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Dernière chronique œcuménique
de Gill DAUDE - Juin 2008

 

 

Conférence de Lambeth, les Anglicans et les accords de Reuilly.
Se contenter d’une pluralité fondatrice : une tentation protestante agaçante
Supprimer le mot « œcuménique » ?

 

Conférence de Lambeth, les Anglicans et les accords de Reuilly.
C’est presque l’été, on remarque davantage les anglais bien qu’ils soient là toute l’année !
C’est l’occasion de rappeler que la conférence de Lambeth, qui rassemble tous les évêques de la communion anglicane, va se tenir en juillet. Tous les évêques ? Non ! A l’heure où j’écris, il semble qu’encore certains évêques préfèrent s’abstenir, voire organiser une contre-conférence-de Lambeth.
Quelle attitude avoir à l’égard de nos frères/soeurs anglicans avec lesquels luthériens et réformés français sont en communion (accords dits de Reuilly : un tract de présentation existe en français et anglais, validé par le groupe de suivi) ?
Sans doute prier pour eux début juillet, une manière de porter œcuméniquement les fardeaux les uns des autres. C’est d’ailleurs dans cette perspective d’une retraite spirituelle que l’Archevêque de Canterbury a convoqué la conférence.
Sans doute aussi éviter les ragots et ne pas céder à deux clichés que l’on retrouve facilement dans le grand public : imaginer que le problème viendrait du ministère féminin ou de l’ordination épiscopale d’un ministre homosexuel. Ce ne sont, si je puis dire, que des situations révélatrices d’un problème de fond qui traversent nos toutes Eglises et que souligne le rapport anglican de Windsor : quelle autorité attachée à la communion ? Quelle autorité est « autorisée » à s’exprimer au nom de tous et à poser les limites (contraignantes) de la communion vécue, et cela au plan supra-local ou international ? Plus globalement : comment gérer notre unité interne alors que la diversification de nos familles confessionnelles va croissant jusqu’à frôler la rupture ? En effet, pas de marche commune sans responsabilité des uns à l’égard des autres. Les rapports sur l’autorité anglicans/catholiques, méthodistes/catholiques autant que les textes de la CEPE (ex communion de Leuenberg), le montrent. Cette question n’est donc pas propre à l’Eglise anglicane, elle traverse donc toutes nos Eglises, et nous aurions tort d’analyser le cas anglican sans regarder comment les mêmes problèmes se posent chez chacun.
Plus globalement, est pointée ici une question de méthodologie œcuménique : comment poursuivre des relations œcuméniques avec des partenaires à la limite de la division ? Aucune famille confessionnelle n’échappe à cette pluralisation interne et à cette question

 

- Voir les dialogues protestants anglicans
- voir Eglise anglicane en France
- le site de l'Eglise d'angleterre.

 

 

Se contenter d’une pluralité fondatrice : une tentation protestante agaçante
Encore aujourd’hui, en particulier dans le protestantisme, on reproche au mouvement œcuménique, de négliger la pluralité fondatrice de l’Eglise primitive (ou des Eglises primitives). On le trouve idéaliste, voire idolâtre d’une Eglise primitive indivise. Sans doute y a-t-il cédé parfois mais c’est bien ignorer les travaux œcuméniques : il y a un réalisme chez eux qui prend en compte cette diversité. Mais je crains que ces détracteurs ne les aient pas lus... Ils préfèrent peut-être se servir de tels arguments pour se dédouaner de l’exigence spirituelle de la recherche d’unité ! Et ils le font au nom d’un autre « magistère » auquel ils semblent se soumettre : celui de la recherche exégétique et historique actuelle, comme si celle-ci était devenue « infaillible ».  On sait pourtant qu’à presque chaque génération, la recherche exégétique et historique est remise en cause dans l’élaboration de ses théories et qu’elle n’a de sens que parce qu’elle est justement une recherche qui nous questionne et nous préserve de l’enfermement, non un magistère infaillible. Et ce serait bien mal comprendre le Sola Scriptura (et le tota scriptura ?!) des Réformateurs que de s’en remettre les yeux fermés à la recherche biblique d’aujourd’hui comme la parole définitive de l’interprétation.
S’il y a donc une « obsession » de l’unité de l’Eglise indivise, il y a tout autant une « obsession inverse » qui consiste à prendre la diversité, voire les divisions de l’Eglise primitive comme la norme pour l’Eglise d’aujourd’hui. Après le mythe de l'unité primitive, voici le mythe de la diversité primitive. On se dédouane ainsi à bon marché de l’engagement œcuménique qui devient au mieux l’entretien de bonnes relations sans exigence de communion avec ceux qui nous dérangent.
On a beau tourner le texte biblique dans tous les sens, mettre en opposition les différents courants, les milieux sociaux, leurs débats parfois agressifs et leurs oppositions apparentes, il faut bien constater que le texte canonique qui s’impose à l’Eglise au fil du temps est une sorte de consensus différencié avant l’heure qui certes véhicule la diversité (qui pourrait le nier ?!) mais témoigne aussi de l’élaboration d’une certaine communion ou unité dont s’exclurent par processus « naturel » certains autres textes et certains logia aujourd’hui non-canoniques.
Et que dire des textes canoniques ? Leur pluralité, et parfois l’état qu’ils font d’une certaine division des Eglises des premiers temps, n’en portent pas moins, chacun à leur manière, de fortes exhortations à ne pas accepter cet état de fait et à rechercher l’unité.  Que ce soit le courant paulinien tardif (Ephésiens) ou plus ancien (Galates avec l’affaire de Pierre et Paul, ou Romains ou Corinthiens…), et son pendant le courant lucanien (le récit de Pentecôte, Actes 15…), le courant johannique dans sa première version (un seul troupeau, la prière dite sacerdotale, l’amour…) ou dans sa version « révisée » (réhabilitant la figure de Pierre, dit-on), etc.
Il me semble donc que diversité et unité recherchent sans cesse l’équilibre dans les Ecritures (y compris dans leur processus d’élaboration) et que s’il n’y pas à se forcer pour être diaboliquement divisés (diabolos=diviseur), état de fait dont rendent compte les textes, il est difficile de faire fi de la recherche d’unité dans une diversité réconciliée de ceux qui sont appelés à suivre le Christ Jésus. Les Ecritures nous y incitent de multiples manières avec une insistance dramatique : des prières (Jn 17), les efforts de Paul pour aller à Jérusalem, sa collecte, des hymnes, des débats, des slogans et autres exhortations suppliantes…

 

Supprimer le mot « œcuménique » ?
Quand je reviens des régions, je suis toujours étonné de la créativité œcuménique, telle qu’elle déborde toute possibilité de coordination. La dernière idée : un bosquet œcuménique : la symbolique parle !
Mais aussi, on se plaint à juste titre du surcroît de travail que donnent les activités œcuméniques alors que ministres et membres de nos Eglises ne savent où donner de la tête pour tout tenir. On se décourage lorsque les rencontres œcuméniques organisées avec énergie ont… si peu de succès.
A mon avis, c’est une chance. Chance de ne plus faire des activités œcuméniques à part ou en plus : un groupe biblique « œcuménique », des conférences « œcuméniques », une semaine « œcuménique », etc. qui n’attirent que ceux qui sont déjà « œcuméniques ».
Mieux vaut intégrer une dimension œcuménique dans les activités paroissiales déjà existantes. Vous faites de la catéchèse, faites-la ensemble (tout au moins en partie) ! Vous organisez une conférence sur un sujet ? Faites-la ensemble. C’est l’occasion d’appliquer le vieux principe de Lund : faire ensemble tout ce que nous pouvons faire ensemble. On est loin du compte !
Et si le mot œcuménique n’est plus à la mode,  supprimons-le ! Trop connoté, les évangéliques ne l’aiment pas, les orthodoxes non plus, pour certains catholiques, il fait relativiste, et pour d’autres protestants, il est synonyme de perte d’identité.
Cela ne nous empêche pas d’organiser ensemble des rencontres sur des sujets qui touchent nos contemporains, et de leur montrer le visage d’un christianisme assumant sa diversité, ses dialogues internes voire ses débats, mais dans l’unité. Alors, plus besoin de mots ni de rencontres spéciales. La réalité parle toute seule.
(GD)