Le sida, c'est fini !

ou

sida: poursuivons le combat?

« N'en parlons plus, c'est fini! » Formulé avec conviction, ou repris lâchement, comme pour mieux fuir la question, on l'entend et on le constate un peu partout: le sida, c'est fini, le désengagement est général!

Et pourtant, nous sommes bien loin de la réalité, même si la maladie s'est installée dans une certaine chronicité et de ce fait, pour ceux qui ne sont pas atteints, dans la banalité!
Curieuse histoire que celle du sida. Après avoir été la maladie sur laquelle il a été produit le plus de documents de vulgarisation, celle qui a provoqué le plus de mobilisation des pouvoirs publics autant que des associations et des particuliers, elle est retombée dans les oubliettes, avant même que l'on ait véritablement fait le bilan des espérances soulevées par l'avancée des trithérapies. Alors même que les efforts conjugués des chercheurs, et de tous ceux qui les soutiennent à travers le monde, sont peut-être sur le point d'aboutir...

S'il est certain que tous les espoirs ont semblé permis avec l'arrivée des antiprothéases dans les pays occidentaux, le reste du monde est quant à lui balayé par le ras de marée de l'épidémie (voir chiffres en annexe).
Oui bien sûr, les statistiques sont là : les effets de la trithérapie sont spectaculaires, en France, pour 80% de ceux qui la supportent Les hospitalisations dues aux infections opportunistes ont considérablement régressé au point qu'un certain nombre de services hospitaliers redéploient leurs lits autrement. La mortalité due au sida est en sérieux recul. Et de nouvelles molécules prometteuses sont en passe d'être mises au point.

Nous pourrions tout simplement saluer ces résultats spectaculaires et nous en réjouir. Mais, outre le fait qu'ils ne concernent que les pays développés, rien n'est vraiment résolu tant que l'on n'aura pas réussi à détruire le virus, à comprendre ce qu'il devient après avoir été inhibé et à découvrir où il se niche ensuite.

Par ailleurs, la seconde épidémie, comme elle fut appelée parfois, celle du «déficit humanitaire », celle de la peur, de la méfiance vis à vis de l'autre, où en est-elle, elle?
Qu'en est-il des dysfonctionnements de notre société révélés par le sida?
Qu'en est-il des problèmes de toxicomanie ou de pertes de repères en matière de sexualité entre autres sur lesquels les projecteurs ont été mis?
Qu'en est-il de la démission qui caractérise notre monde saturé d'informations et rendu impuissant par leur démesure?

Le Sida a mis à jour -et même mis à l'ordre du jour -tant de questions, sur la vie et sur la mort, sur le politique, le juridique, l'économique, le spirituel, le religieux,.. qu'on ne pourra plus jamais vivre comme avant.

Le pouvoir médical a été remis en question. Des choix de société ont dû (et devront encore) être reconsidérés. Car le sida a touché à tous les niveaux de notre vie et nous oblige à des choix et à des comportements plus responsables et plus solidaires.
Quels que soient notre âge et nos fonctions, cette épidémie nous concerne tous, comme citoyens et comme chrétiens, comme parents, grands-parents, proches ou moins proches de jeunes, tout simplement comme êtres vivant sur cette terre...

Nous devons (nous) informer, nous organiser pour mieux sensibiliser notre entourage à l'impact du VIH sur les jeunes et pour soutenir les jeunes dans leur mobilisation contre l'épidémie.
Nous pouvons partager nos questions, et nous efforcer au discernement pour découvrir ce que nous avons à faire dans ce domaine, chez nous et là ou nous pouvons exercer notre solidarité.
Il ne suffit pas de refouler la gêne que nous éprouvons devant cette épidémie pour qu'elle régresse. Il faut se rendre compte que les jeunes ont besoin de nous (écoute et soutien) pour les aider à se déterminer devant le conformisme ambiant quant à la «liberté» sans responsabilité.

L'information, la prière et l'entraide doivent inciter nos communautés à s'engager aussi dans cette lutte pour la vie. C’est notre responsabilité, individuelle et collective, devant les hommes et devant Dieu. N'entendons-nous pas au travers des Ecritures cette question permanente « Qu'as-tu fait de ton frère? »

Myriam CHARLES

Juin1999

ANNEXE

Même Si nous ne connaissons personne qui soit de près ou de loin touché par le VIH, nous ne pouvons ignorer que, selon l'ONUSIDA (Programme commun des Nations Unies sur le VIH / Sida):

Pourtant, un espoir commence à naître avec la création du FSTI (Fonds de Solidarité Thérapeutique Internationale) imaginé par l'association AIDES et soutenu par la Communauté internationale. Ainsi, le «devoir d'ingérence thérapeutique» entre dans les faits avec le lancement à Abidjan d'un premier programme de traitement des malades du sida, inauguré début mai 99 par le Président de Côte d'Ivoire et le secrétaire d'Etat à la Santé, Bernard Kouchner.

En France:


Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org