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Diversité en communion |
Partons d’abord à Strasbourg
La WACC section Europe s’est retrouvée à Strasbourg en Mars (WACC : World Association For Christian Communication, www.wacc.org.uk).
Cet organisme d’ouverture œcuménique, regroupe des professionnels de la communication, plutôt protestants, de 115 pays différents. Au plan mondial, il aide les chrétiens des pays du sud par des formations à la communication. En Europe, il rassemble des chargés de communication (télévisuelle) chrétiens pour des colloques de formation, des festivals. Cette fois-ci, les participants travaillaient l’expression des identités chrétiennes dans un espace public lui-même pluriel. Comment se dire aujourd’hui entre culte et culture ? Conférences, tables rondes à la fois inter-religieuse et inter-disciplinaire (journalistes et théologiens) et études de films sur un thème qui, on le voit, ne concerne pas seulement la laïcité à la française. Après l’Estonie, pour la première fois la Macédoine devenait membre. Après l’Italienne, c’est le Néerlandais Piet Halma qui préside cette association dans la mouvance du Conseil Œcuménique des Eglises.
Passons par Montpellier où Théovie (formation par Internet de l’ERF) prépare avec une équipe œcuménique un module sur…l’œcuménisme. Choix de textes, parcours historique et biblique, calcul pour une pédagogie simple et cohérente…
Faisons une halte à La Plaine St Denis . Là, quelques milliers de « charismatiques 3 ème vague » se retrouvent pour 4 jours sous le thème « Saisis par l’Esprit ». C’est « Embrase nos cœurs », un réseau œcuménique plus qu’une organisation structurée, sous la houlette de quelques prêtres catholiques, pasteurs luthériens, évangéliques, réformés, rabbins juifs messianiques et évangélistes magrébins… On s’y retrouve dans une expression charismatique sans complexe (louanges, guérisons, repos dans l’Esprit) pour y entendre des ténors et recevoir de leur charisme le renouvellement dans l’Esprit. Ce soir là, ce sont deux prêtres venus de Sao Polo, qui ont tout quitté pour vivre pauvre parmi les pauvres des favelas, les jeunes en particulier, et pour prier avec eux. Quand le dénuement est là, c’est le Seigneur qui agit et fait des miracles, voilà leur expérience… C’est aussi un jeune pasteur Presbytérien, Docteur de la Faculté de théologie de Montpellier, qui a choisi l’aumônerie parmi les migrants sans-papiers et les prisons du sud des USA. Comme si Dieu redonnait la voix aux pauvres d’entre les pauvres… (d)étonnant mélange de théologie sociale et de spiritualité radicale, à la manière des anciens réveils.
Ce qui nous intéresse ici, outre la simplicité des enfants de Dieu « joyeux de ce que Dieu fait » et au-delà des exubérantes libérations, c’est cette volonté (ou plutôt cet accueil) d’une unité dans l’Esprit capable de réconcilier l’irréconciliable tout en respectant le chemin théologique et institutionnel des Eglises. Où cela mènera-t-il ? Nul ne le sait. Le temps le dira. Mais il y a une impulsion œcuménique nouvelle à discerner et à suivre.
Echevelés, repartons pour Vaux-sur-Seine. La sage Faculté y organise son colloque annuel sur le thème « Christ et la culture » dont l’orateur principal est le théologien évangélique américain Donald CARSON. Son prochain livre traitera du sujet. Il montre notamment comment les alternatives habituelles (Christ contre la culture, Christ de la culture, Christ au-dessus de la culture, Christ et la culture en dualisme, Christ transformateur de la culture) n’ont guère de pertinence dans nos sociétés modernes.
Mais c’est sans doute la table ronde sur le thème « l’Eglise est-elle une communauté multiculturelle ? » qui rejoindra le plus notre préoccupation : la « catholicité » de l’Eglise mise à mal. Théologiens et sociologues expliqueront que la plupart des communautés ethniques sont nées de l’échec de l’intégration des populations étrangères dans nos Eglises, souvent par manque de dialogue. Le message évangélique (« au service les uns des autres ») ne semble pas avoir fonctionné bien qu’on en soit persuadé : l’avenir et le renouvellement de l’Eglise passe par le multiculturel. Il faut re-étudier les modèles bibliques à ce sujet. (On peut se procurer le CD Rom du colloque à la Faculté).
Sautons à Villiers le Belpour l’AG de l’Alliance Biblique. Lieu œcuménique s’il en est puisqu’on y rencontre des Orthodoxes, des évangéliques, des luthéro-réformés, et… des catholiques.
Le scoop ici est le succès de la Bible expliquée : 18 000 exemplaires vendus en 4 mois (essentiellement édition catholique).
L’œcuménisme biblique se porte bien. Les projets foisonnent, y compris à dimension missionnaire : cadre et dirigeants chrétiens, Bible en prison, partenariat avec des Diocèses. On attend l’AT interlinéaire, des textes en langue des signes, un projet pour les jeunes non inculturés et autres projets plus culturels et inter-religieux. La prochaine semaine œcuménique de la Bible alliera, pour les 40 ans du décret catholique sur la Révélation, des productions des services bibliques et œcuméniques de nos différentes Eglises.
Posons nous à St Serge pour instant d’éternité : la journée de l’Orthodoxie . Divine liturgie à la cathédrale. Puis, avant les vêpres, table ronde sur le Père Lev Gilet. Un spirituel moderne comme il en existe peu, de la veine d’un Père Couturier ou d’un Wilfred Monod qu’il a bien connus. Fondateur de la première paroisse orthodoxe francophone, venant du catholicisme, imprégné de protestantisme genevois, fin connaisseur de la psychanalyse, attentif aux pauvres comme aux signes des temps, il a porté et formé bien des anciens oecuménistes orthodoxes.
Il était heureux que les étudiants de St Serge et autres jeunes orthodoxes entendent ces témoignages et soient renvoyés, comme nous, à deux de ses livres « La prière de Jésus » et « Amour sans limite ». Mais c’est sans doute la théologienne Elisabeth Behr-Sigel qui nous en donne un magnifique et exhaustif témoignage dans son livre « Un moine de l’Eglise d’Orient » (CERF, 1993). A lire.
Repartons pour une journée théologique du comité mixte baptiste/catholique . C’est toujours à la fin de l’élaboration des documents que l’on perçoit mieux les « nœuds » qu’il reste encore à dénouer : travail sur les quatre attributs de l’Eglise (une, sainte, apostolique, catholique), sur le lien Christ-Eglise… qui nous renvoie à la question de l’autorité des Ecritures et à la compréhension du Canon biblique. Quelques séances seront encore nécessaires pour mettre au point ce document sur l’Eglise (convergences et divergences) qui s’ajoutera au document sur le baptême et la cène-eucharistie.
Tout cela nous mène au mercredi Saint à Saint Pierre de Neuilly . Dans l’Eglise bondée, tout le gratin charismatique (encore) parisien était là, autour de Carlos Payan (pasteur évangélique de l’association « Paris tout est possible ») et de Mgr Daucourt, pour une célébration de lavement des pieds à la manière de Jean 13. Temps de louange, simple, recueillie et unie ; prédication dynamisante de l’évêque, avant que pasteurs et prêtres (orthodoxes, catholiques et protestants), arabes et juifs, en communion de prière avec d’autres groupes à travers la France et à Jérusalem, passent au geste. Un geste dérangeant (et donc de grand impact) que bien des mémoires protestantes ont oublié. Tonnerre d’applaudissement lorsque l’évêque lave les pieds du pasteur, plus encore lorsque le Rabbin juif messianique lave les pieds de l’évangéliste arabe (et réciproquement) et qu’ils donnent ensemble la bénédiction chacun dans sa langue à l’assemblée. Il y avait là aussi des émigrés sans papiers… Nous voulons montrer que les chrétiens ne se tolèrent pas dans leur diversité, ils s’aiment ! Et cela pour le service du monde et des plus petits, diront en substance les présidents de la soirée. Autant de symboles d’un œcuménisme pratique et spirituel au service de la réconciliation de l’humanité.
A Pâques, respirons à l’Abbaye du Bec Hellouin , éminemment œcuménique puisqu’elle a donné deux archevêques de Canterbury (Lenfranc et Anselme) et qui recevra prochainement le nouvel archevêque anglican. Là, autre geste pascal plein de promesse, dans l’impossibilité de partager l’Eucharistie, le père-abbé et le pasteur se sont publiquement bénis par imposition des mains réciproque, devant une Eglise abbatiale bondée résonnant des chants Grégoriens chantés par les sœurs et les frères rassemblés.
Dans le train , on a le temps de lire. Le Petit traité de la rencontre et du dialogue de Pierre Claverie, l’évêque assassiné d’Algérie (Cerf 2004) offre à titre posthume une sorte d’éthique du dialogue, simple fruit de ses retraites, plutôt sur le versant interreligieux mais fort utile aux dialogues œcuméniques. « Icônes perdues, réflexions sur une culture en deuil » de Rowan Williams, nouvel Archevêque de Canterbury (Cerf 2005), avant tout théologien spirituel en prise avec son temps. Précédé d’une longue introduction sur sa mission impossible par l’ancien journaliste du Monde Alain Woodrow.
Des lectures édifiantes, des gestes simples et marquants, des réflexions théologiques, des louanges débordantes… Il est difficile de ne pas voir dans tout cela des signes non-maîtrisables d’espérance œcuménique ! (GD)