie, Monseigneur, d'accepter mes fraternelles salutations en Christ.
Marcel MANOEL
St Jean-du-Gard, le 27 juillet 2001
PS : Cette réponse sera rendue publique et mise à la disposition de celles et ceux qui souhaiteront en faire état.
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org/fpf/