| Nîmes le 16 juillet 1999 | |
| Aux responsables des Églises des Institutions, Oeuvres et Mouvements Membres de la Fédération Protestante |
La Commission Église et Santé a estimé opportun d'aborder le sujet de l'alcoolisme eu égard aux problèmes de santé publique Qu'il soulève, au même titre Que d'autres dépendances, sans pour autant mobiliser les mêmes énergies individuelles ou collectives, alors Qu'il est présent dans tout et partout.
Elle a chargé un groupe de travail "chantier alcoolisme" de mener une réflexion destinée à tous les membres des Églises.
Vous trouverez ci-joint le texte d'une lettre que nous souhaiterions diffuser dans les paroisses, œuvres et mouvements dont vous assurez la responsabilité.
Il nous semble que pour atteindre le maximum de personnes, le plus sûr moyen serait de donner lecture de la lettre jointe au cours d'un culte. Pour donner le plus grand impact possible a cette démarche assez insolite dans les Églises protestantes, nous souhaitons Que cette lecture se fasse partout le même dimanche. La date que nous retenons est le DIMANCHE 7 NOVEMBRE 1999.
L'objectif est d'ouvrir un débat et de répondre au plus près aux Questions des uns et des autres. La nomination d'un référent faciliterait la suite à donner aux demandes Qui seront transmises aux membres du "chantier alcoolisme".
Notre proposition reçoit-elle votre approbation et pouvons-nous tabler sur votre participation? Nous sommes à votre diSposition pour répondre à vos interrogations.
Pouvons-nous vous demander de nous faire connaître vos remarques et suggestions d'ici au
Convaincus Que vous êtes comme nous sensibilisé aux souffrances, dont celles liées à la dépendance à l'alcool, nous vous adressons, Madame, Monsieur, nos fraternelles salutations.
| Pasteur F. ROCHAT | |
| Président Commission Église et Santé. |
En février 1997, la Commission Église et Santé de la Fédération Protestante décidait la constitution d'un groupe de travail "chantier alcoolisme" (1) qui a tenu sa première réunion en juin 1997.
Au printemps 1998, l'Église Réformée décidait de consacrer un numéro de son bulletin Information-Evangélisation à la dépendance à l'alcool (2).
Réuni le 7 novembre dernier pour la cinquième fois, le groupe "chantier alcoolisme" de la Fédération Protestante a pensé qu'il pouvait s'adresser aux membres des Églises en leur communiquant les grands axes de sa réflexion en vue d'instaurer un débat dont les modalités restent à préciser (presse protestante, rencontres, formation)
Le 27 février la Commission Église et Santé a étudié le texte proposé par le groupe «chantier alcoolisme».
Le 12 juin, les modalités de diffusion ont été mises au point.
L'option prise par les membres du "chantier alcoolisme" est de restaurer l'image trop souvent négative de la personne alcoolique, en particulier celle côtoyée dans le cadre des activités paroissiales, celle face à qui nous ne savons pas quoi dire, celle à qui nous ne disons rien par crainte de nous immiscer dans ce que nous classons vie privée, celle qui nous renvoie à nous-même (qui suis-je pour oser l'aborder, vais-je trouver les mots, je ne connais rien au problème alcool... ), enfin, celle qui nous culpabilise et que nous culpabilisons.
Parce que la personne alcoolique de fait exprime une grande souffrance, nous nous sommes interrogés: sommes nous "samaritain"? ou pratiquons nous l'indifférence, le mépris, la compassion attentiste... ?
Nous avons fait quelques constats que nous voulons partager avec vous.
tout discours de prévention est difficile parce qu'il heurte la sensibilité de ceux qui sont dans le circuit de la production ainsi que celle des consommateurs. Ils peuvent avoir le sentiment que d'aucuns cherchent à leur prendre quelque chose, d'où une attitude de distance, voire de rejet.
il est difficile d'aborder l'alcoolisme comme maladie. L'alcool apparaît au premier plan avec ses troubles et l'idée commune est de devoir intervenir pour que cesse l'intoxication. Face à cette réalité qui laisse démuni même les mieux disposés, le recours au spécialiste semble s'imposer.
le professionnel de l'alcoologie qui rencontre la personne alcoolique, le fait dans un cadre, avec une demande spontanée ou induite. Il est évident que toute demande ne concerne pas uniquement l'alcool et qu'il y d'autres attentes inexprimées et souvent inexprimables. Se limiter au sujet alcool serait passer à côté des problèmes qui sont dans la plupart des cas à l'origine de la dépendance
dans la vie ordinaire y compris dans les Églises, les professionnels de l'alcoologie, membres d'une paroisse, hors de leur cadre habituel, sont confrontés aux mêmes obstacles que tous autres. Ils ressentent eux aussi la difficulté d'aller au devant de la personne qui visiblement souffre, qui a été signalée par un tiers ou qui est notoirement reconnue comme ayant des problèmes (avec ou sans alcool).
l'idée d'une médecine de la personne, c'est-à-dire d'une approche globale de l'homme, nécessite une rencontre qui permette de pointer la souffrance souvent masquée et de rendre possible dans un climat de confiance la parole qui libère. Cette approche n'exige pas à priori de posséder une compétence spécifique, alcoologique ou autre. Elle s'inscrit dans une relation d'aide non spécialisée indispensable avant ou après toute prise en charge médicale ou psychosociale.
Nous souhaitons partager notre réflexion sur ce qu'il convient d'être et de faire pour permettre la rencontre et le soutien de la personne oui souffre, plutôt que de la personne oui boit.
Ceci étant, il nous paraÎt primordial, qu'il s'agisse de prévention ou de soins, de prendre en compte la souffrance de la personne alcoolique dont on sait qu'elle a pu entraîner le recours à l'alcool et générer la dépendance qui elle-même entraîne de nouvelles souffrances. Cela implique que la personne alcoolique soit abordée, non pas comme elle se présente (muette ou volubile, agressive ou effondrée), mais accueillie comme une personne en détresse. Cette approche ne se substitue pas pour autant aux structures existantes : associations, médecins, consultations spécialisées... Il est cependant important de pouvoir offrir le choix d'une orientation.
Pour nous, il s'agit de rendre possible la parole dans une rencontre interpersonnelle.
Or l'Église, notamment la paroisse n'a-t-elle pas pour mission, entre autres, la rencontre de proximité basée sur l'éthique de la main tendue au prochain, celui que l'on rencontre sur sa route, ce qui va au-delà de l'éthique de la demande, qui veut que "sans demande, rien n'est possible" ! L'Eglise n'est-elle pas, de fait, le lieu où la personne qui souffre doit pouvoir dire sa souffrance et où sa souffrance sera entendue?
Concrètement, nous nous écartons de l'idée d'une spécialisation (une compétence pour chaque pathologie) au profit d'une démarche transversale, située à un autre niveau. Il ne s'agit pas de se retrancher derrière la problématique alcool. Rencontrons ceux qui souffrent.
La paroisse, parce qu'elle est communauté, se doit d'être un lieu de parole, un lieu d'écoute, d'accompagnement, de prière (prier pour ceux qui souffrent, prier avec ceux qui souffrent, quelle que soit la nature de cette souffrance: maladie, deuil, séparation, problèmes avec les enfants, chômage, précarité ...). Devant l'impossibilité de résoudre les difficultés, n'importe-t-il pas d'être avant tout à l'écoute?
Certes, pasteurs, conseillers presbytéraux, diacres... ont un rôle prépondérant à tenir en la matière, mais en ont-ils l'exclusivité? Pour y faire face ils peuvent se donner et donner les moyens nécessaires pour mettre en place (informations, préparation pédagogique -entretiens, groupes de paroles- etc...) afin d'aborder la personne en détresse, de demeurer à son écoute, de l'accompagner.
L'attente est réelle. Nous aimerions connaître vos réactions, vos suggestions, vos demandes, avant de poursuivre notre réflexion Pouvez-vous les adresser à :
Nous sommes à votre disposition et nous vous adressons nos salutations fraternelles.
| Pasteur F. ROCHAT | |
| Président Commission Église et Santé. |
(1) Ont participé. : Docteur B. HAMMAN (Saverne 67) -P. KNEUBUHLER (Groslay 95) -H. LEWIS (Nogent sur Marne 94) -V. SCHWACH (Haguenau 67) -Docteur M. SCHWEITZER (Meulan 78)
(2) Disponible à l'Église Réformée 47, rue de Clichy 75009 PARIS
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org