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Diversité en communion
 puce « L’œcuménisme à la FPF» 
 puce Revue Unité des Chrétiens
 puce La charte oecuménique européenne

L’œcuménisme a bien changé… nous aussi !

 

Fini l’âge d’or de l’œcuménisme, ce temps pas si éloigné où quelques grands gestes symboliques faisaient tomber des montagnes de préjugés, où prêtres et pasteurs, dans une adolescente liberté, célébraient d’ostentatoires intercommunions devant des yeux ébahis.

On parle aujourd’hui de période glaciaire : restrictions sur l’hospitalité eucharistique, divergences éthiques agressivement affichées, concurrences dans l’espace public, indifférences réciproques dans nos décisions, les uns trouvant que « les autres exagèrent »… car il est plus facile de voir la paille dans l’œil du voisin…

 

Recomposition du christianisme européen
En quelques décennies, la mosaïque chrétienne européenne s’est diversifiée à l’extrême, l’unité de chaque grande famille confessionnelle s’est fragilisée, dans un monde lui-même fort éclaté sur le plan religieux et culturel. L’orthodoxie reprend sa place dans l’espace européen, parfois agressivement. Les évangéliques et pentecôtistes donnent de la voix, y compris dans le concert œcuménique. L’unité interne à chaque confession est mise à mal. Courants, mouvements (et tensions !) se sont multipliés en leur sein. Des migrants aux étranges confessions arrivent de tous horizons (Est, sud, Moyen-orient Asie...).

 

Les migrations sont aussi confessionnelles. De plus en plus de personnes passent d’une confession à l’autre, pas toujours paisiblement et non sans problèmes d’accompagnement pour les Eglises. Les ministres n’en sont pas exempts. Mal assurés devant cette diversité, ils/elles s’accrochent à des repères confessionnels forts, voire rigides, au détriment parfois d’une certaine souplesse pastorale dans la rencontre de l’autre.

 

Sur le terrain, chaque Eglise revendique sa présence partout (le marché est ouvert !) au risque de la concurrence, une concurrence exacerbée par les rapports majorité/minorité. On viole allègrementle sacro-saint (et biblique !) principe : une seule Eglise de Jésus Christ, une seule table en un seul lieu. Le prosélytisme est en débat.

Bref , si le souci des Eglises d’hier était « comment s’ouvrir aux autres ? », la problématique d’aujourd’hui est « comment exprimer une identité chrétienne dans un monde pluriel, relativiste, indifférent et pourtant plein de religiosité ? ». Cette préoccupation réactive les expressions identitaires. Elle nous oblige à vivre autrement les relations inter-Eglises et le témoignage à Jésus Christ.

 

Changement de visage
Du fait de cette grande diversité, l’œcuménisme change de visage. On valorise les dialogues bilatéraux qui permettent d’aller au fond des choses en cercle restreint. On abandonne les textes consensuels « de convergence » pour apprendre le consensus « différencié » exprimant des différences légitimes et positives. Les espaces multilatéraux deviennent cependant plus que nécessaires pour la régulation et l’action communes. On ne s’étonnera pas de l’essor de la KEK par exemple.

 

Et les choses avancent. Du travail de fond, loin de l’instantané et de la superficialité qui caractérise nos sociétés et trop souvent aussi nos Eglises. On travaille sur noyau dur, c’est plus délicat. On reprend les Ecritures et l’histoire de nos interprétations, on dégage les préjugés, on précise les convictions de chacun hors des caricatures, jusqu’à cerner l’essentiel qui divise, jusqu’à voir s’il y a une reconnaissance possible de ces différences sans brader l’évangile auquel on croit.

 

Les résultats sont là : on n’a jamais signé tant d’accords théologiques et les dialogues se multiplient 1.

 

Du travail en perspective
Aujourd’hui on le sait, outre les questions éthiques qui repositionnent nos Eglises sans forcément les séparer, les débats tournent autour de la cène-eucharistie, point focal vers lequel convergent d’autres questions comme la compréhension de l’Eglise, de son unité et de ses ministères. Là, nous ne sommes pas encore sortis de cette « théologie du retour » qui nous tente tous : je t’accepte si tu crois comme moi.

 

Arguments bibliques à l’appui, protestants (luthéro-réformés tout au moins) et anglicans estiment que nous avons assez en commun pour nous inviter mutuellement ; catholiques et orthodoxes estiment que cela n’a pas de sens tant qu’une communion complète des Eglises n’est pas réalisée.

 

Question aux protestants : sont-ils capables d’un ministère d’unité au plan local et universel ? Si oui lequel ?

 

Question aux catholiques : sont-ils capables d’un ministère collégial et synodal d’unité au plan local comme au plan universel ?

 

Derrière ces questions se cachent celles de l’autorité dans l’Eglise et de son unité.

Il y a encore à travailler, à éprouver notre fidélité aux Ecritures, à reconnaître nos déficiences, à convertir nos mentalités d’Eglises, à sortir de nos habitudes historiques, à remettre en cause nos pouvoirs. On mesure combien il faut de temps, de prière et d’approfondissement.

 

Missions
Car tous n’avancent pas du même pas. Il faut s’attendre les uns les autres. C’est peut-être aujourd’hui le défi œcuménique le plus important : comprendre l’autre dans ses dilemmes internes, savoir l’attendre fraternellement tout en maintenant l’interpellation théologique « en vérité ». Quelques uns s’impatientent, on les comprend : ceux qui vivent déjà intensément une union dans la mission (ACAT par exemple), la fraternité ou dans leur couple.

 

Savoir s’attendre mais ne pas oublier : l’œcuménisme n’est pas que dialogues théologiques. Il est d’abord prière et lecture des Ecritures. C’est avec elles que les mentalités se forgent et changent. Il est aussi engagementsocial, car l’urgence des situations nous presse (l’aide aux SDF, aux migrants en Europe et ailleurs, aux malades, prisonniers, solitaires, démunis…). Il est enfin missionnaire ici et au loin, car il est difficile de témoigner de manière divisé d’un évangile qui réconcilie avec Dieu, avec soi-même, avec les autres. Sur tous ces plans, il y a beaucoup à faire !

 

Exigeant, subversif, surprenant
Sans concession, le mouvement œcuméniquetente de se tracer une route entre confusionnisme et repli identitaire. Il est exigeant parce qu’il ne se contente pas (plus) de générosité et d’ouverture, fussent-elles théologiques. Il est subversif parce qu’il crée une conscience qui ne se laisse pas endormir par les discours magistériels ni enfermer dans des habitus historiques.

 

C’est pour cela qu’il génère tant de résistances. Bien moins qu’il y a seulement un siècle pourtant ! Il y a donc de quoi espérer encore quelques surprises. La conversion de nos Eglises comme de nous-mêmes est le fruit de l’Esprit. On ne désespère pas de l’Esprit Saint.

 

Pasteur Gill Daudé

Service œcuménique

FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE

 

1 Citons bien sûr la déclaration commune (luthéro/catholique) sur la justification, les accords de Porvoo, Meissen et Reuilly (luthéro-réformés/anglicans) et leurs équivalents en Amérique, les grand textes anglicans/catholiques et méthodistes/catholiques sur l’autorité, l’union méthodiste et anglicane en Grande Bretagne, la concrétisation de la communion luthéro-anglicane en Amérique et Europe du nord, la reprise et l’intensification des dialogues avec l’Orthodoxie, la démultiplication des dialogues internationaux catholiques ou COE avec les évangéliques et les pentecôtistes, mennonites et adventistes, les dialogues européen baptistes/orthodoxes, et enfin la Communion de Leuenberg, précurseur en la matière (elle vient de fêter ses 30 ans) qui rassemble en Europe réformés, luthériens et méthodistes, qui dialogue avec les Anglicans et les baptistes.