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Bulletin d'information protestant - 15 décembre 2006
Rencontre entre la Communauté de TAIZE et la Fédération protestante de France
30 novembre 2006
Quelques temps après la mort de Frère Roger, Frère Aloïs et quelques frères de Taizé rendaient visite au Conseil d’Eglises chrétiennes en France. Nous avions alors convenu qu’il serait opportun de resserrer les liens aussi avec la Fédération Protestante.
Le 30 novembre, une délégation de la FPF a passé la journée avec les Frères, à Taizé, pour poursuivre ce dialogue et mieux se comprendre dans nos attentes les uns vis-à-vis des autres. Moments de belle convivialité où l’on a pris le temps de se parler. Nous avons partagé la prière et les repas avec les frères, fait le « tour du propriétaire », et consacré deux longs temps d’entretien sur deux sujets qui nous tenaient à cœur : la question de la transmission aux nouvelles générations, et les liens entre Taizé et nos institutions ecclésiales françaises.
Taizé, communauté principalement consacrée au service des jeunes.
Sur la Colline, chaque semaine, les frères accueillent 5 à 6000 jeunes en pleine saison, entre 500 à 1000 jeunes hors saison. Les dernières vacances de la Toussaint ont battu des records inattendus d’affluence : 2 WE à plus de 3000 personnes… on ne chôme pas chez les frères, même aidés de quelques bénévoles et des sœurs de St André. On a le nez sur le guidon, seulement deux frères pour s’occuper de toute la France, trois pour toute l’Allemagne !
D’autant qu’on cherche à personnaliser au mieux l’accueil afin que chacun se sente reconnu.
Pour comprendre ce qui se vit à Taizé, il faut rester une semaine.
Certains (français ou suisses) ne restent que quelques heures, de quoi conforter leur a priori ou leur enthousiasme. Or c’est ce cheminement de la semaine qui permet aux jeunes d’apprécier la prière (quelque chose s’y passe, disent-ils) et de se confronter à la Bible (le défi : permettre aux jeunes de découvrir que la Bible, c’est leur histoire). Ils participent aux travaux communautaires, abordent des sujets culturels (par ex. : la musique de Bach) ou sociaux (par ex. le commerce équitable), et repartent avec cette question : quelles suites pour moi et quelle insertion dans mon Eglise au retour ? Car il faut que Taizé demeure une étape. Le tout, dans la plus grande simplicité afin que le plus éloigné soit à l’aise.
Taizé, communauté tâtonnante, dans la dynamique du provisoire.
Pourquoi « ça marche » à Taizé ? On n’en sait rien, on cherche en permanence, comme vous. Voilà ce que répondent les frères. Puis viennent des essais de formulation : simplicité, beauté, silence… Simplement laisser les choses se passer avec Dieu… On s’inscrit dans la durée car il faut du temps pour approfondir la vie intérieure… Peu de paroles mais bien choisies car elles sont appelées à être intériorisées, et en toutes les langues pour que chacun s’y retrouve… Donner des signes d’espérance, de réconciliation, offrir la confiance… peut-être la non-institutionnalisation de Taizé. Ici, ou lorsqu’on les visite chez eux, ne jamais faire « pour » mais toujours « avec » les jeunes, sur leur initiative.
Taizé, communauté œcuménique
De communauté protestante et franco-suisse, Taizé est aujourd’hui devenue œcuménique et internationale. Certains protestants (français !) ne l’ont pas encore compris… et ne sont pas encore sortis de cet amour/répulsion ?
Les Eglises protestantes (françaises !) ont à recevoir et respecter la spécificité du Taizé d’aujourd’hui, comme communauté qui cherche, institutionnellement et ecclésialement inclassable (et donc sans doute dérangeante).
Car la communauté ne prétend rien, on veut juste vivre et expérimenter ensemble, et être reconnus comme espace de recherche, y compris sur les questions difficiles comme le partage du Repas du Seigneur, où l’on tâtonne.
Il reste que le caractère minoritaire des Eglises protestantes françaises (et leur complexe !) ajoute un handicap. Les jeunes catholiques ne trouvent parfois pas d’interlocuteurs protestants pour une démarche œcuménique, par ex pour l’organisation d’une prière commune. Cependant, Taizé insiste sur la collaboration des Eglises lors de l’organisation de telles rencontres.
Taizé, communauté internationale.
Quand les protestants français restent la semaine à Taizé, ils rencontrent d’autres protestants (d’Amérique, d’Europe du Nord…) luthériens, réformés, évangéliques, baptistes, adventistes, et même quelques pentecôtistes (venus à titre personnel). Quand les jeunes catholiques d’Amérique latine (peu œcuméniques !) les rencontrent, ils découvrent un autre protestantisme, plus ouvert, et repartent avec un autre sens de la réconciliation des chrétiens.
Toutes les confessions chrétiennes et toutes les origines géographiques s’y retrouvent. C’est le rayonnement de la communauté, fruit d’un long travail préparatoire de visites commencé très tôt. Les frères eux-mêmes viennent du monde entier. D’autres vivent au Bangladesh, Dakar, Brésil, Corée du sud.
On connaît les rencontres Européennes de fin d’année (cette année à Zagreb), mais on sait moins que de semblables s’organisent en Afrique, à Calcutta, au Vietnam ou en Amérique latine. On connaît le déferlement les jeunes (orthodoxes) de l’Est-Europe, mais moins les contacts des frères, leurs visites discrètes et leurs actions humanitaires, envers les Eglises persécutées ou réduites au silence. Sans compter les liens permanents de confiance avec l’Archevêque anglican de Canterbury, le Pape catholique, les Patriarches orthodoxes de Constantinople et de Russie, le président de l’Eglise évangélique d’Allemagne…
Les rencontres à Taizé sont imprégnées de cette conscience universelle et humanitaire qu’encouragent les jeunes eux-mêmes.
Les temps sont mûrs pour développer des habitudes de partage.
C’est la conclusion de notre journée : nous devons régulièrement prendre le temps de l’échange, sans trop institutionnaliser ni intellectualiser. Dans les Eglises protestantes, les nouvelles générations n’ont que faire des vieux contentieux avec une communauté qui est devenue aujourd’hui autre chose. Nous avons la même recherche : l’accompagnement des jeunes dans leur rencontre du Christ.
La journée s’est terminée à la nuit, dans la chapelle romane, au chant du Psaume 92.
Gill Daudé, responsable du service oecuménique de la FPF