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Diversité en communion |
PORTEZ LES FARDEAUX LES UNS DES AUTRES.
Des montagnes de livres ont été écrits sur le sujet1 et d’excellent journaux rendent compte honnêtement de cet anniversaire 2. Tentons de porter un regard protestant.
1 Voir le journal du Concile de Congar (2002) ou Jacques Maury, Visser’t Hooft, Pionnier de l’œcuménisme Genève-Rome (2002). Voir surtout ses Constitutions, décrets et déclarations au Centurion.
2 Voir la série de LA CROIX depuis le 30 septembre 2002 ou LA VIE N°1979, 3-9 octobre 2002.
DIVINE SURPRISE
On s’accorde d’abord à dire que ce concile fut un événement sans précédent. Ni concile de chrétienté installée (tel Latran IV, XIII ème), ni concile d’Union (tel Florence, XV ème, avec l’Orient), ni concile de combat (tel Trente, XVI ème contre la Réforme), ni concile de résistance (tel Vatican I, XIX ème), on peut dire qu’il fut un concile d’ouverture, un concile d’adaptation3, un concile de conversion, de retour aux sources… dont la réception-appropriation n’est pas encore terminée...
Rassemblant pour la première fois la quasi totalité de l’épiscopat romain, il offre une image de la catholicité romaine.
3 Le Pape voulait un concile de transition entre deux époques, qui ferait passer l’Eglise de l’époque post tridentine et de l’ère constantinienne pluriséculaire, à une phase nouvelle de témoignage et d’annonce en récupérant des éléments forts et permanents de la tradition jugés aptes à alimenter et à garantir la fidélité évangélique d’une transition difficile (Prof Giuseppe Alberigo de Bologne, in AGAPE, études en l’honneur de Mgr Pierre Duprey, centre orthodoxe du patriarcat œcuménique, Chambésy-Genève, 2000. Page 49).
On pouvait naïvement penser qu’avec le dogme de l’infaillibilité votée à Vatican I et l’expérience de la promulgation du dogme de l’assomption en 1950 par Pie XII, l’Eglise romaine se passerait de synode. Pour l’observateur, cela devenait un événement possible dans une institution qui apparemment le rend impossible !4 La « divine surprise » de l’annonce du concile a pris de court bien des chrétiens… à commencer par la Curie romaine qui a su résister jusqu’à occulter les affirmations papales, notamment dans leur volonté oecuménique5. Cependant, le bouillonnement d’idées qu’il a déclenché couvait sous la « cendre romaine » depuis longtemps, notamment parmi des théologiens.
4 Hébert Roux, Point de vue sur le concile de Vatican II, le concile et le dialogue œcuménique, Seuil , Paris, 1964, page152.
5 La volonté de l’appareil vatican d’occulter les affirmations papales est aujourd’hui établie par une abondante documentation (Prof Giuseppe Alberigo de Bologne, Op. Cit. page 59)
SON ANNONCE
Jean XXIII, qu’on disait Pape de transition, voulut ce concile comme « une lumière pour l’édification et la joie de tout le peuple chrétien » et « une invitation aimable et renouvelée aux fidèles des Eglises séparée à participer avec nous à ce banquet de grâce et de fraternité auquel tant d’âmes aspirent de tous les points de la terre »6. C’était inattendu. Jean XXIII 7 prend l’initiative de l’unité en termes de « coopération pour refaire un seul troupeau » et non plus en terme de retour. La Curie romaine occultera ses affirmations papales et résistera. Jean XXII lui-même retrouvera la bonne vieille théologie du retour dans son encyclique Ad Petri Cathedram8 en invitant les « frères séparés » à rejoindre l’unique et véritable bercail du Christ… le concile ne serait donc pas véritablement oecuménique mais l’invitation des observateurs et la liberté dont ils jouiront sont un signe fort de volonté œcuménique.
6 Discours du pape du 25 janvier 1959 dans sa version personnelle (DC 29 mars 1959). La version officielle remplacera Eglise par communautés, et le verbe « participer » par « nous suivre » : la volonté œcuménique est atténuée !
7Pour la première fois de l’histoire, les protestants pleurent un pape, diront G. Casalis et C. Westphal à la mort de Jean XXIII.
8 29 juin 1959, III, 32-33
Dans l’orthodoxie, après un temps d’hésitation, le Patriarche Athénagoras envoie des délégués. Jean XXIII y est d’autant plus sensible qu’il a vécu dans les Balkans.
La réaction du Conseil Oecuménique des Eglises est rapide. Le secrétaire général Visser’t Hooft exprime un intérêt tout particulier et pose en préalable le problème de la reconnaissance de la liberté religieuse. On envisage l’établissement d’une antenne du COE à Rome. Dès février, Visser’t Hooft rencontre son compatriote le futur cardinal Willebrand.
UN CONTENU NOVATEUR, UN ESPRIT NOUVEAU
L’Ecriture au centre de l’Eglise9, l’Eglise comme peuple de Dieu et comme communion, l’Eglise semper purificanda 10, une place nouvelle des laïcs tous « rois, prêtres et prophètes »11 qui participent au ministère apostolique de l’Eglise, et des ministres (épiscopes et des prêtres-presbytres) centrés sur l’annonce de la Parole de Dieu et inscrits dans la collégialité des ministères, non plus d’abord dans un rapport hiérarchique mais au service et au sein du peuple ; la place retrouvée de l’Eglise locale comme la pleine expression de l’Eglise du Christ en communion avec les autres ; l’accueil du mouvement œcuménique comme mouvement de l’Esprit Saint qui la dépasse 12 et l’incontournable nécessité du dialogue avec les cultures et les religions ; la reconnaissance de la liberté de conscience13 et de la dignité de tout être humain, une liturgie qui est celle du peuple ; aucun anathème prononcé, on sort de l’exclusivisme ; l’accession d’hommes mariés au diaconat14… Voir cette Eglise sœur qui jouait à la grande secte, ouvrir grandes portes et fenêtres et laisser entrer un souffle nouveau : les protestants ont eu matière à se réjouir ! Ainsi Louis Joubert au sujet du décret sur la liberté religieuse : nous devons marquer l’accord entre le contenu de cette déclaration conciliaire et la pensée protestante en matière de liberté religieuse15… tout en s’étonnant que cette Eglise puisse dire qu’elle a toujours enseigné cela !
9 Une multiplication des groupes bibliques œcuméniques (un magistère de fait ?) et la publication de la TOB sont les fruits de ce renouveau biblique qui a traversé toutes les Eglises.
10bien proche du semper reformanda protestant par certains aspects.
11une expression réhabilité par les réformateurs protestants.
12 Hébert Roux, pendant la nouvelles rédactions du décret sur l’œcuménisme, note : on voit se dessiner à l’heure actuelle, un effort pour dégager la notion théologique de catholicité de la notion juridique de catholicisme, figé dans sa romanité. Op. cit. page 159.
13et son lien avec la recherche de la vérité comme obligation morale
14Un père conciliaire sur trois était même favorable à l’accession au diaconat de jeunes gens sans obligation de célibat, ce qui ouvrait la porte à la possibilité de devenir prêtre marié. Ceci n’aurait pas été une nouveauté pour l’Eglise catholique puisque les orientaux rattachés à Rome ont toujours eu des prêtres mariés.
15 Vatican II, Points de vue de théologiens protestants, Cerf, 1967, page 132. Plus loin cependant, L. Joubert trouvera dommageable l’ajout de l’introduction (pour satisfaire la minorité contre) insistant sur la vraie religion qui subsiste dans l’Eglise catholique, ce qui atténue la force du décret.
Mais au-delà des doctrines, c’est un nouvel esprit qui saisit le concile et se répand dans cette Eglise. Les témoins de l’époque, observateurs compris, racontent les retournements étonnants du Concile au-delà de l’imaginé. Ils y verront la marque de l’Esprit. « J’ai découvert de tout près une Eglise et une théologie qui viennent d’amorcer un mouvement dont les conséquences dépasseront toutes nos prévisions ; pour être lent, ce mouvement n’en est pas moins réel, et rien ne pourra l’arrêter ; ce spectacle est de nature à nous inspirer le souhait qu’il existe quelque chose de comparable chez nous. Puissent du moins être épargnées à ce mouvement les plus graves des erreurs commises chez nous depuis le XVIe siècle ! » s’exclame Karl BARTH 16
16 Entretiens à Rome après le Concile, cahiers théologiques 58, Delachaux et Niestlé, 1968 p 15.
DES TENSIONS INTERNES DE 1962…
…AUX REPERCUSSIONS OECUMENIQUES EN 2002
Une Eglise en dialogue avec elle-même, titrait Hébert Roux dans sa communication à l’Assemblée générale de la FPF de 1963 17. Il ajoutait : les débats sont souvent très vifs (…) Les uns aspirent pour des raisons pastorales à des innovations dont ils ont souvent quelque difficulté à justifier, en bonne doctrine catholique, le bien fondé… les autres voient systématiquement dans toute tentative de renouveau une innovation dangereuse, une porte ouverte à l’hérésie, une atteinte portée à l’ordre de l’Eglise, et ils jettent le trouble dans l’esprit des hésitants par des arguments dogmatiques ou juridiques (…).
17 Hébert Roux, le concile et le dialogue œcuménique, Seuil , Paris, 1964, page 35.
Depuis, le contexte social et mondial a beaucoup changé. Pour toutes les Eglises, la problématique de l’époque était l’ouverture au monde. Elle est davantage aujourd’hui le souci d’exprimer la parole du Christ et de rendre visible l’identité chrétienne dans une société atomisée, sécularisée, à la religiosité confusionnelle. Ces changements peuvent expliquer (du point de vue sociologique, car rien n’a changé du point de vue théologique) la résistance plus forte à l’accueil des non-catholiques à l’eucharistie romaine, pour éviter de donner des signes confus.
Les tensions internes se réactivent aujourd’hui d’une manière nouvelle, notamment dans les interprétations des textes du concile et des réaffirmations identitaires fortes, qui touchent directement les dialogues œcuméniques.
L’exemple récent le plus frappant a sans doute été la note Dominus Iesus (radicalisant l’identification Eglise du Christ/Eglise romaine) alors même que l’on signait par ailleurs, la déclaration commune sur la justification entre catholiques romains et luthériens.
Mais d’autres plus subtils questionnent les non-romains. Ainsi, la collégialité semble être celle des évêques plus que celle des Eglises locales, une collégialité d’hommes (exclusivement !) au pouvoir magistériel, en quelque sorte isolés du peuple de l’Eglise. Ceci donne prise aujourd’hui à une re-sacerdotalisation du ministère que l’on constate par exemple chez quelques jeunes prêtres (et laïcs !) qui définissent le ministère par son statut institutionnel et son pouvoir sacramentel plus que par sa mission d’annonce de la Parole de Dieu et de présidence de la communauté. On ne s’étonnera pas donc que la question sacramentelle18 et celle de la nature du ministère soient aujourd’hui à l’ordre du jour dans les dialogues oecuméniques19.
18 Jean Bosc (op. Cit. page 32-33) : L’aspect sacramentel du ministère ne représente pas a priori de difficulté du point de vue protestant si l’on entend par là qu’à l’origine du ministère il y a une vocation de Dieu et que celui qui a été ainsi été appelé est introduit dans sa charge, conformément à l’usage apostolique, par l’imposition des mains, signe du don du St Esprit. Les évêques ne tiennent pas leur ministère par délégation d’un homme, fût-il le pape, mais du Christ lui-même. Ce que semble dire Lumen Gentium en certains passages alors qu’en d’autres le texte glisse vers un automatise sacramentel - Comparer Calvin, Institution chrétienne IV, 19,28.
19 Jean Bosc soulignait déjà (Op. Cit. page 23) au sujet de L.G. II, 10, le flou du terme « essentia » qui caractériserait le ministère (mais non les ministres ?) : signifie-t-il une différente d’état entre le ministre et le laïc, auquel cas cela va à contre courant de l’accent porté par ailleurs sur le ministère défini pas sa mission. De même (p34), il soulignait que si le « caractère sacré » du ministère (LG, III,21) s’en tient à la définition de St Thomas (un signe distinctif), il ne voit pas d’objection à faire.
Et à l’intérieur ce cette collégialité, le pouvoir du pape20 et la place de sa présidence (questions relancées par Jean Paul II lui-même21) sont sans doute des questions incontournables.
20 On peut noter, avec beaucoup d’autres, que Vatican II a pris bien soin de ne pas toucher à Vatican I. Cf par exemple Lumen Gentium III, 22 : Le Pontife romain a sur l’Eglise, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Eglise, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours exercer librement.
21 Ut Unum Sint, 95
On expérimente, notamment ces dernières années à travers le ministère de Jean Paul II, combien ce « pouvoir » papal (allié à la Curie Romaine) peut court-circuiter l’appréhension du sens des fidèles22, la collégialité des Eglises locales, leur communion dans la diversité (et donc la question œcuménique). Les synodes des évêques, finalement seulement consultatifs, en sont un autre signe.
22 Lumen Gentium II, 12.
Les protestants ne pourront se contenter longtemps de quelques réponses rapides23. Ils devront aussi travailler le sujet : quelle visibilité de l’Eglise universelle ?
On touche ici un autre débat œcuménique fort : la question de l’autorité.
23 Jean BOSC notait alors que la primauté ne gène pas les protestants et citait Calvin (Institution Chrétienne IV,6,5). In Vatican II, Points de vue de théologies protestants, Op. Cit. page 29
Bref, les tensions entre ceux qui font effort pour envisager la structure de l’Eglise en dehors des catégories canoniques et ceux qui ne le font pas 24 ne sont pas nouvelles. Déjà au concile, elles mettaient en jeu l’ouverture de l’Eglise catholique aux autres Eglises et au monde. C’est toujours le cas aujourd’hui dans un contexte nouveau.
24 R.P. Tavard, La Croix, 19 octobre 1964.
VERS UNE RECONNAISSANCE MUTUELLE ?
On a perçu à juste titre dans la démarche conciliaire (ne serait-ce que par les acteurs qui se sont imposés, tel le père Congar) une réelle volonté de sortir de l’exclusivisme. Le mot « retour » n’est pas prononcé à l’égard des communautés et Eglises non catholiques. Mais il reste que la reconnaissance (très) partielle des « communautés séparées » se fait à partir du foyer central que représente l’Eglise catholique25. La démarche est de même nature à l’égard des autres religions et cultures, ce qui pose l’Eglise catholique comme « détentrice » de la vérité de l’humanité. C’est peut-être pour cela que ses prises de positions sont parfois mal ressenties. Le dynamisme de l’unité (comme celui de la vérité) est orienté vers le centre qu’est Rome. Si cette démarche était perçue positivement parce que porteuse d’une ouverture tant attendue, elle questionne davantage aujourd’hui. Le chemin parcouru ensemble nous oblige à aller plus loin dans la perception de l’autre, il remet en cause nos perceptions de l’unité de l’Eglise (quels critères ?) comme notre appréhension de la vérité. Deux points chauds œcuméniques.
25Lumen Gentium 15
Peut-être la méthode du Consensus différencié apporte-t-elle une avancée réelle.
Autre est la substance de la doctrine antique contenue dans le dépôt de la foi, autre la formulation dont elle est revêtue, disait Jean XXIII dans son discours d’ouverture au concile. Cette intuition, Lumen Gentium ne s’en saisira qu’à demi et continuera à affirmer qu’en vertu de l’infaillibilité, les définitions dogmatiques du pouvoir suprême de l’Eglise restent irréformables.
Cependant, les portes ne se sont pas fermées. La Déclaration commune sur la justification par la grâce en est sans doute une suite concrète… 35 ans après !
Serait-il possible de passer aujourd’hui à un accord du même type sur les questions ecclésiologiques, visant une reconnaissance des autres Eglises.
Le concile dit : ceux-là sont pleinement incorporés à cette société qu’est l’Eglise qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement sa structure et tous les moyens de salut qui ont été institués en elle, et en son organisme visible, sont unis avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques unis par les liens de profession de foi, de sacrements, du gouvernement ecclésiastique et de la communion26. Les portes semblent fermées. Pas d’autres possibilités qu’un retour et une soumission ?
26Lumen Gentium II, 14.
Le même concile, parlant des biens communs des autres chrétiens (la Parole, la prière, etc…) ajoute : bien mieux, une véritable union dans l’Esprit-Saint puisque, par ses dons et ses grâces, il opère en eux son action sanctifiante27.
27 Lumen Gentium II, 15
Le pôle « ouvert » de cette déclaration va loin en parlant de « véritable union dans l’Esprit Saint ». Si tel est le cas, l’Eglise du Christ, fut-elle catholique, peut-elle résister au St Esprit et ne pas reconnaître cette véritable union ?
Il s’agit donc aujourd’hui d’avancer sur cette base pour aboutir à un consensus qui n’exclut pas la différence comme quelque chose d’étranger mais qui lui fait place de manière réconciliée et sans artifice28.
28 Harding Meyer, AGAPE, op. cit. Page 194.
Les tentations catholiques de vouloir un langage univoque et uniforme qui rejoigne la formulation de la foi catholique29 sont toujours là. Le même réflexe existe chez les orthodoxes et les protestants30.
29 Formule utilisée par Rome lors du refus (en 1993) du rapport de la commission anglican/catholique de 1982.
30 Voir la réaction négative des 150 éminents théologiens allemands à la Déclaration commune sur la justification en janvier 1998.
Il faut pour cela un travail de clarification interne à chaque Eglise en plus de la vérification commune.
Hébert Roux (prophétique ?) écrivait dans une revue suisse : Nous saisissons ici nettement, et sur un point décisif, que l’abandon définitif de cette vision ancienne de l’unité (celle du retour au bercail) ne pourra se produire que dans la mesure où, grâce aux progrès de la théologie biblique et à l’expérience prolongée du dialogue œcuménique, elle finira par être remplacée par une vision nouvelle.
Le travail n’est pas terminé31.
31 Le Conseil Œcuménique des Eglises, par sa commission Foi et Constitution à laquelle participe l’Eglise catholique, propose aujourd’hui un texte-bilan sur la Nature et le but de l’Eglise contribuant à avancer dans ces dialogues. Il fait suite aux documents Baptême-Eucharistie- Ministères, Eglise et Monde, et Confesser la foi commune.
QUESTIONS EN RETOUR
« En ce qui concerne l’avenir, tout optimisme nous est interdit par définition. Il ne nous est que d’autant plus conseillé de cultiver une espérance fraternelle et lucide, jointe à la volonté de nous mettre, en attendant, à balayer devant notre porte… »32
32 K. Barth, Op. Cit.
La démarche conciliaire de l’Eglise catholique interpelle les protestants encore aujourd’hui sur leur claire conscience de la catholicité de l’Eglise du Christ (son universalité, sa continuité historique, la communion des saints…).
Le dialogue œcuménique (mais aussi la mission de l’Eglise dans le monde car les deux sont liés) nous envoie des questions en retour que nous ne pourrons pas longtemps laisser en friche sauf à nous replier en forme de secte : quelle compréhension de l’épiscopé, du ministère d’autorité et d’unité, de l’articulation du ministère personnel, collégial et du sacerdoce universel, au plan local, régional… et international.
Nous sommes re-interrogés sur l’importance du rite, du visible, du tangible, de l’image, bref du sens de l’Eglise visible en tant qu’institution du Christ… quel visage de l’Eglise une, corps-de-Christ : on ne pas se contenter de nos non-reconnaissances au nom de l’Eglise invisible.
Mais plus que cela, et au-delà de tout cela, la problématique de Vatican II rejoignait avec quelque retard les questions de toutes les Eglises : l’ouverture au monde. C’est la seule question pertinente qui donne sens aujourd’hui à la démarche œcuménique et à la vocation de nos Eglises : témoigner de manière crédible, de l’évangile du Christ dans le monde d’aujourd’hui.
Là, il faudrait évoquer les nombreux dialogues interconfessionnels sur l’Evangélisation ou de la mission, et les différends concrets actuels sur le prosélytisme où l’on voit que l’élan conciliaire missionnaire – que Jean Paul II a accéléré - confronté aux bouleversements géo-politiques produit des fruits à double face sur le plan oecuménique. Dans le même sens, aux côtés des actions œcuméniques de terrain, les conseils nationaux d’Eglises sont des lieux de régulation et de participation commune des Eglises aux débats et engagements de nos sociétés. Enfin, comment ne pas citer la Charte Œcuménique Européenne instrument du débat des Eglises de la grande Europe.
Le protestant peut relire avec quelque utilité ces textes du concile. Non pour tout accepter béatement mais pour sortir des a priori et dialoguer avec nos partenaires à partir des sources. Et aussi pour s’enrichir avec discernement des charismes de cette Eglise, approfondir ainsi notre propre fidélité à Jésus Christ… et encourager cette « Eglise-sœur » dans sa fidélité aux fondements évangéliques qu’elle a su mettre en valeur dans ce concile.
« Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ » dit un apôtre qui sait de quoi il parle lorsqu’il évoque l’unité de l’Eglise ! (Gal 6.2).
Gill DAUDE
Service œcuménique
FEDERATION PROTESTANTE.