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Les Jeunes

et

l’Oecuménisme de Grand Papa

 

Mais qui sont les jeunes ? Y’a-t-il un œcuménisme spécifiquement « jeune » ? Parlons plutôt d’un œcuménisme « nouvelle génération ». En quoi se différencie-t-il de l’œcuménisme de grand papa ? J’en perçois les caractéristiques suivantes :

 

Ni confusion ni repli identitaire… se former à discerner.
La pluralisation de notre société, les migrations… nous sommes inévitablement confronté à d’autres cultures et religions. Dans le quartier, par les média ou les voyages, on n’a pas de peine à rencontrer l’autre.
Mais la proximité des autres déstabilise, brouille les repères culturels et religieux, génère des réflexes de défense…agressivité garantie.
Ou bien, au contraire (générosité politiquement correcte), on nie les différences, comme si elles n’existaient pas, on relativise tout jusqu’au jour où… « ça explose » : on ne sait plus qui l’on est, c’est le chaos… agressivité encore garantie.
Une seule solution : mettre des mots sur les maux et sur les peurs, expliciter les différences, vérifier lesquelles sont réelles, lesquelles sont fantasmées… bref il faut se parler, parfois à l’aide de médiateurs, de traducteurs, de gens qui font le pont. Ils aident à trouver des mots justes pour dire ensemble ce qui nous sépare et ce qui nous rassemble, ce qui nous sépare légitimement et ce qui sépare faussement, ce qui nous unit réellement et ce qui nous rassemble faussement. Pas seulement à titre individuel mais aussi au plan ecclésial.
Cela, c’est l’objectif d’une session comme la session œcuménique de jeunes (tranche étudiante) qui se tient tous les ans à Nîmes. Une semaine de confrontation, d’apprentissage de l’autre dans son expression de foi et de prière, son histoire, la culture de son clan ecclésial… Une semaine en communauté dont on ne sort pas indemne.
Tout lieu de formation et de confrontation, dégageant des préjugés sur l’autre, est une excellente école d’apprentissage de l’altérité bien au-delà des questions religieuses !

 

La Bible, lieu de dialogue et de témoignage
Se parler d’accord. Mais sur quelle base, quel fondement ? Avec quels repères et dans quel langage ?
Il est des textes qui ne souffrent pas le débat, demandent obéissance, rendent esclave le lecteur, génère des dictatures. La Bible n’est pas de ceux là.
Il en est d’autres sans consistance ou tellement elliptiques qu’ils n’apportent que ce que la subjectivité du lecteur y projette. La Bible n’est pas de ceux là.
Plus qu’un enseignement autoritaire, le livre autour duquel les chrétiens se rassemblent témoigne d’une pluralité d’hommes, de femmes et de communautés en dialogue et en chemin. Le texte, qui est toujours autre que vos attentes, vous déroute, vous résiste, vous provoque à la parole, vous met en marche, vous apprend à vous situer devant Dieu, avec d’autres et devant d’autres, si proches et pourtant si différents.
Echo de ce Dieu un et trois à la fois, cette « diversité fondatrice » qu’est la Bible offre un espace de rencontre, et pas seulement entre chrétiens !
Ainsi, les formations bibliques transcendent les frontières. L’année de la Bible en témoignent. L’œcuménisme biblique est une réalité.

 

De l’expérience intime…
L’instantané et le consumérisme, le superflu et le superficiel, ou l’abrutissement du travail, créent un immense vide intérieur.
C’est la fuite en avant : toujours plus de travail, de fêtes et de rêves, de masques et d’images, à consommer goulûment… on passe à côté du monde.
Ou bien, se questionnant sur le sens de la vie, c’est le refus de l’éclatement, la quête obsédante d’un paradis perdu, à la recherche de ce qui unifie l’être jusqu’à atteindre l’heureuse sérénité : expérience exotico-spirituelles, mystico-culturelles… on passe encore à côté du monde.
Il faut une rencontre « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes » mais qui nous sorte de l’obsession ou de la fuite de soi. Qui, en même temps, touche aux profondeurs de l’être, sans nous y réduire, et ouvre à l’inédit. Qui inscrive l’altérité au fond de nous-mêmes. Elle y pose une guérison de l’esprit, une libération intérieure, un amour de soi qui est ouverture à l’autre… c’est la rencontre personnelle de Jésus Christ. L’œcuménisme s’enracine là, entre mémoire et recommencement, dans la rencontre libératrice de Dieu qui nous envoie vers l’autre. Les communautés de prière en témoignent.

 

… à une juste universalité.
La mondialisation va croissant, elle franchit un palier de plus. Personne ne peut l’ignorer, on en parle, on la craint ou/et on en vit. D’autres en sont exclus ou se voient imposer par la force les choix de quelques uns.
Elle génère des replis communautaristes crispés sur leurs acquis socio-économiques, culturels ou religieux.
Elle génère aussi des « sans enracinement fixe » à la mémoire brisée, soit parce que séduites par la « world company culture », soit parce que jetées sur les routes du monde pour cause de guerre, de pauvreté, de dictats économiques ou politiques…
Les routes du monde et nos rues sont remplies de ces chrétiens (et pas uniquement) déracinés, perdant leur mémoire et leurs repères.
Jésus rencontré dans l’intimité de la prière, est aussi le Christ bénissant ouvrant ses bras sur le monde en témoin du Dieu créateur et sauveur. A sa rencontre, à la rencontre du règne de Dieu et sa justice, le chrétien rencontre le monde.
Une communauté comme Taizé brassant des milliers de jeunes et des dizaines de nationalités, participe au renouvellement de cette conscience universelle aux accents de justice et de paix, qui n’est pas sans rejoindre d’autres élans humanitaires.
L’œcuménisme vit à cette échelle, dans ses réseaux (par exemple Church and Peace) et ses institutions (Conseil mondial des Eglises, conférence européenne des Eglises, Conseil œcuménique des jeunes). Tous ont leurs pré-assemblées réservées aux jeunes, ainsi le Conseil œcuménique des Eglises à Porto-Alegre, février 2006.

 

Apprendre les solidarités ecclésiales
Une société à l’individualisme outrancier (et son primat du plaisir ou de l’intérêt personnel) conduit soit à l’atomisation de la vie sociale et ses dramatiques solitudes, soit par réaction, à la recherche de fusion communautaire et sa dictature du groupe au goût sectaire.
La démarche œcuménique, me semble-t-il, développe la conscience spirituelle de faire partie d’un corps, peuple solidaire des appelés-envoyés, l’Eglise de Jésus Christ qui prend forme en des familles ecclésiales elles-mêmes solidaires.
L’individu est mis en relation, apprend la solidarité, assume la pluralité. La confrontation œcuménique offre ainsi à l’individu le visage immédiat d’une Eglise une et plurielle, ainsi que l’expérience concrète d’une vie sociale diversifiée.
Une école que les groupes de catéchèse, d’ados ou d’étudiants, pourraient valoriser.

 

Œcuménisme à contre courant.
Cet œcuménisme là est exigeant et subversif.
Exigeant parce qu’il ne se contente pas (plus) de générosité et d’ouverture, fussent-elle théologiques.
Exigeant parce qu’il provoque à une confession renouvelée et non exclusive du Christ dans un monde confus et agressif.
Exigeant parce qu’il contraint l’individu à exercer sa liberté, à se situer face à lui-même, face à Dieu et dans sa vie sociale.
Subversif parce qu’il prend le monde à contre courant dans ses valeurs.
Subversif parce qu’il crée une conscience qui ne se laisse pas endormir par les discours magistériels ni enfermer dans des influences groupales.
Subversif parce qu’il force les Eglises à sortir d’elles-mêmes, à prendre le risque d’une parole et d’une existence ecclésiales neuves marquées par la proximité et par le respect de la radicale différence de l’autre.
C’est pour cela qu’il génère tant de résistances.
Mais est-il vraiment nouveau cet œcuménisme là ? Je ne sais. Admettons que non.
Alors reste une question : les nouvelles générations, avec la force de l’Esprit, seront-elle moins embarrassées que grand papa ?

 

(Gill DAUDE )

mise à jour : juillet 2005