SIDA, UNE MALADIE HONTEUSE?

Il Y a ceux qui, au seul mot de sida, inévitablement associé pour eux à l'homosexualité, aux horreurs de la toxicomanie, dégainent leur bible, jugent et condamnent sans appel, sans même écouter d'autre voix que la leur. Il Y a aussi ceux qui restent sans voix, indifférents ou résignés.

Mais il Y a surtout les souffrants qui, au mot sida, se renferment par peur, par honte ou par désespoir.
Ceux-ci sont parents, ou amis, et ils souffrent, sans oser le dire, sans pouvoir appeler.
Ceux-ci sont eux-mêmes malades, et aussi soignants, engagés dans leur combat contre ce mal, côte à côte ou de part et d'autre de la maladie; au point de risquer d'en oublier que l'homme n'a pas seulement un corps souffrant à soigner, mais est un corps, une personne en souffrance globale, et donc spirituelle. Au point même -le risque est réel et fréquent -de ne plus penser, alors qu'il est simplement offert, à demander un accompagnement spirituel. C'est pourtant tellement nécessaire à chacun en pareille circonstance!

Il n'est pour s'en convaincre que d'écouter par exemple tout ce qu'a à dire la personne ainsi malade quand enfin elle peut prendre la parole et «vider son sac» à ce tiers visiteur, proche autrement que par l'affection familiale, amicale ou thérapeutique; témoin aussi de la présence d'un Dieu de grâce Qui, Quoi qu'on en dise, accueille et aime chacun de nous tel qu'il est.

C'est affaire de signalement, d'oser dire pour soi-même ou pour son proche: "il y a ici Quelqu'un Qui souhaite être visité, Qui en a besoin"; et c'est sans doute d'abord affaire de capacité à surmonter toutes ces réticences et autres résistances pour oser dire cette simple demande qui pourra conjurer la solitude, redoutable quand elle est spirituelle.

Mais c'est encore et toujours de la responsabilité de chacun.

François P.ROCHAT

Octobre 1997


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