logo Protestants.orgFédération protestante de France
Service Oecuménique
Accueil > Services > Service oecuménique

Diversité en communion
 puce « L’œcuménisme à la FPF» 
 puce Revue Unité des Chrétiens
 puce La charte oecuménique européenne

Orthodoxes-protestants français

Vif débat et grande fraternité

13 novembre : c’est le rendez-vous annuel.

 

Une délégation représentative de théologiens orthodoxes rencontre une délégation de théologiens protestants, chacune avec sa diversité. Sous la présidence du Président de la FPF et du Président de l’Assemblée des Evêques orthodoxes de France.

 

Cette année, à l’ordre du jour, l’étude de deux documents conciliaires de l’Eglise orthodoxe russe parus en 2000. L’un sur « les Principes fondamentaux régissant les relations de l’Eglise orthodoxe russe avec l’hétérodoxie », l’autre sur « Les bases de laconception sociale de l’Eglise orthodoxe russe ».

 

Deux textes aux formulations radicales qui font « bondir » les protestants… mais aussi les orthodoxes de la diaspora, tout au moins lorsqu’on en fait une lecture « fondamentaliste » sans tenir compte du contexte fort complexe (au plan politique mais aussi au plan interne) dans lequel se trouve aujourd’hui l’Orthodoxie Russe.

 

Nous apprenons donc à lire entre les lignes. Nous comprenons mieux comment un texte sur les relations œcuméniques, au premier abord exclusif, « sauve » finalement l’engagement œcuménique orthodoxe russe international.

 

Nous comprenons mieux comment l’Eglise russe cherche à se situer entre un sécularisme montant de la société (mais pas encore reconnu et assumé) et des tentations violemment rétrogrades ou identitaires (très populaires) auxquelles elle tente de résister. La tache des évêques est rude.

 

Au fil du dialogue, nos visions de l’unité se précisent. Tous s’accordent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une reconnaissance statique des diverses branches du christianisme. Toutes les Eglises, orthodoxes comme protestantes, sont appelées à se convertir (métanoia) à la vérité du Christ (orthodoxie) et à en témoigner (« protester »). En ce sens l’œcuménisme est un mouvement.

 

De fortes interpellations demeurent cependant.

 

Par exemple sur notre manière de comprendre l’hérésie ou sur le lien entre formulation des dogmes et vécu de la foi : la question est le contenu de la foi... Je ne connais pas assez le protestantisme pour être sûr que nous confessons le même Christ manifestant la Trinité…  Les opinions très diverses des protestants me gênent… Jésus est vérité mais il est aussi chemin et vie ; il n’y a pas que la dogmatique !…Il faut aller au-delà des mots car le langage peut occulter la foi

 

Ou bien sur la compréhension de l’Eglise : L’Eglise du Christ n’est pas une institution mais une vie nouvelle… personne ne peut en dire les limites... Le Père envoie le Fils pour le monde ; l’humanité entière est corps du Christ… Nous sommes tous de l’Eglise de Jésus Christ qui remonte à Pentecôte ; il n’y a pas d’Eglise plus ancienne que d’autres… Comme orthodoxe, je me sens chez moi chez les luthériens scandinaves… C’est le mot « expérience » qui rend mieux compte du vécu orthodoxe de l’Eglise

 

Cette rencontre annuelle est aussi l’occasion d’échange divers, en particulier autour de notre participation commune à la Conférence des Eglises Européennes et au Conseil Oecuménique des Eglises.

 

Dans ces deux organismes, les relations entre nos deux familles confessionnelles sont différentes : plus sereines à la KEK, plus débattues au COE. Cela vient sans doute de l’histoire de ces deux institutions et de leur vocation qui se recompose : la KEK tente aujourd’hui favoriser un dialogue théologique européen (par exemple entre la Communion de Leuenberg et l’Orthodoxie), alors que le COE, sur l’impulsion orthodoxe, se questionne davantage sur le statut de membre (et les conditions d’entrée), sur la cohabitation des Eglises et leur mode de décision commun, ainsi que sur sa dimension ecclésiale. Un ensemble de sujets qui pourrait être repris l’an prochain dans notre rencontre annuelle.

Il y a encore bien des clarifications à apporter entre nous, bien des sujets théologiques à étudier malgré plus de 20 ans de dialogues, comme en témoigne le fascicule qui devrait être éditer.

 

Sans doute une nouvelle génération est-elle à mobiliser aussi. Mais laissons la conclusion à notre doyenne. La célèbre théologienne Elisabeth Behr Sigel nous encourage à vivre la foi dans et au-delà de la théologie, comme une ortho-doxologie : « La théologie, c’est l’Eucharistie de l’intelligence ».

 

(GD, novembre 2003).