Il a toute sa tête, oh oui, ce vieil homme hospitalisé depuis plus de quatre semaines, depuis trop longtemps, en service de diabétologie. Mais ce sont les jambes qui ne suivent plus; plus précisément son pied droit dont la plaie ne cicatrise pas et dont il en vient maintenant à déclarer que désormais il ne guérira pas: "Un mois déjà, et cela ne s'est pas amélioré. Et ça ne changera pas. Alors, si je ne peux plus marcher, que voulez-vous que je fasse, cela ne vaut plus la peine de vivre..." Blocage.
Quatre fois en quelques minutes, il redira ces mots de son désespoir, de sa déprimante perte de toute raison de poursuivre... Un discours qui n'attend, et n'entend, guère de réponse.
Que dire quand pour l'heure l'homme semble enfermé, désolé par sa souffrance? Sans réponse, comme devant Job souffrant, je consens à mon impuissance.
Cependant son voisin de chambre a entendu, bien sûr, tout aussi décontenancé que moi. Et voilà qu'il prend la parole, comme si maintenant lui revenait le balancier, comme s'il lui fallait prendre son tour. Et il se raconte, manifestement pour son voisin de chambre. Contrepoids? Ouverture?
Quelques années auparavant lui est arrivé un accident de santé qui prend aujourd'hui l'allure d'une parabole. Parti avec son caddie au supermarché du coin, il a senti soudain un grand froid saisir tout le côté droit de son corps. Resté debout il n'a rien voulu dire ni laisser paraître; il a fait effort pour passer à la caisse puis, à petits pas, rentrer chez lui: "Une heure et demie pour faire deux cents mètres, vous vous rendez compte !" A partir de là il a lutté, découvert la patience pour récupérer, retrouver le plein usage de son corps.Et effectivement sa poignée de main est ferme aujourd'hui. Reste qu'il lui faut continuer à s'occuper de son diabète, lui aussi.
Je ne suis pas sûr que Henri, notre vieil homme, ait alors pensé à cet appel du psalmiste: "D'où me viendra le secours ?" ou à tel autre verset de cette Bible qui lui est familière. Je l'ai en tout cas entendu dire: "Oui, peut-être que je peux considérer les choses autrement; je vais voir".
Circonstance particulière, mais peut-être pas exceptionnelle. Mieux que d'un autre parfois, la parole du voisin de chambre peut en l'occurrence susciter un écho et être un soutien décisif, une ouverture significative où la présence d'un tiers est probablement un catalyseur la rendant possible.
| François P.ROCHAT pasteur aumônier |
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| 12.06.1998 |
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