Rapport de gestion du Conseil de la Fédération protestante de France pour l'Assemblée Générale 2007

Aumônerie aux Armées

Vers toujours plus de communication !

Aucune commission ne se ressemble, chacune possède ses spécificités et s’organise selon la mission confiée.

A partir de la mission, il faut se doter d’outils pour atteindre les objectifs fixés et parmi eux, la commission n’est pas un des moindres. Vérifier la réalisation ou non des objectifs, nous amène à poser certaines question notamment sur l’adaptation des moyens mise en place.

S’arrêter, prendre un peu de temps pour réfléchir sur le mode de fonctionnement de la commission, la pertinence des objectifs, leur réalisation ou non, les difficultés rencontrées devraient être un exercice profitable.

1) La mission :

La loi 2005-270 du 24 mars 2005 parue au JO du 26 mars fixe l’objectif du ministère des aumôniers : « ils assurent le soutien religieux du personnel de la Défense qui le souhaite dans les lieux ou les armées et formations rattachées et ils conseillent le commandement », fort de ces premiers objectifs définis par la loi, la fédération en précise la portée : « service commun des Eglises, en leur nom et sous la responsabilité de la FPF, l’aumônerie assure le ministère évangélique auprès des militaires et le cas échéant de leur famille, en accord avec les paroisses locales ».

L’Etat-Major des Armées pour sa part nous indique les priorités de dessertes. Ainsi dans un ordre de priorité décroissant nous aurons : les théâtres opérationnels, les forces prépositionnées, les forces de souveraineté, les Ecoles, la desserte territoriale, les hôpitaux militaires et enfin les familles.

Afin d’assurer ce ministère particulier en lien avec les Eglises, par l’intermédiaire de la FPF, l’aumônerie s’est organisée. La commission est la clef de voûte.

2) La commission :

Pour mener à bien notre mission, nous devons recruter des pasteurs ayant le désir d’exercer ce ministère spécialisé. C’est ainsi qu’aujourd’hui nous avons environ 80 aumôniers dont 32 pleins temps. L’objet premier de la commission sera donc la gestion du personnel dans un esprit fédératif : recrutement, nomination, notation, formation, suivi des projets individuels, éventuellement le retour en paroisse.

Le second volet, davantage réflexif, amène la commission à penser la communication de l’évangile et les formes du témoignage chrétien parmi les personnels de la Défense.

Pour mener à bien son travail, la commission se réunit au moins trois fois par an, le vendredi de 12h30 à 17h00, le bureau se rencontrant le matin et chaque fois que c’est nécessaire. Elle s’est dotée de deux sous-commissions : sous-commission d’embauche et sous-commission de nomination.

Cette commission se compose de 28 membres dont certains sont de droit (Président FPF, secrétaire général FPF), des représentants d’Eglises désignés par ces dernières, des militaires, de la direction de l’aumônerie, du représentant des aumôniers.

Suite à la demande du conseil de la FPF, la commission réunie le 01 décembre 2006 s’est donné un moment pour réfléchir sur les difficultés rencontrées qui s’orientent principalement autour d’une demande d’information et de communication.

3) Les difficultés rencontrées :

a) L’information/communication interne à l’aumônerie :

La gestion du personnel, premier volet du travail de la commission occupe une grande partie du temps, et les besoins de l’aumônerie ne coïncident pas toujours avec les capacités ou les disponibilités des aumôniers. Pari délicat qui demande beaucoup d’attention et de connaissance des aumôniers. Pour prendre au mieux ses décisions, la commission a besoin de nombreuses informations.

Depuis trois ans de réels progrès ont été réalisés dans ce domaine : les aumôniers de retour d’OPEX (= opération extérieure) rencontrent la commission le temps du déjeuner. Les informations sont données avec un vrai souci de transparence et dans un climat de confiance. Les éclairages donnés par le président ou le directeur, permettent un débat et facilitent les prises de décisions. La commission, renforcée dans ses fonctions, n’est plus une simple chambre d’enregistrement et de validation des propositions du bureau.

Elle se sent, à travers les informations consistantes, mieux armée pour ses décisions. Cependant, elle nourrit parfois un doute quant aux mutations ; sont-elles prononcées dans l’intérêt de l’aumônier ou de celui de l’aumônerie ? Ce doute montre l’effort restant à réaliser en matière d’informations, mais marque peut-être un souci du confort des aumôniers que certains trouvent exagérés.

Bien que le rapprochement de la commission avec les aumôniers soit bien réel, il devient évident que l’information crée le besoin d’information, sans doute qu’une meilleure information fait grandir l’intérêt des membres de la commission quant à leur engagement, mais il faut souligner que les évaluations en rapprochant les membres de la commission et chaque aumônier en particulier ont grandement facilité cette information réciproque.

b) L’information/communication externe à l’aumônerie :

commission/Eglises
La mission donnée au nouveau directeur par le conseil de la fédération était de rapprocher l’aumônerie des Eglises et Unions d’Eglises. Au fil du temps, l’aumônerie s’émancipait, oubliant ainsi qu’elle n’était que le prolongement du ministère de l’Eglise dans un lieu particulier.
La commission sensible à ce souhait légitime, a introduit une forme d’évaluation de ministère obligatoire tous les six ans.
Celle-ci se réalise en présence d’un représentant de l’Eglise d’appartenance de l’aumônier évalué ainsi que d’un représentant de la commission. Ce dernier communique ensuite son rapport lors de la réunion plénière de la commission suivant l’évaluation.
Avec le recul de trois années de mise en application, nous pouvons distinguer plusieurs bénéfices :
- Amélioration très nette des rapports aumônerie/Eglises et Unions d’Eglises. Nous en voulons pour preuve la confiance que l’on nous accorde (validation de stages effectués à l’aumônerie militaire par les facultés de théologie, accueil et suivi de proposants)
- L’aumônier exécute un bilan sérieux de son ministère.
- Les membres de la commission en contact sur le terrain, s’entretiennent directement avec les aumôniers, améliorant ainsi leur connaissance des pasteurs, de leurs joies et leurs difficultés dans l’exercice de leur ministère.

commission/conseil FPF
La relation avec le conseil de la fédération devrait être favorisée :
- par la présence de droit à la commission du secrétaire général et parfois du président du conseil.
- par la présence du président de la commission au conseil lorsque celle-ci est sollicitée.

c) Les blocages : Tout n’est pas idyllique ! Certains blocages sont à signaler. Il est notamment regrettable que certaines prises de position très fortes de la part de certains membres bloquent parfois des situations au moment où des décisions seraient nécessaires. Ces blocages donnent l’impression d’inertie (les problèmes sont repris et traités sur plusieurs réunions).
- La commission souffre d’un manque d’information de la part du conseil (et vice versa). La commission de l’aumônerie est une des rares commissions à ne pas avoir de représentant membre du conseil. L’échange d’information serait possible par la présence du secrétaire général. Déjà très sollicité, ce dernier est peu présent aux réunions de notre commission.
- La commission aimerait pouvoir lire les rapports des aumôniers dans leur partie non personnelle qui théoriquement devrait être séparée et communicable, il serait souhaitable que certains de ces rapports puissent être publiés dans la presse protestante.
- Les membres de la commission demandent à recevoir les documents de travail bien avant la réunion.
- La commission pourrait être mieux équilibrée dans sa composition : hommes/femmes et officiers/ sous-officiers.

4) Les projets

Continuer à assurer la mission dans les meilleures conditions possibles représente déjà un lourd investissement. C’est ainsi que nous revisiterons à nouveau notre règlement intérieur, nous simplifierons notre organisation pour gagner en disponibilité. Ce n’est ni suffisant ni satisfaisant.

En effet, nous ne pouvons plus faire l’économie d’une réflexion éthique propre à l’aumônerie. L’évolution des règlements militaires d’une part, la disparition du monopole de la morale issue du Christianisme et la suppression du service militaire d’autre part, ont renouvelé le cadre dans lequel s’exerce le métier des armes tandis que la notion de démocratie et de libertés publiques tend à submerger toutes les valeurs morales même s’il y a loin de la théorie à la réalité vécue. Par ailleurs, le rapprochement de l’aumônerie avec les églises permet d’espérer, dorénavant, un partage fructueux des problèmes soulevés.

En outre, la guerre que nous pratiquons n’a plus rien à voir avec les stéréotypes issus des deux guerres mondiales; elle ne s’exerce plus entre Etats mais face à des mouvements ou des rébellions de la part de coalitions de circonstance ou d’alliances; souvent, il s’agit de forces d’interposition qui n’ont pas le droit d’utiliser leurs armes, sauf légitime défense, et qui sont soumises aux vexations des belligérants. Les systèmes d’armes dont sont pourvus nos armées ne sont plus adaptés à ce type de conflits car les opposants s’arrangent pour se situer toujours au-dessous du niveau d’utilité de telles armes redoutables qui, alors utilisées, iraient à l’encontre des objectifs de ramener la paix. Les armes non létales telles que le blocus ou les sanctions économiques aboutissent à la mort en masse des plus faibles, enfants et pauvres.

La population civile est devenue l’enjeu essentiel de ces confrontations mais aussi la cible et généralement la victime car les pertes civiles sont de plus en plus dominantes lorsqu’on fait le bilan. Le soldat est donc de plus en plus fondé à mettre en cause la légitimité de l’intervention, d’autant qu’il n’y a plus vraiment d’ennemis désignés et que le manteau de l’ONU couvre toutes sortes de projets. Lorsqu’il réfléchit un peu, le commandement est amené à demander aux aumôniers d’établir des liens avec les églises et confessions locales car ceux-ci, sur ce plan, peuvent se situer en dehors de la confrontation et permettre une compréhension réciproque des points de vue. Plus l’Etat s’éloigne de la religion plus les Ministres de Dieu sont susceptibles de représenter des médiateurs ou des truchements. La situation s’est déjà présentée plusieurs fois et le rôle des aumôniers s’est alors manifesté de manière très positive lorsque la barrière de la langue pouvait être surmontée.

La liste de ces bouleversements sous-entend que les problèmes moraux auxquels se heurtent les militaires et leurs aumôniers se sont considérablement renouvelés, que la Fédération ne peut y rester étrangère et que le rôle de la commission est de s’en préoccuper.

Monsieur Jean-Philippe RICALENS          Pasteur Bernard DELANNOY
Président de la Commission                       Responsable du Service