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Le Pape, homme de contraste

On a déjà tout dit sur le Jean Paul II, cet homme exceptionnel dont la fragilité étalée paralyse la critique ; sur ce témoin hors du commun d’un catholicisme à la fois en recherche de dialogue et d’affirmation de soi ; sur ce prophète-globe-trotter qui tente de porter une voix chrétienne de part un monde (et une une Eglise) en pleine recomposition religieuse, géographique, socio-économique ; sur ce politique génial qui a joué de son aura pour peser sur le monde…

 

Les contestataires, qui doivent exister pourtant, semblent avoir une extinction de voix.

Les anticléricaux, au discours convenus, sont noyés dans le tout.

 

Il existe aussi un discours protestant convenu, histoire de minoritaires oblige : on n’aime pas « par principe » le pape et la puissance vaticane, on critique jalousement son audience médiatique, on ironise sur ses discours et sa cour, on relève ses côtés sectaires et conservateurs. Quelques théologiens et œcuménistes distingués tentent de prendre de la distance, et les conjoints ou amis de catholiques émerveillés ou affligés, s’abstiennent gentiment.

 

Discours convenu protestant d’un côté, consensus médiatico-affectivo-catholique de l’autre : hors du consensus général, peu de chance d’être reçu et compris. Parce qu’on ne tire pas sur l’ambulance.

 

Il faudra attendre que le temps s’écoule, que les émotions s’apaisent, pour faire la part des choses. L’heure n’est pas au bilan.

 

Continuons à travailler dans l’ombre et à prier, loin du fracas des images et de la frénésie du « tiendra-t-il ou tiendra-t-il pas ? ».

 

La théologie comme la prière pour l’unité sont avant tout recherche sans concession de la vérité évangélique dans l’amour fraternel. Elles ont besoin de calme. Il faut la paix pour que nos Eglises sortent du dilemme qui consiste à encourager l’œcuménisme tout en se fermant aux conséquences surprenantes qui en découlent. La confession de foi de l’Eglise une de Jésus Christ, son témoignage et son service, universel comme local, ne se discernent pas au hasard des effets d’annonces ou d’images, fussent-elles données par le Vatican et reprises goulûment par des foules versatiles.

 

Quant au Pape, avec tout le respect que je lui dois (et que j’ai eu le privilège de lui signifier, voilà pour ma gloriole !), j’en dirais ceci :

 

Lui qui porte le beau nom de Jean, il m’apparaît comme un prieur visionnaire et un amoureux (trop) débordant de Marie (Jean, voici ta Mère… Jean 19/27).

 

Lui qui porte le beau nom de Paul, je le vois comme ce pécheur justifié par grâce au moyen de la foi, se disant « le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais » (Romains 7/19).

 

Lui à qui les catholiques donne le titre de successeur de Pierre, je le vois comme Pierre, homme de contraste dans sa personne et sa fonction à qui Jésus dit tantôt « Sur ce roc de ta confession, je bâtirai mon Eglise » (Mt 16/18) , tantôt « retire toi de moi Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu » (Mt 16/23), tantôt « affermi tes frères quand tu seras revenu de ton reniement » (Lc 22/32) et « quand tu seras vieux, un autre t’attachera ta ceinture et te mènera où tu ne veux pas aller » (Jn 21).

 

Dirigeant d’Eglise et homme de contraste, dans ses convictions et ses actions, Jean Paul II n’échappe pas à l’ambiguïté de la nature du chrétien « toujours juste et toujours pécheur ». C’est comme cela que je le respecte.

 

(Gill DAUDE – 18.10.2003).