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Diversité en communion |
Past. Gill DAUDE,
Service œcuménique,
INTRODUCTION
Ma découverte de l'Eglise Universelle (l'œcuménisme est d'abord pour moi une vision de l'Eglise Universelle avant d'être des relations inter-Eglises) s'est faite expérimentalement en grande partie en "mission" lorsque, parti au Cameroun avec le Service Protestant de Mission, je l'ai découverte dans :
Dans cette mission, j’ai aussi découvert nos limites :
Nous ne pouvons pas dire l'Evangile autrement que dans notre langage et notre culture, et pourtant ce langage et cette culture étaient une barrière à l'annonce de l'Evangile. D'où la nécessité du Dialogue et du partenariat (mot clé s’il en est). Donc toujours d’abord dans l'écoute et « l'abstinence » de soi, dans la découverte de l'autre au risque d'être changé soi-même. Le Message du Salut par Grâce ne nous appartient pas et peut se dire en mille langage !
Nous ne pouvons pas dire l'Evangile sans en témoigner dans le service, un service tout aussi ambigu que la prédication, qui peut se transformer en pouvoir ou en contre témoignage quand il s'installe par exemple dans une concurrence. Comment alors, le Message du Salut par la grâce peut-il être libérateur ?
Nous sommes solidaires (parfois involontairement mais nous en sommes les héritiers) d'un occident avec son histoire et ses déficiences culturelles et politiques. S'en mettre à distance en s'insérant dans une Eglise d'un autre continent, nous place dans un "Entre deux cultures" et nous découvrons alors que l'annonce de l'Evangile est aussi une "lutte" contre ce qui, chez nous comme là-bas (et dans le rapport entre les deux) aliène l'Humain et l'atteint dans sa dignité. Mais cette "lutte" a aussi ses limites et ses ambiguïtés. Il est arrivé qu'une « idéologie de la lutte » aliène le message même de l’Evangile.
Voici ce que ma petite expérience m’a permis de découvrir.
Mais en ouvrant les livres d'Histoire de la Mission, je fais une nouvelle découverte : mon expérience n'a rien d'original. J'ai été sans m'en rendre compte héritier de l'histoire de l'Eglise au sens dont on dit d'un fils qu'il ressemble à son Père plus qu'il ne croit !
Parcourons à grand pas cette histoire si riche qui a lié Mission et Œcuménisme.
I. BALBUTIEMENTS
En cette deuxième partie du XVIIIe siècle où la lutte anti-esclavagiste fait rage1, des aumôniers accompagnent les convois de colons vers les colonies, car il y a beaucoup de protestants parmi les Migrants. L'Eglise d'occident commençait à être interpellée par ces "nouveaux mondes" : l'évangélisation ne serait donc pas terminée ? Ainsi par exemple le Calvinisme pour lequel, semble-t-il, la Mission (au sens de la Proclamation en terre païenne) était terminée depuis la fin du temps apostolique.
Là, se mélange une population faite de colons et de "Nègres", esclaves libérés. Les Pasteurs découvrent le champ possible de leur Mission : vis à vis des Migrants mais aussi vis à vis des autochtones. Mais chaque aumônier s'occupait de ses ouailles.
Or déjà, Merville Horne arrivé en 1792, écrit à ses collègues des Eglises britanniques : "Ce ne sont pas les règles de la hiérarchie Anglicane, ni les principes des dissidents protestants que le Missionnaire doit propager : son but doit être de servir l'Eglise Universelle".
Cet appel à dépasser les clivages dénominationnels contribuera à la Constitution de la première Société de Mission inter-dénominationnelle, la London Missionary Society. En 1795, au sermon de clôture, le Pasteur David Bogue déclare : "Nous voici, anglicans, méthodistes, presbytériens et congrégationalistes, tous unis en une même Société. (…) Dieu dans sa providence nous a montré les Nations afin d'ouvrir une porte à l'Evangile et pour que des Messagers aillent y proclamer la joyeuse nouvelle du Salut par la croix".
Les débuts ne seront pas une réussite : 9 missionnaires envoyés. Des disputes doctrinales et des morts par maladie… par manque de préparation. la Mission Anglicane et la Mission Méthodiste prendront finalement la relève, chacune de leur côté.
Mais l'intuition était là, elle va porter du fruit.
L'intuition est en même temps un essai porteur d’une vision : on ne peut pas annoncer le Christ et une Bonne Nouvelle si l'on apporte en même temps nos particularismes ecclésiastiques.
La découverte de l'Eglise Universelle au sens géographique du terme, conduit à la découverte de l'Eglise Universelle au sens interconfessionnel du terme : elle redonne à nos particularismes ecclésiastiques un caractère second (sinon secondaire).
Je note aussi que le creuset œcuménique a d'emblée deux dimensions : un volet kerygmatique (l'annonce de l'Evangile) et un volet social (la lutte contre l'esclavage et très rapidement l’éducation).
Du côté catholique, on peut noter sensiblement les même données.
Soulignons que, quelques décennies plus tard, un homme ne se satisfait pas de la faible dynamique anti-esclavagiste (qui est retombée). C'est l'évêque d'Alger, Supérieur de la Société des Missionnaires d'Alger (futurs Pères Blancs), le cardinal Lavigerie.
Il considère que l'Association internationale pour réprimer la traite et ouvrir l'Afrique centrale2est noyautée par le protestantisme et les libres penseurs qui "installent un réseau de stations en Afrique Centrale (…) Les communications dans cette région comme les Européens qui y résideront, dépendront en définitive de gens hostiles à l'Eglise (catholique)". Tout cela ne semble pas très œcuménique. Mais en 1889, à l'occasion du départ de 5 pères blancs, il reconnaît que depuis 20 ans "des Missionaires appartenant aux sectes hérétiques et venant tous de l'Angleterre, ou d'Allemagne ou de l'Amérique ont abordé les régions inconnues de l'Afrique, supporté généreusement toutes les souffrances, bravé et attendu la mort, alors qu'aucun prêtre catholique n'avait eu la pensée de les précéder ou de les suivre" – Une reconnaissance rare à cette époque!
Lavigerie va créer des Comité anti-esclavagistes partout en France … et oubliera d'inviter les Comités protestants (faibles et petits, sauf Genève) à leur congrès … alors que, dit Ruffet (Professeur d'Histoire de Genève et Militant anti-esclavagiste), « l'abolition de la traite exige une entente cordiale entre les Eglises et les parti s ».
A la mort de Lavigerie (1893), le journal des Missions Evangéliques (pourtant critique) écrit de Lavigerie : "Sous la pourpre du Cardinal battait un cœur généreux. Son éducation ecclésiastique a pu l'entraîner à des compromis de conscience, à des duplicités que la morale jésuite excuse(!) : il n'en reste pas moins que ce prélat, Docteur en Sorbonne, diplomate, primat d'Afrique, a montré que ce qui fascinera toujours le plus authentique chrétien, ce qui le remplira du plus pur enthousiasme, ce qui le transfigurera, c'est l'apostolat au milieu des païens". Donc une reconnaissance pleine d'ouverture.
En 1888, Lavigerie avait répondu positivement à l'invitation de l'Artislavery Society devant un parterre majoritairement non catholique. Il y montre comment le zèle des mouvements chrétiens s'est refroidi contre l'esclavage après la lutte de l'esclavage en Amérique et en Inde. Et reprend Livingstone (1813-1873), médecin, membre de la Société Missionnaire de Londres, "modèle de l'explorateur et du missionnaire", pour insister sur l'horreur de l'esclavage en terre africaine.
Nous élargissons là notre champ de vision en constatant que les relations catholiques avec les autres chrétiens des relations sont ambiguës, tempétueuses, mais qu’elles existent tout de même avec des éléments de reconnaissance et de concurrence mêlées. On peut dire que le feu couve sous la cendre. Voilà pour les balbutiements et les premières interpellations.
II. PASSAGE A L'ACTE
Dans ce même XIXe siècle, en 1860 plus précisément, 50 ans après que William Carrey3 ait réclamé de Calcutta des Confession Missionnaires Mondiales pour limiter les rivalités entre missions, Robert Macfie réunit à ses frais à Liverpool des missionnaires britanniques de toutes confessions (Anglicans, méthodistes, presbytériens, baptistes, moraves – 126 au total) pour faire le point. Ils étaient persuadés que ces délibérations pouvaient préparer "une grande effusion du Saint-Esprit" – On y insiste, entre autres choses :
. sur le fait que les différences dénominationnelles ne devraient pas compromettre le succès des missions ;
sur la nécessité de conférences régulières continentales ;
. sur la convocation de conférences missionnaires internationales et interconfessionnelles, en plus des invitations que chaque Société des Missions envoyait aux autres lors de leur Assemblée.
Cet "Esprit œcuménique naissant" en milieu missionnaire a été un temps relayé par l' Alliance Evangélique Universelle créée en 1846 à Londres par des protestants et des Anglicans évangélique voulant vivre une communion spirituelle par delà les divisions ecclésiales et sur la base minimale "Jésus-Christ mort et ressuscité comme seule voie du Salut". On dira même de l'Alliance Evangélique qu'elle est un "catholicisme Evangélique"4. C'est à cette Assemblée générale qu'on parlera pour la première fois d'œcuménisme, au sens moderne du terme de relations interconfessionnelles en plus du sens ancien d'Universalité et du Monde habité.
Noter que le COE, 100 ans plus tard, sera fondé par 146 Eglises protestantes et anglicanes sur une base analogue : "Une assemblée fraternelle d'Eglises qui reconnaissent le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur" (selon la formule de Brent en 1910). Les Eglises orthodoxes n'adhèreront (Assemblée New Delhi en 1961) qu'après la précision de la base : "Une communauté d'Eglises qui confessent les Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur selon les Ecritures, et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit".
On retrouve la même tendance à l'Alliance Evangélique Française (créée en 1855) et aux Missions de Paris.
S’en suivent une série de rencontre internationales :
= Première Conférence Internationale Missionnaire : 1878 – Mildway – 34 sociétés de missions. Georges Apia y représente les français. Il insiste sur la faiblesse du protestantisme français et de sa société des Missions (due aux persécutions) et sur la nécessité des relations avec d'autres. « Nous allons, dit Alfred Boegner (Président de la Société des Missions de Paris) vers une Fédération des sociétés missionnaire qui sera toujours la forme protestante de l'Unité" (ni fusion, ni subordination) ».
= Deuxième conférence en 1888 à l'occasion du centenaire de la Mission Baptiste : 1500 délégués dont 1400 d'Anglo-Saxons et… 3 français !
On renonce à une Alliance Missionnaire qui aurait été le parallèle de la Congrégation pour la propagande de la foi catholique mais on renforce la solidarité et la cohésion.
On voit cependant apparaître sur les méthodes un clivage qui s'accentuera entre :
1 – une conception de la Mission comme annonce de l'Evangile au plus grand nombre dans les plus brefs délais, sans se soucier de formation et d'organisation des missions et des chrétiens.
2 – une conception de la Mission à plus longue haleine pour laquelle il faut des ouvriers formés et persévérants pour qui la prédication de l'Evangile s'accompagne d'œuvres éducatives et sociales ainsi que d'implantations d'Eglises …
De ces deux courants naissants, l'un donnera des positions conservatrices évangéliques radicales, l'autre s'engagera dans le mouvement œcuménique. Ils convergent à nouveau aujourd'hui.
= Conférence de 1900 à New York. 700 missionnaires et 2000 délégués… aucun français !
Le clivage s'accentue entre les partisans d'une action commune, voire un regroupement des Missions (proches du 2 ème courant évoqué ci-dessus), et ceux qui foncent « tout azimut » et chacun pour soi, à cause de l'urgence missionnaire, au risque de la déperdition (proche du 1 er courant) . On envisage cependant une sorte de Conseil international des Missions (assurant le lien et l'arbitrage entre elles) mais il faudra attendre sa création effective. Il faut dire que les Sociétés de Missions ont des frottements entre elles depuis le début pour plusieurs raisons :
- sans doute des raisons politiques puisqu'elles sont liées aux politiques coloniales des pays dont elles dépendent;
- mais aussi parce que la Mission n'est pas dégagée de l'idée de territoires à conquérir et que la tension peut vite monter sur de tels sujets. Des médiations sont nécessaires. Les caractères trempés des missionnaires, les balbutiements œcuméniques même entre protestants et anglicans ne facilitaient sans doute pas les choses.
- Enfin parce que l'esprit de conquête et le sentiment d'urgence ne favorisent pas le dialogue tranquille, encore moins avec le monde catholique, lui-même besognant à limiter les concurrence entre les nombreuses Congrégations et Instituts missionnaires.
On voit cependant la progression d'un œcuménisme intra-protestant et anglican lié au souci missionnaire et à double sens :
- s'exprimant de manière inter- confessionnelle (même si c'est encore limité)
- cherchant à intégrer une structuration internationale.
Petit à petit, émerge donc la conscience et la "visibilité" d'une Eglise aux dimensions mondiales et qui transcende les dénominations : une universalité synchronique à côté de l'Universalité diachronique.
Cependant, à l'orée du XXe siècle, porté par le colonialisme et les nationalismes, les différentes confessions sont déjà installées en Inde, en Afrique et en Océanie.
III. L'ASSEMBLEE DETERMINANTE
= 1910 : Conférence d'Edimbourg.
"Que s'est-il passé? Il s'est passé, Messieurs, dit M. Boegner, que sur les champs de mission et très particulièrement en Inde, en Chine et au Japon, les missionnaires envoyés des sociétés des Missions, aussi diverses par leurs dénominations que les Eglises qui les avaient fondées, constataient avec une évidence de plus en plus contraignante que leurs divisions, trop souvent aussi leur concurrence, étaient un scandale pour les païens venus au christianisme malgré ces divisions".
On peut dire que cette date symbolique est le moment où la tendance au morcellement s'inverse et où s'affirme l'importance de manifester l'Unité du corps du Christ. Pas seulement entre protestants et anglicans. Certains leaders anglicans déclaraient qu'il ne participeraient à la conférence que si l'on traitait de la Mission parmi les non-chrétiens et non de la Mission consistant à convertir les catholiques romains. Voilà qu'apparaît donc une distinction dans la Mission : le fait qu'on ne peut pas vivre réellement l'Unité de l'Eglise en vue du témoignage sans prendre en compte l'Eglise catholique.
Il faudra des décennies (50 ans) de lutte, de patience et de persévérance avant que l'Eglise catholique passe du simple refus à l'acceptation de relations œcuméniques5. Combien de démarches, d'invitations ont été inlassablement lancées avant qu'officiellement, l'Eglise catholique passe du refus et de la condamnation à la tolérance implicite de relation, puis à l'ouverture du Concile de Vatican II !
Pour l'heure, c'est un balbutiement, un pas de plus non négligeable. Il faut dire que Lord Halifax et Fernand Portal (Lazariste catholique) avaient déjà eu des rencontres, préfiguration des conversations de Maline entre le cardinal Mercier et les Anglicans (1921-1926).
Il faut dire aussi que la FUACE6 fondée en 1895, elle aussi interdénominationnelle, s'apprêtait à accueillir dans sa conférence des Orthodoxes. La FUACE jouera un grand rôle par son impatience, son imagination et son ouverture et par les grands hommes qui seront ses secrétaires généraux : John Mott, Joseph Oldham, Vissert'Hooft. Ajoutons, pour le contexte général, que nous sommes 4 ans avant la première guerre mondiale, contexte tout à fait particulier.
1200 délégués de 150 sociétés de Missionss’y sont rassemblés, avec quelques délégués d'Asie dont le président Chen Ching Yi auquel on attribue cette désormais célèbre interpellation : "Nous espérons voir, dans un futur proche, une Eglise chrétienne unie, sans aucune distinction de dénomination".
Un autre délégué asiatique s’écria : "Vous nous avez envoyé des missionnaires qui nous ont fait connaître Jésus-christ, et nous vous en remercions. Mais vous nous avez apporté aussi vos distinctions et vos divisions : les uns nous prêchent le méthodisme, d'autres le luthéranisme, le congrégationalisme ou l'épiscopalisme. Nous vous demandons de nous prêcher l'Evangile; et de laisser Jésus-christ susciter lui-même au seins de nos peuples, par l'actions de son Saint Esprit, l'Eglise conforme à ses exigences, conforme aussi au génie de notre race, qui sera l'Eglise du Christ au Japon, l'Eglise du Christ en Chine, l'Eglise du Christ dans l'Inde, délivrée de tous les "ismes" dont vous affectez la prédication de l'Evangile parmi nous".
De telles paroles allaient servir de catalyseur à la réflexion et à l'action d'hommes d'une rare stature spirituelle et intellectuelle tels que John Mott, laïc méthodiste américain, et l'évêque épiscopalien Charles Brent, missionnaire aux Philippines.
De cette forte mise en cause sortiront plusieurs éléments.
IV. CASCADE D'INITIATIVES
On peut dire qu'à partir de cette époque, tout se précipite sur le plan œcuménique et international. Le fait remarquable est qu'à la base, ce sont de grands missionnaires, de toutes confessions qui poussent, tirent, s'investissent.
Nous sommes donc en présence de plusieurs courants qui portent à leur manière le souci œcuménique et le souci missionnaire dans leurs différentes facettes :
1 – les mouvements étudiants de jeunesse et d'éducation : FUACE et UCJG7 … qui portent l'Evangile chez les jeunes dans l'international, et les Ecoles du Dimanche mondiales en 1907, filles des Ecoles du Dimanche fondées en 1780.
2 – le mouvement issu des Missions et son Conseil Missionnaire international.
3 – le mouvement Foi et Constitution, d'impulsion missionnaire qui abordera les grands thèmes d'ecclésiologie : Unité, Message, Nature de l'Eglise, Confession de Foi, Ministère, Sacrements…
4 – et le Christianisme pratique dont la 1 ère Conférence est en 1925. Sous l'impulsion de l'archevêque Nathan Söderblan, militant pour la Paix, il porte le souci d'appliquer les principes chrétiens aux relations internationales, économiques et sociales. La première guerre mondiale a bousculé les esprits et l'idée vient que la Mission de l'Eglise doit aussi être dans ces sphères : l'Unité de l'Eglise au service de l'Unité-réconciliation du monde : il faut sauver tout homme mais aussi tout l'Homme. L'idée est aussi que l’unité avancera par le service car "la doctrine divise, le service unit".
Voilà les principaux courants portant la Mission de l'Eglise protestante et son unité comme étant conditionnés l'un à l'autre.
Il faut ajouter à cela, les nombreuses conversations informelles avec des catholiques malgré les condamnations réitérées du Pape.
Tout cela était porté par un Oecuménisme spirituel, celui de la prière.
En 1908, Wattson (épiscopalien) et Jones (Anglican) initient la Semaine de Prière pour l'Unité reprise ensuite par l'Abbé Couturier en 1937, année de la création du groupe des Dombes ("Prier ensemble et s'apprivoiser").
Dom Beaudouin fonde le Monastère de Chevretogne en 1926 à vocation de prière pour l'Unité.
Cet œcuménisme spirituel en vue de la Mission remonte loin si l'on pense aux frères Moraves, autour du Comte Zinzendorf (1700-1760) qui voulait réunir dans la prière tous les chrétiens en vue de la mission auprès des païens. Notons aussi Taizé avec Fr. Roger Schutz en 1949.
= L'impulsion missionnaire et œcuménique permettra à quelques Eglises de s'unir même si le mouvement ne sera pas immense. Est-il utile d’évoquer l'Union du Protestantisme français, notamment autour de la FPF (après1905) et de l'Union de l’ERF en 1938. L'Eglise de Chine fera l’union entre Luthériens, Anglicans, Presbytériens, Méthodistes. L'Eglise de l'Inde du Sud unira Anglicans, Méthodistes, Presbytériens et congrégationalistes.
V. SYNERGIES DANS L'EPARPILLEMENT OECUMENIQUE
Très vite, le Christianisme pratique et Foi et Constitution vont émettre le désir de fusionner. La décision sera prise lors d'une conférence commune en 1937 en l'absence des allemands. Un Comité des 14 est désigné qui propose en 1938 de constituer un " Conseil Œcuménique", reprenant la proposition de Ch. Brent en 1910 : "Une communauté d'Eglises qui acceptent notre Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur".
La Conseil international des Missions et le Conseil œcuménique des Eglises établissent un conseil commun.
La guerre gèle sa structuration effective mais active le rôle du COE embryonnaire dont le président, Wilhem Visser't Hooft, vient de la FUACE : circulation d'informations, Cimade, lien avec les Eglises, travail auprès des prisonniers …
Dès 1945, ils rendra visite à l'Eglise allemande qui déclarera à cette occasion "sa repentance" et l'importance d'être liée à la communauté œcuménique pour que triomphe l'esprit de paix et d'amour qui seul peut guérir 'humanité tourmentée. Elle priera très solennellement "Veni Creator Spiritus"!
Ces événements ont donné au COE ses lettres de noblesse.
Le Monde œcuménique venait de découvrir dramatiquement, avec ces deux guerres, combien la Mission de l'Eglise ne pouvait se vivre que dans l'humilité, l'unité et le service, dans l'invocation toujours renouvelée de l'Esprit Saint. C’est en Lui et non dans ses propres forces, ni à la suite d'états conquérants, qu’était la guérison de l'humanité .
En un demi siècle, le sens de la Mission et de l'Unité paraît complètement changé, mais leur importance est intacte et leur lien resserré.
Désormais, la vie du COE est scandée de conférences plénières, d’assemblées des courants constitutifs du COE portés par des commissions, soutenus par de nombreux programmes.
Notons pour notre sujet qu'il faudra attendre 1961 pour que le Conseil international des missions rejoigne le COE à l'Assemblée de New Delhi qui rassemblera 197 Eglises dont 18 du Tiers monde 8.
Cette assemblée est l'aboutissement de profondes mutations dans la Mission. Le monde d'après guerre est transformé. Le tiers monde se réveille, la décolonisation est en route. Déjà la Conférence de Whitby (1947) appelait à "un partenariat dans l'obéissance". Celle de Willingen (1952) tentait de se "défaire d'inutiles béquilles coloniales, et civilisatrices pour retrouver des bases bibliques, trinitaires et œcuméniques (…) L'Amour de Dieu en Christ appelle une triple réponse : l'Adoration, l'Unité et la Mission (…) La division dans l'Eglise fausse son témoignage, démobilise sa mission, et contredit sa propre identité".
L'Assemblée de New Delhi, qui intègre aussi les premières Eglises orthodoxes, est un tournant important pour le monde œcuménique et le monde missionnaire car elle lie profondément l'Eglise, la Mission et son unité.
On traduit là, structurellement, ce lien étroit déjà affirmé théologiquement et qui s’exprime dans des slogans comme "Mission de l'Eglise, Eglise en Mission", "De partout vers partout" … On y proclamera le lien entre témoignage, unité et service du monde . En effet, à cette Assemblée, siègent des nouvelles Eglises d'Asie et d'Afrique fraîchement autonomes … sur le même pied d'égalité avec leurs Eglises "mères". Avec leur autonomie, c'est la fin des systèmes "Société des Missions" dirigeant tout d'occident. On développera dorénavant des relations de partenariat qui permettront à la fois d'assurer la continuité des œuvres missionnaires et de laisser chaque nouvelle Eglise à son autonomie. La Société des Mission Evangéliques de Paris deviendra la Cevaa, et la Société de Londres le "Concil for World Mission". Ce n'est pas l'idéal (le poids du passé compte !) mais cela traduit une volonté de communion, une conscience de l'Eglise universelle qui n'est pas modèle hiérarchique dirigé par l'occident, mais une communion ou communauté d'Eglises (Koinônia, le terme deviendra célèbre) qui vivent une unité réelle et la concrétise, la visibilise à travers des projets et des programmes missionnaires commun, mais qui articulent communion et autonomie.
On pouvait ainsi aller de conférence en conférence, d'assemblée en assemblée, et montrer le souci (parfois déformé, parfois contestable) d'accomplir la vocation de l'Eglise en travaillant à son unité par son témoignage.
On peut en dire autant du côté évangélique avec le Mouvement de Lausanne (1974. Il unit les évangéliques en vue de la Mission mais en opposition au mouvement œcuménique et sa lecture considérée comme très sociale et politique du salut en Jésus-Christ 9. Le mouvement de Lausanne est cependant étant lui-même œcuménique et lie l’action sociale et l’évangélisation : "Nous affirmons que Dieu veut que son Eglise soit de façon visible, une dans la Vérité. L'évangélisation de son côté nous exhorte à être unis car l'Unité renforce notre témoignage, tandis que nos divisions dévaluent l'Evangile de la réconciliation … Nous nous engageons à rechercher une unité plus profonde dans la vérité, l'adoration, la sainteté et la Mission" (§7). Ce mouvement est aujourd'hui en dialogue avec le COE.
VII. ET L'EGLISE CATHOLIQUE ?
Comment évolue-t-elle?
Il faut dire qu'à quelques individus près, l'Eglise catholique est un monde à part, étanche par rapport au protestantisme, à l'Anglicanisme et à l'orthodoxie.
A. Roux raconte la réflexion d'un catholique sur la Mission protestante et catholique : "Nous allions planter l'Eglise alors que vous alliez annoncer la Parole".
L'Eglise, dominée par le courant ultramontain, se voulait "Société de fidèles soumis à l'autorité hiérarchique" et l'on pouvait aller jusqu'à dire, tel ce jeune missionnaire des années 40 : "Nous cherchons à faire des catholiques, des chrétiens nous verrons après!".
Evidemment, ceci est caricatural et indique seulement des tendances. A l'inverse et tout aussi caricaturalement, alors qu'on rencontre en terres nouvelles partout une seule Eglise catholique, il y a une multitude d'Eglises protestante dispersées, voire divisées. Il était donc normal que la question œcuménique naisse d'abord en terres missionnaires protestantes.
Rappelons rapidement les structures missionnaires catholiques, non sans avoir rendu hommage à Bartholomé de las Casas (1474-1566), grand critique de la conquête espagnole et de la christianisation expéditive des Indiens qui écrivait en 1560 : "La conduite la plus sûre, la seule règle qu'il convienne à des chrétiens d'observer quand ils se trouvent sur des territoires païens, c'est de leur donner le bon exemple par des œuvres vertueuses en sorte que, selon les paroles de Notre Rédempteur, "voyant leurs œuvres, ils louent et glorifient notre Père" et qu'ils estiment qu'un Dieu qui a de tels adeptes ne peut être que bon et véritable".
1773 : Etienne Borgia (Secrétaire de la Sacra Congregatio de Propaganda Fide, S.C.P.F., créée en 1622) tirait la sonnette d'alarme en décrivant l'état lamentable des Missions. La Révolution n'arrangera rien.
1808 : Napoléon liquide les biens et pouvoirs de la S.C.P.F..
1809 Napoléon liquide les Missions étrangères à Paris . On touche le fond !
1815 : Rétablissement des Missions étrangères à Paris
1816 : Les Lazaristes et les Pères du St Esprit revoient le jour
1831 : Election de Grégoire XVI, ancien préfet de la S.C.P.F. Il sera le Grand pape missionnaire. Les instituts missionnaires dormants se réveillent. 5 instituts de plus sont créés ainsi que d'anciennes congrégations (Jésuites, Franciscains, Lazaristes …). Sur les territoires, des circonscriptions sont découpées, des vicaires apostoliques sont nommés.
1845 : Grégoire XVI adresse une instruction sur le clergé indigène (Nemineum Profecto). Elle est son Testament. Il y prévoit déjà des Eglises particulières autonomes, avec des évêques et un clergé autochtone.
1846 : Election de Pie IX. C'est la période des explorations. L'expansion catholique est importante. Des instituts et des congrégations se créent (Pères Blancs, Sœurs Blanches, sœurs de Notre-Dame des Apôtres, les Franciscains Missionaires de Marie …). Nous avons déjà évoqué un nom comme Lavigerie.
1869 : Concile Vatican I : Des vicaires apostoliques sont présents, venant des Indes, Siam, Tonkin, Chine, Japon, Californie, Mexique, Brésil, Pérou, Chili, Nouvelle-Grenade, Philippines, Australie. Il sont à majorité étrangers, membres d'instituts ou religieux.
Ce premier Concile est placé devant une "Mondialisation de l'Eglise catholique" dont on peut imaginer qu'elle ne sera pas un facteur négligeable dans le renforcement du pouvoir papal dans sa juridiction, par crainte d'éparpillement non seulement territorial mais aussi entre instituts qui se disputent les parts du gâteau missionnaire. On pousse pour établir au plus vite dans ces contrées des évêques qui ne dépendent pas des instituts religieux.
Ainsi, nous voyons que se posent des difficultés semblables ou plutôt symétriques aux protestants et aux Anglicans : à savoir l'équilibre de l'Unité de l'Eglise.
Pour les uns, à travers l'établissement d'Eglises particulières autour d'évêques liés à Rome ; pour les autres, en luttant contre la dispersion dénominationnelle et la direction parfois autoritaire des Sociétés de Missions occidentales.
Mais tout cela se vit de manière parallèle et sans lien les uns avec les autres.
L'Eglise catholique bloque les discussions entre Lord Halifax et Fernand Portal puisque les ordinations sont "Nulles et vides" selon Léon XIII (1895). Le dialogue reprendra malgré tout avec les conversations de Malines (1921/1925) auxquelles Benoît IV acquiesce pourvu qu’elles soient discrètes. Pie XI, ami du Cardinal Mercier, bénit l'entreprise et souhaite même que des monastères soient consacrés au travail pour l'unité. Mais …
1928 : Dans l’encyclique "Mortalium Animus", Rome condamne l'œcuménisme naissant. Pie XI déclarera que "L'Union des chrétiens ne peut être procurée autrement qu'en favorisant le retour des dissidents à la seule véritable Eglise du Christianisme qu'ils ont eu jadis le malheur d'abandonner". Si la déclaration est aussi radicale, c'est bien pour qu'en interne, les choses bougent.
Malgré les nombreux contacts, et des hommes aussi courageux que Congar ou Couturier, les choses resteront bloquées longtemps. Encore en 1954, l'Archevêque de Chicago interdit aux catholiques d'assister à l'Assemblée du COE. Mais des catholiques se réunissent non loin et l’on s'envoie discrètement des infos.
Entre temps, des oecuménistes catholiques, dont les futurs Cardinaux Béa et Villebrant, premier président du conseil pontifical pour la Promotion de l'unité, se réunissaient en conférence. Cette assemblée finit par prendre contact avec Rome pour présenter leur espoirs et conditions. La réaction fut enfin positive et Jean XXIII créa le secrétariat pour l’unité en 1960.
VIII- LE TOURNANT DE VATICAN II
En 1961, le Vatican envoie des observateurs à l’assemblée du COE et en 1962, le COE en délègue au Concile. Ils auront une influence certaine sur certaines décision, par exemple le décret sur l'œcuménisme adopté à 2137 voix pour et 11 contre, et qui sera applaudi, ou le décret sur l'Ecriture, ou encore le décret "Ad gentes" sur la Mission qui fait de toute l'Eglise et de tous les baptisés, des missionnaires. On peut citer son §5 :
"L'esprit œcuménique doit être nourri parmi les néophytes… Avant que le permettent les situations religieuses, une action œcuménique doit être menée de telle sorte que, étant bannie toute apparence d'indifférentisme, de confusionnisme et d'odieuse rivalité, les catholiques collaborent avec les frères séparés, selon les dispositions du décret sur l'œcuménisme, par une commune profession de foi en Dieu et en Jésus-Christ dont les nations, dans la mesure du possible, et pour une coopération dans les questions sociales et techniques, culturelles et religieuses".
On sait que les pontificats qui suivront, jusqu'à Jean-Paul II, seront de plus en plus missionnaires.
Si comme l’a regretté Vissert'Hooft, les décisions de 1870 (infaillibilité et juridiction universelle) - en fait le plus considérable de tous les obstacles - demeuraient inchangées, on peut dire que le Concile a changé l'Eglise catholique. De Societas Perfecta, un gouvernement avec son peuple, elle est devenue Eglise-communion, notion aux échos beaucoup plus bibliques. Le fort accent sur la Bible ajoutera sa touche.
Tout est alors changé pour l'œcuménisme. On resserre les collaborations catholiques/COE avec notamment le G.M.T. (Groupe Mixte de Travail) qui travaillera justement les questions missionnaires : Evangile et prosélytisme. La Commission "Foi et Constitution" continue ce dialogue sur le plan théologique. Il faut encore ajouter les nombreux dialogues théologiques bilatéraux qui ont tous abordé la question missionnaire dans leurs premières rencontres. Citons à titre d'exemple les dialogues ARM/Rome.
1970-77 : La présence du chrétien dans l'Eglise et dans le monde.
1984-90 : Vers une compréhension commune de l'Eglise.
1998 : Sur le témoignage commun : l'Eglise en tant que communauté de témoignage commun du royaume de Dieu10.
Certes, ces dialogues on été bousculés par la production de documents romains polémiques (les indulgences, Dominus Jesus) ou des événements non œcuméniques (le jubilé…). Cependant, à lire les textes, on mesure combien, en cent ans, l’Eglise catholique a bougé tant dans sa conception de la mission que dans l’intégration oecuménique11.
Des textes à la réalité peut s’installer une certaine distance, comme chez les protestants. Il y a aussi des temps d'avancée et des temps de recul, des temps d'audace et des temps de prudence. Les réalités historiques et sociologiques compliquent les choses. Mais la volonté est là.
IX. UN EXEMPLE CONCRET : LES CONSEILS CHRETIENS
Cette volonté s'est exprimée par exemple par la mise en place de Conseils chrétiens. Voilà une autre forme d'œcuménisme. Elle n'exprime ni ne permet une pleine communion mais a le mérite de travailler à la fois à l'œcuménisme et à la Mission des Eglises.
En Europe ou aux USA, ces conseils rassemblent souvent les 4 grandes confessions en vue d'un témoignage commun (parole et actions communes) au sein de la société.
Dans notre pays, modestement, le Conseil d’Eglise chrétienne en France (CECEF) est un lieu d'échange moins théologique que pragmatique, où se vérifie des collaborations et les limites de celles-ci : on y mesure combien nos réflexes face la société sont différents sur le plan éthique par exemple. Ce sont des lieux de frottements institutionnels aussi : ainsi la question du clonage, de la bioéthique, du droit d'asile, d'interventions auprès des gouvernements, ou de stimulations d'actions telles que la Semaine de la Bible. On voit là que lorsque "Unité et Mission" sont en jeu, il est difficile de se défaire de nos lourdeurs, le poids sociologique de chacun compte, peut-être parce l'urgence ne nous apparaît pas aussi nette qu'ailleurs.
Ailleurs, justement (Afrique, Madagascar par exemple), les Eglises ont à faire à des détresses immenses ou à des situations très délicates. Citons le rôle du Conseil des Eglises à Madagascar et le rôle qu'il a joué dans la formation citoyenne.
"Quand on sait la dureté des conflits protestants / catholiques pendant la période coloniale, on peut se demander si les plus beaux fruits de l'œcuménisme ne poussent pas là, précisément, où le service des plus démunis rend la communion des chrétiens plus urgente que la défense de territoires réels ou imaginaires » écrit le professeur JF Zorn. .
On peut peut-être moduler cela complètement lorsqu'on voit les difficultés d'une collaboration des Eglises à l'Est de l'Europe. Dans notre Europe, où la Mission est aussi une réalité, la Charte Œcuménique Européenne est un pas non négligeable. Celle-ci, signée en avril 2001, rassemble les Eglises de la grande Europe dans leur impossible diversité. Elle est comme un code de déontologie et de témoignage pour les Eglises dans la construction de l'Europe, un texte humble qui pose quelques principes. Elle avait été demandée par les délégués des Eglises au rassemblement européen préoccupés par la question du prosélytisme occidental (catholique et protestant) dans les pays dit « orthodoxes ».
CONCLUSION
1. – Tout ce parcours diachronique tend à montrer qu'on arrive aujourd'hui à une compréhension commune de l'universalité de l'Eglise qui unit face à la question de la Mission.
Une Eglise catholique a bougé d'une compréhension exclusivement juridique, hiérarchique et autoritaire, vers une Eglise de communion qui laisse place aux Eglises particulières dans leur spécificité, leur diversité et leur responsabilité propre dans la Mission … même s'il reste de fortes velléités autoritaristes.
Des Eglises protestantes et Anglicanes ont quitté la tendance au morcellement et à l'éparpillement, ainsi que la maîtrise occidentale des autres Eglises pour aller vers une Communauté d'Eglises en communion et une certaine structuration de cette communion qui ne nie pas les diversités, … même s'il reste des velléités d'éparpillement
Ainsi venant de points opposés, on peut constater un certain mouvement de convergence théologique et éthique entre catholiques et protestants… même si le chemin n'est pas terminé.
Ce mot « convergence » prend ses racines et ses stimulations dans l'élan missionnaire et la conscience du mandat missionnaire d'abord, dans le développement et la maturation des Eglises issues de la Mission ensuite. Ces Eglises arrivées à maturité ont revendiqué leur place dans l'Eglise universelle et ont ainsi forcé la compréhension d'une Eglise à communion universelle.
2. – Mais il reste que le chemin est encore long. Les facteur non théologiques en particulier, les habitudes et les réflexes de pouvoir, jouent un grand rôle, autant que les esprits conservateurs. Les théologies différentes qui se sont développées de manière cloisonnées ont généré des "cultures d'Eglises" et des réflexes différents qui parasitent nos avancées. Ainsi, la question du prosélytisme est revenu à l'ordre du jour de manière inattendue entre catholiques et orthodoxes, entre protestants et orthodoxes dans les pays de l'Est.
Pourtant, cette question est à l'ordre du jour de nombreuses conférences missionnaires depuis New Delhi (1971), puis du rapport mixte catholique/COE de 1970 qui définit le prosélytisme, jusqu'à la charte oecuménique européenne.
Les derniers événements en Russie (transformation en diocèses des administrations catholiques en Russie) ou les polémiques autour des re-baptêmes chez nous, montrent que la question est encore à vif et que derrière cette question se cache notre compréhension de la nature de l'Eglise, de la nature du chrétien en tant que personne, et du lien entre les deux.
Le problème n'est d'ailleurs plus seulement en Afrique, en Inde ou en Océanie. Ces questions touchent tout autant nos Eglises occidentales en société sécularisée.
Il y a encore du travail pour dépasser tout cela.
Quels hommes ou femmes, de la trempe de ces missionnaires, se lèveront pour nous bousculer à l'unité et à la Mission ?
3. En conclusion, retournons à la Bible .
Il serait intéressant de reprendre comment le livre des Actes articule trois lignes directives pour l'Eglise : Unité, (qui dénoue ses crises par un débat de type conciliaire sans concession des deux clans), diversité, proclamation". Avec un moteur : l'Esprit.
L'affaire est décrite avec sérénité dans le chapitre 15 du livre des Actes, écrit bien après l’événement, mais plus vivement par Paul dans sa lettre aux Galates, visiblement plus proche de l’événement. Mais Paul évoluera. Plus tard, il reconnaîtra et relativisera les différences, puisque tout est donné au chrétien : elles ont leur place dans un principe unificateur (l'Esprit) : l'Unité dans la diversité est née (1 Cor. 12; Eph. 2.21) avec la reconnaissance mutuelle qui va avec.
Ce chemin de reconnaissance, nous avons à le re-parcourir sans cesse. Et notre volonté sera d'autant plus forte que nous aurons conscience de la mission qui est confiée à toute l'Eglise comme à chacun des chrétiens.
11774 : John Wesley dénonce l'esclavage. Il est le premier après les Quakers - le Mouvement anti-esclavagiste va alors s'organiser…
2 association créée en 1876 à la suite d'une conférence convoquée par Léopold II de Belgique pour coordonner les efforts d'exploitation et lutter contre la traite
31761-1834, Pasteur baptiste, instituteur et cordonnier
4reprenant l’expression d’Oberlin (1740-1806), apôtre alsacien de l’éducation.
5 Voir le livre de Vissert'Hooft "Pionnier de l'œcuménisme Genève. Rome" présenté par J. Maury (Cerf., 2002)
6 Fédération Universelle des Association chrétiennes d’Etudiants
7 Union Chrétiennes de Jeunes gens.
8Il faudra attendre 1971 pour que le Conseil Mondial de l'Education Chrétienne (CMEC) et l'Assemblée mondiale des Ecoles du Dimanche entrent aussi dans le COE.
9théologie de la Libération, lutte contre les oppressions, prise en compte de tout l'Homme parce que notre proclamation n'est pas reçue si l'on ne lutte pas en même temps pour la justice sociale et pour la Paix. L’assemblée de Bangkok, 1973, est assez représentative de ce courant
10Ce thème du royaume, avec son lien très fort entre évangélisation, lutte sociale et éducation, touche les Eglises Réformées dont les 2/3 sont hors Europe. Le débat est aujourd’hui sur l’articulation entre mission et ecclésiologie. Pour les réformés, la mission est urgente, l’ecclésiologie est seconde. Pour les catholiques, cette dissociation ne va pas de soi car l’Eglise est « sacrement du salut ».
11Il suffit de lire le rapport Dagens (devenu lettre au catholiques de France) ou quelques paragraphes du Catéchisme catholique (§ 271, 328, 329, 332)