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Chronique œcuménique

 

par Gill Daudé

 

Recompositions

Je suis étonné par la créativité œcuménique de nos Eglises. A chaque Forum œcuménique de la Fédération protestante de France - qui rassemble les délégués œcuméniques des 22 Eglises de la FPF et des régions, sans oublier pour ce Forum de novembre, les délégués des autres Eglises chrétiennes, on le constate : que de rencontres et de travail œcuméniques sur le terrain ! Mais quand on a le nez sur le guidon, on s’en aperçoit d’autant moins que la dynamique œcuménique a peu de visibilité supra locale (rien dans la presse régionale protestante, par ex.).
Pourtant, la période ne serait pas favorable : les ministres sont surchargés, certaines Eglises sont préoccupées à sauvegarder les meubles, d’autres à préserver leur unité interne…  Une période de fragilité donc, qui bien que ressemblant à une ère de récession est plutôt une époque de recomposition.
On connaît les facteurs de cette recomposition : de nouvelles générations dont le rapport à la foi est bien différent de leurs anciens, une diversification croissante des Eglises et, au sein des Eglises, un élargissement de la table œcuménique (notamment avec les Evangéliques et Adventistes), de nouveaux facteurs sociologiques qui les dépassent en ayant des conséquences sur la vie des Eglises (réappropriations identitaires, syncrétismes relativistes, mondialisation…). Nos Eglises fragilisées ont davantage peur des autres, disait un délégué.
Dans ce contexte, si l’on n’invente pas, on meurt. Ou, tout au moins, on est marginalisé, à l’image de ces vieux groupes œcuméniques que leurs communautés ignorent.

 

Chercher
Au milieu de tout cela, nos Eglises se cherchent et, en leur sein, les délégués œcuméniques… cherchent aussi ! Le tout de l’œcuménisme est-il seulement dans la juxtaposition des identités ? Ne va-t-il pas plus loin ? demande un nouveau délégué.
Que cherchent-ils donc ? Non pas (non plus) à « faire de l’œcuménisme », de l’activisme à tout prix, mais bien plutôt à transmettre une vision théologique et/ou spirituelle de l’Eglise du Christ, forcément une et réconciliée dans sa diversité, dans son témoignage multiforme, et dans la multiplicité de ses actions au service du monde.
Cette vision spirituelle, elle se reçoit comme un don de l’Esprit, elle se travaille dans le corps à corps des Ecritures, elle s’appuie sur les sacrements, elle se façonne dans le vivre-ensemble inter-ecclésial, elle s’hérite de ceux qui nous ont précédés, elle s’inscrit dans la nuée des témoins.
Mais comme tout don de la Grâce, son passage ne laisse pas indemne. Elle dérange,  elle brûle, elle provoque au changement, c'est-à-dire à mourir et ressusciter un peu plus avec le Christ et en Christ. Nos prétentions sont mises à bas. La dynamique œcuménique est « kénotique », elle rejoint l’humilité du Christ dépouillé de sa condition divine (Phil 2).
Alors, nous ne sommes plus dans une recherche diplomatique de l’union ou de la collaboration, mais dans le travail (au sens de l’accouchement) de la communion - échange de dons, dans la percée laborieuse de la lumière nouvelle d’un matin de résurrection.
Là où n’est pas la communion – échange de dons,  là n’est pas le St Esprit. Quel est donc l’esprit (l’Esprit ?) qui t’anime, quelle prière t’accompagne à la rencontre de l’autre, et à plus forte raison s’il se tient loin de toi ?
Redoutable mission du délégué œcuménique (ou du foyer interconfessionnel, ou du chrétien conscient), prophète en son genre, que de porter cette vocation ecclésiale, vocation baptismale… et eucharistique (au sens étymologique et donc très calviniste, d’action de grâce ou de reconnaissance) !
L’encouragement vient de cette semaine de prière pour l’Unité des chrétiens : c’est que le Christ fait même entendre les sourds et parler les muets (Mc 7,37) !

 

Des cailloux sur terrain œcuménique
Nos délégués apprennent la créativité. Il faut pratiquer à nouveau l’apprivoisement mutuel avec de nouveaux ministres, de nouvelles générations, de nouvelles Eglises par exemple issues de l’immigration (des pays de l’Est ou du sud), parfois seulement demandeuses de locaux.  
Comment laisser les nouvelles expressions culturelles, spirituelles et ecclésiales bousculer nos vieilles habitudes de réunion et de célébration ? Chez nous, témoigne une déléguée, les jeunes nous débordent. Ils se rencontrent mais différemment de leurs aînés. Ils étaient 60 jeunes à se retrouver avant la semaine de l’unité. L’hospitalité eucharistique n’est pas leur problème. Ceux qui sont engagés le sont à fond dans leur identité mais ils ne sont pas blessés dans leur relation à l’autre Eglise comme leurs aînés. Le paysage change
On cherche donc à réinventer une éthique de la relation pour sortir des préjugés et des caricatures, pour rassurer aussi. Comment mieux entendre le dilemme de l’autre Eglise qui change aussi et prendre en compte la nouvelle configuration de l’Eglise partenaire ? questionne un délégué.
On ressent le besoin de se réapproprier l’esprit œcuménique qui préside à la pastorale commune et aux documents pastoraux de base, dans le respect des règles de chacun, par exemple dans le prêt des Eglises. Il faut travailler « le réflexe du partenariat » qui n’est pas acquis. Nous nous retrouvons parfois devant le fait accompli, s’écrit un autre délégué. Et les disparités démographiques et géographiques compliquent les choses, ajoutent un autre.
Même nos bonnes vieilles célébrations communes de la semaine de l’unité ne vont plus de soi. Elles laissent un goût d’insatisfait, d’un formalisme inadapté dans lesquels les nouvelles Eglises et les nouvelles générations ne trouvent guère leur compte. Construire ensemble une prière commune suppose que l’on se connaisse assez. Parfois, il faut d’abord se rendre visite pour comprendre comment l’autre prie… à condition de le faire réellement et réciproquement !

 

De la lumière !
Ce qui a changé, c’est qu’on a peur car personne ne sait ce que sera l’Eglise demain, conclut un délégué. Il nous faut le courage de dire nos fragilités les uns aux autres. Comment se soutenir pour avancer dans les fragilités que nous vivons ? Peut-être cette année, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous aidera-t-elle, avec les chrétiens d’Afrique du Sud, à identifier nos incapacités, nos aveuglements et nos surdités, et à nous laisser guider pas cette lumière du Christ qui brille pour tous, espoir de renouveau et d’unité.