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La bombe à retardement des Anglicans

Le synode des anglicans de France (exactement Synod of the french archideaconry of the diocese un Europ) s’est tenu à Arras du 26 au 29 janvier 2005.

 

A l’ordre du jour : réflexion sur la Mission à partir du rapport « Mission shaped church » de l’Eglise d’Angleterre ; le point sur les dialogues anglicans avec les diverses Eglises ; la vie de l’archidiaconie en France.

 

Quand Mgr Hamid, l’un des responsables des dialogues au plan international (qui participait au colloque de Viviers 2004) tire un bilan des dialogues, il souligne d’abord la vocation œcuménique anglicane… qui croit ce qui a toujours été cru dans l’Eglise, rien de plus, rien de moins. Il cite entre autres les accords du French Arc (Catholiques/Anglicans) qui permettent l’hospitalité eucharistique dans le cadre des jumelages, les accords de Reuilly (trop mal connus) marquant la communion avec les Eglises luthéro-réformées françaises, ainsi que le dialogue avec les orthodoxes d’une grande ouverture (on peut parler de tout). Il souligne enfin la nécessaire déontologie oecuménique : ne rien décider dans une Eglise sans concertation sur des points qui touche au consensus œcuménique.

 

Sur le terrain, l’Archidiaconie française est en croissance permanente de 2 à 3 communautés nouvelles par an. Soit par essaimages de communautés déjà constituées, soit grâce à de nouvelles arrivées (le prix de l’immobilier en France et les transports aériens bon marché y poussent), soit par regroupements d’anglophones (pas forcément anglicans d’ailleurs !) jusque là dispersés. Les déclencheurs sont  des questions pastorales : un décès, l’appel au secours de tel hospitalisé perdu dans le langage hospitalier français et ses subtilités, conseil devant les complications administratives liées à l’expatriation (l’Europe n’a pas tout réglé !)…

 

Un phénomène nouveau est lié aux lignes aériennes peu chères : des anglais s’installent à proximité de petits aéroports (Aquitaine, Carcassonne…) tout en travaillant en Angleterre, les temps de transport ne sont guère plus grands et la qualité de vie y gagne.

 

De nouveaux modes de vie voient le jour donc. Les anciennes communautés faites de paisibles retraités relativement traditionnels dans leur pratiques sont ainsi dynamisées, bousculées, par de jeunes familles.

 

De nouveaux noyaux anglicans actifs naissent donc ici et là, avec la question : pourquoi une communauté anglicane de plus plutôt qu’une insertion dans les paroisses (catholiques ou luthéro-réformées) déjà implantées ? Parce que certains aspects de la culture anglo-saxonne ne vont pas de soi… Parce que les questions liées à l’insertion d’anglophones dans la société française imposent une solidarité intra-communautaire…

 

Face à ces évolutions, l’Arichidiaconie n’a pas pour l’instant de véritable « stratégie », elle répond à la demande avec très peu de moyens (de même au niveau du diocèse européen : 260 paroisses officielles réparties de l’Atlantique à l’Ukraine). Il faut parfois faire appel aux soutiens d’organismes missionnaires parallèles.

 

Comment être Eglise dans la culture d’aujourd’hui ? Le révérend G. Lings tente d’éclaircir la question à partir de ce rapport (Une Eglise formée / formatée pour la mission). On y trouve quelques affirmations familières aux Eglises françaises : le système paroissial ne peut pas seul répondre à la vocation missionnaire de l’Eglise ; aucune expression de l’Eglise ne peut seule réaliser les mandat du Christ ; la société a changé, nous devons changer aussi : elle est devenue très plurielle et les cultures se croisent, l’Eglise doit embrasser cette diversité.

 

Si dans le passé, la culture ambiante a conduit naturellement les gens à l’Eglise, ce ne sera plus le cas. Aujourd’hui en Angleterre, 60% des personnes de 25 ans n’ont aucun contact avec l’Eglise (contre 80 % des personnes âgées) : une véritable bombe à retardement pour l’Eglise ! La mission doit donc être le cœur de l’Eglise et non plus une activité périphérique. Il faut un travail de discernement, il faut rejoindre les gens dans leurs préoccupations, dans leurs lieux et leur mode de relation, chaque individu ayant plusieurs lieux d’appartenance et de réseaux. Il faut travailler en réseaux et groupes transversaux aux territoires géographiques.

 

Cela demande un changement d’orientation de la vie de l’Eglise, dans la formation de ses membres et de ses ministres.

 

Bien des aspects de cette réflexion ne sont évidemment pas étrangers aux Eglises de France, elles aussi questionnées sur leur manière d’être Eglise en mission et servante dans notre société changeante. Nul doute que nous aurions intérêt à travailler davantage ensemble !

 

On peut se procurer ce rapport (en Anglais) sur le site de l’Eglise d’Angleterre.

Bonne lecture !

 

(DG).