a) Les progrès modernes de la médecine ont eu -comme contre effet négatif- à côté de l'immense bienfait de guérison, autrefois inespérée, une prolongation exagérée d'une vie, devenue de plus en plus artificielle.
b) d'où l'apparition d'une détresse nouvelle: la vie devenue une interminable corvée et une surcharge, tant pour les malades, que pour les familles, les soignants et toute la société.
Que pouvons-nous dire ensemble, comme chrétiens, devant cette situation?
1. Une première certitude: il faut être présents auprès des mourants dans une société qui regarde trop la mort seulement comme un échec de la médecine, ou comme un remord pour des familles. Il faut retrouver une sérénité naturelle pour la mort des personnes âgées. Le cas est donc tout autre que celui de la mort tragique des gens jeunes.
2 .Le développement des soins palliatifs, qui ne cherchent plus à guérir, mais à adoucir la fin de la vie, est une urgence à généraliser dans la formation et la mentalité des médecins, dans la préparation et la sensibilité des familles. dans le système général de la santé en France. D'où la nécessité de se refuser à tout acharnement thérapeutique, qui n'est plus un progrès mais un cancer du progrès.
3. Cependant les soins palliatifs ne sont pas un nouveau remède miracle. Il est toujours très difficile de savoir s'il faut forcer à vivre celui qui n'en a plus ni la force, ni le goût. Car, chrétiennement. bibliquement. la vie n'est pas une obligation. mais si possible une bénédiction, à tout le moins une détresse accompagnée par l'amour.
Nous n'avons donc pas de réponse absolument évidente et convaincante. C'est dans la foi que nous nous questionnons les uns les autres, avec sans doute des insistances différentes selon nos traditions d'églises et aussi nos convictions personnelles.
1. L'homme a-t-il un droit à mourir dans la dignité? Qu'est-ce donc que la dignité humaine à la fin de la vie? Est-ce l'abolition des souffrances physiques? On Y arrive de mieux en mieux et c'est assurément l'objectif premier de la médecine, quand elle ne peut plus guérir, mais sûrement encore soulager. Mais la dignité consiste-t-elle aussi à supprimer les douleurs morales et mentales de celui qui se ressent désormais une charge inutile pour les autres et un fardeau insupportable pour soi-même? Question immense et intense, pour laquelle nul ne dispose de réponse toute faite. Disons d'abord que la dignité dépend en grande partie de la considération présente que les autres ont pour vous. La dignité ne se mesure pas à la maîtrise physique ou cérébrale, que nous gardons de nous-mêmes. En un sens profond, devant Dieu et devant les hommes. nous sommes tous malades ou bien-portants, des indignes inutiles, qui sommes pourtant aimés, c'est-à-dire des humains toujours accompagnés. Tout homme a droit à mourir dans cette dignité-là.
2. Peut-on répondre à la demande de détresse d'un malade qui n'en peut plus de ne pas arriver à mourir?
Notre réponse doit être aussi délicate que l'a été la formulation de la question. Car il ne s'agit nullement de pratiquer une euthanasie auprès de malades qui gênent, ce qui détruirait toute confiance envers une médecine qui a pour mission de guérir, de soulager, et jamais d'achever, de faire mourir. fi s'agit de savoir comment répondre à une détresse insistante.
Plusieurs d'entre nous pensent que l'on devrait dépénaliser les médecins qui, en leur âme et conscience, jugeraient de leur vocation médicale d'abréger les détresses terminales d'un malade qui en fait la demande justifiée, avec le plein accord et de sa famille et de l'entourage soignant. Plusieurs d'entre nous pensent qu'il y aurait là une miséricorde non contraire ni à la volonté de Dieu, ni à la vocation médicale, ni, disons-le clairement, au respect de cette vie particulière.
3 .Comment éviter toute dérive vers une euthanasie généralisée des mourants?
Ici, à nouveau, une seule réponse: un véritable consensus au sein d'un secret dicté uniquement par l'amour. Est-ce impossible? Ouvre-t-on la porte à des conséquences désastreuses? Nous ne le croyons pas, si nous avons toujours en tête tel cas particulier. Car la morale chrétienne nous semble plus véridique dans l'écoute des détresses individuelles que dans le maintien, si souvent hypocrite, de principes généraux, sourds et durs. C'est pourquoi nous avons osé cette libre parole de miséricorde.
Ce texte cherche à pratiquer la présence auprès des mourants aujourd'hui, car il n'est pas bon dit notre Dieu pour 1 'homme de mourir seul, pas plus que de vivre seul.
Septembre 1991
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org