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Diversité en communion |
Fondacio est communauté nouvelle composée de laïcs, catholique à vocation œcuménique, aujourd’hui installée dans plus de 20 pays.
Sa vocation est de susciter et soutenir des projets sociaux, de formation humaine et spirituelle en particulier auprès des jeunes.
Chaque pays possède sa structure nationale dont la couleur confessionnelle est celle de la dénomination principale du pays. Catholique en France (mais des protestants en font partie), orthodoxe en Roumanie (mais des catholiques et des protestants en font partie).
Nous accompagnons les responsables internationaux en Transylvanie Roumaine pour rencontrer les Eglises et une communauté de jeunes, tous orthodoxes et œcuméniques, portant en eux des projets pour leur pays et leur Eglise, et pour l’Europe à laquelle ils tiennent.
Lucidité et espoir
Ils s’appellent Cosmin, Joana, Alexandra, Alin, Daniela, Andrea, Oana… ils sont déjà professionnels ou terminent leur études européennes, de médecine ou d’économie, de psychologie ou de sciences sociale, de théologie ou de comptabilité. Ils sont de cette génération qui a connu l’ancien régime et le nouveau, ils possèdent une conscience aiguë des besoins spirituels, socio-politiques et économiques de leurs pays. Ils s’engagent et veulent faire bouger les choses. Ils font pour cela des stages à l’étranger, en France, au Chili ou ailleurs, dans des structures universitaires ou sociales (à la Catho d’Angers notamment).
Ils souffrent de voir la génération qui les précède « cassée de l’intérieur » sans ressort pour prendre des initiatives innovantes. Ils craignent de voir la génération suivante s’engouffrer sans discernement dans un matérialisme consumériste outrancier tout aussi passif.
Mais ils ont l’espoir chevillé au corps : le pays est un bon élève des candidats à l’Europe (5% de croissance en un an) ; partout des efforts de rénovations ; des dizaines d’Eglises se construisent, toujours pleines ; les monastères poussent comme des champignons et accueillent des dizaines de milliers de pèlerins, « ici, il n’y a pas d’athées ! »…
Action !
Ces jeunes liés à Fondacio depuis un premier camp Belgio-roumain en 1993, se battent sur trois fronts au moins : la formation humaine de leurs congénères, un ancrage spirituel, et une action sociale.
Les voilà engagés auprès du centre de placement d’Orlat, un orphelinat de plus de 100 filles qui souffre de l’image négative que les média occidentaux ont véhiculée et accentuée. Ils y apportent animation, affection et relation.
Puis, pour aller plus loin, trois jeunes femmes montent une structure familiale d’accueil, avec 6 adolescentes, pour les préparer à affronter l’entrée dans la majorité et la prise de responsabilité dans une société affaiblie et en proie à toutes sortes de maux.
D’autres projets du même type sont en cours, des lieux de parole pour les ados par exemple, génération clé dont il faut inventer la formation.
Parallèlement, ils organisent un forum de jeunes. Une nouveauté dans l’Orthodoxie Roumaine qui, par nature, demande plutôt aux nouvelles générations de se couler dans le moule séculaire du rituel collectif ordonné par un clergé. Mais l’évêque accepte, comme en Moldavie avec d’autres jeunes, ans d’autres cadres. Leur projet passera au Saint Synode (ou les laïcs sont majoritaires), l’université orthodoxe de Sibiu les soutient, les luthériens et réformés les suivent.
Les voilà donc mal installés au cœur des carpates, dans le monastère de Sambata en plein travaux. Depuis 10 ans, ce monastère, accueille 20 000 pèlerins/an, il reçoit aussi les dialogues réformés/orthodoxes internationaux.
Les jeunes sont 80 pour 8 jours de détente, de sensibilisation et de réflexion sur l’espérance dans un pays en reconstruction, dans une Europe à laquelle ils veulent apporter leur spécificité et de laquelle ils demandent en retour le respect de leur identité.
Ils accueillent ainsi volontiers des allemands et un Italien, des orthodoxes, catholiques et protestants. « A quand les premiers français ? Nous sommes prêts à les accueillir ! ».
Minorités et prosélytisme
Malgré la bonne entente religieuse et une réelle volonté œcuménique, on perçoit la difficulté d’articuler de manière sereine majorité et minorités. Les minorités, même les mieux intégrées, mesurent la distance entre les intentions œcuméniques de la majorité orthodoxe et les faits…
C’est que l’histoire roumaine (finalement relativement récente) offre une complexité sans fin. La Transylvanie par exemple, a tout à tour été sous domination orthodoxe, ottomane, protestante, catholique. Subsistent de fortes minorités bien intégrées. Ainsi, le maire de Sibiu est-il un luthérien allemand.
Mais que dire de la minorité Tzigane dont certains ne sont pas loin de penser « qu’il n’y a rien à faire ».
Et que faire de ces minorités néo-protestantes regardées avec suspicion, facilement soupçonnées de prosélytisme, et amalgamées : Baptistes = Pentecôtistes = Témoins de Jéhova = Mormons !
Pas plus sereins que chez nous les passages existent d’une confession à l’autre. Et dans tous les sens, tel ce missionnaire baptiste américain devenu prêtre orthodoxe roumain !
L’Eglise ébranlée
La construction d’une nouvelle société roumaine, la confrontation à l’occident, les voyages des nouvelles générations bousculent plus que chez nous les frontières ethniques et religieuses ancestrales. Ils ajoutent (et ajouteront) de plus en plus de pluralité à la société roumaine et à l’Eglise.
L’orthodoxie plus habituée à gérer le collectif dans sa globalité, doit davantage prendre en compte les parcours individuels. L’unité interne de chaque confession est elle-même ébranlée : faut-il plus souvent l’eucharistie à la manière des catholiques ? Comment accompagner des mouvements spirituels particuliers naissant au sein même de l’orthodoxie ? Que faire de ces jeunes qui respectent pourtant profondément leurs racines spirituelles mais provoquent la vieille Eglise à des innovations plus rapides, à des soutiens plus francs dans les secteurs sociaux, à une réflexion théologique en meilleure corrélation avec la société moderne ?
Quel avenir religieux pour ces jeunes ?
L’occidental va plus loin et s’interroge : quel sera l’impact de la sécularisation (sœur du consumérisme envahissant) sur ces Eglises et cette religiosité aujourd’hui florissantes ?
Mais nous ne sommes plus tout à fait en occident. La logique est autre. La religion a ici résisté plus qu’ailleurs à des décennies d’athéisme dur. Qui peut dire ce qu’il en sera ?
Comme pour les questions politiques, il nous faut sans doute résister à la tentation de projeter nos critères d’occidentaux de l’Ouest et apprendre à vivre avec d’autres modes de penser et de croire.
Ces visages volontaires, accueillants et pleins d’un humour distancé sur leur histoire, nous ont montré des responsables Roumains qui se bougent, une génération qui se bat parfois avec l’Eglise et les responsables politiques, parfois malgré leur inertie : « S’il vous plaît, cessez de véhiculer une image négative de la Roumanie, elle ne correspond pas à la juste réalité ».
Pr Gill DAUDE
Service œcuménique
FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE