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Diversité en communion |
Les vieux rêves persistent…
Cela fait bien longtemps qu’on a quitté les rêves d’une unité-uniformité. On a appris à en connaître les travers.
On a compris depuis longtemps aussi que l’affirmation de la différence peut être un oreiller de paresse pour Eglises ou chrétiens peu enclins à la rencontre des autres et ses remises en question.
Pourtant aujourd’hui, ces tentations ressurgissent. La recomposition du monde religieux et ses contre-coups œcuméniques pour les Eglises chrétiennes, attisent des réflexes archaïques qu’on croyait maîtrisés.
Succomber à la tentation ?
Rencontrer l’autre dans ce qui fait sa différence radicale est plus difficile que chercher chez lui ce qui nous ressemble.
Etre attentif aux dilemmes internes qui traverse l’autre Eglise est plus difficile que de faire comme si elle n’était qu’un seul bloc.
Comprendre et tenir compte de l’évolution de l’autre Eglise dans nos relations avec elle, est plus difficile de que faire comme si elle n’avait pas changé.
Ne pas sombrer dans la confusion des sentiments est plus difficile que de se dire frères en faisant fi des résistances de l’autre.
Assumer une divergence tout en gardant une réelle fraternité est plus difficile que de se replier sur son identité et de vivre en parallèle.
Porter les fardeaux les uns des autres est plus difficile que de faire la leçon à l’autre.
Réinventer une éthique œcuménique…
Il me semble que nos Eglises tombent parfois dans ces travers : on veut « faire de l’œcuménisme » mais avec celui qui nous ressemble ; on est tenté de relever chez l’autre (Eglise) ce qui nous conforte dans l’image qu’on se fait d’elle ; on est tenté par la démission et le repli quand l’autre ne veut pas prendre « notre » chemin ; on voit la paille dans l’œil de l’autre plus que la poutre dans notre œil… On plaide pour la différence, mais à condition qu’il n’y en ait plus. On vante l’ouverture à l’autre, mais à condition que l’autre soit exactement comme moi. L’altérité n’a droit qu’au mimétisme. Le dialogue comme redondance 1.
Entre tendances communautaristes-identitaires et bons sentiments syncrétistes-confusionnels, le chemin est étroit et escarpé. Vérité et charité ont du mal à faire bon ménage. L’une est souvent sacrifié pour l’autre. On ne s’étonnera pas que la recherche d’une juste unité-diversité des Eglises chrétiennes soit en ces temps plus délicate. L’œcuménisme d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier parce que les Eglises d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. Il faut réinventer une éthique œcuménique2.
Cet été, la fête œcuménique !
Y’a pas le choix, il faut se coltiner3 l’autre « en vérité ». Parce que l’Eglise c’est d’abord des femmes et des hommes rencontrés par Dieu et qui se rencontrent avec leurs différences.
Pour cela, les sessions n’ont pas manqué : session des Avent (qui fêtera ses 40 ans fin Août 2005), session des Amitiés, session de la Transfiguration, session des jeunes (voir témoignage dans ce numéro)… Toutes cependant, rencontrent des difficultés de renouvellement ou de recrutement. Soit que les Eglises veulent « garder leurs ouaïlles » surtout quand elles sont jeunes, soit que leurs « ouaïlles » ont peur de perdre leur pure foi, soit qu’elles ne lisent pas dans les Ecritures l’urgence d’un témoignage uni à l’Evangile…
Cette année, l’œcuménisme est à la fête !
Du côté des anniversaires, l’ACAT fêtera ses 30 ans sur le thème « Torturé, mon semblable, mon frère » les 3-4 décembre. Les 40 ans du décret sur l’œcuménisme4 de Vatican II, décisif pour l’ouverture catholique aux autres Eglises, offrira l’occasion de mieux comprendre comment se joue aujourd’hui la réception de ce décret et ses enjeux dans cette Eglise traversée de multiples courants. Les 150 ans du dogme catholique de l’Immaculée Conception permettra de reprendre le dossier marial (par exemple au colloque de l’ISEO5 fin janvier) sur lequel les protestants ont du mal à sortir des préjugés et caricatures.
Du côté théologique : l’Institut orthodoxe St Serge poursuit tous les ans, fin juin, ses Semaines liturgiques sur l’espace liturgique ; Lyon verra son colloque du 4-5 décembre sur « Le Judaïsme, clé de nos relations œcuméniques » ; Théovie et le centre St Irénée produiront un module d’étude sur l’œcuménisme ; on attend avec impatience le prochain livre du groupe des Dombes sur l’autorité doctrinale dans l’Eglise, et le résultat du travail des comités de dialogues sur l’ecclésiologie et les ministères, autant de « nœuds » entre les Eglises, aux graves conséquences sur le terrain. La rencontre orthodoxes-protestants du 10 novembre fera le point sur les dialogues internationaux. Les suites des accords de Reuilly entre les Eglises anglicanes et la communion luthéro-réformée sont aussi à l’ordre du jour.
Côté institutionnel, le conseil d’Eglises Chrétiennes en France poursuit son travail de concertation sur l’actualité entre Eglises et sa réflexion sur évangélisation-prosélytisme. Les commissions régionales font régulièrement le point dans leur secteur et produisent de judicieux vade-mecum pour aider à la pastorale des mariages, des endeuillés. Après son dossier sur la confirmation, la commission œcuménique FPF va travailler la question des passages d’une Eglise à l’autre, autre sujet de friction. La Forum œcuménique du 30 novembre rassemblant les délégués des Eglises, œuvres et mouvement, fera le bilan du travail des Eglises locales.
Il y a des divines surprises aussi, surtout du côté des jeunes… le pèlerinage de Vézelay (2-3 octobre), catholique s’il en est, décide cette année d’inviter et d’apprendre à connaître des jeunes orthodoxes, anglicans et protestants. Pour les JMJ d’août prochain, les Assomptionnistes veulent s’associer aux autres confessions pour cheminer ensemble de Taizé à Cologne et ainsi cultiver une sensibilité œcuménique des jeunes catholiques. Les protestants sauront-ils saisir l’occasion de ces portes entrouvertes ?
Tout cela sans compter les week-ends de formation, conférences diverses, visites, accompagnement des situations délicates. Le service œcuménique est un observatoire unique en son genre au carrefour de la diversité-unité intra-protestante et inter-confessionnelle au plan local, national et international. De quoi rendre grâce au « Christ, unique fondement de l’Eglise » (1 Cor 3). Ce thème de la prochaine semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier) préparée par les Slovaques tombe à pic. On peut se procurer les propositions et textes aux revues Unité Chrétienne (Lyon) et Unité des Chrétiens (Paris) ou au service œcuménique.
On peut conclure avec François, jeune adventiste de la dernière session de Nîmes : Nous avons tant de choses à apprendre, à partager et à vivre avec les autres chrétiens… dans un moment comme celui-là, j’ai perçu l’importance pour mon Eglise d’être engagée dans ce type de rencontre… l’Esprit a travaillé en nous, j’en suis sûr.
(Gill DAUDE – BIP Oct. 2004)
1 Jean François Kahn, « l’Eglise a bien le droit de ne pas penser comme nous » Editorial – Marianne, 14-20 août 2004.
2La Charte Œcuménique Européenne reste un bon exemple.
3Au sens étymologique : porter un fardeau.
4Respectivement 21 novembre 1964
5 Institut supérieur d’Etudes oecuméniques