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Dialoguer, autour du culte


Brève tentative d'analyse

La lecture de ce petit fascicule permet de découvrir neuf textes qui forment un ensemble fascinant. Les auteurs étaient invités à proposer une courte fiche sur le culte selon la conception et le vécu de leur famille ecclésiale. Outre les convictions théologiques et spirituelles sous-tendant les différents aspects du culte chaque auteur était encouragé à souligner ce qui lui semblait le plus spécifique par rapport aux autres.

Il faut signaler que ces textes n'ont rien de définitif. Les contraintes imposées par le calendrier ont laissé peu de temps aux rédacteurs. Ils n'ont pas pu consulter des collègues, les textes n'ont pas reçu l'aval « officiel » des Eglises dont ils parlent. Les textes ont cependant cet avantage : ils sont, pour la plupart, le travail de gens du terrain. Or déjà, à travers les approches très différentes de ces hommes de terrain, nous ressentons la diversité des cultes dont ils nous parlent.

A la lecture des textes ce sont effectivement les différences qui retiennent d'abord l'attention, elles sont évidentes. Deux pôles se dessinent ; le pôle liturgique avec un fort accent sur le respect de la tradition, l'attachement à l'histoire et la participation à l'Eglise universelle ; puis le pôle caractérisé par la simplicité, la piété personnelle et la spontanéité. Le lecteur situera facilement les Eglises sur une échelle entre ces deux pôles. Selon sa position personnelle sur cette échelle il se trouvera plus ou moins loin de telle ou telle pratique du culte.

Celui qui se trouve au pôle liturgique trouvera étonnant la longueur des moments de chant et de louange dans les Eglises pentecôtistes ou charismatiques. La spontanéité dont il est question dans plusieurs textes suscitera son inquiétude ; il craint le désordre, il craint le débordement, il craint des émotions à peine contrôlées.

Mais de l'autre pôle on s'étonnera de l'attachement de certains « à l'ordre liturgique traditionnel ». On trouvera suspecte la seule utilisation de mots tels que « invocation », « pénitence » ou « eucharistie ».

Les textes rappellent la diversité bien connue du protestantisme. Cependant la diversité n'est pas la seule chose qui frappe le lecteur de ces fiches. Il y a aussi des points de convergence. C'est sans doute en cherchant ces points que nous apprendrons à mieux comprendre, à mieux apprécier, un culte dont le style est très différent de celui dont nous avons l'habitude. Les trois points communs suggérés ci-dessous ne sont que des exemples, le lecteur en trouvera certainement d'autres.

Le souci de la qualité

Dans ces textes nous découvrons une recherche commune de qualité. Chacun travaille pour que le culte soit bon et par « bon » il faut comprendre, digne de Dieu, édifiant pour le croyant et un témoignage pour le visiteur curieux. Ce souci de qualité fait que dans l'Eglise Réformée « l'ordre du culte n'est pas laissé à l'inspiration de celui qui préside... L'ordre général... est fixé par le Synode national... » L'Eglise luthérienne est sensible à « l'inculturation nécessaire » du culte. Elle s'intéresse à « la musique cultuelle, la gestuelle liturgique, l'architecture des lieux de culte ». Le même souci fait que le culte baptiste est « marqué par une grande volonté pédagogique. Il s'agit... de permettre à une population, souvent elle-même exogène, de comprendre... et de pouvoir en être participante. » Dans une Assemblée de Dieu la qualité dépend de la participation de chacun : « Le culte ... est la responsabilité de chaque croyant qui ressent en lui le devoir de rendre l'adoration et la communion avec un coeur sincère et une foi vivante. »

Les Eglises répondent au souci de qualité de différentes manières, parfois de manières diamétralement opposées, mais le souci est le même. Or ce souci de rendre « à Dieu un culte qui lui soit agréable » (Hb 12.28), n'est-il pas plus fondamental que la forme que peut prendre ce culte ?

La recherche d'une rencontre authentique

Tous les textes parlent du culte comme un lieu de rencontre ; de rencontre avec Dieu et de rencontre entre croyants. Pour le luthérien « Le culte est `rencontre' entre Dieu et son peuple... » Le charismatique considère la louange « comme un temps privilégié de rencontre avec Dieu. » La définition du culte proposée par le texte adventiste parle d'une « rencontre-communion avec le Dieu de Jésus-Christ... et ... avec celles et ceux qui ont reconnu et accepté Dieu... »

La place de la Sainte Cène au centre de chaque culte rappelle que la rencontre est une grâce, acquise au prix du sacrifice unique du Fils de Dieu. L'Armée du Salut, seule communauté qui ne pratique pas la Cène, invite par la prédication « ceux qui en ressentent le besoin de s'avancer vers... `le banc des pénitents' ». Le `banc des pénitents', lieu où le pécheur repentant découvre la grâce d'un Dieu qui vient à sa rencontre.

La rencontre entre croyants est diversement vécue. Pour certains elle se limite au fait d'offrir ensemble un culte à Dieu. Pour d'autres le témoignage individuel doit servir d'encouragement pour tous. Ailleurs le culte se prolonge par un repas fraternel.

Malgré les formes différentes et les traditions diverses, partout le culte se veut lieu de rencontre, de rencontre authentique avec Dieu et entre croyants.

La place centrale du texte biblique

Les cultes que décrivent les neuf rédacteurs accordent une place importante à l'Ecriture, à la Bible. L'Eglise Réformée Evangélique souligne que sa liturgie s'en inspire constamment. Les liturgies réformées et luthériennes font de même. Ailleurs le culte est jalonné de lectures bibliques. Partout la prédication explique et applique le texte biblique. La place centrale de cette parole dans des cultes, par ailleurs si différents, est sans doute le signe le plus fort d'unité. Elle nous invite, où que nous soyons, à l'écoute de Dieu.

Nos cultes expriment, à travers le souci de la qualité, la recherche d'une rencontre authentique et la place centrale du texte biblique, plus d'unité que nous avions peut-être imaginée. A nous, lorsque l'occasion nous permet de découvrir le temps d'un culte une autre famille ecclésiale, de dépasser les mille différences qui choquent nos habitudes et nos sensibilités pour découvrir ce fond commun.

Une phrase du texte luthérien où le mot « espace » ouvre des perspectives de liberté et de diversité sans perdre l'unité, servira pour conclure cette tentative d'analyse. « Le culte est ce lieu unique où se mêlent, sans se confondre, l'espace de Dieu et l'espace de l'homme. »


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