ÉCOLOGIE, PRODUCTION ET SABBAT

Périls écologiques et problèmes humains divers sont engendrés chaque jour par une civilisation que ses productions sans cesse croissantes engorgent bien souvent. Aussi tenons-nous à rappeler que:

1. La création de Dieu est une réalisation "bonne", voire "très bonne", confiée à l'homme pour qu'il la "garde, la cultive" et en fasse le lieu de relations partagées et de vies épanouies (Ge 2,15 ss). La responsabilité de l'homme, créé "à l'image et à la ressemblance de Dieu", consiste à répondre à cette vocation fondamentale, qui loin d'exclure la production y conduit sans toutefois se réduire à elle. C'est à travers le travail productif que s'exerce la responsabilité de l'homme, lestée d'un poids d'autant plus important que les moyens -notamment techniques il dispose sont plus grands.

2. La mesure de cette responsabilité est exprimée par cela même qui la fonde. Créé "à l'image et à la ressemblance de Dieu", l'être humain est appelé à régler son activité sur l'activité divine elle-même. Or Dieu ne crée pas dans un délire mégalomaniaque ; Il n'agit que par amour et avec le plus grand respect de sa créature. Il crée ainsi un monde qui lui est extérieur, un homme susceptible d'être un partenaire qui puisse aussi le contester, voire s'opposer à Lui. Ce partenaire libre fait bon usage de sa liberté en agissant ..à Son image et à Sa ressemblance", c'est-à-dire en cultivant amour et respect de Dieu, des autres humains et de la création elle-même. La création apparaît alors comme une manière de partenaire de l'homme et non comme une matière brute taillable et exploitable à merci. L'activité humaine ne saurait s'exercer au dessus de la création, mais bien en son sein, avec elle et pour elle.

3. Cette activité doit prendre en compte l'ensemble des éléments sur lesquels elle intervient Toute action se situe au coeur d'un ensemble plus ou moins cohérent et ne peut être isolée des multiples effets -directs ou indirects- qu'elle produit. Parmi ceux-ci, une attention particulière doit être accordée à tout ce qui touche au plus fragile, au plus petit ou au faible. Une chaîne en effet n'a que la force de son maillon le plus faible. Il en va de même de l'ensemble de la création considérée comme un tout.

4. L'homme lui-même appartient à l'ordre des vivants. fi en est profondément solidaire et sa responsabilité ne saurait s'exercer en dehors d'un respect profond et rigoureux de cet ordre. Ce respect, Dieu Lui-même en témoigne, lorsque selon l'histoire de Noé et le récit du Déluge (Ge 6-9), Il décide -même au plus profond de Sa colère -de protéger chaque espèce vivant sur terre. L'alliance qu 'Il conclut alors avec l 'humanité (elle aussi épargnée) tient en ce que -en Noé et à travers lui -Il confie aux humains l'arche de la vie, assaillie de toutes parts par les flots qui menacent de la détruire.

5. Dans cette optique, l'activité humaine ne peut plus être marquée du sceau d'un productivisme effréné se contentant de lui-même. Non pas que la production doive être méprisée, mais son essor sans limite ne peut être accepté comme le summum de ce à quoi l'homme est appelé. L'acte créateur de Dieu ne tend-il pas de lui-même vers le sabbat, qui l'accomplit en se révélant justement comme n'étant pas de l'ordre de la production (Ge 2,1 ss) ? Aussi est-ce en obéissant à un commandement qui l'appelle à ne pas toujours produire que l'homme peut comprendre le sens profond de sa propre activité. La seule production relève en effet de l'ordre de la comptabilité, du calcul, de la valeur marchande et de la rentabilité à cours terme.

A se replier sur elle, l'homme se condamne à n'avoir de relations que marchandes avec ses proches et avec son environnement et, finalement, à n'être lui-même qu'une marchandise. C'est pourquoi l'appel à cesser le travail, au coeur même du travail, se révèle fondamentalement salutaire. Il est expérience d'autre chose que la seule valeur marchande. Il est grâce, don gratuit et beauté gracieuse, accueil de l'autre dont la rencontre fait vivre. A travers cet accueil, chaque être humain est appelé à prendre de la distance par rapport à la réalité dans laquelle il est pris et qu'il subit toujours d'une certaine manière et, dans ce moment même, à voir et à goûter combien ce qui lui est offert est "vraiment bon".

Jean-François Collange

25 juin 1990


Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org