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Chronique oecuménique
Merci l’œcuménisme de grand-papa !
Bref, l’œcuménisme de grand-papa a bien changé…
Vive l’œcuménisme non-institutionnel !
Nous ne cessons de souligner cette diversification croissante du christianisme. Démultiplication des dénominations, brassage culturel et pluralisation de chaque famille confessionnelle (fini l’homogénéité confessionnelle !). Les diverses visions du monde et spiritualités s’entrechoquent et bousculent nos ronrons œcuméniques luthéro-réformés/catholiques !
Quelle richesse… mais quelle complication ! Notre compréhension de la « catholicité » de l’Eglise de Jésus Christ est questionnée à nouveaux frais : qu’est-ce qui fait notre unité par-delà nos diversités légitimes, et quels en sont les marques visibles qui la manifestent ? Les réponses ne sont pas unanimes… Le comité mixte catholique/communion luthéro-réformée en aborde un aspect-clé autour de la présidence de l’Eucharistie. Les difficultés qu’il rencontre à finaliser un texte disent la délicatesse du sujet, accrue dans la conjoncture actuelle.
Les relations anglicans/réformés en sont une autre illustration plus pastorale. Nombre d’anglophones s’installent en France et mettent nos Eglises au défi de l’accueil alors même que l’Eglise anglicane s’efforce de quadriller le pays, tantôt aux affinités catholiques, tantôt aux affinités évangéliques. Quid alors des accords de Reuilly et leur application ?
Le souci d’évangélisation dans nos sociétés sécularisées et cacophoniques a atteint les Eglises les plus sages (voir texte de la CEPE sur l’évangélisation). Les nouveaux convertis 1, les nouveaux mouvements et les tendances traditionnelles de nos Eglises (qui ont généralement mieux « réussi » la transmission de leur foi) nous y poussent avec leur radicalité : il faut parler « clair et simple, fort et concret » au risque de la caricature, alors que nous étions rôdés au témoignage implicite et aux subtilités théoriques et rhétoriques. Cela réactive les expressions identitaires et leurs points saillants… qui se frottent plus rudement ! Car on dit toujours le Christ à partir de sa culture ecclésiale. Et plus on est minoritaire, plus ça se sent.
1 qui participent de cette société aux pôles exacerbés : d’un côté des communautarismes confessionnels très forts, de l’autre un post-confessionnalisme théologiquement relativiste, et parfois les deux en concomitance !
Le positionnement de nos Eglises face à la société en témoigne, notamment sur certaines questions éthiques (sexuelle et familiale, bioéthique)2. Elles demandent d’autant plus de tact et de dialogue en amont. Pour y aider, on ne peut que conseiller la lecture de Choix éthiques et communion ecclésiale (comité mixte 1992) ou des actes du colloque œcuménique 2003 sur les questions éthiques (Institut Supérieur d’Etudes œcuméniques –ISEO - Revue d’éthique et de théologie morale, le supplément, N°226 sept 2003 p.160).
Dans cet ordre d’idée, les nombreux passages d’une Eglise à l’autre, certains montés en exemples, réactivent des questions pastorales, ecclésiologiques mais aussi sotériologiques (qu’est-ce qu’un chrétien ?) dont rendent compte le dossier de la commission œcuménique de la FPF 3, ou les actes du colloque 2007 sur évangélisation et prosélytisme de l’ISEO.
2 Alors qu’on oublie les multiples coopérations œcuméniques dans le domaine social, biblique ou spirituel, on se souvient de février 2007 à Lyon, le texte contre le mariage homosexuel proposé aux religions par le Cardinal Barbarin, que l’Eglise réformée a légitimement refusé de signer, non sans réactions de ses partenaires.
3 Disponible au service œcuménique, Fédération protestante de France. Sortie Avril 2007
Comme l’an dernier pour Porto Alegre, le 3e rassemblement œcuménique européen (Septembre 2007 à Sibiu, Roumanie) marquera l’année œcuménique 2007. Bien des célébrations de janvier ont manifesté leur soutien par leurs dons et leur prière. Des groupes et mouvements se sont saisi des différents thèmes rassemblés sous le titre générique « La lumière du Christ, brille pour tous ; espoir de renouveau et d’unité en Europe ». Pour la première fois en pays à majorité orthodoxe, dans un temps de remise en cause pour l’Europe, au moment où la communauté européenne s’élargit à 30 millions d’orthodoxes, ce rassemblement a au moins une fonction symbolique forte, sur la base de cette Charte œcuménique Européenne qui n’a pas fini de produire son jus et se révèle utile dans la conjoncture actuelle. 29 délégués protestants (EELF, EPAL, ERF, FEEB, FPMA) y seront nos représentants. Voir les pages web du service œcuménique et/ou la revue Unité des chrétiens qui a besoin de votre soutien 4.
4 N°143, les migrations en Europe ; N°145, Sibiu, Chemin d’unité en Europe ; N°146, les Martyrs ; N°147, la question écologique (été 2007).
Bref, l’œcuménisme de grand-papa a bien changé…
On comprend que les membres de nos vieilles Eglises, avec leurs vieux groupes œcuméniques culturellement homogènes, soient déstabilisés, inquiets, fatigués d’avance à l’idée de recommencer à zéro : aller à la rencontre de l’autre (Eglise) qui a changé, réapprendre l’apprivoisement les uns des autres, refaire la pédagogie des fondamentaux œcuméniques 5, rassurer face aux peurs de nouvelles expressions, tenir la solidarité avec sa propre Eglise, s’exercer à la patience devant « le retour des théologies du retour » (= rallier l’autre à ma conviction ecclésiologique), souligner l’esprit qui préside aux règles œcuméniques, refuser de stigmatiser l’autre, porter les fardeaux les uns des autres (Gal 6.2)… toute une éthique œcuménique à réinvestir, de l’ordre de l’agapè, face à tous ces nouveaux mutants chrétiens post ou pré-confessionnels qui sortent des sentiers battus œcuméniques. Ou alors, se contenter de rassembler bougonnement ceux qui se ressemblent, en un petit club de clones œcuméniques bien pensants… mais bien seuls.
5 Du côté catholique, il faut saluer dans ce sens le petit livre du Cardinal Kasper « Manuel d’œcuménisme spirituel », Ed. Nouvelle Cité, 2006. 95 pages de choses pratiques à faire ensemble, étayées de quelques textes fondateurs.
Vive l’œcuménisme non-institutionnel !
Les protestants aiment à se battre contre ce genre de moulin à vent ! Mais voilà que cette protestation est aussi celle du très catholique Benoît XVI ! Dans la suite de l’accord luthéro-catholique sur la Justification, il souligne le danger à parler d’ecclésiologie et de ministères plutôt que de la Parole de Dieu, comme si nous devions mettre au centre nos institutions et mener une guerre à cause d'elles. Je pense que cette manière n’est pas correcte. La question véritable est la présence de la Parole dans le monde.6
6 Rencontre œcuménique de Cologne, 19 août 2005
Dont acte. A nous de confronter nos manières d’entrelacer la Parole de Dieu, le témoin et la règle commune de la foi… jusque dans nos prises de positions éthiques, et sur le fondement de la prière, de l’échange des dons et du service de l’humanité.
Dans ce sens, la communauté de Taizé avec laquelle les relations sont aujourd’hui normalisées7, apporte un beau témoignage dont nous aurions tort de nous priver, notamment envers les jeunes du monde entier.
7 Voir compte rendu de notre dernière visite (Nov 2006) dans BIP N°1639 et sur le site www.protestants.org
Comme à Pentecôte, c’est dans cet accueil du don de Dieu et du frère/soeur, que se refonde sans cesse notre conviction œcuménique, cette vision spirituelle large de l’Eglise une de Jésus Christ, de tous lieux et tous temps. Une vision qui se reçoit par grâce et ne dépend ni de nos partenaires (s’ils sont gentils, je fais de l’œcuménisme ; s’ils ne le sont pas, j’en fais pas !), ni de nos tâtonnements théologiques, ni de quelque conjoncture, ni de nos états d’âme… mais du Christ seul : Lui qui nous engage avec l’Esprit Saint, dans la réconciliation des chrétiens comme du monde.
Gill DAUDE
Service œcuménique
FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE