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Evangéliques et catholiques : la levée des préjugés

Depuis dix ans déjà, l’Alliance Evangélique Mondiale et l’Eglise catholique Romaine poursuivent des dialogues dans un climat ouvert et très cordial.

 

Les résultats viennent d’être publiés en français sous le titre «  Eglise, évangélisation et les liens de la Koinonia »1.

 

Il ne s’agit pas d’un accord théologique mais d’un document de travail soumis à la réflexion et au débat des catholiques et des membres de l’AEM. Il peut être utile à bien d’autres pour comprendre les ressorts de ces deux familles chrétiennes.

 

On note que l’un des représentants de l’AEM est l’éminent professeur Henri Blocher (faculté évangélique de Vaux sur Seine), membre aussi du comité mixte français baptistes/catholiques.

 

Une première partie précise la compréhension par chacun de l’Eglise comme koinonia, communion et/ou communauté : la communion avec Dieu en Christ est de toute évidence le fondement de la communion avec les autres croyants (§4).

 

Puis il entre avec franchise dans les détails et les différences ecclésiologiques. On y apprend que si le concile catholique parle de communion imparfaite avec les autres communautés, toutefois le degré de communion ne peut pas se mesurer seulement par des moyens extérieurs et visibles, car la communion dépend de la réalité de la vie dans l’Esprit (§16). Les catholiques, rajoute le document §45, sont-ils eux-mêmes conscients qu’au canon de la messe ils prient pour le peuple des rachetés dont parmi eux les chrétiens dont ils sont séparés et auxquels, puisque le Christ les a aussi rachetés, ils sont unis par de profonds liens de vie chrétienne ?

 

Pour les évangéliques, reprenant souvent des citations des grandes assemblées2, tous ceux qui ont réellement mis leur confiance en Christ et en son Evangile sont fils et filles de Dieu par la grâce, et son donc nos frères et sœurs en Christ (§17). L’Eglise est donc plus large que la communauté évangélique, et une coopération est envisageable avec tous les chrétiens aussi longtemps que la vérité biblique n’est pas compromise (19). Mais eux-aussi, lorsqu’ils intercèdent pour l’Eglise, réalisent-ils réellement que les catholiques font également partie de cette Eglise (§45) ?

 

Le listing de tout ce que catholiques et évangéliques ont en commun au plan de la foi est large, de l’inspiration des Ecritures à la foi trinitaire, des grands credo à l’appel à la conversion et à une vie disciplinée dans la grâce de jésus Christ, ou encore la commémoration ensemble deceux qui ont porté témoignage par leur sang à cette foi commune (§20).

 

Des convergences ecclésiologiques sont notées, par exemple entre le nouvel accent sur l’Eglise locale du côté catholique et sur la communion mondiale du côté évangélique (30). Mais on précise aussi les divergences, notamment sur l’approche du développement des formes de l’Eglise et des ministères au cours de l’histoire : nous leur attribuons des valeurs différentes et nous jugeons différemment la continuité de l’Eglise contemporaine. Cependant nous affirmons tous que l’ordre et la discipline forment le cadre de la communion ecclésiale (§36).

 

La seconde partie aborde divers aspects de l’évangélisation, la liberté de conscience et le prosélytisme, chacun apportant son accent, tous étant conscients que la mission du Dieu Trine soit aussi vaste que le dessein de Dieu pour l’univers (§54).

 

On n’hésite pas ici à évoquer le passé douloureux et les offenses mutuelles, puis on ré-affirme qu’évangélisation et unité sont étroitement liées (§60). On se donne des règles de conduite, dénonçant les dérives, par exemple le discrédit jeté de façon injuste et peu charitable sur d’autres confessions (§62).

 

Mais pour autant si un chrétien, après avoir entendu une présentation de l’Evangile faite de manière responsable, choisit librement d’adhérer à une autre communauté chrétienne, on ne doit pas en déduire obligatoirement qu’un tel transfert est le résultat d’un acte de prosélytisme (§63). Les évangéliques sont d’accord avec le décret conciliaire sur la liberté de conscience (notamment la liberté de changer de religion) et font remarquer que très tôt (1872) l’AEM luttait pour la liberté religieuse des catholique au Japon.

 

Très émouvantes donc sont les exhortations à se repentir d’avoir donné de fausses images les uns des autres…les formes concurrentielles d’évangélisation…les pressions sur les personnes pour changer d’allégeances religieuse…

 

Le défi est ainsi posé clairement : si Dieu ne nous a pas traités comme si nous étions séparés de lui, pourquoi devrions-nous continuer de vivre comme si nous étions séparés les uns des autres  (§22) ?

 

Les catholiques et les évangéliques peuvent à présent constater qu’ils partagent une communion réelle bien qu’imparfaite…Et l’on parle de repentir, de conversion et d’engagement par lequel nous nous engageons à rechercher la convergence…(§56).

 

Mais surtout, en rapprochant Jean Paul II et la Déclaration d’Amsterdam, on souligne l’urgence que les chrétiens rendent témoignage ensemble (§79).

 

Quand on sait où en étaient, il y a encore peu de temps, les rapports catholiques/évangéliques, ce rapport représente un pas formidable. Il passe du préjugé à la découverte mutuelle, et de la découverte à l’estime réciproque, de l’estime à la passion de l’évangélisation partagée.

 

On peut rendre grâce ! (GD).

 

1 N° 113, 2003/II-III du Service d’information du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens.

2 Lausanne, Manille, Amsterdam…