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Pourquoi Paul Ricœur est-il célèbre en Russie ? Parce que l’Institut St Serge a 80 ans
Octobre 2005
L’Institut de théologie orthodoxe St Serge vient de fêter ses 80 ans, une longue vie au service du renouveau théologique de l’Orthodoxie.
Cet institut universitaire installé dans le 19 e arrondissement parisien a été fondé en 1925 par des intellectuels migrants russes de la première heure souvent accueillis à bras ouverts par les Eglises protestantes et catholiques. D’ailleurs, qui se souvient que l’Institut St Serge est né sur cette colline protestante luthérienne en 1925, et que l’Eglise St Serge est une ancienne église protestante ?
Le rayonnement de l’Institut St Serge n’a cessé de s’élargir en occident d’abord où il a su allier avec la modernité et renouveler une Tradition orthodoxe un peu pétrifiée dans une répétition des pères qui tue l’esprit (dixit Mgr Séraphim).
Aujourd’hui, ses élèves sont évêques ou enseignants aux USA, en Russie et autres pays du centre-europe, en Afrique… apportant une ouverture et une solidité théologique bienvenue dans certaines contrées.
Savez-vous pourquoi Paul Ricœur est célèbre en Russie ? Parce qu’un ancien de St Serge, aujourd’hui professeur de philosophie à Kiev, en a fait traduire ses principales œuvres.
Bien des noms de St Serge ont jalonné la vie œcuménique mondiale autant que la théologie orthodoxe. Leurs intuitions nous portent encore.
Evdokimov, père et fils, dont les noms sont liés à la fondation de la CIMADE.
Lossky, père et fils, liés au mouvement Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises, ainsi que le Père Georges Florowsky. Ce dernier a joué un rôle tout particulier à l’assemblée de Toronto (1950) qui a posé la base du COE : une Eglise membre n’est pas obligée de reconnaître l’ecclésiologie des autres, ni de renoncer à sa propre ecclésiologie ; un élément déterminant pour l’entrée des Eglises orthodoxes au COE.
Serge Boulkgalov qui était convaincu du rétablissement de la communion entre l’Eglise d’Angleterre et l’Eglise orthodoxe (sur la base du quadrilatère : l’Ecriture, les sacrements, l’épiscopat, la liturgie), deviendra vice président du conseil des Eglises aux USA, lorsqu’il ira enseigner à St Vladimir aux USA, institution fille de St Serge.
Alexandre Schmemann et Jean Meyendorf, les deux très engagés dans le mouvement œcuménique des jeunes et à Foi et Constitution dont le second sera longtemps le président.
Elie Melia qui prit une part active à l’ISEO et tenait à ce que tout étudiant de St Serge y passe au moins une UV.
Des grand noms (et bien d’autres !) dont le Père Boris Bobrinskoy porte la mémoire. Des mélanges lui ont été offerts en hommage à ses 80 ans (lui aussi) et à tout son travail ; côté protestants, Laurent Gagnebin et Jacques-Noël Pérès ont participé à sa rédaction.
Du haut de sa sagesse, le Père Boris aime à dire qu’un chrétien est un être de communion, et que l’engagement œcuménique fait partie de l’esse de l’Institut. Ainsi motive-t-il, s’il est besoin, l’exigence théologique, spirituelle et œcuménique des nouveaux professeurs, prêtres ou laïcs, déjà largement impliqués dans bien des lieux de dialogues formels ou informels. Il y a là un travail de fond au service de la formation qui nous pousse au respect.
L’un des exemples est sans doute la Semaine liturgique de St Serge, de près de 50 ans, toujours œcuménique, qui a donné de l’essor à une théologie liturgique clapotante, bien au-delà des cercles orthodoxes.
Comme il se doit en Orthodoxie, c’est en liturgie et en agapes que tout se termine. Mgr Gabriel y prêchera encore l’unité des Eglises, et remerciera officiellement et chaleureusement la présence des autres confessions et leurs messages.
Quand le métropolite Séraphim (d’Allemagne) parle de l’œcuménisme à St Serge, c’est en humble confession et en termes missionnaires : nous les orthodoxes, sommes peu conscients du tragique de la désunion des Eglises parce que nous avons perdu le sens de la mission. Nous avons un sentiment d’autosuffisance qui nous conduit à un œcuménisme défensif.
Chaque confession pourrait humblement reprendre à son compte ces mots ! (GD)