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Des « messes publiques » en veux-tu en voilà…

De l’œcuménisme pragmatique

En diverses villes françaises, les fêtes de la Libération ont donné lieu à des messes catholiques quasi-officielles, parfois annoncées dans les programmes et média officiels, parfois précédés de rencontres interreligieuses.

 

Le phénomène n’est pas nouveau, il se reproduit régulièrement à l’occasion d’événements tristes ou solennels (commémorations, catastrophes, obsèques de personnalités…).

 

Invariablement, les protestants  se questionnent :

Tout cela réactive le vieux sentiment que l’Eglise catholique veut « présider à l’humanité » et que, si elle laisse place aux autres confessions chrétiennes et religions, c’est de manière assez paternaliste.

 

Le protestant est alors tenté de réagir violemment, non seulement par blessure narcissique mais peut-être aussi à cause d’une conception plus stricte de la séparation des pouvoirs et des règnes, théologiquement fondée et renforcée par son histoire en France.

 

Quand il se laisse aller, soutenu parfois par une frange catholique sentimentalement proche, le protestant s’embarque dans de grandes phrases : « l’œcuménisme va mal », « les catholiques régressent »… il y a de l’exaspération dans l’air. La religion majoritaire l’étouffe !

 

Le catholique, loin de tout cela, se demande pourquoi tant de bruit . Il ne comprend guère ce qui se joue pour le protestant et reçoit parfois cette agitation comme agressive, blessante.

 

Car lui, de sa position majoritaire aux fortes solidarités internationales, perçoit les choses autrement 1 et son dilemme est autre :

Ainsi l’attention au « petit » ne va pas de soi pour le majoritaire. Trop content d’avoir un relais pour rayonner de sa foi et affirmer sa présence au monde, il semble bafouer la laïcité et blesse les minorités.

 

Que faire ?

 

Chacun est légitimement préoccupé de l’affirmation de son identité religieuse, sur le mode propre à sa personnalité collective (par exemple plus internationale pour le catholique, plus nationale voire locale pour le protestant). Le dialogue peut en pâtir et l’agacement grandir.

 

Il faut parler de ce qui fâche, nous sommes assez frères pour cela ! Avec l’éthique qui convient aux relations fraternelles. Autrement dit, s’expliquer, assumer les limites de notre communion dans un « dialogue en vérité et en charité ».

 

Il est exigent : savoir anticiper par une information mutuelle, éviter le mode revendicatif (« j’ai droit à mon rang dans l’espace laïc », « j’ai droit à ma place à ta table »…).

 

Il met à distance l’affectif certes généreux mais générateur de confusion.

 

Il invite à porter les fardeaux les uns des autres, à comprendre les dilemmes internes à chacune de nos Eglises.

 

Il prend le risque de la remise en cause et nous sort d’un certain confort spirituel.

 

Il appelle surtout à distinguer les plans qui s’entrecroisent : le sociologique, l’historique, le politique, les formes théologiques qui les renforcent (culture et théologie sont toujours mêlées) et le fond théologique réel au-delà des expressions… bref notre compréhension de l’évangile et ses traductions liturgique, spirituelle, missionnaire.

 

Faire participer le plus grand nombre à ce travail de clarification théologique est urgent me semble-t-il. Il demande une pédagogie que nos Eglises n’ont pas encore vraiment mise en route.

 

Le Conseil d’Eglises chrétiennes et autres comités mixtes ne manquent pas d’y travailler. Les groupes locaux et les pastorales aussi j’espère. Afin que place soit faite à chacun et que chacun se sente à sa place dans un témoignage commun.

 

Past. G. DAUDE

Service œcuménique

FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE

 

1Ceci est vrai aussi pour une part des protestants lorsqu’ils sont en situation majoritaire : n’ai-je pas entendu récemment un luthéro-réformé allemand parler des protestants d’un côté et des baptistes et méthodistes de l’autre ?!