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Bulletin d'Information Protestant - 15.01.2006

Chronique œcuménique : Fluctuat nec mergitur !

 

Petit parcours…

 

La commission œcuménique approfondit son travail sur les passages d’une Eglise à l’autre, y compris des ministres. Douleurs, exigences, richesse des parcours, ces témoignages bouleversent et questionnent nos Eglises au plan pastoral, théologique, liturgique.

 

Le CECEF, outre son habituel échange sur les questions de société en France et dans le monde, entame un travail interne sur le dialogue inter-religieux. Il prépare aussi le rassemblement européen de Sibiu 2007 et invite les Régions et provinces de nos Eglises françaises à organiser des rassemblements régionaux(si possible transfrontaliers) sur le thème général et les thématiques des ateliers. En fin janvier, les délégués nationaux lanceront à Rome le processus.

 

Le Forum œcuménique de novembre rassemblait cette fois-ci délégués protestants, orthodoxes, anglicans et catholiques. Il s’est aussi projeté sur Sibiu 2007 avec pour projet, un voyage commun de la délégation française (une centaine, principalement les délégués) pour resserrer la fraternité et renforcer le réseau des délégués oecuméniques locaux et régionaux.

 

La rencontre annuelle orthodoxes/protestants a surtout insisté sur la nécessité de vulgariser les nombreux dialogues protestants/orthodoxes internationaux qui n’ont pour l’instant pas d’écho chez nous. Un petit groupe de jeunes théologiens devrait être créé.

 

Une marche œcuménique dans le Désert du Sinaï a rassemblé pendant une semaine, 8 protestants, des orthodoxes, maronites, catholiques latins et coptes. Le Désert et la marche commune sont propices à la découverte des richesses des autres confessions, à la levée de bien des préjugés, mais aussi à la prise de conscience de nos propres résistances à la conversion. Pourquoi pas des marches de ce type en France ?

 

Sur France Culture, après la série sur l’œcuménisme de novembre, le culte de la semaine de prière pour l’unité du 22 janvier sera consacré à l’Assemble mondiale de Porto Alegre, avec l’ensemble vocalSystem 20 qui a spécialement adapté les cantiques d’Amérique latine pour cette occasion.

Quant aux nouvelles générations (oecuménimois, jeunes professionnels…), ils poursuivent avec conviction leur route en intégrant les nouveaux des dernières sessions et élargissant au gré de leur rencontres. Rencontres de prière, réflexion sur la sauvegarde de la création, WE le 18-19 mars…

 

La session de Nîmes 2006, se tiendra du 20 au 27 août. Avis aux jeunes, responsables jeunesse et délégués oecuméniques, le recrutement est lancé. Les tracts sont disponibles.

 

Il reste que sur le terrain, la vie œcuménique fluctue souvent au gré des changements de pasteurs et de prêtres. Vous comprenez, les membres de mon Eglise sont presque tous d’anciens catholiquesJe dois être prudent car mes paroissiens les plus dynamiques (et meilleurs donateurs) sont plutôt traditionnelsC’est difficile de faire de l’œcuménisme, les « autres » finissent toujours par nous embarquer où l’on ne veut pas aller L’impossibilité de partager la même table finit par nous décourager… Ces protestants provocateurs, raz le bol... Je vous arrête tout de suite cher collègue, l’œcuménisme, ce n’est pas ma tasse de thé… comme si c’était une option dans le ministère !

 

Bref, il y a encore à s’apprivoiser, à mettre ensemble des mots sur nos peurs, nos difficultés, nos méfiances, à ressaisir sans cesse la veine évangélique de l’engagement œcuménique.

 

Vous avez dit unité ?

 

L’unité est une faute ! m’a dit un collègue. Certes, il a sans doute raison quand celle-ci est rêvée (ou fantasmée !) comme une uniformité, une sorte de réduction des Eglises et confessions à des clones, des sosies, une réduction de l’autre au même, à soi-même.

 

Plus personne ne confesse cette idée là, du moins parmi les membres sérieux de nos Eglises. Mais le protestant aime parfois à se faire peur et lutte encore tel Don Quichotte contre ce moulin à vent. Il est vrai que si l’on n’y prend pas garde, le démon peut revenir !

 

La diversité est dangereuse ! On l’entend aussi, surtout du côté des catholiques contemplant la pluralité protestante, tellement plurielle qu’on ne sait plus ce qui la rassemble ; on ne voit pas ce qui unifie ces Eglises sans autre lien qu’un chapeau institutionnel qui n’est pas en soi une valeur rassembleuse.

 

Ils ont sans doute raison lorsque la diversité devient division, séparation, juxtaposition (et parfois exclusion), sans discernement des lieux qui font la communion. Lieux théologiques, spirituels, sacramentels, ministériels.

 

Mais à vrai dire, plus personne ne confesse ce genre de diversité, sauf peut-être quelques rétrogrades bien dans leur enfermement identitaire, leur suffisance théologique ou ecclésiale.

 

En œcuménisme, l’unité est forcément une unité-dans-la-diversité, et la diversité est forcément une diversité-réconciliée.

 

Le rapport à l’autre se situe toujours dans la bonne articulation entre « mêmeté » et « altérité », comme diraient les spécialistes.

 

Construire cette unité-diversité, ou plutôt la discerner car elle nous est donnée en Christ et par l’Esprit Saint, c’est toujours le défi posé.

 

On a dit que le Christ nous unit (là où deux ou trois sont réunis en mon nom…).

 

On a constaté que la diversité et l’unité sont deux valeurs bibliques fondatrices pour l’Eglise.

 

On a insisté sur une spiritualité œcuménique Trinitaire : unité sans confusion et diversité sans séparation.

 

Très bien, mais les chrétiens ne sont toujours pas d’accord sur les éléments qui rendent visible cette belle (et réelle !) communion. Ce que l’on voit, ce sont des apaisements certes, mais toujours des juxtapositions sans relations, des divisions frisant l’exclusion, ou un fusionnisme affectif générant à terme des violences en retour.

 

Le peuple des Eglises et leurs pasteurs cèderaient-ils au communautarisme ambiant sous prétexte d’être plus attestataires dans leurs convictions chrétiennes ?

 

Perdrait-on l’exigence d’une spiritualité, d’une théologie et d’une ecclésiologie de communion qui refuse de ramener l’autre à notre vision des choses… et qui refuse tout autant de l’abandonner à ses convictions ?

 

La responsabilité pastorale pour élargir la conscience œcuménique des chrétiens s’amenuiserait-elle ?

 

Il y a, me semble-t-il, une certaine urgence à préparer les chemins du Seigneur, c'est-à-dire à investir, ensemble et à grande échelle, les lieux de notre unité qui témoignent au monde qu’il est possible de vivre unis et divers à la fois. Il ne manque pas, ces lieux d’engagements, de prière, de témoignages, de travail biblique et théologique, de convivialité fraternelle…

 

Vous connaissez le principe de Lund ? Principe énoncé pour la première fois en 1952 à la 3 e conférence mondiale de Foi et Constitution à Lund en Suède, selon lequel les Eglises devraient « agir ensemble en tout, sauf là où de profondes différences de convictions les contraignent à agir séparément ».

 

C’est comme cela que la pression montera et que les convictions qui déchirent encore les Eglises bougeront. (GD)