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Extraits du BIP 1540 du 1er au 15 Juin 2002


VIE DE LA FEDERATION

Les enjeux de l'animation biblique
dans la vie de l'Eglise

Vous pensez peut-être qu'il s'agit du sujet de réflexion du prochain synode ERF ? Eh bien, vous avez perdu !
C'était le titre du congrès biblique organisé par deux services bibliques : le catholique Evangile et Vie et le service de la FPF, les 27-28 avril 2002, à Bordeaux.
Contrairement aux années passées où nous avions consacré la réflexion à des textes ou thèmes bibliques la violence, pour le dernier cette année, nous avions résolument décidé d'affronter une situation paradoxale : alors que les nouvelles traductions et ouvrages bibliques sont édités en grand nombre actuellement et occupent une très bonne place dans l'espace public, la Bible et sa lecture en groupe sont en retrait dans la vie des Eglises. Ainsi, au hasard : connaissez-vous des groupes bibliques vivants, créatifs, multi-générationnels, ouverts, etc ? Si oui, je m'en réjouis, mais je crains que vous soyez très minoritaires !

Le menu de ce Congrès était copieux et équilibré : deux théologiens, Philippe Bacq, catholique, et Elian Cuvillier, protestant, sont intervenus sur un même sujet : « la place de la Bible dans l'Eglise ». Deux voix contrastées, pour développer deux points de vue différents. Vous aurez le texte de ces interventions dans un prochain Bulletin d'Information Biblique (BIB). Entre ces deux conférences, les participants se sont retrouvés deux fois en ateliers, pour se rencontrer, confronter leurs expériences, leurs questions, difficultés et joies et faire des projets de collaborations concrètes, dans des domaines divers : animer un groupe biblique ; Bible et évangélisation ; Bible et œcuménisme ; Bible et vie paroissiale ; Lire la Bible à l'échelle d'un diocèse ; traduire la Bible.

Les 120 participants, des catholiques pour la plupart et des protestants, tous très engagés dans l'animation de groupes bibliques, ont trouvé là de quoi se ressourcer et prendre un nouvel élan. Ils sont prêts à prendre part activement et joyeusement à « 2003, l'année de la Bible », et ont déjà des contacts, des projets en poche. Et vous, que ferez-vous pour cette année de la Bible ? Si vous êtes à court d'idées, consultez le Service biblique de la FPF, il n'en manque pas ! (Sophie Schlumberger)
BIB : 47 rue de Clichy - 75311 Paris cedex 09
Tel 01 44 53 47 10

Commission des Eglises évangéliques d'expression française à l'extérieur

Du 9 au 12 mai 2002 s'est tenue, à Londres, la session annuelle des Paroisses d'Europe de la CEEEFE (Bonn, Berlin, Luxembourg, Stockholm, Copenhague et Londres). Des représentants des Eglises Wallones des Pays-Bas, ainsi que des représentants des paroisses francophones de Brighton et de Canterbury s'étaient joints à nous.
Outre une rencontre avec le représentant des relations oecuméniques de l'Eglise Anglicane, et une visite de la Cathédrale de Westminster, cette rencontre nous a permis un travail biblique fourni et suivi, animé par Corina Combet-Galland, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de Théologie de Paris.
Un concert baroque en l'Eglise St Martin in the Fields, et le culte du dimanche matin dans le temple de Soho Square ont terminé cette session. La prochaine aura lieu au début mai 2003 à Bonn.

Prochaine rencontre
L'ensemble des Eglises membres de la CEEEFE ainsi que les représentants habituels des Eglises de France se retrouveront chez les Diaconesses à Versailles les 30 et 31 Août prochain. Le thème de cette rencontre portera sur l'éthique : « Quels sont les deux ou trois grands sujets éthiques pour nos Eglises dans les quelques années à venir.? » C'est Mme Céline Ehrwein, Assistante d'Ethique à la Faculté de Théologie de Lausanne, qui nous fera réfléchir sur ces sujets.

www.protestants.org
Toutes les réactions des Eglises et associations protestantes au lendemain du 1er tour des élections présidentielles, les textes du Synode national de l'Eglise réformée de France, du Congrès baptiste, l'Agenda … sont sur www.protestants.org. A mettre d'urgence dans vos favoris. Ainsi vous pourrez oublier les adresses des différents sites protestants français et les retrouver en passant par ce portail d'accès où ils sont classés en Eglises, paroisses, jeunesse, loisirs… Vous souhaitez que votre site soit référencé ou en tant que pasteur vous souhaitez avoir l'alias prenom.nom@protestants.org ? Demandez-le par mail à per@protestants.org. Inscrivez-vous aussi pour recevoir la Lettre mensuelle électronique. C'est cela Protestants en Réseau !

Conseil de la FPF

Les 22 membres du Conseil de la Fédération protestante de France se sont réunis le 6 mai. Au programme évidemment l'actualité politique en France, un retour sur l'Assemblée générale de la FPF du 23-24 mars, la future AG 2003 autour du service biblique de la FPF, une discussion sur le bien-fondé d'un texte sur l'environnement…

Elections : les lendemains qui déchantent …
Tous semblaient consternés par le résultat des élections et la montée de l'extrême-droite. Chacun de donner des explications quant au sentiment de frustration, de peur mais aussi mise en garde quant à la tentation de laisser de côté ou de stigmatiser ceux qui ont fait "mauvais choix". Puis chacun a pu exposer les prises de parole de leur Eglise ou association dans l'espace publique.

La Mission Populaire évangélique a appelé "membres de ses fraternités, leurs proches, les Eglises et les associations à la fidélité au message évangélique" et "à s'opposer à la montée en puissance de l'extrême-droite dans les cœurs et dans la société". Tout en rappelant que "Eglises n'ont pas à donner des consignes de vote ni à leurs fidèles ni au reste de la société", le Conseil exécutif de l'Eglise évangélique luthérienne de France a réaffirmé ses convictions "est appelé à se convertir sans cesse en combattant ses propres peurs, les discours antisémites, racistes et xénophobes, et plus généralement tous les discours d'exclusion sont radicalement incompatibles avec la foi chrétienne." L'Eglise réformée de France a appelé à " une réflexion en profondeur et à une résistance spirituelle et théologique qui commence par notre propre conversion" (Synode national 1997) et dit nettement que "discours racistes et xénophobes qui diabolisent l'étranger et le rendent responsable de tous les maux et désordres sont radicalement incompatibles avec l'ouverture et l'accueil que prône la foi chrétienne." (Synode national 1998) et "dans le vote capté par l'extrême- droite, les protestations et les peurs de celles et ceux qui sont insécurisés, frustrés et oubliés dans une société qui privilégie sans cesse toujours plus la performance." Selon elle, deux questions restent posées "prêts à construire une société fraternelle, en faisant les choix et les compromis nécessaires, au lieu de vouloir privilégier toujours plus nos droits individuels ? Sommes-nous prêts à construire une société qui reconnaisse une place juste, digne et sûre aux plus fragilisés d'entre nous ?" Les Eglises protestantes d'Alsace, luthérienne et réformée, ont certainement étaient les plus secouées par les résultats de leur région et elles n'ont pas hésité à produire trois communiqués. Leur parole forte a certainement contribué à ce que le résultat du deuxième tour ne confirme pas ceux du premier. Dès le 22 avril, elles appelaient "abstentionnistes à participer au vote du 5 mai" dans le souci d'"leurs responsabilités pour que s'affirme sans faille l'ordre républicain liberté, égalité, fraternité." Elles prônaient une Europe plus unie et solidaire, un vivre ensemble dans le respect de l'autre. Puis "Choisir les valeurs fondatrices de la démocratie" a été signé par le Grand Rabbin du Bas Rhin, René Gutman, par l'Archévêque de Strasbourg, Mgr Joseph Doré et les présidents des Eglises protestantes le pasteur Jean-Paul Humbert de l'ERAL et le pasteur Marc Lienhard de l'ECAAL. Finalement à l'initiative de la mairie de Strasbourg, sur une suggestion de Jean-Paul Humbert, un texte interreligieux intitulé " L'appel de Strasbourg " signé par une trentaine de représentants de communautés religieuses dans lequel ils rappellent " les valeurs humanistes qu'ils partagent et " le rejet de l'intolérance et de la haine de l'autre". Ils appellent leurs concitoyens à s'engager pour les valeurs et la République. Le Conseil de la FPF a pour sa part choisit de faire co-signer son texte paru le 23 avril "érer toujours en la vie politique" , à la Cimade, au Service protestant de Mission-Défap et à la Fédération de l'Entraide protestante, tous acteurs de terrain dans les domaines de l'exclusion, de l'accueil de l'étranger et de la coopération missionnaire. La Fédération des Eglises évangéliques baptistes a demandé aux membres de ses Eglises "'exercer leur responsabilité en ayant un vote qui compte, et qui exprime clairement le rejet de la notion anti-biblique de préférence nationale et de prolonger leur engagement au-delà de ce vote en oeuvrant pour un programme social." Elle les a invité, au cours du culte du 5 mai, "à mettre à part un moment de prière pour que ces élections débouchent sur un temps où la liberté, l'amour du prochain et le souci des exclus de toutes sortes puissent être vécus concrètement".

On peut vous confirmer comme service information-communication-documentation de la FPF que les demandes ont été grandes pendant cette semaine de folie tant de la part des protestants que des médias. Et nous étions heureuses d'avoir les nombreuses réactions protestantes. Le site Internet www.protestants.org a aussi connu une hausse de fréquentation, tous les textes y étant répertoriées (ils resteront dans la rubrique documentation). On a aussi été touchées par le soutien apporté par les paroissiens qui souhaitaient signer le texte des institutions protestantes dans lequel ils se retrouvaient tout à fait alors qu'il n'avait pas cette vocation - surtout quand on sait que du côté catholique des réactions négatives aux prises de position courageuses des évêques se sont beaucoup manifestées.
Les médias ont quant à eux reproché aux protestants de ne pas avoir été assez clair dans le sens où dans aucun texte on appelle à voter nommément pour Jacques Chirac.

Environnement enfin une parole protestante
La Commission Eglise et société de la FPF a proposé un texte sur les questions environnementales. Après discussion, le Conseil a décidé de lui demander de poursuivre le travail de ce texte dans l'esprit de "éments de réflexion sur…", convaincu que cette question concerne aussi bien les citoyens que les Eglises. La FPF pourraient s'engager dans le Collectif Jo'Burg 2002, travaillant à des propositions pour la conférence internationale, appelée aussi Rio + 10, qui se tiendra à Johannesburg en septembre 2002.

De l'AG 2002 vers l'AG 2003
Petit debriefing sur l'AG 2002 de la FPF la conférence du Cardinal Kasper a eu le mérite d'être claire, les questions qui ont suivi étaient très pertinentes; nécessité d'avoir plus de temps pour le travail en atelier et pour le vote des adhésions. En 2003, le Service Biblique sera sous les feux de la rampe. Mme Sophie Schlumberger, responsable du service a fait valider ses choix. Point de conférence magistrale d'un exégète, mais un travail ludique des membres de l'AG sur un texte biblique ayant trait à la terre dans la Bible. C'est, en effet, le travail quotidien du service biblique que de faire se rencontrer autour d'un texte biblique des protestants de sensibilités diverses pour un résultat des plus encourageants.

Vade-mecum pour les situations d'urgence
Suite à une rencontre appelé "catastrophe", un vade-mecum pour les situations d'urgence est sorti. Le conseil en a pris connaissance et demande qu'il soit scindé en deux documents: un texte de recommandation générale (prendre les contacts…) et des éléments de documentation pour construire une cérémonie interreligieuse avec les précautions d'usage.

Prochain Conseil de la FPF le 15 juin.

ELECTIONS PRESIDENTIELLES - REACTIONS PROTESTANTES

Déclaration des institutions protestantes

La force et l'honneur d'une démocratie sont de donner la parole à ceux-là même qui la mettent en question. De cette mise en question, nous venons de faire la cruelle expérience.

- Si rien, en effet, n'autorise à contester la légitimité du choix des citoyens au moment où ils déposent leur bulletin de vote dans l'urne, si de toute évidence l'extrême droite cumule des votes de conviction et des votes de contestation, nous sommes affligés de voir se porter en si grand nombre nos concitoyens sur une candidature qui cache un vrai déni des valeurs républicaines les plus élémentaires, comme la capacité pour notre pays d'accueillir et de partager, de refuser toute discrimination fondée sur l'origine nationale ; comme également la priorité donnée à la tolérance, à la défense des Droits de l'Homme et des libertés publiques, au refus de la peine de mort.

- Le principe démocratique est tout autant mis en péril par celles et ceux qui n'usent pas de la liberté qui leur est donnée de choisir et de s'exprimer. Le niveau atteint par l'abstention nous inquiète. Nos concitoyens ne savent-ils pas que les extrêmes attirent aussi le vote des mécontents et que, plus la dispersion est grande, plus chaque voix compte ? Auront-ils entendu la leçon : que la démocratie est entre les mains de tous et que le choix politique n'est, parfois, que l'expression d'un moindre mal ?
A la veille d'un second tour de l'élection présidentielle qui sera suivi, peu après, par des élections législatives, il nous semble nécessaire de rappeler des valeurs qui nous font espérer en la vie politique et attendre les rendez-vous qu'elle nous propose comme des moments importants pour notre démocratie, donnant à chacun la possibilité de faire entendre sa voix et de prendre en main son avenir.

- Nous comprenons le vote de contestation qui exprime l'inquiétude de beaucoup. C'est pourquoi nous appelons celles et ceux qui porteront devant nous un projet pour la France à retrouver une proximité toujours plus grande avec les aspirations de nos concitoyens.
- Nous comprenons l'inquiétude, mais nous refusons les fractures de notre société. Nous appelons celles et ceux qui porteront devant nous un projet pour la France, à rendre l'espérance à celles et ceux qui se trouvent à l'écart des biens élémentaires que cette société leur doit : santé, logement, formation, sécurité, retraite décente… chacun doit trouver en France sa place et son avenir.
- Nous comprenons l'inquiétude mais nous refusons la haine, le rejet des étrangers qui ont choisi librement notre pays pour y vivre et y travailler. Notre pays doit leur dire sa volonté sans faille de leur faire place dans le cadre des lois de la République et du principe de laïcité auquel nous, protestants, sommes tellement attachés par notre histoire. Tant de pays d'Europe ont su, il y a longtemps, nous accueillir pour que nous sachions, aujourd'hui, accueillir à notre tour.
- Nous faisons confiance aux choix républicains de nos concitoyens, à leur capacité à se mobiliser pour redonner vie à notre démocratie, rendre à notre pays sa dimension de fraternité et d'ouverture, et redresser son image dans le monde.
- Nous faisons confiance aux hommes et aux femmes politiques de notre pays pour développer une vision de notre avenir commun qui permette à chacun de s'y engager avec espérance et de redonner aux fonctions auxquelles ils aspirent leur vraie dimension de service de tous et de toutes. (23 avril 2002)

Pasteur Jean-Arnold de Clermont, Président de la Fédération protestante de France,
Pasteur Jacques Stewart, Président de la Cimade,
Pasteur Frédéric Trautmann, Président du Service protestant de Mission,
Monsieur Hubert Pfister, Président de la Fédération de l'Entraide protestante.

Communiqué de l'Eglise évangélique luthérienne de France

Les électeurs de notre pays viennent de s'exprimer lors du premier tour des élections présidentielles. Par leur vote ou leur abstention, beaucoup d'entre eux ont voulu faire entendre leurs préoccupations, leurs protestations et leurs peurs.
Les Églises n'ont pas à donner des consignes de vote, ni à leurs fidèles ni au reste de la société.
Mais face à l'actualité, les Églises ont à réaffirmer des convictions :

Mission populaire évangélique de France

Après le vote du 21 avril 2002... être fidèle

Le choc. La tentation serait de ne rien dire... toutes les analyses, toutes les déclarations sont là.

Mais la Mission populaire évangélique ne peut rester passive. Au vu de son histoire, de sa présence évangélique dans les quartiers populaires. De son action auprès d'hommes et de femmes du peuple. Parce que Le Pen se présente comme le porte-parole des petits, des sans-voix, de ceux à qui l'on ne demande jamais leur avis. Parce qu'il se réclame d'une tradition chrétienne avec des accents quasi-prédicatoires. La Mission populaire ne peut rester muette. Elle serait infidèle.

A ceux, participant à la vie d'une Fraternité de la Mission populaire, qui sont sensibles à l'influence de l'extréme-droite nous demandons de réfléchir. A ceux qui, votant Le Pen, pensent protester ainsi contre le sort qui leur est fait, nous demandons d'en parler avec d'autres. L'histoire du XXème siècle montre trop combien derrière les affirmations nationalistes radicales se préparent les actes de l'horreur.

La pensée lepéniste c'est le rejet de l'autre, le mépris du faible, le culte de la nation et de ia violence. Le mouvement lepéniste, c'est la haine et la peur traduites en programme politique. L'exact inverse de tout ce qui anime la Mission populaire évangélique et l'ensemble du protestantisme français.

Les structures politiques sont là pour organiser la vie sociale et protéger le faible non pour assouvir les désirs de revanche ou exacerber les tensions et les peurs. Le 21 avril au soir, quel « coup de tonnerre », pour tous ceux qui ont cru, et pensent toujours que l'honneur de la politique c'est de participer à « transformer les cœurs, la société et la vie dans la perspective d'un monde plus juste et plus fraternel » (Rapport d'orientation de la Mission populaire évangélique, 6-7 avril 2002).

Il faut refuser l'assimilation, trop rapidement faite, entre vote populaire et vote lepéniste: qu'un pourcentage non négligeable de personnes du peuple aient donné leur suffrage au Front national n'est pas contestable. Mais un pourcentage également important est constitué de personnes, confortablement installées, qui entendent protéger leur situation privilégiée par une politique isolationniste. Et d'autres enfin, qui votent Le Pen par dépit, insatisfaction ou irresponsabilité proviennent de tous les horizons sociaux.

L'extrême droite promeut des valeurs contraires à la fois à l'Evangile et aux fondements de ce que fut le mouvement ouvrier en France. Des valeurs opposées à tout ce qui, dans notre pays, peut se réclamer des droits de l'homme. Des valeurs porteuses de régression morale et sociale.

La Mission populaire évangélique, membre de la Fédération protestante de France, appelle les membres de ses Fraternités, leurs proches, les Eglises et les associations qui cheminent de concert à la fidélité.
Fidélité à son message de tolérance et de fraternité pour tous les hommes sans distinction de culture, d'origine ou de couleur. Fidélité aux humbles et aux sans grade: il s'agit d'entendre leur voix et de prendre au sérieux leurs choix.
Fidélité à son histoire, celle d' hommes et de femmes du peuple dont la vie a bougé, dont l'existence a été enrichie au creuset de l'un de ses postes joliment appelés Fraternité, Solidanté ou Foyer.
Fidélité à sa présence évangélique dans les quartiers populaires, à son action actuelle toute faite de cheminements, de services et de solidarité avec les hommes et les femmes qui y vivent.
Fidélité au message évangélique et aux fondements de l'éducation populaire que la Mission populaire partage avec beaucoup d'autres.

La Mission populaire évangélique appelle à s'opposer à la montée en puissance de l'extrême droite dans les cœurs et dans la société.

Bertrand Vergniol
Président de la Mission populaire évangélique

Appel de Strasbourg

Les représentants des religions monothéistes, réunis à l'invitation du maire de Strasbourg et du président de la Communauté urbaine, rappellent avec force les valeurs fondamentales qu'ils partagent.

Cette déclaration, réalisée à Strasbourg, capitale européenne, est un appel lancé à toutes celles et tous ceux qui, en France et en Europe, veulent construire une société de paix, de justice et de fraternité entre tous les hommes.

Trois questions à Marcel Manoël

par Martine Nouaille, de l'Agence France Presse

Le pasteur Manoël : "Nous sommes tous guettés par la tentation de l'extrême droite"

L'Eglise réformée de France, la principale Eglise protestante, s'est comme beaucoup alarmée des résultats du premier tour de l'élection présidentielle. Mais son président le pasteur Marcel Manoël souligne aussi que "les idées prônées par l'extrême droite sont une tentation qui nous guette tous".

Q : Quelle analyse faites-vous du vote pour l'extrême droite?
R : "L'écoeurement qu'il provoque chez beaucoup d'entre nous est d'autant plus fort qu'il se révèle comme une part cachée de nous-mêmes. Car les idées prônées par le FN ne sont pas seulement des aberrations extrémistes mais une tentation qui nous guette tous.
Le discours nationaliste de ce parti joue sur trois thèmes forts. Le désir de pureté, avec la désignation d'un bouc émissaire : hier le communiste, puis l'étranger, aujourd'hui "l'euromondialisation" de Maastricht et les politiques, "tous pourris". Le besoin d'un "père" dont la parole redonne dignité à ceux qui se vivent comme des victimes, mais d'un père vécu comme une idole. Et enfin la peur, interdite d'expression dans une société qui donne de plus en plus d'importance à la réussite personnelle".

Q : En tant que chrétien, que dites-vous à ceux qui s'indignent de ce vote ?
R : Mes questions s'adressent autant aux citoyens qu'aux politiques : sommes nous prêts à construire une société fraternelle, en faisant les choix et les compromis nécessaires, au lieu de vouloir privilégier toujours plus nos droits individuels? Sommes nous prêts à construire une société qui reconnaisse une place juste, digne et sûre aux plus fragilisés d'entre nous?"

Q : A quel titre intervenez vous dans le débat politique, et pensez-vous être écoutés?
R : Les Eglises n'ont pas vocation à dicter leur choix à leurs membres, a fortiori à la société. C'est d'ailleurs parce qu'elles ont longtemps prétendu la régenter que les citoyens sont aujourd'hui échaudés. Mais nos convictions ne peuvent pas se limiter à la sphère privée, elles participent au débat public. En outre le discours de l'extrême droite prétend se servir de thèmes religieux comme d'une caution et il est de notre responsabilité de le dénoncer. Ce qui est en jeu touche des questions essentielles. Nous rappelons l'égale dignité de tout être humain et notre responsabilité à tous pour construire un monde fraternel.


VIE DES EGLISES

Congrès annuel de la Fédération
des Eglises évangéliques baptistes de France

Ce Congrès des 8-10 mai à Metz, avait pour thème : « Parler de Jésus-Christ aujourd'hui ». Sébastien Fath (historien), Félicité Edwige (président de la Mission du Plein Evangile de Martinique) et Eric Denimal (écrivain et journaliste travaillant à la Ligue pour la Lecture de la Bible) ont invités à être attentifs aux interlocuteurs et à leur culture, à préciser par un travail théologique leur message et les moyens de le communiquer. Il s'agit aussi de vivre ce que l'on dit, dans une relation à Dieu qui nous rappelle que dire Jésus-Christ avec la force qui transforme les vies ne peut être que l'œuvre de l'Esprit et de la grâce. 4 vœux ont été votés :

Vœu 1 :
Le Congrès de la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes de France, réuni à Metz les 8, 9 et 10 mai 2002, demande au Conseil de la Fédération d'exprimer à la communauté juive de France sa sympathie attristée après les nombreux et divers actes délictueux dont elle a été victime ces derniers temps. Le Congrès assure en outre la communauté juive de France, ainsi que la communauté musulmane de France de sa détermination à participer à la lutte contre toutes les formes de rejet, d'exclusion et de violence.

Vœu 2 :
Face à la situation extrêmement préoccupante, à l'heure actuelle, en Israël/Palestine, le Congrès … demande au Conseil … d'adresser à nos frères chrétiens, tant israéliens que palestiniens, un message d'encouragement et de solidarité. En outre, le Congrès assure tous ceux qui s'engagent pour la paix et la réconciliation, à quelque bord qu'ils appartiennent, de son soutien et de sa prière.

Vœu 3 :
Suite à la restructuration importante que l'Armée du Salut a dû connaître, le Congrès … demande au Conseil … de transmettre à la congrégation de Armée du Salut un message d'encouragement et de solidarité en cette période difficile.

Vœu 4 :
Face à l'extrême précarité que connaît actuellement le peuple argentin, le Congrès …demande au Conseil … d'exprimer aux communautés chrétiennes sa sympathie et sa solidarité, et d'inviter nos Eglises à considérer la possibilité de leur venir en aide d'une manière tout à fait concrète, par le moyen de la MBE-MASA1 ou par une autre voie.

De nombreux invités ont enrichi les échanges. On trouvera plus de détails sur le site www.feebf.com.

(Michel Charles)

1 MBE = Mission Baptiste Européenne
MASA = sigle anglais pour « Action Missionnaire en Amérique du Sud »

Les baptistes en mission contre le sida

Le Sida ravage certains pays d'Afrique. Une brochure contient les réponses à 54 questions parmi les plus récurrentes sur la maladie ainsi que des témoignages, des informations et un engagement à la fidélité. Traduite de l'anglais, elle s'adresse aux jeunes. L' objectif est de la mettre à disposition du plus grand nombre d'Eglises des unions partenaires francophones de la Mission baptiste européenne (MBE). Elle sera tirée à 6 000 exemplaires. une brochure revient à 1 euro. Pour soutenir sa diffusion, il suffit d'envoyer vos dons à Ann Dassonville, 58 rue de la Libération 60870 Brenouille (ordre du chèque : MBE). (10 €, 50 €, 100 €)

EELF : synode de printemps de Paris

Pour les participants à ce synode du 6 avril 2002, il souffla un air de liberté, de clarté, d'optimisme quand bien même la situation financière est plus qu'aléatoire. Était-ce le printemps, les arbres en fleurs autour de la chapelle de Noisy-le-Grand, la présidence ferme et souriante d'Arne MULEN ? Le fait est qu'on termina en sachant que l'avenir demande un gros effort et de l'énergie, mais qu'il est ouvert. A noter aussi que pour la première fois les vœux et déclarations se sont ouverts sur les problèmes de l'Eglise en général et sur ceux du monde.
Le choix de Noisy-le-Grand a permis de comprendre combien est urgent le projet de construction d'une vraie église, le bâtiment préfabriqué contenant tout juste les 70 participants alors que plus de 90 personnes s'y entassaient le dimanche précédent.
Après l'office célébré par Caroline BAUBEROT, hôtesse du synode, et André LAZERUS, le rapport du Conseil synodal amenait les deux principaux problèmes : la baisse de l'aide apportée par la Mission norvégienne tant pour des postes pastoraux que pour la Mission intérieure, et l'avenir de cette même Mission. Le message de l'inspecteur Marie-France ROBERT faisait état, entre autres, de ses visitations auprès des paroisses, dont la diversité lui apparaît comme une richesse, et d'un plus dans le travail commun avec l'Inspection de Montbéliard. La présentation des critères de desserte établis par Jean-Claude DEROCHE avec les conseils presbytéraux de toutes les paroisses et le Conseil synodal de Montbéliard, allait susciter de nombreuses suggestions pour la vie des paroisses et l'amélioration de leur situation financière, idées impliquant un climat de confiance entre paroisses et avec le conseil synodal.
Les comptes étaient présentés par Marc LEGRAND, trésorier si professionnel qu'on eut du mal à le comprendre ; il en ressort qu'il y a déficit, que chaque paroisse devra augmenter sa cible et qu'il faudra faire des économies étant admis que le nombre de postes pastoraux est bloqué. Par ailleurs, les comptes de l'Equipe régionale Mission furent approuvés avec d'autant plus de plaisir qu'ils montraient une augmentation des versements à la Colureom et au Defap.
Le point suivant concernait l'élargissement de la Fédération protestante de France. Frédéric KALTENMARK, qui fait partie du Groupe de dialogue avec les Eglises adventistes, exposa ce que sont les Assemblées de Dieu (500 en France) et encouragea les dialogues à l'échelon local pour se mieux connaître. Jean-Frédéric PATRZYNSKI expliqua les activités de Lyon en ce domaine, dans lequel les dialogues théologiques sont difficiles tout comme les problèmes d'éthique, malgré une évolution. On en reparlera au synode d'automne.
Restaient les vœux. Le premier demandait d'inscrire à l'ordre du jour d'un prochain synode une réflexion sur la Mission intérieure, ses objectifs et ses projets ; il fut adopté à l'unanimité moins une abstention. Une autre demande s'adressait aux conseils presbytéraux pour qu'ils élaborent un plan d'expansion des ressources paroissiales afin de pouvoir financer un poste pastoral d'ici 5 à 10 ans ; un beau projet, volontiers adopté. Il fut également demandé qu'un groupe de travail soit mis en place par la Fédération protestante de France pour actualiser la loi de 1905 c'est actuellement l'objet de la commission « Droit et liberté religieuse ».
Une déclaration concernait la violence en Palestine et une autre dénonçait la situation à Madagascar, demandant que soit interpellée la communauté internationale. Et l'on se sépara, après des remerciements à Jean WENDLING, dont c'était le dernier synode en tant que président de la Mission Intérieure. (EH)

95e Synode national de l'Eglise réformée de France

Nîmes, 9-12 mai 2002

Nîmes avait mis les petits plats dans les grands pour recevoir les 210 participants du 95e Synode national de l'Eglise réformée de France. Féria avec Brutus, Figaro et les autres taureaux, pluie, soleil et France 3 qui s'est déplacée deux fois montrant bien qu'on était là en terre protestante et que Marcel Manoël, président du Conseil national de l'ERF depuis un an et pasteur à Nîmes de 1996 à 2001,était une personnalité du pays. Sans oublier bien sûr les six paroisses de l'ERF de Nîmes qui s'étaient réparties les collations pour les 184 délégués à voix délibératives ou consultatives, les 22 invités étrangers venant d'Europe mais aussi des USA, du Gabon et de Corée ! Maison du protestantisme, Foyer Albaric, Petit Temple, Temple de l'Oratoire, Grand Temple, les synodaux ont profité de la diversité des lieux. Une soirée festive « Bouge ton Eglise » qui donnait envie d'aller passer ses vacances à Lasalle quand le pasteur n'est pas en congé ! L'amitié et la reconnaissance aussi pour le travail accompli par trois permanents de l'Eglise réformée : Martine Millet à la Coordination Edifier-Former depuis 1994, qui s'occupera désormais de la formation à distance avec le projet Théovie, Marc Richalot, Secrétaire général depuis 1994 qui rejoint en juillet la paroisse de Lyon-Montchat et Raphaël Picon qui quitte les Relations internationales pour être professeur de théologie pratique à l'IPT-Paris.

Premier message de Marcel Manoël
Le pasteur Marcel Manoël, président du Conseil national de l'ERF, depuis un an, a bien passé « l'épreuve » du premier message. On retiendra plus particulièrement le passage sur les leçons de l'élection présidentielle. Le pasteur Manoël, qui avait publiquement annoncé qu'il voterait pour Jacques Chirac au second tour lors d'une émission sur France Culture, a souligné que le rôle de l'Eglise n'était pas « de faire de la politique », « de prescrire la juste ligne politique », mais « de proposer des réflexions et des convictions ». « Notre société traverse une crise profonde qui ne concerne pas seulement un système de république ou une classe politique mais nous concerne tous, et nous appelle certainement à une véritable conversion des mentalités ». Parmi les éléments de la crise : « l'écartèlement de nos contemporains entre deux valeurs modernes : l'ouverture de plus en plus grande de notre société et l'exacerbation de plus en plus forte de l'autonomie individuelle », la « place prépondérante » de « la culture de la dérision et du dénigrement », ou encore la construction d'une « éthique pour les plus forts », qui plus est « sanctionnée par le droit ». Mais au-delà du rôle critique qu'ils assument déjà face à certains aspects de la société, les Eglises doivent aussi être une force de « proposition » et « promouvoir une sorte de de non-conformisme du bonheur », a-t-il estimé. Les croyants ainsi appelés « à proposer clairement, dans le débat avec nos contemporains, quels sont les gestes, les conduites personnelles, les institutions sociales, et aussi les limites acceptées à nos libertés personnelles qui peuvent être particulièrement utiles à la construction d'une société vraiment fraternelle ».

Premier bilan de « Débat 2000-2000 débats »
Plutôt que de marquer l'an 2000 par de grandes manifestations spectaculaires, l'Eglise Réformée de France avait préféré lancer l'opération « Débat 2000-2000 débats » lors du Synode national à Lyon. Au total, plus de 700 débats et événements culturels se sont déroulés sur deux ans. L'opération est close mais l'esprit, l'envie d'aller à la rencontre des autres reste. (cf. la décision n°20)
Cette opération avait trois objectifs : « Témoigner de l'Evangile dans notre vie de tous les jours au cœur des défis de ce temps, en partant de nos préoccupations les plus concrètes ; Exposer nos convictions, au double sens du verbe exposer, c'est-à-dire les présenter mais aussi les confronter les risquer à la rencontre des autres ; Déboucher sur de nouvelles formulations, de nouveaux langages pour notre foi. »
Le débat en synode n'a pas été passionné. Il faut dire que Débat 2000 est une réussite et que le document intitulé Premier Bilan était si bien fait qu'il n'y a pas eu vraiment de questions.
Les synodaux ont d'abord raconté leurs expériences locales avant de réfléchir à la suite à donner au processus. Là, il semblerait que l'imagination était porteuse. Ainsi Corinne Akli, pasteur à Aubervilliers, à utiliser les panneaux de l'exposition « Protestant, Protestants » pour évoquer plusieurs thématiques ; François Dietz à Lille a témoigné que plus personne ne voulait enlever l'expo du temple, tellement elle était belle et parlante. Bon point pour un nouveau langage ! Sans oublier le travail œcuménique fait à partir des 10 dossiers thématiques dont celui sur la transmission de la foi s'est réjouie une laïque.
Quelques regrets : « Débattre n'est pas rabattre. Sommes-nous suffisamment sortis pour faire rentrer du monde dans les temples ? » s'est exclamé le Doyen de l'IPT de Montpellier, Jean-François Zorn. Effectivement, certaines communautés ont travaillé exclusivement sur leurs propres convictions, mais se sentent prêtes aujourd'hui à aller débattre à l'extérieur. Et tant pis pour le label Débat 2000 ! A noter que c'est dans les villes moyennes que Débat 2000 a le mieux fonctionné et que parfois les pasteurs n'ont pas su relayer le projet Débat 2000 ou mettre en route la communauté.

3 petits vœux …dont un sur Israël-Palestine
Face au conflit israélo-palestinien, les synodaux pris entre leur attachement profond au judaïsme, leur conviction de la légitimité de l'existence d'Israël et leur solidarité envers le peuple palestinien « humilié » par l'occupation de leur terre ont étudié deux voeux, de sensibilités différentes, sur le conflit du Proche-Orient. Un voeu a tenté de faire la synthèse entre différents éléments : rappel des liens qui unissent judaïsme et christianisme, reconnaissance du droit d'Israël à « vivre en paix », condamnation des attentats anti-israéliens comme des actions de l'armée israélienne contre les populations palestiniennes, nécessité d'une « paix juste » fondée sur la reconnaissance d'un Etat palestinien et une « solution équitable » pour les réfugiés, condamnation des attaques de synagogues et de la communauté juive en France et ailleurs, nécessité de développer les visites de solidarité en Israël et Palestine.
Mathias Helmlinger pasteur à Châlon-sur-Saône, a défendu un autre voeu, qui s'alarmait du « retour » en France « d'un antijudaïsme violent » et réclamait le « total soutien » des protestants aux institutions juives. Avant même de mettre ce vœu aux voix, ce dernier point n'avait finalement pas été retenu. « Il n'est pas possible de soutenir inconditionnellement le CRIF (conseil représentatif des institutions juives de France) qui adopte une attitude politique de soutien au gouvernement Sharon », a notamment expliqué à la presse le pasteur lyonnais Daniel Jouve. Les protestants admettent mal que toute critique de la politique israélienne soit considérée par certains interlocuteurs juifs comme une preuve de leur ignorance de la réalité, voire assimilée à de l'antisémitisme. Ce vœu n'a finalement pas été voté, il n'y a eu toutefois aucune voix contre. Les synodaux ont craint que lus de manière dissocié, les vœux puissent porter à confusion. Ils ont estimé que le vœu retenu tenait aussi compte de la dimension française.

Synode national de l'Eglise réformée de France

Nîmes, 9-12 mai 2002

Message de Marcel Manoël,

président du Conseil nationalde l'Eglise réformée de France
Eglise Réformée de France
Synode national
Nîmes, 9-12 mai 2002

Message du Président du Conseil national

Monsieur le Modérateur, chers frères et sœurs, Permettez-moi d'abord de dire simplement ma joie de me retrouver à Nîmes, dans l'Eglise dont j'étais encore l'année dernière l'un des pasteurs. Ce souvenir tout frais est celui d'une Eglise d'hommes et de femmes ce qu'on appelle parfois improprement "la base" qui s'efforcent de vivre l'appel du Seigneur dans leur situation concrète, héritiers d'une histoire riche et tournés vers l'avenir, avec les forces et les faiblesses qui sont les leurs, mais aussi leur volonté de fidélité à l'écoute de la Parole de Dieu.
J'espère que la perspective de me retrouver ici m'aura aidé à préparer ce message en évitant langue de bois ou théorie trop éloignée des réalités concrètes de nos communautés locales.
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Cette réalité d'Eglise, c'est aussi celle d'une histoire où nous nous inscrivons, à notre place et à notre tour, pour reprendre encore et encore la même mission. Si nous avions besoin de quelque preuve pour nous en persuader, il suffirait de jeter un coup d'œil sur l'ordre du jour du Synode national qui s'est tenu ici même en 1987.
Dans son message d'ouverture, le Président Jean-Pierre MONSARRAT avait proposé de se saisir du prochain cinquantenaire de l'ERF (1988) pour "clarifier ensemble ce que nous voulons vivre et réaliser comme Eglise Réformée de France", un peu ce que nous nous proposons de faire à nouveau avec le premier bilan de "Débats 2000 2000 débats".
Il avait insisté, en commentant la déclaration de foi que nous venons d'entendre, sur l'engagement de notre Eglise dans les débats de la société : "Nous sommes bien les héritiers d'une tradition qui souligne les responsabilités de l'Eglise dans la lutte pour un monde de justice, de fraternité et de paix, une tradition dans laquelle la fidélité de l'Eglise à la confession de la foi se mesure aussi au sérieux de son engagement au service du message de réconciliation entre les hommes et entre les nations"1. Et sans doute notre Synode tiendra-t-il à dire son engagement dans une actualité fort troublée, que l'on pense à nos élections nationales ou à la situation internationale, en particulier le tragique conflit entre Israël et les Palestiniens.
Ce Synode avait aussi été l'occasion de faire un premier point sur la catéchèse, avant les décisions du Synode national de Nantes (1988). Il s'était préoccupé de l'accueil des étrangers et des réfugiés. Le Trésorier Général avait parlé des retraites et du nécessaire rétablissement de l'équilibre financier. Et bien sûr, la Commission du Règlement avait proposé une modification du Règlement Intérieur du Synode national… Tous sujets encore présents dans notre programme !
Faut-il en être découragés ? Je ne le crois pas. Certes, ce coup d'œil vers le passé nous rappelle que notre travail synodal est d'une modestie certaine, et devrait nous éviter la tentation de la célèbre "mouche du coche" de Jean de la Fontaine qui s'agitait d'autant plus qu'elle n'avait aucune prise sur les événements. Mais je crois qu'il nous encourage à la persévérance et à la fidélité.
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Cette réalité d'Eglise, c'est aussi une famille, dont nous partageons les joies et les peines.
Nous aurons, lors de cette session, quelques échos du temps fort que vit aujourd'hui la région Cévennes-Languedoc-Roussillon avec le rassemblement "Bouge ton Eglise !" qui vient conclure la participation régionale à "Débats 2000 2000 débats" : ce rassemblement aux quatre coins d'un village cévenol nous rappellera fort opportunément que cette initiative commune n'est pas essentiellement affaire de textes et de rapports, mais un temps de vie ensemble, un temps de témoignage, un temps de partage et de solidarité avec nos concitoyens…
Temps forts, mais aussi temps de souffrance et de deuil. Nous avons l'habitude d'évoquer en début de session le souvenir des ministres qui nous ont quitté pendant l'année écoulée ; ce n'est pas là une politesse rituelle, mais bien l'affirmation que, devant Dieu, l'Eglise est cette famille que même le temps et la mort ne détruisent pas. Cette année, nous pensons à Yvonne Epinat, Roger Belmont, Jeanne Thépault, Maurice Raignault, Jacques Martin, André Meuret, André Hardy de Vismes, Théodore Mann, Bernard du Pasquier, Pierre Froment, Marc Nouvelon, Pierre Tissot, Marc Perrier, Arnold Ullern, Hugues de Cabrol, Michel Ferrandier, Roger Lacombe, Pierre Lecomte, Guy Wagner, André Richardot, Idebert Exbrayat, René Château, Jacques Lagny, Pierre Foëx, Michel Allin, auxquels j'ajouterai les noms de Ray Teewissen, "fraternel worker" dans notre Eglise, et David Engeli pasteur de l'Eglise Evangélique luthérienne et équipier de la Cimade, emporté à l'âge de 30 ans, et qui a su faire de sa maladie et de sa mort une prédication d'Evangile pour ses paroissiens et ses amis.
Je n'oublie pas les membres de notre Eglise qui y ont exercé des responsabilités ou assumé divers services : pour les représenter, je citerai simplement deux noms : celui de Micheline Escande qui a été plusieurs années la vice-présidente du Conseil régional Centre-Alpes-Rhône où j'ai eu beaucoup de plaisir à collaborer avec elle, et celui de Denise Galtier, brutalement décédée alors qu'elle était très active dans cette Eglise de Nîmes et particulièrement dans la préparation de ce Synode. En évoquant le souvenir de ces frères et sœurs, nous disons simplement notre reconnaissance pour tout ce qui a pu nous être donné au travers de leur ministère, et notre fraternité aux membres de leurs familles encore meurtris de ces séparations.

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Pour son dernier message au Synode national, Michel Bertrand nous avait invité à réfléchir autour d'un thème dont il regrettait qu'on parle peu dans notre Eglise, celui de la "vocation", pour nous inciter "à faire entendre dans le concert œcuménique et au sein du protestantisme une voix luthéro-réformée, assurée et vivante, lucide et confiante, consistante et ouverte à la fois, à même de résonner au cœur des questions de notre temps"2. J'avais décidé de même, depuis plusieurs mois, de centrer mon message sur un autre thème lui aussi fort peu utilisé bien que très traditionnel dans les Eglises de la Réforme, celui de la "sanctification", qui nous renvoie à la manière dont nous vivons dans ce monde, à notre identité, à nos choix éthiques et à notre mission. L'actualité m'a conforté dans ce choix.
"Soyez saints, car je suis saint, moi, le Seigneur votre Dieu" exhorte la Torah3 que reprend la première épître de Pierre : "De même que celui qui vous a appelés est saint, vous aussi devenez saints dans toute votre conduite…"4.
Dans le catéchisme réformé classique, loin de voir là quelque réclamation ésotérique ou de supériorité morale, il s'agissait de parler très concrètement de la vie du chrétien, au terme d'une sorte de processus en 3 temps : justification, libération, sanctification. Premièrement, nous sommes justifiés par la seule grâce de Dieu, par le moyen de la foi en Jésus Christ. Justifiés, nous sommes donc libérés de la condamnation de la Loi et du poids du péché. Enfin, libérés, nous sommes appelés à la sanctification, c'est à dire à vivre devant Dieu d'une vie nouvelle, signe de notre reconnaissance et fruit de l'Esprit qui agit en nous.
J'ai retenu de mon maître en Nouveau Testament, Pierre Bonnard, qu'il s'agissait sans doute moins d'une sorte de parcours chronologique que de trois façons de parler de la même réalité, de trois registres pour rendre compte du même appel et de la même action de Dieu : le premier plus juridique, le second plus relationnel, et le troisième la sanctification plus éthique. C'est d'ailleurs ce que Calvin entendait quand il parlait de l'œuvre de salut de Dieu en Jésus-Christ comme d'une "double grâce" : "en participant à lui, nous avons double grâce. La première, qu'étant par son innocence réconciliés avec Dieu, au lieu d'avoir un Juge au ciel pour nous condamner, nous y avons un Père très clément. La seconde, que nous sommes sanctifiés par son Esprit pour méditer sainteté et innocence de vie".5.
La définition plus contemporaine que donne André Birmelé permet de préciser les contours de ce dont il s'agit : "…la sanctification du croyant est le don de la grâce qui lui offre une identité nouvelle. Cette identité appelle une vie de témoignage et d'obéissance qui signifie cette sanctification offerte, dont la plénitude ne sera révélée qu'à la fin des temps." 6
Identité, témoignage, obéissance significative, dans une dynamique tournée vers l'avenir, ce sont ces thèmes que je vais reprendre en tentant de les mettre en rapport avec notre actualité. Je le ferai d'une manière personnelle : cela ne signifie pas que ce que je dirai exprime les convictions de tous. Mais j'espère simplement participer ainsi à notre responsabilité commune de proclamation, d'enseignement et d'action.

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Témoins d'une conviction
Si notre seule identité devant Dieu est d'être celles et ceux qu'il connaît et qu'il aime, qu'il appelle et qu'il relève, à qui il confère un nom et une dignité, notre identité dans ce monde est d'être témoins de ce que nous avons ainsi reçu, "peuple appelé à être saint".
Dans le premier bilan de "Débat 2000 2000 débats" qu'ils nous proposent, les rapporteurs nous disent combien les rencontres vécues ont été riches, et combien pertinentes peuvent s'y révéler nos convictions, pour peu que nous nous donnions la peine de ne pas les réciter comme des formules doctrinales, mais que nous les traduisions en langage et engagements clairs et accessibles à tous. J'espère vivement que notre Synode pourra lui aussi transmettre un message fort à partir de ce que nous avons pu vivre et entendre.
Dans le brouhaha actuel, la perte des repères et des valeurs, un message doit être simple pour être audible. Il faut bien reconnaître que cela nous crée des difficultés particulières, à nous protestants, parce que nous tenons à l'expression de notre diversité, dans laquelle il est important que chacun puisse faire entendre sa voix. Parce que nous tenons à la justesse de notre expression, et que les choses sont effectivement souvent plus complexes que des formules abruptes. Pourtant, pour communiquer, il faut accepter de simplifier. C'est une question technique, mais peut-être aussi une question de foi : dans ce service de la communication avec l'autre, je crois qu'il s'agit d'accepter d'être pauvre, de se dépouiller des richesses ou prétendues richesses de nos pensées et de nos analyses, pour laisser de la place à l'écoute, et à la réponse. N'est-ce pas ainsi que le Christ lui-même a communiqué, avec quelques paraboles, quelques gestes forts, et quelques adresses vives ?
Pour moi, il y a essentiellement 3 questions qui nous sont adressées par nos contemporains, qui attendent 3 protestations : Qui est ton Dieu ? Comment vivre ? Que sera demain ? Permettez-moi de proposer mes réponses :

-Qui est Dieu ? Pour nous, Dieu est Père. Mon Dieu, c'est l'ami des humains, celui que Jésus appelle Père. Il n'est pas le dieu qu'invoquent les terroristes, ceux qui sèment la haine et la violence, ni celui dont se réclament ceux qui veulent faire régner leur ordre par la force. Confesser que Dieu est Père, cela signifie que nos vies ne sont pas placées sous le signe d'une menace fondamentale qui pèserait sur elles, ni sous celui de la concurrence mortifère entre les humains, mais sous le signe de la fraternité établie par le Père.
-Comment vivre ? Pour nous, la vraie vie, c'est le service. Cela aussi, nous le recevons de Jésus. Le service, non pas comme un esclavage subi en vue de je ne sais quelle revanche, non pas comme un processus de purification pour gagner je ne sais quelle dignité, non pas comme une obligation morale supérieure, mais simplement parce que c'est là et là seulement qu'il peut y avoir dignité, bonheur, vie pleine et vraie, connue et reconnue, dans tout ce que le service crée de solidarité avec et pour les autres. La vraie vie est relation et non possession.
-Que sera demain ? Pour nous, l'avenir est à l'espérance. L'avenir, nous ne le connaissons pas plus que les autres mais, dans nos interrogations et nos doutes, nous recevons du Christ une Parole : c'est que, quoi qu'il arrive, l'avenir est encore un temps devant Dieu, le temps où règne le Christ Seigneur et Sauveur. Nous n'avons pas à avoir peur de l'avenir. C'est pourquoi nous sommes des impénitents de l'espérance. C'est pourquoi, fondés sur cette espérance, nous pouvons laisser dans nos vies de la place pour l'attente, pour les étapes nécessaires à toute construction, et même pour l'échec.
Dieu est Père.
La vie, c'est le service.
L'avenir est à l'espérance.

Des protestations de foi. Non pas les argumentations subtiles d'un savoir qui serait le nôtre, mais la Parole que nous recevons de la révélation, que nous confessons, et avec laquelle nous sommes capables d'engager nos vies. Certains diront peut-être : paroles en l'air, folies simplettes ? Mais je crois que nous devons retrouver cette folie originelle de la prédication, cette folie d'un Seigneur crucifié et ressuscité, folie d'amour qui seule peut rendre compte de la vraie sagesse de Dieu.

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Acteurs d'une conviction
La folie de la prédication chrétienne ne peut pas justifier n'importe quoi, mais appelle une certaine pertinence et une certaine "sagesse" dans nos engagements, même s'ils peuvent paraître peu raisonnables ou surprenants.
Notre époque est marquée par un foisonnement de questions d'ordre éthique : sur la maîtrise de la vie et de la mort, la sexualité, le droit à vivre des handicapés, la place de la famille dans la société, le racisme, la justice et la paix, la solidarité et l'exclusion, etc. Nous avons toujours dit avec force que, pour nous, ces questions sont secondes, et nous refusons de nous laisser enfermer dans un rôle d'Eglise productrice et garante de valeurs, ou "donneuse de leçons", suivant l'appréciation que l'on porte là-dessus. Ceci dit, ces questions existent, et ce sont bien à elles que nos convictions doivent répondre concrètement.
Je crois que nous avons besoin de rouvrir aujourd'hui ce débat, à la fois sur la question de la responsabilité de nos Eglises dans ce domaine, parce qu'il me semble que les conditions de cet exercice sont en train de changer fortement, et sur le fond parce qu'on voit bien que c'est là que nous sommes attendus par nos contemporains et que c'est là que peuvent s'entamer nos débats et dialogues avec eux. Qu'est-ce donc, pour reprendre la définition de Birmelé, que cette "vie de témoignage et d'obéissance qui signifie la sanctification offerte" ?
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La question se pose d'abord à nous. Ce synode national a demandé depuis plusieurs années que nous entrions dans les questions qui se posent autour de l'homosexualité : la question de la bénédiction demandée par certains couples homosexuels, comme la question de la compatibilité entre l'exercice d'un ministère et l'affirmation publique de l'homosexualité du ministre. Débat difficile dans lequel nous allons entrer, et la longueur de sa préparation montre que nous y soulevons bien plus de questions que nous ne l'avions envisagé au début : non seulement le sens et la place de la sexualité dans la vie humaine, mais la manière dont nous lisons la Bible, ce qu'est pour nous un ministre, ce que signifie une bénédiction ou une célébration religieuse, … toutes questions que nous avions déjà traitées, mais qui sont en quelque sorte ré-interrogées par la question de l'homosexualité.
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Traiter cette question de manière paisible et sereine, comme l'ont souhaité les Synodes, sera d'autant plus difficile que nous sommes dans une période de "bouillonnement" des valeurs, à la fois radicalement contestées par certains, et déployées comme étendards par d'autres dans les débats qui agitent notre société. C'est, à mon sens, ce qui vient de se révéler, une fois de plus, dans ces dernières trois semaines autour de l'élection présidentielle.
Le rôle de l'Eglise n'est pas de faire de la politique. Et même si j'ai dit publiquement, dans une émission de radio que je voterai personnellement le 5 mai pour Jacques Chirac, je persiste à penser que le rôle de l'Eglise n'est pas de prescrire la juste ligne politique, mais de proposer des convictions et des réflexions qui rendent celles et ceux qui veulent bien les écouter mieux armés pour exercer leur choix : la démocratie, surtout quand elle est en danger, a besoin de citoyens responsables, pas de suiveurs de consignes !
Notre service d'Eglise est sans doute d'essayer, à cause de l'Evangile que nous proclamons, d'être particulièrement lucides sur ce qui se passe, loin de tout allégeance partisane et peut-être même plutôt à contre-courant des discours dominants.
Nous avons été quelques uns, après le premier tour des présidentielles, à essayer de dire qu'il ne fallait pas se contenter de crier "racisme ! racisme !" : certes, il fallait dénoncer le racisme plus ou moins explicite des propositions de l'extrême droite, mais il fallait aussi entendre les malaises profonds exprimés de différentes manières dans ce scrutin, le malaise de ceux qui, à tort ou à raison, se sentent oubliés, frustrés, menacés ou exclus dans une société qui ne veut entendre que le succès et la performance, et qui ont été séduits en particulier par un discours offrant dignité et sécurité, en pervertissant de manière idolâtre plusieurs thèmes religieux : le désir ambigu de pureté, la pratique rituelle du bouc émissaire, l'investissement de la figure du Père-chef qui écoute ses enfants qui souffrent et leur rend leur dignité… Relisez le dossier "La tentation de l'extrême droite", demandé il y a quelques années par ce synode, et que nous avons négligé en cédant nous aussi à l'illusion que le problème n'était plus d'actualité. Bien au contraire : ce travail théologique montre bien que les thèmes agités par M. Le Pen et ses amis sont dans notre actualité personnelle : ils sont notre tentation permanente ! Je pense d'ailleurs que l'écœurement ressenti par nos concitoyens le 21 avril au soir traduisait aussi le dégoût de cette mise à jour de cette part sombre qui est en nous-mêmes ! Il ne s'agit donc pas de crier "racisme" en désignant des coupables, mais plutôt d'entrer dans cette "réflexion en profondeur" et cette "résistance spirituelle et théologique qui commence par notre propre conversion" à laquelle nous avions appelé.
De la même manière, il ne faut pas s'illusionner sur le résultat du second tour : ce n'est pas parce que l'on crie "République ! valeurs !" même s'il est important que cela soit ! que les problèmes sont résolus !
La vérité, c'est que notre société traverse une crise profonde, qui ne concerne pas seulement un système de république ou une classe politique, mais qui nous concerne tous, et nous appelle certainement à une véritable conversion des mentalités. Ce qui est en jeu, c'est la question fondamentale : Quelle société voulons-nous construire ? Voulons-nous que, dans cette société, il y ait place pour tous, les plus performants, mais aussi les plus démunis ?
Je voudrais vous proposer trois aspects de cette question. On pourrait en donner beaucoup d'autres, mais ceux-ci me semblent particulièrement frappants par rapport à nos convictions évangéliques :
1°) Nos contemporains sont écartelés entre deux valeurs modernes : l'ouverture de plus en plus grande de notre société, et l'exacerbation de plus en plus forte de l'autonomie individuelle. D'un côté, on nous exhorte à nous ouvrir au monde, à nous risquer dans sa compétition et à accepter que nous y soyons interdépendants les uns des autres. De l'autre, on soutient les valeurs de l'autonomie de la personne, de son droit à faire ce qu'elle veut d'elle-même, de son corps, de sa vie. Comment ne pas voir qu'il y a là, sinon une impasse, du moins une tension de plus en plus frustrante et insupportable par beaucoup, d'autant plus que tous les groupes intermédiaires capables de gérer ces tensions (partis politiques, syndicats, églises mêmes…) se sont largement effondrés ? Du coup, certains préfèrent se réfugier dans la défense de leur fromage régional, leur droit à pêcher tranquillement à la ligne, ou leur rêve d'un autre avenir incarné par une idéologie ou une secte religieuse.
Si notre société ne veut pas éclater en violences incontrôlables, elle doit donc refonder un nouveau pacte qui permette des cheminements, des choix et des compromis fussent-ils provisoires et limités auxquels chacun puisse contribuer, et que chacun puisse accepter ou au moins tolérer, en contribuant ainsi à rendre au politique, comme le disait un texte de la Fédération protestante de France, sa vraie place et sa dignité. "Ce qui menace le politique,- écrit le professeur Olivier Abel ce qui l'écrase, c'est d'une part sa réduction à une gestion technique où l'on a toujours une solution, et d'autre part son exil dans une posture démagogique de pure dénonciation. Le paradoxe politique demande au contraire à la fois une résistance aux abus de pouvoir, qui montre les endroits où le pouvoir a laissé certains sans contre-pouvoirs, et le sentiment d'une promesse partagée, fut-ce dans un désaccord fondateur." 7
Il est intéressant de remarquer que les deux valeurs modernes entre lesquelles il nous faut discerner un chemin et une promesse, ont une origine chrétienne : l'apôtre Paul a sans doute été l'un des premiers promoteurs de la société ouverte 8 , et le christianisme, particulièrement protestant, a donné à l'individu une importance première. Dans la crise actuelle, nous sommes donc particulièrement interpellés, théologiquement sur notre vision du monde et de la personne humaine, humainement sur notre capacité à accueillir l'autre et à accompagner les plus faibles, ecclésiologiquement sur notre manière de vivre l'Eglise universelle.

2°) Un autre aspect de la crise actuelle est sans doute la place prépondérante que prend la culture de la dérision et du dénigrement.
Nous avons certes besoin de dérision. Il y a quelques années, j'ai commis avec quelques amis un opuscule intitulé "L'agitation et le rire", et je persiste à penser que Dieu lui-même rit de nos agitations, de nos prétendues importances, de nos sacrés, - je pense que Dieu rit de temps en temps de nos Eglises ! … et je crois que la dérision a un rôle nécessaire pour nous ramener à notre vraie place, nous, nos valeurs et nos symboles, même quand cela nous fait un peu mal ! De la même manière, l'exercice de la critique est, dans toute société y compris l'Eglise ! un devoir indispensable pour réagir contre les abus et pointer les inefficacités.
Mais, quand la critique devient dénigrement systématique, quand la dérision se pose elle-même en valeur absolue, quand le bouffon se prend pour le prince, … quand, très concrètement, on ne passe plus en "prime time" à la télé que du soi-disant "divertissement" où les seules "valeurs" qui résistent à la moulinette de nos nouveaux maîtres à ne pas penser sont une sorte de machisme épanoui à base de 4x4, de "nanas" et de "coups à boire", avec de temps en temps quelques velléités de générosité et quelques appels à la charité publique, on est dans une société qui travaille à son pourrissement et à sa mort. Je ne suis pas un partisan du recours à une sorte "d'ordre moral". Mais je dis qu'une société a le droit et le devoir de veiller à sa construction, et donc de se donner des règles, des limites, pour que tout ne soit pas écrasé par la dérision, mais qu'il puisse y avoir de véritables débats avec de la place pour l'expression de convictions comme pour la critique, et du temps pour que nous puissions regarder un peu plus loin que le bout de notre nez ou de l'émotion du moment. Vivre d'espérance, c'est aussi ça.

3°) Enfin, il faut observer que le rôle de la Loi est en train de changer de manière assez fondamentale dans notre société, et sans que nous en prenions vraiment conscience. 9
Traditionnellement, le Droit était "l'ensemble des règles juridiques qui s'imposent à l'homme dans la société"10 : on attendait de lui qu'il définisse les "normes" qui fondent la vie sociale : celles qui régissent les relations humaines individuelles, la famille, les associations, le travail, les relations économiques… avec une attention particulière, dans ce cadre, aux droits de la personne. Or, nous constatons aujourd'hui une inversion radicale : beaucoup de nos contemporains attendent d'abord du Droit qu'il justifie la légitimité de leurs choix personnels et en garantisse l'accomplissement. C'est vrai pour les évolutions du droit de la famille (PACS, nouvelles dispositions sur le divorce…), c'est vrai aussi dans tous les débats autour des questions liées à la naissance, à la santé et à la mort. Dans le domaine législatif, "l'accent fondamental s'est déplacé de l'exercice de la souveraineté des citoyens vers la garantie des droits de l'individu"11, avec le paradoxe que "ces lois individualistes sont souvent revendiquées et votées au nom des "droits de l'homme", de l'égalité et de la justice pour des "victimes" 12.
Changement de perspectives, donc, qui n'est pas sans provoquer de nombreux dégâts sociaux et de nouvelles victimes. Car ce retournement du rôle du Droit crée dans le champ social et éthique des espaces indéterminés où les plus armés culturellement, psychologiquement, économiquement, socialement sont beaucoup plus à l'aise que les plus faibles. Deux exemples concrets pour me faire comprendre. Il est beaucoup plus facile de vivre les richesses de la famille éclatée et recomposée quand on peut réunir ses diverses épouses et enfants pour les vacances autour de sa piscine dans le Lubéron que lorsqu'on vit en HLM, où toute rupture familiale risque fort de se traduire en drame économique, et en handicap majeur pour les enfants. Il y a beaucoup moins de risques à tirer un "petit joint" dans une famille bo-bo (bourgeois-bohème) en se donnant l'illusion de transgresser un tabou que dans certains autres milieux moins confortables où le danger du passage à des drogues plus dures et des comportements plus violents est nettement plus grand.
La question est donc : allons-nous continuer à construire et à faire sanctionner par le Droit - une éthique pour les plus forts ou accepterons-nous de prendre en compte celles et ceux qui ont besoin que leur soit reconnue une place juste, digne et sûre ?
Comme le suggère Olivier Abel, "… ne pourrions-nous chercher ensemble la corrélation vertueuse entre une institution qui sache faire place à l'autonomisation des sujets, et des sujets qui sachent venir d'une enfance et s'inscrire dans la génération, c'est-à-dire dans un monde plus durable qu'eux-mêmes ?" 13 et, j'ajoute, "dans une solidarité plus vaste et plus diverse que celle de leur sphère d'autonomie personnelle".
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Cette description de quelques aspects d'une crise de notre société que je crois beaucoup plus profonde que ce qu'on a pu en dire ces derniers jours, ne devrait pas faire oublier tout ce qui a pu y être observé de positif et de dynamique : l'énorme capacité d'émotion et de mobilisation qui existe toujours, en particulier parmi les jeunes, l'envie de paix, de justice, la soif "d'autre chose" qui se sont manifestées une fois de plus. Il y a donc là des possibilités pour agir, pour contribuer à des changements, à condition que l'on sorte des impasses que je viens de décrire pour entrer dans les véritables débats indispensables à un travail de refondation.
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Pour ces débats, nous sommes prêts. Encore faut-il s'entendre sur le rôle que peuvent y avoir nos Eglises.
Je crois que je n'ai pas besoin de beaucoup insister pour vous convaincre qu'il ne s'agit plus de revendiquer un rôle "prescriptif" : il faut, on doit, etc.… D'abord parce que ce serait à peu près totalement inefficace dans le monde moderne ou post-moderne où ce rôle à été contesté à toute institution. Mais surtout, parce cela ne correspond absolument pas à notre vision de l'être humain appelé à être fondamentalement libre et responsable.
Le débat est plutôt de savoir s'il faut sortir de la position qui nous est assez habituelle depuis quelque temps, en réaction contre les tentations magistérielles de l'Eglise, qui consiste à souligner son rôle essentiellement critique dans le domaine éthique, sa première vigilance étant de dénoncer toute tentation d'idolâtrie, quand on magnifie des valeurs de telle manière qu'elles se mettent à justifier à peu près n'importe quoi, quand des pouvoirs s'arrogent le droit de dire le bien et le mal, quand on absolutise une idéologie ou une pratique politique de telle manière qu'elle devient la voie obligatoire du salut, en prenant ainsi la place du Christ lui-même.
Cette vigilance reste certainement de mise, mais je me demande si elle est suffisante dans une société où la dérision et la dérégulation ont pris la place que j'ai dite ? N'est-ce pas refuser une aide demandée ? Ne risquons-nous pas d'y être simplement complices du délit de "non-assistance à personnes en danger" ? Il me semble que l'apôtre Paul ne refusait pas de répondre aux interpellations éthiques de ses correspondants, même s'il commençait par en indiquer la véritable portée théologique, et s'il prenait bien soin de préciser dans sa réponse ce qui relève de l'Evangile de la Croix et ce qui relève de sa propre initiative.
Ne sommes-nous pas appelés aujourd'hui à un tel service de "proposition" ?
Je veux dire : ne sommes-nous pas appelés, aujourd'hui plus qu'hier, à proposer clairement, dans le débat avec nos contemporains, quels sont les gestes, les conduites personnelles, les institutions sociales, et aussi les limites acceptées à nos libertés personnelles qui peuvent être particulièrement utiles à la construction d'une société vraiment fraternelle ?
Il ne s'agit pas d'en revenir à un rôle "prescriptif". La "proposition" se différentie pour moi de la "prescription" de plusieurs manières :
-elle renonce à dire l'absolu du "Bien" et du "Mal", mais s'inscrit dans le registre du service : qu'est-ce qui sert, à la lumière de l'Evangile, pour construire aujourd'hui ?
-elle accepte le dialogue et le compromis au sens fort du terme, c'est-à-dire à ce que nous pouvons nous "promettre ensemble", malgré et avec nos désaccords en s'inscrivant ainsi dans le temps et l'espérance,
-elle accepte de mettre ensemble la claire indication des choix proposés, et l'accueil de tous, sans exclusive ou discrimination.
Pour décrire ce que pourrait être un tel engagement dans un service de proposition, j'ai déjà employé plusieurs fois l'expression "promouvoir une sorte de non-conformisme du bonheur". "Non-conformisme"14, parce que nous ne pouvons que contester avec bien d'autres 15 - les évolutions dangereuses de notre société. "Du bonheur" parce nous n'avons pas vocation à être des moralistes culpabilisants et ombrageux, mais des témoins de vie.
"Vous, frères, c'est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la "chair"(= la "nature" humaine prisonnière d'elle-même) ! Mais, par l'amour, mettez-vous au service les uns des autres…16".

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Ensemble pour une conviction
Je voudrais terminer ce message par quelques remarques à propos de notre vie d'Eglise. En fait, il faudrait que je reprenne à peu près tout ce que je viens de dire, tant il est vrai que nous ne sommes pas à l'écart des questions qui sont posées à notre société et des tensions qui y règnent.
En particulier, pas plus que la société, "les Eglises n'ont pas encore appris à combiner heureusement le "je" de l'individu et le "nous" du collectif ou de la communauté."17. Pas plus que nos contemporains, nous ne savons vraiment nous ouvrir et accueillir, comme le constate Sylvie Gambarotto dans sa thèse sur la "croissance de l'Eglise" : "… plus une communauté est homogène, attachée à ses habitudes, à ses traditions, à son propre langage spirituel et à sa propre culture ecclésiale, plus il lui est difficile de s'ouvrir aux générations montantes et aux nouveaux venus." 18
. Le débat que je souhaite pour notre société a donc aussi ses raisons d'être dans nos communautés locales.
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Avec néanmoins une différence fondamentale : c'est que ce débat ne peut avoir pour l'Eglise qu'un but : discerner ensemble clairement et ouvertement quelle est la volonté du Seigneur. C'est notre pacte fondateur, notre raison d'être Eglise. C'est peut-être parce que nous l'oublions que nous éprouvons quelques malaises qui s'expriment ici et là : le malaise de laïcs qui trouvent que leurs pasteurs sont trop absorbés par la "machine" Eglise, ses réunions, ses dossiers, et pas assez pour le véritable exercice de leur ministère ; le malaise de pasteurs qui se demandent quelle est leur vraie place dans l'Eglise, qu'est-ce qu'on attend d'eux, à part de "faire tourner la boutique"… Ce sont souvent en fait des questions d'autorité. Il faut en parler quand c'est le cas, mais en ne se trompant pas de débat. La seule vraie question n'est pas de savoir qui commande : le pasteur, son Conseil presbytéral, ou la rue de Clichy, mais elle est de savoir comment ensemble nous recevons l'autorité du Seigneur et discernons sa volonté. J'espère que "l'année de la Bible" qui nous est proposée pour 2003 sera pour nous l'occasion de nous recentrer sur l'essentiel : cette autorité souveraine du Seigneur qui nous envoie en mission. Nos problèmes internes ne peuvent être résolus que dans la ré-appropriation de notre mission commune.
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Difficultés pour nos Eglises d'évoluer dans une période de mutations, malaises pastoraux marqué par un nombre important de départs ou de congés, fatigue de beaucoup de membres de l'Eglise surchargés… je suis bien conscient des fragilités internes de notre Eglise Réformée.
Auxquelles il faudrait d'ailleurs ajouter la fragilité de notre situation dans la société sécularisée qui est le nôtre. Nous l'avons expérimenté cette année avec la difficulté à faire prendre en compte par les autorités gouvernementales notre situation spécifique qui découle de la Loi de Séparation de 1905. Et si nous ne voulons pas finir par être considérés comme des entreprises commerciales dont le seul but serait de faire vivre des pasteurs, ou au contraire des sectes à brider et surveiller, il est important que nous nous participions au travail entrepris au sein de la Fédération Protestante pour aboutir par exemple à l'occasion de l'anniversaire de 1905 à une clarification de la situation générale des religions en France.
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En énumérant ces fragilités, je ne veux pas oublier les forces, les dynamismes, les engagements, les fidélités parfois discrètes mais efficaces de ces milliers de personnes qui donnent de leur temps, de leur argent, de leur vie, parfois au risque de déséquilibrer leur vie personnelle ou familiale. C'est d'ailleurs un privilège du ministère qui est le mien que de pouvoir en prendre conscience lors des visites dans les Régions et les Eglises locales, en général à l'occasion d'un temps fort de leur vie.
Mais je crois qu'il nous faut assumer cette fragilité, et je veux la dire clairement, d'abord pour lancer un appel : nous avons besoin d'aide! Nous avons besoin que certains au moins de ces femmes et de ces hommes qui disent leur intérêt pour le message évangélique que nous transmettons, ou pour nos engagements d'Eglise, viennent y prendre leur part de responsabilité. Nous avons besoin que des jeunes prennent la relève. Nous avons besoin que des hommes et des femmes engagés dans la vie active nous fassent bénéficier de leurs compétences dans tout ce qui est animation, enseignement, gestion… Nous avons besoin que des hommes et des femmes acceptent la vocation à un ministère… A nous de savoir à la fois transmettre cet appel et vraiment accueillir et partager les responsabilités.
Mais en même temps, dire nos fragilités, reconnaître qui nous sommes vraiment, si peu de chose par rapport à la mission qui nous est confiée, c'est entrer dans la démarche spirituelle de la sanctification, cette démarche qui nous décentre de nous-mêmes pour nous tourner vers Christ et pour nous donner un regard nouveau sur ce monde et son histoire, comme l'écrivait l'apôtre Paul à l'Eglise de Corinthe :
"Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l'appel de Dieu : il n'y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais, ce qui est folie dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre les forts… Car c'est par lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance afin que, comme dit l'Ecriture, que celui qui s'enorgueillit, s'enorgueillisse dans le Seigneur."19.
Je vous remercie de votre écoute.

Marcel Manoël

Synode de l'Eglise réformée de France

Décision 17 :
Représentation des Institutions, Œuvres et Mouvements
au synode national de l'ERF
Le synode national de l'Eglise réformée de France, réuni à Nîmes les 9, 10 11 et 12 mai 2002, invite le conseil national à resserrer ses liens avec les Institutions, Œuvres et Mouvements et à revoir les modalités de leur représentation dans les synodes régionaux et au synode national.

Décision n°18 :
Proposition d'un partenariat dynamique
avec le mouvement des EEUdF
Le Synode National de l'Eglise réformée de France, réuni à Nîmes les 9, 10, 11 et 12 mai 2002,
- Dit sa reconnaissance aux mouvements de jeunesse pour ce qu'ils ont représenté et représentent, et notamment le scoutisme unioniste.
- Constate les difficultés à faire vivre durablement un mouvement de jeunesse et se dit particulièrement préoccupé par l'avenir du mouvement des EEUdF.
- Demande au Président du conseil national, ou à toute personne mandatée de son choix, de rencontrer les responsables de ce mouvement, de leur faire part de notre préoccupation quant à l'avenir des EEUdF et de voir avec eux comment nous pouvons les aider.

(52 voix pour ; 0 contre)

Décision 19 :
Conflit en Israël-Palestine
Le Synode National de l'Eglise réformée de France, réuni à Nîmes les 9, 10, 11 et 12 mai 2002, ne peut rester insensible au conflit qui déchire et défigure la terre d'IsraëlPalestine.
Par son histoire, son identité, sa théologie et dans son existence même, le christianisme se sait attaché au judaïsme.
Aussi, au nom de ce lien indéfectible, le synode national veut dire son affliction
quand des attentats provoquent la mort de citoyens israéliens,
quand l'armée israélienne écrase et humilie les populations palestiniennes,
quand des synagogues ou des communautés juives en France ou ailleurs sont attaquées
quand les liens se distendent ou quand la haine s'installe entre juifs, chrétiens et musulmans.
Il demande pardon à Dieu pour son manque de vigilance et d'attention à la construction d'une paix juste et équitable.
Il rappelle la légitimité indiscutable de l'Etat d'Israël fondée sur le droit international mais rappelle parallèlement les décisions des Nations Unies qui établissent et reconnaissent le territoire et les frontières d'un Etat palestinien.
Il dit son écoute attentive et fraternelle à l'égard des appels qu'adressent sans relâche les Eglises d'Israël-Palestine en faveur d'un retour du gouvernement israélien et de l'autorité palestinienne à une table de négociation pour la paix.

Aussi, le SN demande : - Au Conseil national de l'ERF et au Conseil de la FPF :
de s'associer aux initiatives des Eglises en Europe pour apporter des propositions dans la recherche d'une paix durable avec une attention particulière :

(71 voix pour ; 0 contre)
Décision 20 :
Pour une Eglise qui débat,
qui rencontre,
qui témoigne !

« Débat 2000, 2000 débats » s'achève. Rassemblés en synode national, nous avons recueilli les échos de ce que nos Eglises locales ont vécu, source de joie et de reconnaissance.
La démarche, elle, se poursuit et doit même s'amplifier.
Ecoutons ! Les questions et parfois les souffrances de la société sont aussi les nôtres : quel est le sens de la vie, comment vivre ensemble, quelles réponses à la violence, quels sont nos repères éthiques…
Débattons ! Une parole protestante est souvent attendue dès lors qu'elle se risque clairement, qu'elle propose un point de vue théologique, qu'elle accepte la confrontation.
Rencontrons ! L'Evangile passe par nos paroles et nos actes. En tous lieux (services, culte, vie sociale, vie familiale…), nous sommes appelés à témoigner de Jésus-Christ qui vient nous rencontrer.

« Débat 2000» s'achève, une parole pour les années 2000 commence. »

Le rapport synodal qui propose un bilan de « Débat 2000, 2000 débats »
sera diffusé dans les Eglises locales courant juin.
Disponible sur Internet www.protestants.org

Rassemblement européen de Taizé
à Paris au Nouvel An

A la charnière de 2002-2003 se tiendra, à Paris, le rassemblement européen de jeunes animé par la communauté de Taizé, du 28 décembre 2002 au 1er janvier 2003 sur le thème : Pèlerinage de confiance sur la terre. Quelque 80.000 jeunes d'Europe et d'ailleurs passeront trois jours en Ile-de-France à prier, lire les Ecritures, rencontrer des témoins, se détendre et … « basculer » en 2003. C'est l'occasion pour les jeunes protestants de rencontrer d'autres jeunes venant de tous horizons géographiques et confessionnels dont beaucoup du Nord et de l'Est, catholiques, orthodoxes, luthériens, réformés, baptistes…). Ils découvriront les mille visages de l'Eglise universelle et d'une Europe en construction.

Le style de Taizé ne plait pas à tous les protestants, le mot « pèlerinage » par exemple ne passe pas. N'empêche ! Il s'agit d'aider les jeunes dans leur découverte spirituelle et de les accompagner dans cet esprit évangélique de fraternité et de réconciliation traversant les frontières.
C'est bien cela que les frères de Taizé, avec leur style, veulent transmettre.

Dès septembre et au cours des mois qui précéderont cette rencontre, des frères de la communauté et des bénévoles de Taizé rejoindront des jeunes et des moins jeunes dans les paroisses de la région parisienne pour préparer ensemble l'accueil. Les jeunes logeront dans des familles et dans des écoles. Le matin, ils auront une prière commune dans la paroisse d'accueil, puis ils rencontreront des gens du quartier pour découvrir à travers eux des signes d'espérance. Deux fois par jour, midi et soir, tous se retrouveront pour la prière dans les grandes halles d'exposition de la Porte de Versailles, aménagées spécialement en lieux de prière. Les après-midi, des carrefours offriront aux jeunes diverses possibilités de réfléchir aux sources de la foi ou à leurs engagements dans leurs villes ou villages d'origine, dans leurs paroisses, communautés locales, lieux de travail. Pour plus d'informations : www.taize.fr - Tel 03 85 50 30 01


Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org/fpf/