La Commission d'Éthique de la Fédération Protestante de France voudrait rendre attentif au fait qu'il est essentiel à la survie d'une opinion et d'un jugement public dans notre pays de maintenir une certaine tension entre l'expression du consensus et celle du dissentiment. Et d'y habituer le public. Il faut sortir de l'alternative entre désir d'unanimité et guerre de religion.
Le consensus, sur bien des questions nouvelles qui se posent à notre savoir et à nos sociétés, est plus large et immédiat qu'on ne le croit Jusque-là on peut légiférer (maintenir avec vigueur l'interdiction de tout commerce des produits du corps humain, par exemple). Mais à partir d'un certain seuil, il y a des divergences elles-mêmes intelligentes et le différend est alors seul apte à engendrer un espace commun, une communauté du dilemme.
Or, dans le débat aujourd'hui, dans la distribution publique des rôles, tout se passe comme si l'on n'avait pas le droit d'être partagé, de penser deux choses à la fois! Et cette situation lèse considérablement l'expression des positions plus complexes, mais plus plausibles, issues d'associations pluralistes. C'est le cas pour la Fédération Protestante de France, mais également pour bien d'autres associations ou instances de débat.
En ce sens, la Commission d'Éthique de la Fédération Protestante de France voudrait souligner l'importance du travail accompli par le Comité National Consultatif Éthique Celui-ci a su, devant des questions neuves et pressantes, faire taire les vieilles divisions (par un consensus qui déborde les faux problèmes) et laisser apparaître de nouveaux débats (sur ce qui fait vraiment question). De ce pluralisme cohérent le Comité National Consultatif Éthique pourrait être, avec d'autres, le témoin présent et vigilant dans le débat français et européen.
Malheureusement, il nous semble que le public ne prend pas la mesure de ces débats sur de vraies questions. C'est pourquoi nous appelons le Comité National Consultatif Éthique, non à peser sur la législation car ce n'est pas son rôle, mais à prendre toute sa place dans le débat public.
En d'autres pays, les Comités d'éthique ont une obligation (et donc un droit) de présence régulière sur les chaînes de télévision, à une heure de grande écoute. Et il Y a là une "matière" dont un bon présentateur devrait tirer une émission de forte audience, c'est ce que nous demandons au Comité National Consultatif Éthique, au Législateur, aux chaînes de télévision.
Si l'espace du débat public, à la télévision et ailleurs, progressait en ce sens, il faudrait que le Comité National Consultatif Éthique soit un partenaire institutionnel de ce débat, mais parmi d'autres; car il ne faut pas réduire le débat éthique à la bioéthique, pas plus qu'à n'importe quelle autre éthique spécialisée que l'on confierait à de seuls experts. L'urbanisme et les formes de citoyenneté, l'entreprise et les formes de l'emploi, la consommation et l'environnement, bien d'autres sujets encore, méritent d'être portés au débat sous l'angle proprement éthique de la responsabilité de chacun dans ses conduites et dans ses jugements.
Mars 1991
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org