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Les Eglises luthéro-réformées et l’œcuménisme mondial

Rencontre du CPLR – 29-30 janvier 2005

 

Comme chaque année à cette période, le Conseil Permanent Luthéro-Réformé tient sa rencontre plénière. L’occasion de faire le point sur les dossiers communs que les Eglises Luthériennes et Réformées de France portent ensemble : catéchèse (le journal est en ligne), formation des ministres (toujours trop peu se forment régulièrement), l’avancement de l’unité ECAAL-ERAL (quasiment bouclée) et ERF-EELF (en cours), une question de pragmatique institutionnelle et juridique qui concrétise leur communion déjà réalisée depuis longtemps.

 

Mais la grosse part de la rencontre fut consacrée à l’engagement œcuménique des Eglises notamment à travers le COE, en dialogue avec Geneviève Jacques, directrice des programmes, l’une des rares francophones du COE !

 

Geneviève Jacques a longuement développé les bouleversements mondiaux.

 

Sur le plan religieux d’abord : le centre de gravité du christianisme aujourd’hui au Sud ; le monde « evangelical » souvent a-confessionnel tend à devenir aussi nombreux que les Eglises membres du COE ; le nécessaire dialogue inter-religieux ; les contradictions internes du christianisme, ses nouvelles divisions, illisibilité et complication des trop nombreuses structures oecuméniques …

 

Sur le plan socio-politique ensuite : la mondialisation (et les idéologies qui lui sont liées) a des effets pervers ; les Eglsies sont appelée à développer une spiritualité de résistance, àrepenser les relations Eglises/nouveaux pouvoirs, à dire une parole forte sur le scandale de la pauvreté…

 

Le COE n’est pas exempt de remise en questions. Il est à la croisée des chemins parce que les Eglises et le monde sont en mutations. Sur ce plan, son assemblée mondiale à Porto Alegre (février 2006) sera donc décisive.

 

Le COE se veut l’expression visible de la volonté d’unité des 342 Eglises membres (protestantes, orthodoxes et anglicanes, sans compter les nombreuses collaborations avec l’Eglise catholique, ainsi qu’avec certaines franges évangéliques) mais il rend visible aussi leur fragmentation !

 

Sa seule autorité est sa parole et la légitimité de sa parole auprès des Eglises. Il n’a donc pas d’autres choix que d’être en phase avec les Eglises membres. D’ailleurs, ses déclarations ne sont en général pas le fruit de l’équipe genevoise, mais des Eglises membres. En ce sens, l’appauvrissement de la recherche théologique d’Eglise « qui ont d’autres urgences » et l’assèchement des lieux de formations œcuménique porte atteinte à la communauté mondiale des Eglises et inquiète quant au renouvellement de la génération œcuménique.

 

L’autre difficulté est l’articulation d’une parole englobante du type COE à des réalités locales de terrain différentes et spécifiques selon les lieux.

 

La crise que traverse le COE le conduit à des économies drastiques (aujourd’hui 80% de son financement vient d’agences hors-Eglises) et à resserrement-recentrement de ses programmes, au remodelage de ses structures. Le processus n’est pas terminé. La prochaine assemblée mondiale expérimentera par exemple le mode de décision sous forme de « consensus par discernement », fruit du dialogue avec les Eglises orthodoxes.

 

La tension historique qui traverse le COE semble aujourd’hui exacerbée : d’un côté le souci d’être un espace de dialogue le plus ouvert possible sans exclure aucun courant (élargir), de l’autre préserver son processus conciliaire de convergence vers l’unité (approfondir) ; d’un côté être un lieu de parole, de l’autre, un lieu d’actions communes qui font grandir dans l’unité. Bref tenir ensemble « Foi et constitution », lieu du dialogue théologique en profondeur qui s’affaiblit parce qu’il s’affaiblit dans toutes les Eglises (au risque d’un simplisme biblique sans consistance), et le « Christianisme pratique », lieu de l’engagement commun et du service face aux défis de notre monde (qui risque de se contenter d’un simplisme théologique).

 

Le défi pour le COE est donc triple : comprendre notre temps, reformuler une vision œcuménique qui génère des engagements, mettre en place une structure adaptée.

Le processus de réflexion sur  la reconfiguration du monde œcuménique est donc central et le thème de l’assemblée mondiale « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde ! » ne peut pas mieux tomber !

 

Nos Eglises françaises y enverront plusieurs délégués (6 votants accompagnés des délégués œcuméniques). Des jeunes du monde entier seront invités.

 

Ce sera une assemblée réduite (728 officiels), à l’invitation du conseil des Eglises brésilien (dont fait partie l’Eglise catholique), dans un pays à forte croissance pentecôtiste (Brésil), et une ville (Porto Alegre) symbolique du point de vue de la recherche alternative d’un monde autre.

 

Elle abordera tous les thèmes évoqués ci-dessus et fera le bilan à mi-parcours de la Décennie des Eglises contre la violence. Elle finalisera le document théologique sur « Nature et but de l’Eglise ». Ce document est dit « de convergence » (du même type que le BEM). Il n’est pas un accord, il offre un chemin théologique sur lequel les Eglises s‘accordent comme chemin vers l’unité. Il pose un cadre au sein duquel les dialogues bilatéraux plus ciblés peuvent se développer.

 

En Mai, sortiront en français les documents préparatoires de l’assemblée, notamment une série d’études bibliques à utiliser dans nos groupes. A mettre au programme de la rentrée par exemple. Une manière de se tenir en lien avec et dans l’Eglise universelle. Passez déjà vos commandes ! (GD)