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Histoire 25 OCTOBRE 1905 : NAISSANCE D'UNE FÉDÉRATION  Le Conseil de la FPF le 17/09/2005
Les divisions entre les Églises et la loi de Séparation à l'origine de la création de la Fédération protestante de France
Aux yeux de ses fondateurs, la Fédération protestante de France, créée le 25 octobre 1905, a pour vocation d’être autant un lieu de rapprochement des Églises de la Réforme, alors particulièrement divisées entre elles, qu'une instance de concertation qui leur permettrait d'adopter une attitude commune lors de la mise en place du régime de séparation des Églises et de l'Etat. Cette volonté fédératrice ne se concrétisera pas en un jour, ni même en un an. Entre la toute première réunion d'une Commission d'étude chargée d'élaborer un projet de Fédération protestante et la première Assemblée générale du protestantisme, qui se tiendra à Nîmes en octobre 1909, il aura fallu cinq années de travail, de patience et de conviction.
C'est le 13 janvier 1904, dans les locaux de la Chapelle Taitbout, rue de Provence à Paris, qu'un petit groupe de dix personnes se réunit dans le but de "provoquer un rapprochement des Églises protestantes de France". Cette réunion est due à l'initiative de la Commission synodale des Églises évangéliques libres dont le synode, réuni un an auparavant à Clairac, a émis le voeu d'un tel rapprochement, et souhaité que celui-ci se fasse sans délai. Le synode "libriste" a chargé son président, Edouard Gruner, un Ingénieur civil des Mines de 58 ans, d'inviter les Églises qui souhaitent aller dans ce sens à se réunir autour d'une même table. Quatre d'entre elles répondront favorablement à l'invitation : la Commission permanente du synode général officieux des Églises réformées (de tendance réformée "orthodoxe"), la Délégation libérale des Églises réformées, l'Église évangélique méthodiste et, bien sûr, l'Union des Églises évangéliques libres.
Aller au delà de la simple alliance
L'idée de créer une Fédération protestante n'est pas tout à fait nouvelle et a souvent été débattue dans les synodes. En 1890, sous l'impulsion du Comité parisien de l'Alliance évangélique, un projet de fédération avait déjà été esquissé. Un Comité spécial avait été désigné et chargé de mener à bien ce projet. Projet qui devait être abandonné sans suite, cinq ans plus tard. En 1903, le pasteur Wilfred Monod, invité du synode des Églises évangéliques libres à Clairac, déclare à l'assemblée qu'il est temps maintenant de dépasser le stade de la simple Alliance évangélique. Celle-ci a le grande mérite de faire se rencontrer des personnes, qui y adhèrent individuellement, mais pas des Églises. "Ce qu'il nous faut aujourd'hui, déclare W.Monod, à bref délai, et dans toute son ampleur, c'est la fédération des Églises évangéliques. Elle est nécessaire, elle est possible, elle est même facile." C'est cette proposition qu'entend désormais concrétiser Edouard Gruner et dont il fait part aux représentants des Églises réunis à la Chapelle Taitbout, haut lieu du Réveil "indépendantistes" dans les années 1830.
Nul doute que pour l'ensemble des participants à cette toute première réunion, l'objectif à définir entre les Églises doit rester modeste. "Il est sage, estime l'un d'entre eux, de commencer petitement, par ce qui est possible. Pour le moment, on fera bien de se borner à la défense des intérêts protestants." Cette appréciation d'un des représentants de la Délégation libérale précise assez bien l'état d'esprit de la démarche fédérative qui s'engage alors. Cet état d'esprit est marqué d'une part, par la volonté de créer une instance commune à toutes les Églises de la Réforme dont les divisions, à l'époque, vont en s'accentuant et, d'autre part, par la nécessité, pour les même Églises, de se concerter entre elles et de définir une attitude commune face au projet de loi, alors en préparation, de séparation des Églises et de l'Etat. Ce projet de loi inquiète les protestants, même s'ils y sont, dans l'ensemble, plutôt favorables. En ce début d'année 1904, la Commission parlementaire chargée de rédiger les articles de la loi n'a toujours pas rencontré les Églises, contrairement à ce qui était prévu. Celles-ci doivent donc trouver d'autres voies si elles veulent informer les pouvoirs publics de la réalité d'un protestantisme qui se prépare à vivre la laïcité. Aussi, le petit groupe de la Chapelle Taitbout charge-t-il Edouard Gruner d'entrer en contact avec Aristide Briand, le rapporteur de la Commission parlementaire, qu'il connaît personnellement.
Le devoir d'union
Très vite, en fait, la question des intérêts matériels du protestantisme cessera d'être la principale préoccupation du groupe fondateur de la rue de Provence. Son seul vrai souci reste le rapprochement les Églises. A l'issue de sa réunion du 13 janvier, il décide à l'unanimité d'instaurer une Commission d'étude chargée d'élaborer un projet de Fédération protestante et de rédiger ses statuts. Il est convenu que cette fédération ne prendra réellement effet qu'après le vote de la loi de Séparation.
Cette Commission se réunira peu de temps après, le 4 février 1904. A cette occasion, le pasteur Henry Cordey, libriste lui aussi, et futur secrétaire
général de la Fédération, expose un projet de statuts qu'il a rédigé et qui sera adopté un mois plus tard, le 2 mars, toujours à la Chapelle Taitbout. Ces statuts, qui ont peu évolué depuis, précisent bien la vocation de la FPF: Née du "devoir de manifester publiquement l'union fraternelle des protestants français (article I) ", la Fédération protestante "laissera subsister dans leur intégrité, les principes, la discipline, la liturgie et l'organisation propres à chaque Église (art.II). "Elle aura pour objet immédiat de veiller à la sauvegarde des libertés nécessaires a l'exercice du culte protestant, et de défendre, s'il y a lieu, auprès des pouvoirs publics, les droits des Églises fédérées, qui feront appel à son intervention (art.III)."Elle contribuera à un rapprochement plus intime des Églises et des oeuvres (art.IV). Le dernier alinéa de l'article VI stipule quant à lui que le Conseil devra "travailler à faire entrer dans la Fédération les autres Églises protestantes, afin d'aboutir à une représentation unanime du protestantisme français".
La balle est maintenant dans le camp des synodes, seuls habilités à décider de l'adhésion de leur Église à cette nouvelle instance du protestantisme français. Il faudra attendre un an et demi - le temps que ces synodes se soient réunies - pour que la Commission d'étude, toujours présidée par Edouard Gruner, se réunisse à nouveau et puisse enregistrer cinq demandes d'adhésion : celles des quatre Églises déjà citées auxquelles s'ajoute celle de l'Église évangélique luthérienne qui, pour des raisons juridiques et institutionnelles, n'avaient pu se joindre au mouvement des 1904, comme elle l'aurait souhaité.
Nous sommes le 25 octobre 1905 : la Commission déclare la Fédération protestante "constituée en principe" et invite les cinq Églises fédérées à nommer chacune deux délégués à son instance dirigeante, le Conseil, comme le prévoit l'article V des statuts.
Premières décisions
La première décision de ce Conseil, qui se réunira pour la première fois en janvier 1907, est d'adopter, pour la FPF, les statuts d'association du type 1901 – légèrement différents de ceux des associations cultuelles régis par la loi de 1905. Il est également convenu que le conseil entreprendra deux démarches particulières : une en direction des Églises baptistes qui n'ont pas souhaité adhérer à la Fédération, à moins que l'on retire de ses statuts toute allusion à la notion d'union religieuse ou fraternelle. Le Conseil prend acte de ce refus mais propose néanmoins d'associer ces Églises aux actions de la Fédération.
Une autre démarche est entreprise en direction du Comité général de l'Union des Églises réformées pour lui proposer de rejoindre l'organisation fédérale. C'est à cette Union qu' appartient précisément Wilfred Monod qui, tout comme Elie Gounelle et Charles Wagner, a refusé de choisir, en 1906, entre "orthodoxe" et "libéraux". Dernière décision de ce premier Conseil : il rappellera à tous les pasteurs de France, chaque année et en temps utile, de participer au "dimanche de la paix".
Un pacte inédit
La première Assemblée générale se tiendra à Nîmes, en octobre 1909, et consacrera publiquement l'existence de la FPF. L'assemblée nommera une
Commission d'action morale et sociale, chargera une délégation d'intervenir auprès du Ministre des colonies à propos d'actions anti-missionnaires à Madagascar, et votera un message aux protestants de France. Comme l'écrira un observateur : cette assemblée " a justifié le pronostic des plus optimistes et a été l'occasion d'un pacte inédit entre nos groupements protestants demeurés jusqu'à présent sans lien reconnu et à l'écart les uns des autres ». Il faudra attendre 1919 pour qu’une deuxième Assemblée se tienne, à Lyon. En 1924, elle se tiendra à Strasbourg, puis à Marseille en 1929, où Marc Boegner sera élu à la présidence. Rappelons que, depuis, d’autres Églises ont rejoint la FPF : la Fédération baptiste en 1916, des Églises pentecôtistes (apostolique, tzigane,...) à partir de 1972. Elle continue d'enregistrer des demandes d'adhésion. Aujourd’hui, 17 Églises composent la Fédération protestante de France.
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