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Assemblée de Lourdes, cru 2003

Des évêques qui se forment… et se questionnent.

BIP - Novembre 2003

 

Une Eglise en pleine laïcité

 

René Rémond pour l’histoire et la commission Stasi, Guy Coq pour la philosophie et la pédagogie, le Cardinal Tauran pour droit international et la diplomatie vaticane, Jean-Paul Durand pour le juridique, Joseph Doré pour les fondements théologiques, tous complétés de documents analytiques, d’un compendium des textes légaux sur les relations Eglises-Etat et d’un numéro spécial d’« épiscopat » où écrivent sociologues, philosophes, juristes, théologiens et ministre de la république1, sans compter les mini conférences-témoignages de divers évêques… on peut dire qu’aucun aspect des liens Eglise/Société n’aura échappé aux évêques. Pour leur bien ! Cette Eglise, si l’on en doutait, est sortie de la nostalgie et ceux qui ressassent (il y en a encore !) sont minoritaires. Ils auront beaucoup appris (certains l’avouent) et en tout cas, ne pourront plus passer à côté de la complexité du problème de la laïcité en France, largement médiatiquement captée et bien trop réduite à la question des signes religieux à l’école.

 

Une Eglise plus spirituelle

 

Après le dossier catéchèse, les évêques poursuivent ainsi la ligne de leur Lettre aux catholiques de France. Elle sert de base à une nouvelle manière d’être dans la société française : une Eglise servante d’humanité et une Eglise-sacrement, apportant dans la vie des humains le « mystère pascal » pour en vivre.

 

Bref, une Eglise plus spirituelle et plus humaine dans son auto-compréhension et dans sa mission. Finis les discours autoritaires et prétentieux, même si l’image colle encore à la peau, renforcée qu’elle est par le penchant majoritaire à se croire tout seul… et par une structure qui s’y prête.

 

Une Eglise plus collégiale

 

Justement, les structures sont en pleine rénovation. Déjà le découpage en provinces (et non plus en régions) facilite les collaborations épiscopales de proximité.

 

Mais le dossier est plus vaste. Il est glissant, les rapporteurs y vont avec prudence : regroupement des forces, travail par départements, souci de simplification et d’économie, de souplesse et de lisibilité contemporaine.

 

Mais surtout, entraînement plus collégial pour des évêques maître à bord dans leur diocèse (après Dieu… et après Rome). Entre le poids romain et les réalités complexes du terrain, ils se sentent parfois bien seuls et coupés les uns des autres pour exercer leur ministère pastoral.

 

Il s’agit de renforcer le travail en équipe, donc le débat (le protestant le trouve encore très soft !) et de développer sans esquive le dialogue sur les questions pastorales cruciales (ne serait-ce que la chute des vocations et les nouvelles formes d’Eglise à inventer).

Le protestant irait naturellement plus loin : pourquoi pas plus de synodalité ? Elle atténuerait la cloison entre le corps épiscopal ou pastoral (plus collégial donc plus fort) et le reste du peuple de l’Eglise.

 

« Un, tous, quelques uns », tel est l’équilibre préconisé par les dialogues œcuméniques sur les ministères : symétriquement aux protestants, pas de problème pour le premier terme ; pour le troisième, les évêques y travaillent ; mais pour le second, il faut encore attendre, semble-t-il.

 

Une Eglise plus missionnaire

 

Tout cela en vue d’une meilleure adaptabilité à la mission de l’Eglise dans le monde contemporain. Le travail sur « l’Eglise catholique dans la France d’aujourd’hui » en était un volet. Un autre était la réflexion sur la Mission (à partir d’un rapport d’étape de la Mission de France constituée depuis peu en communauté prêtres-laïcs). On y retrouve les mêmes débats que dans toutes les Eglises entre présence implicite et évangélisation explicite, selon les contextes et les théologies .

 

On traverse les mêmes difficultés avec les communautés nouvelles au kérygme radical et sans complexe, les mêmes questions avec les anciennes missions en déficit de vocations travaillant tel le levain par enfouissement dans la pâte humaine.

 

On ressent les mêmes incapacités d’Eglises historiques : handicapées pour investir bien des lieux de mission (universitaires, artistique, médiatique, banlieues, scientifiques, hôteliers… ), elles envient un peu « l’art de certaines communautés ecclésiales d’enfanter à la foi malgré leur déficit ecclésial ».

 

Plus fondamentalement encore est posée à nouveaux frais notre compréhension de l’articulation entre incarnation et rédemption dans un nouveau contexte missionnaire.

Le débat est loin d’être clos (le peut-il ?) et le ministère du prêtre qui lui est directement lié, en souffre au premier chef. On se pose la question « quel prêtre pour quelle mission ? » comme d’autres Eglises se demandent « quel ministère pastoral pour demain ? ».

 

Une Eglise oecuménique

 

Sans doute le questionnement interne ne favorise pas naturellement l’ouverture à l’autre, surtout lorsque l’autre est démographiquement presque invisible.

 

Il n’empêche, les représentants protestants, anglicans et orthodoxes (dont le président de l’assemblée des évêques orthodoxes et le président de la FPF) participent aux assemblées ouvertes avec les secrétaires nationaux et supérieurs majeurs des communautés (la seconde partie de la semaine, plus décisionnaire, est réservée aux huis clos).

 

Cela reste une occasion privilégiée (et fort conviviale !) de se mettre à l’écoute, de partager bien des dilemmes pastoraux, de clarifier quelques questions, de mesurer la réalité œcuménique épiscopale (dans les principes et les actions), de proposer de nouvelles collaborations, et de nourrir notre intercession pour cette « Eglise sœur ».

Sans doute l’œcuménisme commence là, par porter les fardeaux les uns des autres.

 

(Gill Daudé).

1 disponible au secrétariat de la conférence épiscopale