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Bulletin d'Information Protestant - 15.12.2006

 

Rencontre du Conseil d’Eglises chrétiennes en France

 

Pour son assemblée de novembre (il y en a deux par an), le Conseil d’Eglises Chrétiennes en France travaillé sur la place des religions dans la société française sur la base d’un entretien avec le sociologue Jean Paul Willaime, directeur aux Haute Etudes et directeur de l’Institut Européen en Science des Religions.

 

Le CECEF avait invité pour l’occasion le Consistoire Israelite (représenté par le Rabbin Michel Serfati) et le Conseil Français du Culte Musulman (qui n’a pas répondu).

 

Un certain nombre de constats avancés par le sociologue se sont trouvés confirmés par l’expérience des présents : la pluralisation, la complexification et la mondialisation du paysage religieux français, ainsi qu’une perception sociale mitigée du religieux.
L’effet loupe des média sur quelques déviances (qui ont toujours existé, dans les même pourcentages, , autant que le discours de certains politiques, entretiennent une image  qui ne correspond pas à la réalité mais qui réveille les vieux réflexes (anticléricalisme, antisémitisme, anti-islam, « laïcité assiégée »…). On parle beaucoup du religieux mais on lui donne peu la parole, à l’exception des émissions du dimanche matin. Ce qui n’empêche pas une fascination  contemporaine pour des personnages religieux emblématiques !

 

Le CECEF a ensuite travaillé avec J.P. Willaime sur la Thèse du Peter Berger1 : ce n’est plus l’hétérodoxe qui est aujourd’hui marginal mais l’orthodoxe religieux, c’est à dire celui qui fait le choix de se référer à un système stable de convictions et de liens. Il est alors souvent suspecté d’aliénation dans une société où liberté rime avec absence de tout lien et de tout ancrage.
Pourtant, l’expérience confirme le sociologue, le religieux n’est pratiquement plus exclusiviste, les frontières (religieux/non religieux) sont plus floues et les mots religieux n’ont plus de sens homogène ; la progression  les « sans religion » progressent (50% aujourd’hui) et nous en sommes à  la 1e génération des « sans religion issus de sans religion » ; ajouter l’affaiblissement de l’encadrement institutionnel de la religiosité (comme de toute institution) : nous sommes dans une configuration toute nouvelle et inconnue.
C’est une chance : cette sécularisation permet  au religieux de se reconfigurer comme religieux, c'est-à-dire comme sous-culture particulière, comme communauté de référence pour les personnes (qui s’y inscrivent) et à partir desquelles elles vivent leur lien et leur engagement dans la société laïque. De ce point de vue, les replis identitaires (une forme de communautarisme) ne sont pas négatifs mais une condition  pour nourrir le débat de l’espace laïque. Car l’universel n’est pas l’arrachement à toutes les identités locales, c’est « le local, les murs en moins ».
Tout cela place les religions dans une société plurielle où elles apprennent à être une voix dans le débat laïc et pluriel.

 

Toujours sous la férule de J.P. Willaime, le CECEF a enfin travaillé sur la thèse d’ Habermas développée dans son dialogue avec le Card. Ratzinger2 : notre société n’est pas seulement post-chrétienne, elle est aussi post-séculière. Les idéaux au nom desquels la sécularisation s’est faite (transfert de sacralité de la religion sur le politique, la famille et l’école) tombent à leur tour, les institutions séculières sont à leur tour sécularisées, alors que ressurgit à nouveau frais la question des finalités sans lieux véritables où le sens commun s’élabore (on ne vote pas « l’Homme » à l’Assemblée, pas plus qu’on ne peut y voter « Dieu »). La Tentation pourrait être l’installation sournoise d’une vision manichéenne du monde où il deviendrait normal que les plus forts, les plus riches et les plus intelligents gagnent.

 

En conclusion. C’est la fin d’un cycle, la laïcité n’est plus un contre-système (contre la religion) même si quelques uns voudraient la rendre telle à nouveau. La laïcité est devenue ce cadre incontournable où toutes les familles de pensées peuvent (doivent !) s’exprimer. Les religions ont ici leur place (elle est demandée) comme sous-groupes de référence mis en débat avec d’autres, dès lors qu’elles acceptent le jeu de la pluralité et du débat car la laïcité leur appartient tout autant qu’aux autres familles de pensées. Elles ne doivent être ni instrumentalisées ni marginalisées ni « fanatisées »… mais elles doivent travailler leur communication.

En fin de session, le CECEF a repris ses travaux plus habituels : information sur la vie des Eglises dans la société, préparation du rassemblement œcuménique européen de Sibiu (Sept 2007) et déjà du temps de Carême et de Pâques communs en 2007 aux chrétiens d’Orient et d’Occident. L’occasion d’actions et de témoignages ensemble.
Quant au débat sur la place des religions dans la société, il sera poursuivi lors d’une prochaine session. En attendant, rendez-vous au colloque demandé par le CECEF sur Evangélisation et Prosélytisme, du 30 janvier au 1er février à l’Institut Supérieur d’Etudes Œcuméniques.  (GD)

 

 

1 Peter L. Berger L’Impératif hérétique Les possibilités actuelles du discours religieux - Avant-propos de Pierre Joxe -  traduit de l'anglais (USA)  par Jean-François Rebeaud – Editions Van Dieren - 192 pages
2 Revue Esprit, juillet 2004