NOTRE RESPONSABILITE D'AUMÔNIERS HOSPITALIERS
Des malades, il y en aura toujours. Ce n'est ni une prise de position ni une fatalité, rien qu'un constat. Un diagnostic, dirait-on, mais qui n'a pas manqué de faire se poser la question à plus d'un chrétien: pourquoi donc Jésus n'a-t-il pas guéri tous les malades? Autrement dit, pourquoi n'a-t-il donc pas éradiqué la maladie de notre condition humaine? Question posée Qui ne doit pas nous détourner de la réalité actuelle, Qui reste permanente: les malades sont là, avec les interrogations qui en découlent: quelles sont leurs attentes, leurs besoins de soins, médicaux bien sûr, mais aussi spirituels, comment les accompagner spirituellement, être pour eux et avec eux témoins de Jésus précisément? Comment répondre de l'Evangile de Jésus-Christ pour les femmes et les hommes en souffrance de notre temps ?
Est en jeu la responsabilité de l'Eglise et des aumôniers Qu'elle envoie.
Dans son éditorial "Les traits d'union de la vie" du numéro de la revue INFORMATI0N (1994/5) intitulé "Les Aumôneries", Marc Richalot, secrétaire général de l'Eglise Réformée de France, écrit: "Ces activités (d'aumônerie), généralement pastorales, sont nées du désir de l'Eglise d'annoncer et de manifester l'Evangile dans toutes les circonstances de la vie, y compris les circonstances plus exceptionnelles comme la maladie...(...) Ces ministres exercent leur ministère spécialisé comme envoyés par l'Eglise tout entière".
Elle est donc fondée, cette aumônerie hospitalière qui se réclame de l'Evangile, qu'elle soit essentiellement catholique ou protestante. Envoyée par l'Eglise pour obéir à la Parole du Seigneur: "J'étais malade et vous m'avez visité" dans la conviction partagée qu'II se fait reconnaître dans toute personne humaine qu'il vient habiter, singulièrement "dans le plus petit de ses frères" en souffrance.
Est-ce à dire qu'il n'est désormais plus nécessaire de distinguer ces deux aumôneries chrétiennes, qu'il est venu le temps de vivre une aumônerie résolument oecuméniQue, comme cela se pratique déjà, de façon encore exceptionnelle? Peut-être y a-t-il là un défi pour le proche avenir de ce service spirituel des personnes en souffrance que nous invite à exercer le milieu hospitalier pourtant fortement laïcisé. Pour l'heure, il convient cependant de reconnaître avec une humble lucidité que, bien que semblables et souvent proches, nous avons des pratiques non identiques qu'il convient de clarifier, ne serait-ce que pour mieux nous entendre.
Les aumôniers protestants -j'appelle aumôniers les professionnels salariés par l'Institution hospitalière, publique ou privée, distincts des pasteurs de paroisse assurant la desserte de leurs établissements de soins locaux -sont des pasteurs ou des "laïcs" (mais les protestants sont tous laïcs !) hommes ou femmes, embauchés à temps plein ou partiel pour ce ministère, avec l'agrément de leur Eglise loco-régionale (ainsi que la Commission des Ministères de l'Eglise). Il est exigé d'eux non seulement la formation théologique universitaire de tout ministre de l'Eglise, mais aussi une formation spécifique complémentaire, de type C.P.T.*, sous forme de stages de Formation Pastorale à l'Ecoute et à la Communication (F.P.E.C.).
Chaque fois que possible, ils font équipe avec des bénévoles qui participent activement au service de visite aux malades. Ils veillent à assurer leur formation initiale et continue, leur soutien personnel et spirituel, individuel ou en groupe (groupes de parole).
De telles exigences a priori ne sont pas étonnantes eu égard à l'importance de la mission dévolue: « annoncer et manifester l'Evangile dans des circonstances exceptionnelles de la vie comme la maladie... » Est-il exagéré de dire qu'un visiteur de l'aumônerie est quelqu'un qui "joue sa vie" en venant visiter un souffrant qui joue la sienne, au nom de Celui qui a donné sa vie pour l'un comme pour l'autre? Il Y faut à la fois de la modestie et de la confiance. Et une humble reconnaissance!
Nous sommes donc envoyés par nos églises pour:
visiter les personnes souffrantes
Il s'agit en fait d'abord d'écouter la souffrance pour peut-être ensemble entendre l'espérance: celle des personnes malades, celle de leur famille, celle de leur entourage, comme aussi celle des soignants et des personnels hospitaliers.
Nous sommes aussi envoyés pour mettre notre compétence au service de l'institution hospitalière -dans le respect de la laïcité -dans les domaines et sur les questionnements qu'elle estime opportuns:
Cette aumônerie en milieu laïc ainsi mise en oeuvre est pourtant en cours d'évolution. Compte tenu en effet des transformations actuelles -politiques, économiques, techniques, culturelles, sociales -qui s'opèrent dans le milieu hospitalier et plus généralement dans l'ensemble du monde de la santé, comme aussi de l'évolution des mentalités, de la spiritualité dans notre société, l'aumônerie ne peut manquer de changer elle aussi, pour rester au service de tout homme et de tout l'homme. Ainsi, Claude LEVAIN propose de :
Cette évolution, sans doute nécessaire, d'une aumônerie Qui veut ainsi manifester sa fidélité au message évangélique pour l'homme et pour la société d'aujourd'hui peut se formaliser selon plusieurs modèles, décrits différemment selon la sensibilité des auteurs.
L'un, dans une ville moyenne à forte minorité protestante, s'exprime ainsi:
Un autre aumônier dans un important CHU, propose :
L'accent est mis sur le compagnonnage avec les sciences humaines, sur la proximité avec les personnels soignants, leur formation aux problèmes éthiques, sur le débat éthique né des problèmes socio-économiques. Ce modèle déborde le cadre hospitalier, avec des réseaux d'accueil, d'accompagnement dans les communautés locales, en lien aussi avec les associations du secteur social.
Il va de soi qu'un modèle ne saurait exclure l'autre.
Je crois qu'au cœur des changements constatés et de l'évolution en cours, ce qui est invariant et qui demeure est décisif pour notre réflexion et notre mission: les situations de souffrance, d'isolement, d'exclusion, le désir d'être reconnu comme personne et non comme objet à soigner , la possibilité d'aimer et de se savoir aimé; et pour nous aumôniers la certitude aussi de se savoir accompagnés dans ces changements.
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org