FPF


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Des dialogues, pour quoi faire ?


Un processus engagé de longue date...

Dix années, six, quatre... ce sont les durées des groupes de dialogue constitués entre la Fédération protestante de France et les Adventistes, les Assemblées de Dieu et d' « autres Eglises pentecôtistes ». Des dialogues patients, attentifs, respectueux, qui ont permis de mieux nous connaître les uns les autres, nous respecter, nous dire qu'il était possible d'envisager d'aller plus loin. Ainsi en a décidé pour la Fédération protestante son Assemblée générale 2000.

Mais il lui a semblé qu'il ne fallait pas brûler les étapes. Certes les instances dirigeantes des « parties » en présence sont seules habilitées à prendre des décisions. Pour la FPF, il reviendra à son assemblée générale dûment constituée et donc mandatée  par les Eglises et les IOM qui la composent de répondre aux interrogations des ADD, des Adventistes, des comités directeurs des autres Eglises pentecôtistes quant à leur adhésion à la FPF. Elle le fera en répondant à chacune des instances qui lui ont posé ou lui poseront cette question. Pourtant l'AG ne s'est pas sentie en mesure de le faire « sans attendre ». (Son Conseil ne le lui proposait pas !). Car avant de se prononcer, il lui semble nécessaire d'entrer, à la « base », dans un processus de reconnaissance mutuelle.

Je crois que c'est ainsi qu'il faut parler de la période de trois années que nous nous sommes donnée avant de « répondre ». Trois années pour vérifier que le projet fédératif pourrait être vécu non seulement à l'intérieur de petits groupes sélectionnés au niveau national, mais aussi dans des villes, des secteurs géographiques, des régions où nos différentes Eglises et associations cohabitent. Trois années pour relire nos histoires d'Eglises qui trop souvent se sont situées en concurrentes les unes des autres.

Un processus de reconnaissance mutuelle

Pour y parvenir, il nous semble nécessaire d'aborder ensemble des questions qui touchent au coeur de la vie de nos Eglises. Ainsi en est-il de la lecture de la Bible : quand nous nous trouvons en face d'un texte biblique, quelle est notre attitude spirituelle, qu'attendons-nous, que demandons-nous à ce temps de lecture ? Ainsi en est-il de notre célébration du culte : quand nous participons au culte, comme fidèle mais aussi comme célébrant, quelle est notre attente, que voulons nous recevoir, mais aussi que voulons nous apporter et comment ?

Il nous semble essentiel de pouvoir partager les uns avec les autres sur de tels sujets qui touchent à la vie même de nos Eglises, à l'expression de notre foi. Il ne s'agit pas de nous juger mais de nous comprendre. Rien pourtant n'interdit la critique dès lors qu'elle ne se veut pas l'expression de « ma vérité » mais la recherche d'une plus grande vérité. Une fois encore, nous ne cherchons pas à harmoniser nos pratiques, mais à nous comprendre.

C'est en cela qu'il est important d'aborder entre nous des questions touchant à la présence de nos Eglises dans la société ; à leur parole publique dans cette société. Moins qu'ailleurs il ne s'agit de chercher une uniformisation entre nos Eglises et nos personnes, mais d'aborder la question de notre témoignage et plus particulièrement du rôle de la Fédération protestante de France.

Pour avancer dans ce domaine, les pistes sont nombreuses : la Charte de la FPF fixe un cadre ; les dialogues entrepris entre la FPF et les Eglises « candidates à l'adhésion » détermineront différents domaines de connaissance mutuelle et de dialogues nécessaires ; les dialogues internationaux balisent bien le terrain. Mais plus encore, ce sont les questions que la société contemporaine nous pose qui doivent être au centre de nos rencontres ; la question que nous avons à nous poser ensemble étant celle-ci :

« Notre foi et les convictions qui nous animent nous conduisent-elles à prendre part aux débats de notre société ? En quoi avons-nous une parole spécifique à prononcer ? Sommes-nous en mesure de la prononcer ensemble ? »

Là encore l'unanimité ne me semble pas un critère déterminant. Notre témoignage consiste pour l'essentiel à pointer les domaines de la vie de notre société que l'Evangile vient interpeller, et à être parmi celles et ceux qui cherchent à répondre à cette interpellation. Notre diversité, les débats auxquels nous sommes conduits sont le témoignage de notre recherche d'une vie qui se conforme à la Parole de Dieu.

Quelle méthode de travail ?

Nos Eglises ont des « cultures » très différentes les unes des autres. La place des pasteurs, le rôle des conseils de paroisses, la vie synodale, la pratique des conventions régionales ou nationales ou des Assemblées générales conduisent à des modes de fonctionnement très particulier à chaque Eglise. Ce ne sera pas la moindre des difficultés à surmonter.

Devant la diversité des structures ecclésiales, nous avons opté pour une formule simple : caler nos dialogues dans le cadre administratif français avec ses 22 régions et ses 95 départements. Dans chaque région nous avons demandé aux Eglises de désigner des responsables pour constituer des équipes « régionales » chargées de piloter le dialogue entre nos Eglises. Elles pourront - si nécessaire - s'appuyer sur des équipes départementales.

Par quel bout prendre ces dialogues ? Il me semble évident que des rencontres très diverses devront avoir lieu : invitation d'Eglise à Eglise, groupes de travail spécifiques, rencontres de conseils paroissiaux, pastorales, repas en commun...

Dans bien des lieux, il faudra être attentif à ne pas brusquer les rencontres ; nous ne pouvons faire comme s'il n'y avait pas eu des décennies d'histoire de « concurrence » entre nos Eglises, de scissions parfois ! Probablement faudra-t-il, dans un premier temps, réunir des pastorales communes pour nous entendre sur la marche à suivre. A chacun d'avancer à son pas mais en calculant bien le temps que nous nous sommes donné trois ans - pour nous connaître.

Un mot particulier doit être dit sur le monde associatif. Notre dialogue n'aurait pas de sens s'il ne tenait pas compte de l'engagement et de la parole dont sont porteuses les associations qui participent au témoignage de nos Eglises dans notre société. Là encore il faudra faire oeuvre d'imagination pour permettre la rencontre des oeuvres de même nature. Elles ont beaucoup à se dire les unes aux autres et à dire aux Eglises quant à leur témoignage.

Pour conclure !

Nous ne défrichons pas un terrain totalement nouveau ! Bien des relations existent déjà qui ont anticipé sur notre projet de dialogue les uns avec les autres.

Pourtant c'est une étape nouvelle qui s'ouvre pour nos Eglises, y compris à l'intérieur de la Fédération protestante de France où force est de constater que nous avons encore beaucoup à faire pour nous mieux connaître et reconnaître.

J'ai souvent répété qu'il fallait affirmer qu'il était parfaitement possible d'être protestant sans être membre de la Fédération protestante de France. Ce discours est nécessaire pour ne pas faire de la FPF l'instance de reconnaissance (« labélisation ») des « bons » protestants.

Mais, en retour, je dois dire ma joie que s'ouvrent entre nous des dialogues respectueux et exigeants, à l'issue desquels nous nous prononcerons sur l'élargissement possible de la FPF mais qui, quelles que soient les confirmations ou non des demandes d'adhésion, quelles que soient les réponses de la FPF, auront permis à nos Eglises et associations de faire route ensemble et de préciser leurs projets.

Que le Seigneur bénisse notre route !

Jean-Arnold de Clermont
Juin 2000


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